Panoramique

À son départ de l’hôpital, Annabelle et Duncan l’attendaient pour rentrer.
Il les raccompagna chez elles.
Il était rassuré que Marianne aille bien et se retira pour les laisser seule à seule.
Il pouvait se sentir rassuré de savoir que Marianne n’était pas seule. Et il savait qu’Annabelle prendrait soin d’elle. Il n’avait aucun doute là-dessus

Marianne était plus qu’heureuse d’enfin retrouver sa liberté, son chez soi, et son Annabelle.
Lorsque Duncan partit, elle lui sauta au cou pour la serrer fort contre elle. Cette effusion d’affection lui avait manquée. L’odeur d’Annabelle, la douceur et sa chaleur. Ce n’était que quelques jours mais elle avait l’impression que c’était plusieurs semaines.
La maison était propre et sentait bon, Annabelle s’était occupée de tout pour que Marianne soit comblée.
Annabelle lui avait interdit de retourner sur les lieux de son travail le premier jour, alors Marianne ne pouvait que ronger son frein et essayer de penser à autre chose.
Elle profita des heures qui suivirent pour ranger ses affaires et juste se poser avec Annabelle.

*

Le lendemain aux premières heures, Marianne était prête pour aller au travail.
Annabelle soupira et consentit à l’y accompagner.
Arrivées, il y avait une petite fête de retour organisée pour Marianne. Les employés étaient heureux de la retrouver en meilleure forme.
Cela ne dura pas très longtemps avant que Marianne ne s’éclipse pour se rendre dans son bureau.
Annabelle l’y suivit.
Marianne fut surprise agréablement de ne pas être submergée de dossiers urgents.
Annabelle lui expliqua qu’elle et l’aînée des employés avaient réussi à régler la plupart du travail qu’il restait à faire. Elles avaient constitué un petit tas de ce que Marianne devait faire, parce que c’était de son ressort.

— Tu es sûre que tu ne veux pas profiter de la fête… ? Tu pourras boucler ce tas en quelques heures seulement…
Essaya de la convaincre Annabelle.

Marianne sourit et posa les dossiers empilés. Elle prit la main d’Annabelle et elles sortirent du bureau pour retourner à la petite fête en son honneur.
Marianne remercia tous ses employés avant de retourner travailler.
Elle ne devait pas forcer mais elle devait finir son travail avant toute chose. Cela lui trottait dans un coin de sa tête.
Annabelle resta à ses côtés pour lui demander de lui expliquer certaines choses, pour qu’elle puisse prendre en charge plus de responsabilités pour la décharger.
Marianne n’avait pas trop le choix, elle aurait préféré prendre le temps de lui déléguer peu à peu des tâches mais elle savait qu’elle n’avait pas tort. Il fallait qu’elle lâche du leste.

Les jours qui suivirent furent riches pour Annabelle, qui prit des notes et qui essaya d’emmagasiner le plus d’informations.
Marianne était vraiment reconnaissante pour le travail abattu et elle en profita pour s’avancer et préparer de vraies vacances.
Elle en discuta en privé avec la plus ancienne de ses employés en qui elle avait entièrement confiance. Elle savait tenir la boutique pour les affaires courantes.
Elle avait fait preuve de beaucoup de professionnalisme pendant sa convalescence et elle lui confia son idée de vacances préparées.
Elle approuva à cent pour cent et Marianne s’organisa pour choisir le lieux et la période, ainsi que la surprise qu’elle voulait préparer pour Annabelle.

Annabelle était maintenant collée à Marianne, trop inquiète puis voulant bien faire pour que Marianne travaille le moins possible.
Marianne eut un mal fou à la forcer à se reposer et se dégager au moins une journée sans elle à son bureau.
Ce jour de libre durement négocié, Duncan en profita pour passer la voir et discuter avec elle.
Elle lui exposa son plan et Il resta bouche bée.

— Tu vas quoi… ?
— La demander en mariage, tu as très bien entendu.
— Ah.
— Tu n’as rien d’autre à dire de plus… ? Je pensais que tu allais t’y opposer
— J’aurais pu, mais en fait, je n’ai pas de contre-argument. Tu as raison… je crois.
— T’es sérieux… ?
— Bah… je n’ai aucune raison de penser que c’est une mauvaise idée. Annabelle… j’ai vu de mes propres yeux à quel point elle tenait à toi. Puis, elle t’a beaucoup aidée pour ton travail, non ?
— Oui… le seul problème… c’est que je n’ai aucune idée de si elle acceptera… en plus du fait qu’on ne peut pas épouser un humain de compagnie.
— Ah. C’est vrai ça. Tu comptes faire comment.. ? À la base c’était juste pour lui léguer ton entreprise, non ?
— Oui et non. Je voudrais quelque chose de plus sexy qu’un simple testament…
— Effectivement.
— J’ai une solution mais il faut qu’elle accepte de retrouver son statut d’humain. Tu crois qu’elle serait capable de refuser… ?
— J’en ai aucune idée… je ne savais même pas que c’était possible.
— Moi non plus. Mais je me suis beaucoup fait chier à l’hôpital, j’ai lu beaucoup de paperasse à ce sujet et c’est une possibilité.
— Je vois ça. Du coup tu vas faire comment… ?
— D’abord… je dois lui faire ma demander en mariage… et si elle accepte, je lui présenterai les possibilités…
— Et, si elle refuse… ?
— Bah, ça sert à rien que je me prenne la tête avec les papiers à signer…
— Te connaissant, ils sont déjà prêts quelque part…
— Oui… au cas où, hein.
— Bien sûr… tu voulais me demander conseil sur quoi déjà ?
— Ah, oui ! Je suis en train d’organiser des vacances à la montagne, je me demandais si tu avais des stations de ski ou des endroits à me recommander ?
— Hm… pour faire ta demande en mariage.
— Entre autres.
— Je t’enverrai ça par mail, avec les photos à l’appuie, je pense que ça devrait te plaire.
— Super, ça serait parfait !

*

Marianne avait choisi un endroit qu’elle ne connaissait pas pour pouvoir le découvrir avec Annabelle.
Elle lui fit la surprise de ce voyage juste entre elles.
Mis à part des vêtements chauds qu’elle pu prêter à Annabelle, elles firent quelques achats pour qu’Annabelle soit équipée convenablement, et habillée assez chaudement pour faire du ski.

Annabelle avait à la fois hâte et appréhendait.
C’était la première fois qu’elle partait au ski mais également en vacances. Elle ne savait pas ce que c’était de couper du monde pendant une durée déterminée.
Elles avaient une grosse valise pleine à craquer pour toutes les deux et elles prirent le train.
C’était une expédition.

Marianne avait loué un petit chalet isolé. Heureusement qu’il était possible de se faire aider par des locations de voiture électriques pour pouvoir charger leurs affaires dans leur logement isolé.
Une semaine entière avec très peu de réseau téléphonique.
Une cheminée, des balades dans la neige, une initiation de ski pour Annabelle.
Les soirées au coin du feu et dans les bras chacune.
Marianne insista pour manger dans des établissements pour qu’Annabelle ne soit pas obligée de préparer les repas.
Elles se rendirent dans une tour panoramique se situant tout en haut d’une montagne. Il se trouvait un restaurant et Marianne avait prévu de rester dîner avec Annabelle.
Une table réservée à son nom.

Annabelle avait l’impression de vivre un rêve éveillé.
Elle passait les meilleurs moments de sa vie, elle rayonnait et ses yeux brillaient de voir ce que c’était la montagne, cette immensité et cette vue.
Marianne était heureuse par procuration.
Elle ne réussit pas à trouver le bon moment pour aborder le sujet et elles profitèrent tout simplement du repas.

*

À l’extérieur, elles avaient vue sur la vallée.
Tout semblait si petit et le paysage était magnifique.
Annabelle avait un sourire radieux, le soleil et la neige étaient éblouissants.
Ce fut Annabelle qui brisa le silence.

— M-merci Marianne. Merci de me faire découvrir la montagne… je suis si heureuse d’être avec toi…
Dit-elle, le vent frais soufflant sur son visage pâle. Ses cheveux maintenus sous son bonnet et sa tête enfouie dans son gros manteau d’hiver et une écharpe moelleuse.

— Merci à toi, Annabelle… ces vacances n’auraient pas la même saveur sans toi… merci de m’accompagner et de m’apporter tant de bonheur…

— Qu’est-ce que tu racontes… ?
Se moqua Annabelle, gentiment, gênée par les propos.

— Ma vie a radicalement changé depuis que je t’ai rencontrée… je suis beaucoup plus épanouie… je t’aime tant…
— Moi aussi, Marianne…

Elles se tenaient les mains et se faisaient face, émues et profitant de cet instant magique.
Ce fut le moment pour que Marianne s’exprime.

— Dis, Annabelle… est-ce que tu veux m’épouser ?
Annabelle resta silencieuse.

Elle connaissait assez Marianne pour savoir qu’elle était sérieuse et qu’elle ne pouvait pas répondre à la légère. Etait-ce même possible ?
Elle doutait de la faisabilité de la question mais pas de ses sentiments.
Marianne attendait patiemment une réponse.

— Marianne…
— Si tu écoutes ton coeur, Annabelle… sans te soucier de ce qu’il y a autour… est-ce que tu m’épouserais… ?
— Bien sûr… là n’est pas la question…
— Si je te disais que c’est possible… à une seule condition ?
— Laquelle… ?
— Que tu récupères ton statut d’humaine. Tout ce que tu dois faire, c’est signer un document pour recouvrer ton humanité…
— Mais… ça veut dire…
— Je te rends ta liberté.
— Tu ne veux plus de moi… ?
— Au contraire. Je te veux mon égale. Je veux que tu sois ma compagne, officiellement, que tu ne te préoccupes plus de ce contrat d’adoption.
— Marianne…

Annabelle n’avait pas les mots.
Elle l aimait de tout son coeur et ses mots la comblait comme jamais, mais le fait de redevenir une humaine la terrorisait. Elle avait envie de dire oui, de faire confiance à Marianne, même si sa peur était forte et présente.
Emue au plus profond d’elle, elle avait réunit ses mains sur sa bouche. Et elle acquiesça, d’un mouvement de tête. Et si elle faisait confiance à Marianne ?
Oui, cette idée de mariage la faisait rêver.

— C’est un « oui » ?
Demanda Marianne, pour confirmer. Elle n’arrivait pas à cacher sa joie.

Elle se doutait qu’Annabelle accepterait mais il restait une faible probabilité qu’elle refuse.
Annabelle acquiesça une nouvelle fois, de manière plus marquée et elles se prirent dans les bras.
Elles rayonnaient toutes les deux de bonheur.

*

Lovées ensemble dans le canapé, en face de la cheminée allumée, où le feu de bois faisait craqueler et chanter les bûches.
Elles étaient emmitouflées dans une couverture, observant les flammes danser comme hypnotisées par ce spectacle aléatoire.
Elles se réchauffaient et se câlinaient tout simplement, dans les bras l’une de l’autre.

— À quoi tu penses… ?
Demanda Marianne. Elle sentait Annabelle songeuse, inquiète.

— … Tu sais que ça m’angoisse… de perdre mon statut d’humain de compagnie… ?
Hésita Annabelle.

— Pourquoi… ? Je ne vais pas changer la manière dont je vais me comporter avec toi après.
Essaya de comprendre Marianne, maladroitement

— Je… c’était rassurant de ne pas avoir à m’occuper de… tout ça… ces responsabilités d’humain… j’ai peur… ça me fait si peur…
— Tu te rends même pas compte que tu fais déjà beaucoup plus que ce simple statut… et si ça peut te rassurer, je ne te demanderai pas plus que ce que tu ne fais déjà à présent.
— Si cela ne change pas grand chose… pourquoi m’épouser… ?
— J’aurais envie de dire « pour que tu sois à moi » mais ce n’est pas vraiment ça… je veux qu’on s’appartienne d’égale à égale… que tu sois ma femme tout comme je serai la tienne… est-ce que je suis trop niaise… ?
— Non… ça me parait juste… irréel…

— Je te signale que tu as déjà accepté… est-ce que tu vas revenir sur ta décision… ?
S’inquiéta Marianne.

— Non… ! Non, pas du tout ! …
— Tu me rassures… mon coeur n’aurait pas survécu à cet ascenseur émotionnel…
— Pas de chantage affectif avec moi !

— Je n’oserai pas…
Blagua Marianne.

— Pourquoi tu penses que c’est irréel… ?
Questionna Marianne, curieuse.

— Comment… pourquoi moi… ? Comment une personne aussi formidable que toi… voudrait de moi… ? Je ne te mérite pas…
— Moi je sais ce que tu vaux. Tu m’apportes beaucoup plus que tu ne le penses. Moi, je sais ce que tu vaux et tu mérites d’être heureuse. Si cela fait ton bonheur d’être à mes côtés… bien entendu.

Annabelle resta silencieuse. Acceptant les mots de Marianne et digérant lentement ses paroles.
Elle se serrait un peu plus fort dans les bras de Marianne. Elle voulait être assez bien pour que Marianne ne regrette pas son choix.

— Qu’est ce qu’on va faire… ?
Demanda finalement Annabelle.

— Moi je sais. Est-ce que tu veux que je te dise les prochaines étapes… ?
— Oui… j’ai envie de savoir ce que tu as manigancé…

*

Marianne avait prévu le rendez-vous avec la directrice de l’établissement où elle avait rencontré Annabelle.
La directrice avait bien voulu la recevoir malgré l’objet incongru de son mail. Marianne était reconnaissante qu’elle accepte.

La directrice avait un bon fond, elle s’était réjouit que ce soit Marianne qui adopte Annabelle, pensant qu’elle était une personne assez saine pour ne pas abuser de la jeune fille. Qu’elle soit de nouveau contactée par un propriétaire n’était pas rare, mais c’était généralement pour des nouvelles plus funèbres.
Lorsqu’il y avait un décès d’humain de compagnie, il était nécessaire de le signaler pour qu’elle puisse clôturer le dossier, avec le justificatif confirmant la mort. C’était la première fois qu’elle avait un cas aussi complexe, et surtout inédit que le propriétaire cherche à rendre sa liberté à son humain de compagnie.
De manière générale, il arrivait que le propriétaire ne soit pas satisfait ou se lasse de son humain de compagnie, et finisse par retourner dans l’établissement d’adoption pour le rendre et qu’il soit de nouveau possible d’être adopté par un nouveau propriétaire.
Mais le cas de Marianne était différent. Elle ne rendait pas Annabelle. Elle voulait lui rendre sa liberté en lui rendant son humanité.

*

La directrice les convoqua pour essayer de comprendre ce qu’il se passait et si Annabelle allait signer de sa propre volonté. Qu’elle n’était pas forcée ou qu’on ne lui faisait pas du chantage pour qu’elle soit libre, et qu’elle soit ensuite abusée sans aucune impunité pour Marianne. Elle cherchait à comprendre la démarche.
Lorsqu’elle les vit, elle comprit que leur relation était toute autre. Marianne était changée mais Annabelle également. Elles étaient toutes les deux différentes de leur première rencontre.

Annabelle était anxieuse mais elle prit son courage à deux mains pour signer le document, attestant qu’elle acceptait la décision de sa propriétaire de lui rendre sa liberté, en toute connaissance de cause et de sa propre volonté. Elle était consentante.
Marianne dut également signer.
La directrice était bouche bée de voir ce développement de situation.
Marianne était honnête et lui expliqua sa démarche, et qu’elle souhaitait épouser Annabelle.
La directrice dut s’asseoir pour digérer l’information.
Annabelle avait proposé de lui demander d’être témoin de leur union, ce qui la laissa sans voix.
Elle pouvait voir l’amour et l’affection qu’il y avait entre ces deux femmes.
Elle mit un certain temps avant de tout intégrer et elle accepta avec joie d’être leur témoin. Elle signa également un papier attestant de l’intégrité des papiers précédents, qu’elle avait pu voir qu’aucun des deux partis n’était menacé ou autre.
Elle leur assura que les documents officiels seraient réglés dans la semaine, le dossier d’Annabelle allait être classé et qu’elle ne devait s’inquiéter de rien.

Marianne avait déjà les documents d’identité d’Annabelle et elle avait préparé les papiers à remplir pour qu’Annabelle soit de nouveau considérée comme une humaine normale dans la base de données.

*

Il eut le choix des alliances, de la robe d’Annabelle.
Marianne ne se sentait pas à l’aise dans une robe et elle opta pour un costume.
Marianne souhaitait que ce soit parfait et qu’elles n’aient pratiquement rien à gérer le jour J.
Elles s’occupèrent des détails ensemble et Marianne s’occupa de contacter une entreprise qui s’occuperait de la mise en place jusqu’à la fin des festivités.
Elles avaient décidé que cette journée devait être un jour spécial pour l’ensemble des invités, et il n’y en avait pas beaucoup.
Cela s’arrêtait aux amis proches de Marianne qui étaient principalement ses employés. Elle s’entendait à merveille avec eux et elle les considérait comme faisant partie entière de sa famille.
Ceux qui étaient partis pour choisir une autre vie avaient tenus à faire un cadeau, ils avaient été invités au vin d’honneur.
Annabelle n’avait pas de famille ni d’amis à inviter, et elle le vivait bien.
La directrice de l’établissement fut invitée au vin d’honneur.
Duncan fut évidemment de la partie.

Le plus difficile, fut d’annoncer la nouvelle aux parents de Marianne.
Elle reprit contact avec eux et elle y dîna.
Ce fut après tout le repas qu’elle prit son courage à deux mains pour aborder le principal sujet.

— Je sais que ça fait longtemps que je ne prends plus le temps de venir vous voir…
— On sait que tu es occupée avec ton travail… quoi qu’on puisse en dire, tu gères ta vie professionnelle avec brio.
— Merci… si je suis rentrée… c’est pour vous annoncer quelque chose… je vais me marier…

Ses parents restèrent bouche bée. Ils ne savaient pas comment réagir à cette nouvelle. Si c’était une blague ou si c’était un miracle qu’ils ne pensaient plus possible.

— V-vraiment… ?
— Oui, c’est sérieux.
— Est-ce qu’on peut savoir avec qui… ? Tu peux nous en dire plus… ?
— Vous vous doutez que je ne suis pas restée célibataire pendant tout ce temps pour une raison…
— Ton travail… ?
— Pas que… elle s’appelle Annabelle.
— Pardon ?

Son père faillit s’étouffer avec sa salive.

— Je préfère que vous soyez au courant de mon mariage, même si vous ne l’approuvez pas. Ca m’a paru plus honnête que de vous le cacher et que vous finissiez par l’apprendre d’une manière ou d’une autre.

— Qu’est-ce que ça veut dire, Marianne… ?
Reprit sa mère, qui laissa son père digérer l’information.

— Je l’aime, et elle me rend heureuse. Je sais que je pourrais compter sur elle pour le restant de mes jours.
— Tu ne comptes pas nous la présenter… ? Tu aurais pu l’amener avec toi… pour qu’on puisse la voir.
— Je ne savais pas comment vous aurez pu réagir et je ne souhaite pas que vous l’intimidiez ou que vous l’insultiez.
— V-voilà une bonne image que tu te fais de nous.
— Je vois bien que vous avez du mal à avaler mon annonce…
— C’est que… on avait fini par tirer un trait sur tes enfants… et c’est un peu inattendu que tu te décides à enfin te marier à ton âge…
— Merci pour le repas, je vais rentrer.
— Laisse-nous digérer la nouvelle… et d’ici là… songe à revenir en compagnie de ton… amie. Nous aimerions bien la rencontrer…
— … Je vais y réfléchir…

Marianne lâcha un gros soupir de soulagement.
C’était fait et ses parents avaient presque bien pris la nouvelle. Ils ne s’étaient pas mis à crier ni à l’insulter. Ils avaient été plutôt calme.

— Remets-toi.
Avait dit sa mère, après que Marianne soit partie.

— Mais… elle…
— On s’en doutait. Jamais un petit copain, c’était évident…
— Et sa… copine ? Qui c’est ?
— Qu’est-ce que j’en sais ?!

Marianne était sereine, elle voulait juste leur faire part de cette nouvelle, elle n’attendait rien en retour, elle n’avait pas besoin qu’ils approuvent sa décision.
Elle se sentait plus légère, comme libérée d’un poids. Elle venait en quelque sorte de faire son coming out.
Elle ne les avait pas conviés à l’événement, elle voulait que cela reste en petit comité et surtout dans la bonne humeur. Elle ne voulait surtout pas s’imposer ses parents qui seraient venus juste pour faire acte de présence.
Le visage serein, elle inspira un grand coup, ses cheveux ramenés en arrière par un vent léger, comme son cœur. Libéré d’un poids.
Elle avait hâte de rentrer pour retrouver Annabelle et la serrer dans ses bras.

*

Duncan fut choisi comme témoin.
L’établissement fut fermé pour le week-end, exceptionnellement.
Un photographe leur fut conseillé, qui prit des photos sur le vif et réussit à capturer le bonheur de cette journée.
Il eut le passage à la mairie, l’ambiance était joyeuse.
Le lieu réservé pour le vin d’honneur et le repas du soir.
Une liste de chansons calmes diffusée en fond durant le repas, puis la possibilité de danser et même chanter.
Ils étaient vraiment en petit comité, Marianne, Annabelle, Duncan, et les employés de l’établissement avec qui Marianne était le plus proche.
La liste complète des invités ne dépassait pas 25 personnes.
Les tables étaient agencées de manière à ce que tout le monde pouvait pratiquement discuter ensemble.
La musique était assez basse pour que ce ne soit qu’une ambiance et les gens pouvaient s’entendre sans crier.
C’était une petite salle privatisée dans un restaurant réputé.

Annabelle avait trop bu, elle était beaucoup trop joyeuse et Marianne l’avait laissée boire sans la freiner, pour une fois.
Duncan était ému et à la fois heureux pour elles.
Dans d’autres circonstances, s’il n’avait pas appris à connaître Annabelle, il aurait tout fait pour éviter que cela arrive, mais il savait maintenant que Marianne était entre de bonnes mains.

Annabelle s’était assise à côté de lui, elle était saoule.

— Je t’aime bien, tu sais ? Même si t’as joué au méchant… t’es un gentil en fait, hein… !
Dit Annabelle, en se collant un peu trop à Duncan.

Duncan ne savait pas comment réagir, il comprenait mieux pourquoi Marianne surveillait Annabelle concernant la boisson. C’était une toute autre personne.

— Tu dis rien… t’es jaloux… ? Moi qui pensais que vous finiriez par vous marier… tout compte fait, c’est moi qu’elle a choisit ! Sois pas trop triste… d’accord ? Je prendrai soin d’elle… !
— Oui oui… je te fais confiance, Annabelle… prends bien soin de Marianne pour moi…

2022.04.02

Démarche

Marianne avait eu le temps de réfléchir durant son séjour à l’hôpital.
Elle avait fait une liste de choses à faire avant… avant qu’elle ne soit plus de ce monde et dans les priorités, elle voulait épouser Annabelle.
C’était maintenant une certitude, elle ne voulait pas mourir et laisser Annabelle sans rien, c’était comme l’abandonner deux fois.
Elle avait tourné le problème dans tous les sens, il y avait un obstacle. Elle ne pouvait pas épouser un humain de compagnie. Il n’y avait rien dans la loi qui autorisait cela.
Elle ne pouvait pas la contourner et la seule solution possible, c’était encore de redonner ses droits d’humanité à Annabelle, et cela, elle n’était pas sûre qu’elle accepte. La connaissant, il était possible qu’elle refuse. Elle avait tout de même prit la décision de l’abandonner.

La démarche pour redevenir humain était complexe.
Tout d’abord, il fallait que ce soit le propriétaire de l’animal de compagnie qui prenne cette décision, et ensuite, il fallait que la personne concernée accepte de redevenir humain.
Les documents administratifs à remplir par plusieurs partis : l’établissement dans laquelle elle avait adopté Annabelle devait signer et s’occuper de classer le dossier d’Annabelle pour qu’il n’y ait pas de problèmes et que tout soit en ordre. Ensuite, Marianne devait s’occuper d’autres documents à signer et recréer des documents officiels attestant qu’Annabelle était de nouveau humaine, qu’elle avait des papiers. Mais le plus simple et aussi le plus complexe, c’était qu’Annabelle donne son accord et signe les papiers.
Il fallait l’accord des trois partis.
L’établissement pouvait également refuser. Cette situation était très rare voire inédite.

Il arrivait que des propriétaires en ait marre de leur humain de compagnie. La marchandise pouvait être reprise mais pas échangée ni remboursée.
Avant de signer ou faire signer quoi que ce soit, Marianne devait préparer et réunir tous les documents nécessaires. Et surtout, avoir l’accord d’Annabelle.

*

Le séjour à l’hôpital fut moins pénible à partir du moment où Marianne avait pu avoir son téléphone portable et la prise de recharge.
Elle n’était pas du genre à rester immobile et laisser le temps passer. Mais elle n’eut pas trop le choix et elle en profita pour faire ses recherches sur sa potentielle demande en mariage et le statut d’Annabelle.
Puis. Elle devait réfléchir à quand et dans quel cadre elle voulait faire sa demande. Elle voulait que ce moment soit parfait.
Rien que d’imaginer Annabelle en robe de mariée, elle en avait le coeur qui battait plus fort.

*

Annabelle se sentait seule dans l’appartement sans Marianne. Elle était inquiète mais elle ne pouvait pas rester à l’hôpital, les visites n’étaient pas tout le temps autorisées et il fallait qu’elle laisse les médecins faire leur travail, et Marianne se reposer.
Elle était allongée dans ce lit trop grand pour elle. La chaleur, la présence de Marianne lui manquait.
Elle prit son téléphone et lui envoya un message.
Elle n’arrivait pas à dormir et elle espérait qu’elle ne soit pas la seule à avoir du mal à trouver le sommeil.

[Tu dors… ?] [Non, et toi ?]

La réponse ne se fit pas attendre.
Elles s’échangèrent des banalités, des photos selfies.
Des sourires, des mots doux.

Marianne avait hâte de rentrer.
Les examens complémentaires n’avaient rien donné et les médecins ne savaient pas expliquer son hospitalisation, à part la garder encore 24h de plus pour écarter toutes les pistes.
Quoi qu’il en soit, il fallait qu’elle continue de faire attention à sa santé, ce qu’elle faisait déjà.
Ils lui conseillèrent de se reposer.
Elle eut un sourire en coin puis elle y réfléchit.
Ils n’avaient pas tort, elle avait rarement des vacances, et si jamais elle devait en prendre, elle devait les préparer. Ca pourrait être une bonne occasion pour couper avec le quotidien en compagnie d’Annabelle.
Lorsque sa date de sortie dut décidée, Duncan et Annabelle furent présents pour la récupérer.

2022.03.16

Flot

Marianne était plus âgée de beaucoup et elle ne pouvait pas échapper à ce qui l’attendait : des problèmes de santé.

C’était une journée comme les autres. Elle était à son bureau pour gérer des documents comme à son habitude, traiter des mails, s’occuper des dossiers administratifs urgents concernant son entreprise.
La matinée venait de passer en un rien de temps, elle jetait un regard sur l’heure. Il était presque midi.
Pas étonnant que son estomac commence à lui signifier sa faim. Elle s’étira de tout son long, s’éloignant légèrement de son bureau. Elle lâcha un soupir satisfait. C’était du bon travail abattu, elle s’autorisait cette pause pour se restaurer.
Elle prit soin de sauvegarder le nécessaire sur son ordinateur et de fermer sa session. On était jamais trop prudent concernant son poste de travail.
Elle se leva de son siège pour se diriger vers la sortie de son bureau.

Cela arriva d’un coup. Une douleur dans sa poitrine, vive, extrêmement forte, comme si quelqu’un lui avait tiré une balle invisible dans le corps.
Elle s’arrêta net. Elle porta sa main sur son torse, cherchant l’endroit exact où cela lui faisait tant mal, sans y parvenir. Elle arrêta de respirer, espérant atténuer la douleur, mais rien n’y faisait.
Ses jambes fléchirent et elle se retrouva à genoux, au sol, comme si l’énergie en elle venait de disparaître, elle avait trop mal pour rester debout.
Elle aurait pu appeler quelqu’un, mais en cet instant, elle espérait encore que la douleur s’estompe et s’en aille, aussi rapidement qu’elle était venue se loger dans sa poitrine. Elle essaya de retrouver une respiration normale et adéquate, puis, le vide.
Elle s’écroula sur le sol.

Elle était là, au sol, pendant plusieurs minutes, sans que personne ne se rende compte de son état. Elle était dans son bureau.
À l’extérieur, ses employés ne se doutaient de rien.
Ne la voyant pas sortir passé midi, puis midi trente.
Certains commencèrent par se demander si elle était partie déjeuner. Ils la connaissaient assez bien pour savoir qu’elle appréciait ses horaires et que la pause de midi était importante.

— Marianne est déjà partie manger ?
— Je ne l’ai pas vue depuis ce matin, elle est pas encore dans son bureau ?
— Je ne l’ai pas vue en sortir, elle doit encore y être, non ?
— Encore en train de bosser… elle a dû oublier l’heure ou elle saute le repas…
— Même quand elle a trop de travail, elle prend toujours le temps de manger le midi…
— Ca se trouve elle est sortie sans que vous vous en rendiez compte !
— On l’aurait vu passer, on est dans l’entrée !
— En vrai, on s’en fiche, non ? Elle a le droit de faire ce qu’elle veut de sa pause déjeuner.
— Oui, mais je voulais la voir pour lui demander quelque chose…
— Ben, va frapper à sa porte.

Il se dirigea vers son bureau et la porte était close.
Elle avait l’habitude de la laisser ouverte lorsqu’elle n’y était pas, pour éviter qu’on frappe inutilement à la porte si on la cherchait.
Alors ça le rassura de savoir qu’elle était close, elle devait encore être à l’intérieur et il n’aurait pas à chercher ailleurs.
Il frappa. Une fois. Puis deux fois. En attendant qu’elle lui réponde d’entrer.
Rien.
Il frappa une troisième fois, au cas où elle n’aurait pas entendu. Il avait le doute qu’elle soit tellement occupée qu’elle n’ait pas prêté attention au bruit à sa porte.
Il colla son oreille sur le bois et essaya de percevoir le moindre son. Rien.
C’était étrange. Elle n’avait pas l’air d’être là, peut-être qu’elle était partie aux toilettes ou qu’elle avait refermé la porte derrière elle sans faire attention, en partant.
C’était probable et il soupira, agacé de devoir trouver un autre moment pour s’entretenir avec elle.
Il ouvrit la porte pour que la prochaine personne ne frappe pas en vain tout comme il venait de faire.

Il ne s’attendait pas à voir le corps de Marianne étalé sur le sol.
Son sang se glaça et il ne sut pas tout de suite quoi faire.
Il se figea, la poignée encore dans sa main, il étouffa un cri, puis il recula.
Il courut au rez-de-chaussée en panique, le coeur battant à toute allure, et il prévint les autres de ce qu’il avait vu.

Une ambulance fut appelée et Marianne fut emmenée à l’hôpital où elle fut prise en charge.
Les employés étaient choqués, certains étaient inquiets et d’autres sensibles, pleuraient en ayant la crainte que la vie de leur patronne soit en danger.
On appela Duncan pour le prévenir de la situation

— Je t’appelle parce que je ne sais pas comment annoncer ça à Annabelle…
— Elle n’est pas au courant ?!
— Non… pas encore. Ca fait qu’une demi-heure que Marianne est partie avec l’ambulance…
— Ok. Merci de m’avoir prévenu.
— De rien… je ne sais pas ce qu’on va faire…
— Tout va bien se passer, faites comme d’habitude, connaissant Marianne, même si elle est absente pendant quelques semaines, vous n’avez pas à vous inquiéter. Elle a dû tout prévoir.

— Je me doute… c’est juste qu’on est inquiet pour elle… et puis si vraiment… enfin…
Sa voix s’étrangla. Elle préférait ne pas penser au pire.

—Je sais. Fais comme d’habitude. J’appelle Annabelle et on va s’occuper du reste. D’accord ?
— Oui… merci…

Duncan raccrocha et soupira.
Il était super inquiet. Marianne avait une santé de fer.
Il devait se ressaisir et ne pas laisser la panique l’envahir. Tout d’abord. Il devait prévenir Annabelle.
Si une personne devait être mise au courant, c’était elle. Par la suite, il voulait absolument aller voir Marianne et s’enquérir de son état. Annabelle souhaiterait certainement faire la même chose.
Il chercha la fiche de contact dans son téléphone et hésitait à l’appeler.
Non, le mieux était qu’il se rende directement chez elle. Ils iraient voir Marianne ensemble après qu’il lui annonce la mauvaise nouvelle.

Il sonna chez elles.
Annabelle fut surprise qu’on sonne à l’interphone.
Elle n’attendait personne et Marianne oubliait rarement ses clés.
Elle s’étonna de voir Duncan, mais elle lui ouvrit. Ce n’était pas commun qu’il vienne leur rendre visite, mais soit.
Lorsqu’il entra dans l’appartement, le temps qu’il prenne l’ascenseur et qu’il arrive à leur étage.
Elle l’accueillit normalement, en lui demandant ce qu’il faisait ici, sans aucune animosité mais surtout de la curiosité. Quel bon vent l’amenait chez elle ?
Son attitude l’intrigua.
Elle essaya de deviner mais il semblait blême et hésitant. Cherchant ses mots.

— Marianne… elle est à l’hôpital…
Duncan la regarda, sans réussir à trouver plus adéquat.

Il ne savait pas quoi ajouter de plus.
Annabelle se décomposa devant lui.
Duncan n’avait pas l’air de blaguer, il était sérieux et semblait tout autant affecté qu’elle.

— Comment ça… ? Que s’est-il passé ?

Annabelle avait le souffle court, son coeur lui faisait mal dans sa poitrine, elle avait beaucoup trop de questions à poser. Pourquoi.
Duncan prit les devants pour qu’elle se calme.

— Prends le stricte minimum, je sais dans quel hôpital elle est, on y va, maintenant.

Annabelle acquiesça et se dépêcha d’enfiler des chaussures, elle attrapa un manteau et pensa à prendre ses clés.
Elle avait une boule dans la gorge, les larmes aux yeux, mais les instructions de Duncan lui avait permis de ne pas céder à la panique, pas trop.
En moins de 5 minutes, elle était prête et ils se rendirent dans la voiture de Duncan qui était garée en bas de leur immeuble
Annabelle resta silencieuse, les mains crispées sur ses genoux, elle regardait Duncan du coin de l’oeil, et regardait dehors pour se changer les idées. Il fallait qu’elle arrête le flot d’émotions négatives au fond d’elle.
Comment Duncan arrivait à garder son calme.

— On la retrouvée évanouie dans son bureau. Je n’en sais pas plus que toi. On en saura plus quand on sera sur place, on pourra demander aux médecins.
Finit par dire Duncan, pour briser le silence pesant.

Sa voix tremblait, il était également inquiet mais il ne laissait pas transparaître son émotion sur son visage.
Annabelle ne savait pas quoi répondre.
Elle acquiesça et resta silencieuse jusqu’à l’arrivée.

À l’accueil, il fut assez simple de leur demander la chambre de Marianne, et ils purent s’y rendre sans problème.
Lorsqu’ils frappèrent et entendirent la voix de Marianne leur répondre d’entrer, ils furent tellement rassurés.

*

Marianne était assise, adossée à un oreiller et le regard perdu, elle observait par la fenêtre.
La douleur était enfin passée. Elle s’était réveillée entourée de personnel qui s’étaient chargé de son cas.
Quelle frayeur. Elle crut que c’était la fin et la panique l’avait envahie. Cela aurait pu être la fin et il restait tant de choses à faire.
Cela ne pouvait pas se terminer ainsi. Pas avant qu’elle se soit occupée de certaines choses.
Elle observa ses mains, qu’elle resserra et desserra.
C’était le cours naturel des choses, elle se faisait vieille et même avec son alimentation équilibrée, ses séances de sport régulières, elle ne pouvait pas échapper à la maladie. Elle eut un rictus.
Elle posa sa main sur sa poitrine. La douleur qu’elle avait ressentie quelques heures auparavant n’était plus, mais elle se rappelait la sensation très désagréable d’une aiguille plantée dans son coeur.
Elle respira un grand coup.
Quelle situation.
Elle n’avait rien pour prévenir ses proches.
Elle s’affala sur l’oreiller, détendue, exaspérée. Un soupir. Elle n’avait pas d’autre choix que d’attendre et elle sentait que le temps allait être long.

*

Marianne ne pensait pas les voir.
Depuis qu’elle s’était réveillée, les médecins et les infirmiers et infirmières lui avaient posé beaucoup de questions et elle était raccordée à certaines machines. Elle pensait que c’était encore un médecin qui allait lui faire un examen de contrôle. Elle était déjà fatiguée de cette batterie de tests de santé à passer.

Quelle fut sa surprise quand elle vit Duncan, puis Annabelle

— Vous tombez à point nommé. Je me demandais comment j’allais faire pour vous prévenir… mon téléphone est resté au bureau.
Sourit Marianne.

— Tes employés m’ont appelé, t’en fais pas. Comment tu te sens ? Tu nous racontes ?

Annabelle accourut, les yeux mouillés, elle avait envie de la serrer dans ses bras, trop émue de voir Marianne éveillée, elle s’avança jusqu’à son lit et prit ses mains dans les siennes.

— Oh, ma douce Annabelle, ne fais pas cette tête. Regarde, je vais bien !
Dit Marianne, touchée de son attitude.

Elle fit une pause.

— Un petit problème au coeur… je vais beaucoup mieux maintenant. La mauvaise nouvelle c’est qu’ils vont me garder quelques jours pour faire des tests complémentaires…
— Tu as besoin que je te ramène quelque chose ?
— Mes affaires ? Ca serait top ! Merci !
— Ton téléphone, je veux bien, mais repos. Tu ne vas pas travailler à l’hôpital.
— Mais—
— Non.
— … D’accord. Mon téléphone, au moins… et quelques affaires de change… si c’est possible ?
— Ca devrait le faire, j’y vais alors.

Duncan voyait comment était Annabelle et Marianne, et il se sentait de trop dans la pièce.
Il voulait les laisser seule à seule.

— J’arrive.
Dit Annabelle, contre toute attente

— Tu peux rester ici… je reviendrai te chercher à mon retour.
— Comment tu vas faire pour choisir les affaires de Marianne… ?
— … C’est vrai.

*

Ils retournèrent chercher le téléphone de Marianne, en profitèrent pour rassurer ses employés sur son état, et ils passèrent à l’appartement pour qu’Annabelle prépare un sac avec des affaires.
Duncan attendit dans le salon pendant qu’Annabelle s’activait.
Il observa l’appartement.
Ca avait bien changé depuis qu’Annabelle était là. Il ne pouvait qu’imaginer son état avant son arrivée parce que Marianne ne lui avait jamais autorisé à venir, et la connaissant, elle n’avait pas le temps de se préoccuper de l’entretien des lieux.
C’était touchant de voir à quel point Annabelle était impliquée et s’occupait de Marianne.
En moins d’un quart d’heure, elle avait rempli un sac de sport avec tout ce qu’il fallait. Il était plutôt impressionné.

En réalité, il était un peu jaloux que Marianne ait quelqu’un qui soit à ses côtés. C’était donc ça, avoir quelqu’un avec qui partager son quotidien.

2022.03.15

Canapés

Il ne connaissait pas Annabelle et il l’avait mal jugée.
Depuis l’histoire avec Marianne, depuis son erreur, il avait essayé de se faire pardonner.

Contre toute attente, c’était grâce à Annabelle qu’il avait pu se réconcilier avec Marianne.
Elle aurait pu la conforter dans l’idée de couper court à leur amitié, mais elle avait fait le choix, pour le bien de Marianne, de la convaincre de discuter avec lui.
Et pour cela, il lui en était reconnaissante.

C’était la première fois qu’il commençait à vraiment connaître Annabelle.
Cette crainte qu’elle profite de la situation et qu’elle abuse de Marianne était dû à un traumatisme qu’il avait lui-même vécu avec d’autres femmes.
Et il avait encore du mal à accorder sa confiance à de nouvelles personnes.
Marianne était l’exception parce qu’il l’avait rencontrée bien avant et ils avaient grandi et mûri comme des frères et soeurs de coeur.
Leur caractère respectif faisaient qu’ils ne pouvaient pas se faire intentionnellement du mal.
Même si lui, avait par erreur, profondément blessé Marianne.

Il s’était fait violence pour ne pas mal juger Annabelle et son geste l’avait fait réaliser à quel point il s’était trompé à son sujet.
Cela leur arrivait de se voir, lorsqu’il passait voir Marianne à son travail, mais Annabelle quittait la pièce aussitôt, les laissant seuls.
Il comprenait sa réaction, elle n’était pas à l’aise lorsqu’il était dans les parages et il ne pouvait pas lui en vouloir, mais au fond de lui, cela lui faisait de la peine.
Il n’arrivait pas à savoir ce qu’il pouvait bien faire pour qu’elle ne le craigne plus.
Marianne remarqua qu’il était affecté et n’était pas tendre avec lui, comme à son habitude.

— Les conséquences des actes…
— Oui bon, ça va. Je sais que j’ai merdé !

— Comment ça va, sinon ?
Demanda t-elle, pour changer de sujet.

— La routine, et toi ? Comment ça va avec Annabelle ?
— Parfait, nous sommes sur notre petit nuage, enfin surtout moi.
— Maintenant je t’envie…
— Tu songes à adopter un humain, aussi ?
— Hors de question ! T’as eu une chance de cocu, ce n’est pas pour ça que je vais tenter le diable… !
— J’ai dû faire quelque chose dans mon ancienne vie pour avoir le droit à accéder à ce bonheur dans cette vie là.
— Ouais, ouais, c’est ça. Tu saurais pas plutôt ce que je pourrais faire pour me racheter auprès d’Annabelle ? Elle m’en veut encore ?

— Pour être sincère… je crois qu’elle a fini par passer à autre chose. Après tout, notre relation est encore plus solide maintenant, elle te fait la tête plus pour la forme, un peu pour te faire payer ce que tu lui as fait.
Sourit malicieusement Marianne.

— Je sais pas si ça doit me rassurer.
— C’est peu cher payé, tu ne trouves pas ?
— Si… tu as raison…
— Tu voudrais faire quoi ? Apprendre réellement à vous connaître ? Tu sais qu’elle est adorable.
— Je le sais parce que tu ne manques pas d’éloges à son égard. Moi je ne sais pas… je me doute.
— Elle sait pas qui tu es réellement non plus. La dernière fois t’as joué les gros connards, tu te souviens ? Normal qu’elle te fuit comme la peste. Moi aussi je le ferai si je ne te connaissais pas aussi bien.
— Je sais pas… je voudrais l’inviter au resto…
— Et l’insulter ?
— Non ! Justement… l’inviter pour de vrai et me comporter de manière normale, correcte.
— Je sais pas si elle accepterait… tu l’as quand même traumatisée la dernière fois.
— Et si je vous invitais toutes les deux, comme ça, elle serait rassurée… ?
— T’as intérêt à choisir un restaurant qui en jette pour marquer le coup.
— Tu viendrais ? Tu m’aiderais ?
— Je te promets rien, ça se trouve ça ne marchera pas, mais je veux bien t’aider à organiser ça. Je… je m’arrangerais avec Annabelle pour qu’elle vienne aussi. Et puis au moins, on mangera à un très bon restaurant !
— Ok ok… j’ai compris pour le très bon restaurant, je ne te décevrai pas.
— J’ai hâte alors.

*

— Ah au fait, depuis quand Annabelle à une montre… ? C’est nouveau ça ?
— Ah ! Tu l’as remarquée ! C’est mon cadeau pour nos un an de rencontre !
— Je comprends mieux…
— C’était trop mignon quand elle a découvert la surprise, quand elle a ouvert la boîte, et puis je l’ai mise à son petit poignet tout doux, ah… !

Marianne partait souvent en mode super gaga et amoureuse d’Annabelle.

— Arrête, je vais vomir.
Rétorqua Duncan, pour l’embêter.

*

— Ah, j’avais pris cette photo de vous deux au dernier gala, vous étiez ravissantes, je te l’envoi.

— Hm… ? Tu t’amuses à nous espionner maintenant ?
Dit Marianne dubitative.

Lorsqu’elle reçut la photo, elle se figea.

— Quelque chose ne va pas… ?
Demanda Duncan, inquiet d’avoir fait une bêtise.

— Non, enfin si…. mais elle est trop bien cette photo. Merci ! Je vais l’envoyer à Annabelle ! Elle va adorer ! On a très peu de photos toutes les deux ensemble. Tu sais que je ne suis pas fan de selfie.
— Ah, ça me rassure qu’elle te plaise.
— T’en as d’autres ?
— Ca va pas ? J’ai pas passé la soirée à vous espionner comme un paparazzi non plus.
— Hm… c’est vrai. En tout cas, merci pour celle-ci !
— Elle est un peu floue mais on vous reconnait bien dessus.
— Hop, sur mon fond d’écran.
— Je n’ai pas les mots, Marianne.
— Bah quoi, on est trop belles dessus ! Surtout Annabelle !

*

Annabelle reçut la photo et elle était en admiration devant Marianne. Elle était dans sa superbe robe noire et Annabelle devait reconnaître qu’elle n’était pas mal non plus dans cette robe blanche. Elle ne se reconnaissait pas mais la photo était vraiment sympa.
Sans un mot, elle l’enregistra pour la mettre sur son fond d’écran de portable.

*

Marianne lui glissa par la suite que la photo avait été prise par Duncan.
Annabelle ne réagit pas.
Depuis qu’elle était avec Marianne, elle arrivait à intégrer que Duncan n’était pas le personnage odieux qu’elle s’était fait à cause de lui-même.
Marianne enchaîna en lui proposant d’aller au restaurant.
Ce n’était pas rare qu’elles aillent toutes les deux au restaurant, mais cette fois-ci, elle lui proposa de remettre les fameuses robes dans lesquelles elles étaient très bien. Elle prévint Annabelle que c’était réservé pour une date ultérieure mais Marianne avait l’air joyeuse et semblait avoir hâte de pouvoir reporter cette tenue.
Cette bonne humeur était communicative.
Ce qu elle omit de dire, c’était qu’il y aurait Duncan.

*

Le jour J arriva.
Annabelle et Marianne se rendirent à l’adresse.
Le sourire sur le visage d’Annabelle disparu lorsqu’elles arrivèrent à leur table et que Duncan y était assis.
Elle se figea et fixa Marianne dans les yeux.
Il se leva pour les saluer et prit la main d’Annabelle pour l’embrasser avant de retourner s’asseoir.
Annabelle resta fixe.
Elle ne savait pas si elle devait prendre ses jambes à son cou, vomir l’estomac vide, ou… non, elle ne savait pas ce qu’elle devait faire.
Marianne était encore à ses côtés, et la rassurait.
Annabelle ne savait pas quoi penser. Est-ce que c’était une trahison ? Oh, elle comprenait enfin. Marianne voulait l’aider à se réconcilier avec Duncan. Chose qu’elle ne lui avait jamais demandé pour une très bonne raison. Qu’elle n’en avait aucune envie.

— C’est lui qui a réservé dans ce restaurant… ce n’est pas facile d’avoir une table ici, je ne pouvais pas refuser… puis tu verras, ça sera super bon.
Lui chuchota Marianne en messe basse, en essayant de lui faire avaler la pilule.

Il était trop tard de toute façon. Elles avaient déjà fait tout le trajet et elles étaient habillées pour l’occasion.
C’était une table ronde, Annabelle éloigna sa chaise au maximum de Duncan pour se coller à Marianne.
Duncan évita de faire des remarques et se comporta de manière remarquable tout le reste du repas.
Annabelle n’était pas à l’aise, mais au cours du repas, elle réussit à se détendre et oublier Duncan.
Sa crainte qu’il se mette à prononcer des mots désagréables, qu’il commence à l’insulter, était encore présente, mais lorsqu’elle se rendit compte qu’il s’exprimait de manière normale, qu’il était une toute autre personne.
Elle réussit à estomper cette mauvaise image qu’elle avait de lui.

Il avait choisi un très bon vin et Annabelle avait déjà fini son verre.
Il était sur le point de la resservir lorsque Marianne posa sa main sur le dessus du verre pour l’en empêcher.
Elle regarda Duncan dans les yeux.
Annabelle avait déjà les joues rosies, et était un peu plus joyeuse que d’habitude.
Elle ne comprit pas la réaction de Marianne et se tourna vers elle, comme un enfant qui réclamerait plus.

— Non, Annabelle. Tu as déjà assez bu…

Duncan reposa la bouteille.
Annabelle boudait pour la forme, mais au fond d’elle, elle savait que Marianne avait raison. Elle ne se rendait parfois pas compte qu’elle avait déjà trop bu.
Si elle pouvait éviter d’être malade, c’était toujours ça de pris.
Duncan voyait que Marianne avait changé.
Elle qui était de nature festive et à boire au delà du raisonnable, elle était devenue plus responsable.
Ils ne buvaient jamais trop au point de se mettre en danger, surtout qu’ils conduisaient tous les deux, mais cela lui faisait quelque chose de la voir si attentionnée avec Annabelle.
Marianne jouait le rôle de mentor, de maman, mais également d’amante.
Il la voyait expliquer à Annabelle l’utilisation des nombreux couverts autour de l’assiette.
Elles avaient choisi des plats différents et elle faisait goûter à Annabelle ceux qu elle avait prit, et Annabelle lui faisait également goûter les siens.

Il se sentait effectivement de trop à cette table.
Il serait bien parti mais il découvrait Annabelle et la personne qu’elle était.
Un peu maladroite, réservée, mais elle avait quelque chose d’attendrissant, elle rayonnait aux côtés de Marianne.
Cela lui ouvrit les yeux sur ce qu’étaient des sentiments profonds et sincères. Il voyait à quel point Annabelle aimait Marianne, et à quel point elle lui faisait confiance.
Rien n’aurait laissé deviner qu’elle était une humaine de compagnie. Elle ne jouait pas de rôle, elle était vraie et naturelle.
Il se méprenait sur la relation que pouvait avoir un humain de compagnie. Il se doutait que tous n’avaient pas la chance d’être dans une relation aussi agréable.

Perdu dans ses pensées, Marianne s’arrêta pour l’observer et lui fit remarquer qu’il avait une tâche sur la joue, dû à de la sauce, en lui montrant sur son propre visage.
Il ne comprit vraiment pas.
Annabelle prépara sa serviette.
Il fut encore plus surpris.

*

Le repas se déroula mieux que prévu.
Duncan prit la parole à quelques reprises pour raconter quelques annecdotes, l’ambiance était agréable, douce. Annabelle avait du mal à y croire, du mal à croire que Duncan soit si différent de ce qu’elle pensait de lui.
Il recommanda quelques plats, et également les desserts. Plutôt à l’aise dans cet environnement, il prenait les devants. Accompagnant Annabelle et Marianne dans leurs choix.
Annabelle restait collée à Marianne, n’osant pas croiser le regard de Duncan.

*

Après cet épisode, Marianne avait plaidé pour Duncan auprès d’Annabelle, elle avait fini par lui dire que ça allait mieux. Qu’effectivement, il pouvait se comporter normalement et c’est ce qui la choquait à présent.
Elle avait promis à Marianne de faire un effort et ne pas l’éviter de manière aussi évidente, et qu’elle serait moins désagréable ou froide avec lui.
Les occasions étaient juste rares.

Une fois, Marianne demanda service à Duncan d’aller chercher Annabelle et de l’emmener à une soirée. Elle avait une réunion importante et elle les rejoindrait plus tard.
Annabelle avait voulu rejoindre Marianne et l’attendre, mais elle avait insisté qu’ils profitent de la soirée, et qu’elle ne tarderait pas.
Annabelle savait que c’était une excuse et une occasion qu’ils se retrouvent tous les deux, même si le prétexte de Marianne tenait la route.

Ils se retrouvèrent tous les deux dans la voiture de Duncan.
Annabelle garda le silence. Ce n’était pas facile de ne pas faire la tête, constata t-elle.

— Ecoute… je suis vraiment désolé-

— Je sais… je le sais…
Répondit-elle, agacée. Elle avait déjà entendu ses excuses des dizaines de fois, voire plus. Cela lui rappelait qu’elle était rancunière et elle avait promit à Marianne de laisser une chance à Duncan de se racheter.

Duncan s’arrêta net. Il voyait et comprenait la réaction d’Annabelle, et son but n’était pas de la brusquer.
Il inspira et expira.

— Je sais que nous n’avons pas très bien débuté… est-ce qu’on peut recommencer sur des bases saines ? Je suis Duncan, un vieux de plus de 40 ans, qui se méfie un peu trop des gens mais qui tient énormément à ses amis. Notamment à Marianne, parce qu’il n’en a pas beaucoup, des vrais amis…

Il tendit sa main vers Annabelle, en guise de salutation.
Annabelle soupira et se tourna vers lui.
Il esquissait un sourire gêné.
Oui, cela serait gênant si elle refusait cette poignée de main.

— Annabelle… une gamine de 25 ans qui a vendu son humanité mais qui a reprit goût à la vie grâce à Marianne…

Elle tendit timidement sa main, en se forçant à regarder dans les yeux Duncan.
C’était une symbolique importante. Ils se considéraient d’égal à égal, et elle savait qu’il avait raison. Ils devaient repartir de zéro et apprendre à se connaître vraiment.

— Enchanté, Annabelle. Marianne m’a confié la mission de t’accompagner à la soirée, je suis également invité. Nous pouvons l’y attendre là-bas.

Duncan s’installa un peu plus confortablement dans son siège, rassuré que sa démarche n’ait pas été un total échec, et il démarra la voiture.
Annabelle acquiesça sans un mot.

Arrivés, Annabelle le suivit et ils entrèrent dans l’hôtel où se tenait la réception.

— Au fait… si tu pouvais laisser tomber le vouvoiement pour moi… ça me file un coup de vieux… puis tu tutoies Marianne avec qui je partage le même âge.
— Ah…
— Je te tutoie aussi… ça me met un peu mal à l’aise d’avoir une sorte de supériorité vis à vis de toi. Je ne suis pas ton patron.

— Encore heureux…
Lâcha Annabelle, sans faire attention à ce qu’elle disait.

— P-pardon !
S’excusa t-elle immédiatement. Sa pensée avait dépassé son esprit et elle avait prononcé ces mots.

— Haha, pas de problème, je préfère que tu sois à l’aise pour me dire ce que tu penses. Marianne a toujours fait ainsi, et ça me convient parfaitement.

Duncan réussit à se détendre et la rassura.

— B-bien…
Bafouilla Annabelle, un peu surprise de sa réaction.

Il commençait à avoir beaucoup de monde, les invités arrivants à peu près tous en même temps.
Duncan et Annabelle se retrouvèrent rapidement encerclés et les déplacements se firent plus difficiles avec les nouveaux arrivants, dans la pièce près de l’entrée.
Duncan dut s’interposer pour qu’Annabelle ne se fasse pas bousculer et il la rapprocha légèrement de lui, pour éviter qu’elle ne percute quelqu’un par mégarde.

— On va aller un peu plus loin, ça devient trop dense par ici.
Dit-il, en l’invitant à le suivre. Il attrapa deux verres de cocktail au passage et s’installa sur un bout de banc capitonné au fond de la seconde pièce, qui était beaucoup moins remplie.

— Tu sais, je traite plutôt bien mes employés… contrairement à ce que tu pourrais penser.
S’exprima Duncan, qui essayait de rétablir la vérité. Un peu gêné de devoir se justifier.

— Ca me rassure que Marianne n’ait pas un tyran parmi ses amis proches…

Annabelle avait des mots acérés qui se plantaient profondément dans la poitrine de Duncan.

— Es-tu aussi intransigeante avec Marianne ?
— Non… pas autant… mais Marianne est parfaite.
— Ah ah ah. Tu ne la connais pas aussi bien que moi. Si tu savais comment elle était quand elle avait ton âge… même plus jeune que ça.
— Je veux bien plus de détails.
— Elle ne t’a jamais raconté son passé… ? Comment elle en est arrivée là… ?

Annabelle dut répondre à la négative, un peu plus sur la réserve.
Duncan se fit alors une joie de lui raconter quelques anecdotes.

*

— Pourquoi autant de méfiance… ? Il s’est passé quelque chose… ?
Finit par demander Annabelle, à Duncan.

Elle avait réussi à se sentir plus à l’aise depuis qu’il avait prit la parole en racontant son passé avec Marianne. Elle le découvrait sous un nouveau jour. Il était plus sympathique et agréable.
Elle pouvait enfin se décrisper et avoir une conversation presque normale avec lui.
Cette question lui taraudait depuis le début. Depuis qu’il avait dit qu’il était méfiant, et sa méfiance l’avait poussé à traiter Annabelle comme un vulgaire insecte. Cela dévoilait quelque chose.

Duncan inspira un grand coup, observa Annabelle qui semblait curieuse de savoir pourquoi, et il lui devait bien ça, au moins. Alors il lui raconta dans les grandes lignes.

*

Duncan avait été jeune et il avait été amoureux.
Lors d’une soirée organisée par son école, il avait rencontré une jeune fille qui était étudiante dans un autre cursus, et ça avait été le coup de foudre.
Ils avaient rapidement commencé à sortir ensemble.
Ce n’était pas étonnant ni étrange, les couples se faisaient et se défaisaient dans ses milieux là
Ils étaient tous des fils et des filles de gens qui avaient plus ou moins réussis dans la vie, de quoi permettre à leurs enfants de fréquenter ces établissements qui demandaient des frais de scolarité hallucinants pour un employé moyen.
La jeunesse faisant que chaque personne profitaient surtout de l’instant présent, des sentiments amoureux, des plaisirs de la chair, etc.

Duncan découvrait sa première relation amoureuse et il était fou de sa copine. Il la trouvait ravissante, son coeur s’emballait à chaque fois qu’il la voyait où qu’il pensait à elle. Elle était parfaite à ses yeux.
Ses sentiments ne l’avaient pas fait quitter la terre ferme lorsqu’elle lui avait suggéré d’arrêter d’utiliser des préservatifs lors de leurs relations intimes.
Duncan était encore un jeune étudiant et il ne se voyait pas devoir assumer des responsabilités de parents si jamais il mettait par erreur sa copine enceinte.
Il l’aimait mais c’était trop risqué, sans oublier les maladies sexuellement transmissibles, même s’il avait confiance en elle. Il se souvenait avoir eu une discussion sérieuse avec elle à ce sujet. Il lui avait expliqué calmement qu’il l’aimait de tout son coeur, mais qu’il préférait jouer la carte de la sécurité et d’attendre la fin de ses études pour peut-être, envisager des projets plus sérieux comme un engagement, des fiançailles.
Cela aurait dû lui mettre la puce à l’oreille mais sa copine n’avait pas eu d’argument pour s’y opposer et elle avait accepté sa décision sans broncher.
Ils étaient jeunes et il avait mis ça sur le fait qu’elle n’avait peut-être pas réfléchi à cette éventualité.
Elle lui assurait de prendre la pilule.
Quoi qu’il en soit, Duncan préférait assumer sa part de responsabilité en terme de contraception, et suggérait même à sa copine d’arrêter la pilule.
Elle n’avait pas remis le sujet sur le tapis.

Quelques mois plus tard, elle avait déjà rencontré ses parents et elle avait été parfaite. Ses parents l’adoraient.
Un jour, Duncan remarqua des relevés sur son compte bancaire un peu inhabituels. Il n’avait jamais fais plus attention parce qu’il n’avait pas besoin de vérifier son solde régulièrement. Cependant il trouvait étrange que le total baissait et que son relevé lui affichait des retraits et de dépenses qu’il n’avait jamais effectué.
En remontant les informations, il remarqua que cela faisait plusieurs semaines que c’était ainsi.
En vérifiant dans son porte-feuilles, sa carte bleue était manquante. En premier lieu, il pensa qu’il avait dû se faire voler ou faire tomber sa carte quelque part.
Puis il se fit la remarque que c’était étrange, parce qu’il fallait connaître le code. Puis en second lieu, il savait qu’il était possible de payer sur des sites internet sans connaître le code de sa carte.
Il téléphona à sa banque pour faire opposition et bloquer tout de suite sa carte bancaire et n’y prêta pas plus attention.
Plusieurs jours plus tard, il aperçut sa copine fouiller dans la poche de son manteau, et lorsqu’il lui fit remarquer, elle sursauta.
Il était dans le déni, une petite voix lui disait que quelque chose clochait mais il préférait ne pas y croire.
Lorsqu’il lui demanda ce qu’elle faisait, elle n’arriva pas à le justifier d’une manière naturelle.
Alors il dut accepter la vérité.

C’était elle qui lui avait volé sa carte bleue.
Il essaya de croire qu’elle avait des problèmes d’argent , qu’il lui fallait juste demander, parce qu’en réalité, ces sommes d’argent étaient insignifiantes pour lui. Il lui aurait juste fallu qu’elle lui en parle en amont, et il lui aurait fait un virement sans se poser de questions. Il était amoureux à ce point.
Prise en flagrant délit, elle n’arrivait plus à maintenir le rôle qu’elle jouait.
Il ne l’avait pas venue venir, et elle mit fin à leur relation.
Il n’en revenait pas. Tout se passait si bien à ses yeux, il pensait que ses sentiments étaient réciproques, qu’ils vivaient le grand amour, mais tout se brisa en l’espace de quelques minutes, à peine une heure.
Elle était partie en lui disant que c’était fini.
Il n’avait rien pu faire pour la retenir.
Il était dévasté.
Il pensait qu’en patientant quelques jours, cela aurait eu le temps de décanter et qu’il aurait pu rediscuter avec elle, mais à peine une semaine plus tard, il apprit qu’elle était déjà en couple avec quelqu’un d’autre.
C’était une seconde déception.
Il dut voir la vérité en face et accepter que c’était bel et bien fini. Alors qu’il se remettait de cette séparation abrupte. Il avait dû garder la face devant ses amis et ses camarades de classes. Paraître impassible et juste leur dire que c’était fini. Que c’était ainsi.

Marianne était sa confidente et il lui avait raconté toute l’histoire avec les détails et ses soupçons.
Elle était également allée enquêter en posant des questions à ses connaissances à propos de cette fille. Ils avaient découvert qu’elle n’était pas d’une école affiliée aux soirées, que c’était une amie d’une amie qui avait été conviée et que son visage d’ange l’avait aidée à passer inaperçu dans leur milieu. Ainsi que ses belles robes. Elle savait se mettre en valeur.
Ils apprirent peu de temps après qu’elle était engagée avec son nouveau copain et qu’elle était potentiellement enceinte.
Duncan avait eu du mal à digérer cette information.
Il était encore amoureux d’elle mais il voyait maintenant plus clair dans son jeu.
Il avait été assez responsable pour ne pas devoir s’engager avec elle mais une partie de lui-même regrettait que cela se soit terminé ainsi.
Il se sentait également désabusé. Elle avait joué avec lui et ses sentiments. Elle n’avait rien ressenti pour lui. Elle ne s’intéressait qu’aux choses matérielles.
Il se disait que le garçon qui était son nouveau copain et qui l’avait vraisemblablement mis enceinte, était qu’un idiot, qu’il se faisait berner.
Cependant, ils avaient l’air de former un couple heureux et épanoui.
Il avait fait tourner le scénario dans tous les sens dans sa tête, il s’était torturé jour et nuit, pour finalement se dire qu’il n’enviait pas cet homme.
Il n’avait aucune envie de devenir père à un si jeune âge, et surtout pas avec une femme qui n’avait pas été honnête avec lui.
Si elle avait besoin d’argent pour une quelconque raison, il lui aurait donné volontiers. Mais elle n’avait même pas abordé le sujet avec lui.

Marianne lui avait tenu compagnie de nombreuses soirées chez lui, pour éviter qu’il ne fasse une bêtise.
Elle avait du le supporter, dans tous les sens du terme, et elle l’avait raisonné.
Les peines de coeur pouvaient être très douloureuses.

Cette première histoire l’avait vacciné des relations amoureuses. Pour oublier et ne plus y penser, il s’était donne coeur et âme dans son cursus scolaire.
Marianne avait quitté l’année d’après, leur école.
Même s’il lui avait fait réfléchir à deux fois, parce qu’il craignait qu’elle fasse une erreur en partant.

La seconde fois qu’il fit confiance à une femme, c’était des années plus tard.
Il avait obtenu son diplôme, et il avait pu se faire embaucher dans une grande entreprise pour faire ses preuves et voir de quoi était fait le monde du travail.
Etant le petit nouveau, beaucoup d’employés vinrent le saluer, lui souhaiter la bienvenue.
En peu de temps, il avait gravi quelques échelons et il avait une bonne réputation. Il était sérieux et travaillait efficacement et bien.
Cela ne passa pas inaperçu.
Une employée d’un autre service le remarqua.
Elle s’était hissée à son poste actuel mais elle sentait qu’elle ne pourrait pas monter plus haut.
Elle avait sentit que ce jeune avait du potentiel et elle fit en sorte de le croiser « par hasard » à de nombreuses reprises. Que ce soit à la cafétéria, le soir après la fin des heures de bureau.
Tout prétexte était bon pour faire connaissance.
Duncan ne vit rien arriver. Il tomba dans le panneau.
Il s’était aussi promis de laisser une chance aux femmes sans forcément penser qu’elles étaient intéressées.
Au tout début, il se laissa porter par cette relation sans se poser de questions. Il continuait d’être méfiant et ne voulait pas aller plus loin qu’une simple aventure.
Sa collègue semblait être du même avis et ils restèrent discrets sur leur relation charnelle au bureau.
Le temps passa et il finit par s’attacher à elle.
Contrairement à sa première copine, celle-ci ne mentait pas sur son identité. Elle avait une bonne réputation à son travail.
Il décida de lui faire confiance
Il lui proposa même d’emménager chez lui, pour essayer. Elle accepta avec joie.
Leur quotidien se passait à merveilles. Aucune dispute. Tout semblait parfait et il était finalement tombé amoureux d’elle. Elle ne fouillait pas dans ses affaires, et elle ne lui demandait pas de la couvrir de cadeaux.
Ce qui ne l’empêchait pas de lui offrir des présents qu’elle n’aurait pas osé s’offrir.
Puis, au bout d’un peu plus d’un an, il songea à l’épouser. Elle avait déjà rencontré sa famille et le courant était bien passé.
Tout se passait à merveilles mais il surprit une conversation où elle fit tomber le masque.
Elle jouait la comédie pour pouvoir profiter du salaire de Duncan et démissionner. Elle dévoila son plan et avoua qu’elle ne ressentait rien pour lui mais qu’il était le mari parfait pour avoir une vie douce et sans problème. Elle se vantait auprès de sa collègue qu’elle avait parié sur le bon cheval.
Ces mots blessèrent Duncan au plus profond de lui.
Il avait cru à la sincérité et l’honnêteté de leur relation.
Il n’avait rien contre le fait que sa compagne décide de quitter son poste, mais il aurait préféré qu’elle lui en parle, qu’elle se confie à lui.
Ce qui lui fit le plus de peine ce sont les mots qu’elle eut à son égard. Il pensait que ses sentiments étaient réciproques mais cette dure réalité lui tomba dessus.
Il voulait lui faire la surprise en allant la chercher après ses horaires de bureau, pour une fois qu’il finissait plus tôt. Il s’était rendu dans l’aile de son service et il avait surprit cette conversation.
Il fit demi-tour le coeur brisé.
Il eut une discussion sérieuse avec elle, quelques jours après. Il mettait fin à leur relation.
Depuis, il n’avait pas réussi à se lancer dans des relations sérieuses. Il eut des aventures d’un soir, des amourettes, mais il ne s’engagea pas, et les jeunes femmes qui lui tournaient autour n’insistèrent pas en voyant qu’il était hermétique à leurs avances.

Annabelle ne savait pas quoi dire après avoir entendu ces anecdotes au sujet de Duncan.
Elle se sentait terriblement désolée, attristée qu’il ait eu ce genre de mésaventures. Elle comprenait mieux sa réaction lorsqu’elle rencontra Marianne et qu’elle commença à vivre avec.
Mais elle n’était pas comme les ex de Duncan.

Il vit qu’elle était dépitée, cela se voyait clairement sur son visage qu’elle n’arrivait pas à trouver les mots pour le consoler.
Cela le fit sourire. Elle était effectivement adorable, comme Marianne lui rabâchait régulièrement.

— Ne t’inquiète pas, c’est du passé, je vais beaucoup mieux maintenant !
Rit-il, pour détendre l’ambiance maussade qu’il avait installé à cause de ses histoires.

— Je… je ne ferai jamais de mal à Marianne… en tout cas pas intentionnellement…

— Je le sais, maintenant.
Sourit-il, en la rassurant.

C’était nouveau pour lui de discuter avec quelqu’un de désintéressé par lui, qui ne cherchait pas à lui plaire ou qui ne pensait pas à mal.
Il comprenait de mieux en mieux pourquoi Marianne s’était tant attachée à Annabelle.
Elle avait une aura bienveillante, reposante.

— Et toi… ? Ca ne te pose pas problème que… Marianne…
Demanda Duncan, ne sachant pas comment aborder le sujet.

Il espérait qu’Annabelle comprenne sans qu’il ait à prononcer la question complète, mais elle ne comprit pas le sens ni où il voulait en venir.

— Marianne… ?
— Et bien… Qu’elle t’apprécie autant… ? … Qu’elle aime les femmes…

— … Ah bon… ?
S’étonna Annabelle.

Elle ne s’était jamais réellement posée la question. Elle aimait Marianne de tout son coeur, mais elle n’avait pas réfléchi à la nature de ses sentiments, ni ceux de Marianne. Elle était un peu candide et elle pensait qu’elles étaient juste des amies très proches.

— Tu es sérieuse… ? Attends… vous dormez dans le même lit, non… ? Ca ne t’a jamais effleuré l’esprit… ? Vous n’avez pas encore… ?

Duncan en tombait des nues. Il n’arrivait pas à croire Annabelle. Il se demandait si elle se moquait de lui.

— Oui… enfin, on dort ensemble… mais c’est tout… on a pas encore quoi… ?

Annabelle avait du mal à suivre les sous-entendus de Duncan et il dut la croire sur parole. Elle ne comprenait pas ce qu’il lui disait.
Il se mit à rire aux éclats.
Annabelle le regardait les yeux écarquillés.
Elle attendit qu’il reprenne son souffle et que son fou rire passe.

— Qu’est-ce qu’il y a de si drôle… ?
Demanda t-elle, vexée.

— Votre relation… ! Marianne… ! C’est la meilleure… !

Duncan essayait de respirer correctement, à moitié encore plié en deux.

— Vous n’avez pas encore couche ensemble… ?
— On dort ensemble… oui ?
— Non non, je veux dire, faire l’amour !

— Q-quoi… ?!
Bafouilla Annabelle, les joues rouges.

Duncan se remit à rire, il essayait de se retenir.

— Ok, d’accord. Excuse-moi, je ne vais pas te poser d’autres questions indiscrètes. Ca ne me regarde pas. J’étais juste certain que vous étiez amantes. Ca me surprend juste un peu que ce soit simplement platonique entre vous…
Dit-il en essuyant les larmes au coin de ses yeux.

Annabelle ne savait plus où se mettre.
Elle n’avait jamais songé à être plus intime avec Marianne.
Marianne n’avait jamais fait un geste dans ce sens là, peut-être parce qu’elle n’en avait pas envie elle-même. Ou alors elle attendait un pas de la part d’Annabelle.
Elle était en train de se torturer l’esprit.
Marianne était trop gentille et elle n’aurait pas forcé Annabelle ni cherché à la mettre mal à l’aise concernant ce sujet.
Elle ne s’était jamais demandée si Marianne aimait les femmes. Elle n’avait rien vu venir.
Et puis, finalement, est-ce que cela changeait quelque chose par rapport à ce qu’elle ressentait ? Non, elle n’allait pas changer son comportement juste avec ce détail. N’empêche que cela lui trottait dans un coin de la tête.

*

Duncan et Annabelle avaient fini par sympathiser, et discutaient gaiement dans leur coin.
Marianne était finalement arrivée, une bonne heure après.
Elle avait pu s’apprêter et elle les cherchait du regard.
Quelle fut sa surprise lorsqu’elle les vit assis l’un à côté de l’autre. Plus proches physiquement que ce qu’elle aurait cru.
Duncan faisait attention à garder une certaine distance pour ne pas toucher Annabelle, pour éviter de lui rappeler de mauvais souvenirs, mais elle semblait avoir déjà fait table rase de leurs différends.
L’alcool aidant à la rendre un peu plus joyeuse que d’habitude.
Lorsqu’elle vit Marianne, elle lui fit de larges signes, un sourire radieux sur son visage. Son monde semblait s’être illuminé à la vue de cette personne.
Marianne vint s’asseoir à côté d’Annabelle, qui se blottit dans ses bras.
L’alcool lui faisait cet effet, elle avait envie de se coller contre la personne chère à son coeur, la prendre dans ses bras et lui dire à quel point elle était heureuse à ses côtés. C’était embarrassant.
Marianne se pencha pour lui rappeler gentiment à voix basse qu’elles étaient en public.
Annabelle se redressa, gênée, et s’excusant à demi-mot.
Duncan eut un sourire moqueur.

Annabelle n’avait pas l’habitude de boire et la dernière fois, il se souvenait qu’elles étaient rentrées sous l’injonction de Marianne.
Annabelle resta silencieuse.

— Depuis quand vous êtes les meilleurs amis du monde ?
Demanda Marianne, taquine et un peu jalouse.

Elle ne cacha pas cette pointe dans sa poitrine lorsqu’elle les vit échanger des sourires, assis comme un couple en train de flirter sur un banc.

— On faisait juste connaissance, rien de plus. Tu sais bien que c’est toi dans le top de mes amis.
Se justifia Duncan, sur ses gardes.

— Flatteur. Vous avez pu faire un tour ? Il y a des canapés dans les salles un peu plus loin.

— Pour s’asseoir… ?
Demanda Annabelle, incertaine. Ils étaient déjà assis.

— Pour manger.
Sourit Marianne, en mimant un amuse-bouche invisible qu’elle tenait au bout de ses doigts, pour le mettre dans sa bouche.

Annabelle baissa la tête une seconde fois, les oreilles chaudes. Elle se sentait bête.
Duncan n’osa pas se moquer. C’était mignon.
Marianne n’y prêta pas attention et invita Annabelle à se lever, en lui tendant son bras pour qu’elle puisse s’y accrocher.

— Tu n’es pas obligé de nous suivre, Duncan. Va donc aborder quelqu’un. Ce n’est pas comme ça que tu vas trouver l’amour !
Dit Marianne, sans aucun scrupule.

— Dis tout de suite que je vous gêne… et j’ai tiré un trait sur l’amour. Un petit vieux comme moi, je ne me fais pas de faux espoirs.
Soupira t-il.

— Ne sois pas aussi négatif, tu ne fais pas si vieux. T’es encore un jeune vieux. Et moi, regarde, la chance m’est bien tombée dessus. Il suffit juste de lui donner un petit coup de pouce.

*

La soirée se déroula à merveilles et Annabelle salua Duncan avec un grand sourire joyeux, avant qu’ils ne se séparent.

Le lendemain, Marianne lui rappela cela, elle se remémora ces instants un peu gênant.
Finalement, Duncan n’était pas si méchant.
Et elle avait peut-être un peu trop bu.

2022.03.06

Savon [R-18]

Annabelle avait réfléchi aux paroles de Duncan au sujet de la nature de sa relation avec Marianne.
Elles étaient très proches.
C’était indéniable, et Marianne était attentionnée, douce, gentille, tout ce dont Annabelle n’avait jamais rêvé et elle essayait de lui rendre toute cette gentillesse chaleureuse qu’elle lui donnait chaque jour, sans trop comprendre si c’était de l’amour.
Quand elle retournait cette question dans sa tête, cela devait être de l’amour mais était-ce l’amour charnel que Duncan pensait ?
Elle n’avait jamais eu de relation amoureuse avant et elle se demandait si ce qu’elle ressentait était vraiment ça.

Elle avait plus de 25 ans et elle ne savait pas ce que c’était, elle était encore vierge et elle avait l’impression d’être qu’une simple enfant, c’était ridicule.
L’alcool consommé durant la soirée n’aidant pas, elle se sentait bizarre.
Sur le chemin du retour, elle observait le dos de Marianne, puis la main dans la sienne, elle avait le coeur qui battait plus fort, elle avait du mal à respirer.
Les mains douces et chaudes de Marianne qui serraient ses doigts juste assez pour la faire sentir vivante, la faire sentir qu’elle tenait à elle.
Elles arrivèrent enfin chez elles, et Marianne se retourna pour voir Annabelle.

— Tout va bien.. ?

Elle avait remarqué que quelque chose n’allait pas.
Elle s’approcha de sa protégée, beaucoup trop proche pour Annabelle dont le coeur s’emballa et les joues s’empourprèrent.
Marianne lui releva avec douceur son petit menton pour mieux observer son visage.
Annabelle en avait les larmes aux yeux, elle n’osait pas regarder Marianne mais elle fixait ses lèvres, des lèvres qui ne demandaient qu’à être embrassées, peut-être était-ce ce que Marianne attendait depuis si longtemps.
Elle n’avait jamais brusqué Annabelle mais peut-être qu’elle espérait un signe de sa part.
Et Annabelle n’avait jamais fait ca, et si elle faisait mal ?
Ses yeux croisèrent ceux de Marianne qui la regardait sans comprendre.
Il fallait qu’elle se lance.
Elle se hissa sur la pointe de ses pieds pour lui poser un baiser timide, qu’elle fit à moitié sur sa bouche.
Marianne se figea, elle resta sans bouger, interloquée.

— Tu… tu as trop bu… ?
Demanda Marianne, qui n’y croyait pas.

— Non… !
S’exclama Annabelle, vexée.

— Tu viens… de m’embrasser… ?

Marianne toucha ses lèvres du bout de ses doigts, comme pour attester de la véracité de ce geste.

— Oui… je ne devais pas… ?
Se questionna Annabelle, maintenant inquiète d’avoir fait une bêtise.

Marianne sourit et s’approcha d’Annabelle pour la rassurer.
Elle fléchit les genoux pour se mettre à sa taille et lui sourit avec tendresse.

— Je vais te montrer comment on fait.
Dit-elle, amusée.

Elle s’approcha alors jusqu’à ce que ses lèvres touchent celles d’Annabelle.
Puis elle entrouvrit les siennes, l’embrassa plusieurs fois et celles d’Annabelle finirent par naturellement s’ouvrir, laissant place à Marianne d’y engouffrer lentement sa langue pour y chercher celle de sa compagne.

C’était nouveau pour Annabelle.
La sensation humide, douce et tiède de la langue de Marianne dans sa bouche, contre ses lèvres, cela lui faisait comme une boule chaude au creux de son ventre, comme si elle allait imploser de bonheur.
Quelle étrange émotion.
Après ces quelques minutes de moment très agréable, elle était essoufflée et Marianne avait le sourire jusqu’aux oreilles.

— Alors… comment c’était… ?
Demanda Marianne, curieuse.

— Je… plus… ?
Sembla supplier Annabelle.

Marianne éclata de rire.

— Si ça ne te dérange pas, et si on allait se brosser les dents et se doucher, avant de continuer… ?

Annabelle acquiesça et Marianne lui tendit la main pour qu’elle la suive jusqu’à la salle de bain.
Les vêtements et les sous-vêtements étaient par terre.
Les dents propres et l’odeur de dentifrice dans leur bouche, elles se glissèrent dans la douche, toutes les deux.
Marianne arrosa les pieds d’Annabelle avec l’eau pas encore assez chaude, ce qui la fit rire et en même temps Annabelle bouda.
Elles se rincèrent de la tête jusqu’aux pieds et elles se savonnèrent. Marianne ne résista pas à toucher la peau d’Annabelle qui était si blanche.

Après s’être rincée, Annabelle osa enlacer Marianne de tout son corps, collant sa peau tiède et propre contre celle de Marianne.
La poitrine d’Annabelle était douce et moelleuse et Marianne était électrisée.
Elle balada ses doigts sur les contours de ses formes, la faisant frissonner, et elle posa ses mains sur ses hanches, descendant jusqu’à ses cuisses puis elle regarda les réactions d’Annabelle.
Elle jaugea ses réactions et elle approcha ses mains de son entre-jambe.
Annabelle écarquilla les yeux.

— Je peux… ? Je vais y aller doucement, je te le promets.
Dit Marianne, les joues un peu plus roses.

Annabelle prit une grande inspiration et décida de lui faire confiance.
C’était la première fois qu’on la touchait à cet endroit.
Marianne s’approcha pour enlacer Annabelle, et l’embrassa tout en pénétrant tout doucement, lentement, le bout de ses doigts, qui avaient caressé avec précaution ses petites lèvres inférieures avant de trouver l’entrée, et de s’introduire dans son intimité.
C’était terriblement doux, humide et chaud à l’intérieur.

Annabelle lâcha un petit gémissement de surprise puis de plaisir, elle ne pouvait s’empêcher de bouger légèrement des hanches, tout en se tenant à Marianne de peur de tomber à cause de ses genoux qui semblaient s’affaiblir à mesure que Marianne continuait son exploration, ses caresses internes.

Marianne profitait du spectacle, Annabelle respirait de manière étrange, elle réagissait et elle s’agrippait à elle. C’était délicieux à sa manière.
Elle finit par se retirer.
Laissant Annabelle haletante et presque déçue.

— On va se rincer une dernière fois, et se sécher avant d’attraper froid.

Annabelle n’avait pas d’autre choix que d’acquiescer.
Elles se séchèrent et elles se rendirent sur le lit de la chambre, toutes les deux nues.
Marianne baissa l’intensité de la lumière pour qu’il ne reste qu’un halo simple.
Elles s’allongèrent sur la couverture et Annabelle se colla contre Marianne comme pour lui supplier de continuer ce qu’elle avait commencé.
Marianne gloussa. Annabelle était trop timide pour le formuler.
Pendant que Marianne s’attelait à caresser et satisfaire Annabelle qui découvrait cette sensation de bien-être, Annabelle l’embrassait, puis elle finit par balader ses propres mains sur le corps de Marianne.
Timidement.
Marianne frissonna, ses mamelons se dressèrent et un courant électrique lui parcouru le long de son dos.
Lorsque Annabelle finit par arriver sur ses hanches, ses mains se posèrent entre ses cuisses, ses doigts fins étaient encore hésitants, elles cherchaient l’entrée, n’osant pas complètement.
Alors Marianne ne dit rien, et la laissa prendre son temps, le temps de découvrir le corps de Marianne et son intimité.
La curiosité la fit caresser chaque parcelle de sa vulve, jusqu’à ses lèvres, le clitoris. Elle avait la même chose mais en même temps c’était tellement différent.
Puis elle trouva l’origine de cette substance liquide qui s’écoulait de sa fente.
Elle y introduit avec une telle lenteur un premier doigt.
Marianne se contracta et s’arrêta un instant, pour savourer cet instant.
Annabelle ouvrit les yeux pour observer le visage de Marianne. Elle semblait apprécier ce qu’elle lui faisait.

2022.02.18

Réputation

Marianne avait emmené Annabelle avec elle à cette soirée professionnelle.
Elle voulait lui montrer et lui faire découvrir le monde dans lequel elle vivait, mais également montrer aux autres à quel point elle était épanouie d’être avec Annabelle. Elle n’avait aucune raison d’avoir honte d’elle. Elles avait passé un certain temps pour choisir une tenue adéquate.

Marianne portait une robe à grand décolté noire et longue, qui laissait apparaître ses épaules larges et son dos musclé. Des boucles d’oreilles longues et fines et un collier un peu plus large au ras du cou.
Elle avait coiffé ses cheveux en une queue de cheval haute, fluide et sombre qui retombait derrière elle.

Annabelle était dans une robe blanc cassé qui accentuait son teint pâle et la blondeur de ses cheveux.
Ceintrée comme il fallait à la taille, elle mettait en valeur sa poitrine généreuse sans trop en faire, la coupe de la robe était en col V, et des boutons en tissu descendaient jusqu’en bas.
Ses longs cheveux blonds étaient coiffés dans un style bohémien très léger.

Annabelle s’était accrochée au bras de Marianne et n’osait pas regarder les autres. Elle ne se sentait pas à sa place. Marianne la rassurait et lui rappelait qu’elle était très belle et qu’elle n’avait aucune raison de se cacher ni baisser la tête.
Tout était trop lumineux pour elle, les lustres, la moquette trop propre, les meubles vernis et brillants, les bijoux des invités qui scintillaient à la lumière, tout.
C’était trop luxueux que c’en était gênant.
Alors elle resta accrochée au bras de Marianne, de peur de se faire engloutir par cette foule qui semblait la juger.

Duncan faisait partie des convives, et il remarqua l’arrivée de ces deux femmes. Il sortit discrètement son téléphone pour prendre une photo d’elles.
Elles étaient toutes les deux sublimes et il savait que cela ferait plaisir à Marianne d’avoir une photo souvenir de cette soirée.
Depuis le dernier épisode où il avait merdé, il savait que Marianne était un peu en froid avec lui.
Surtout Annabelle qui faisait tout pour l’éviter et il ne pouvait pas lui en vouloir. Il savait qu’elle ne le portait pas dans son coeur et il resta à l’écart pour respecter cela. Il espérait au fond de lui qu’elle lui pardonne un jour. Il devait réfléchir à un moyen de se faire pardonner. Il s’éloigna en les laissant profiter de cette soirée sans lui.

*

Marianne avait dû s’éloigner et aller aux toilettes.
Laissant Annabelle seule sur le comptoir du bar.
Au bout de quelques minutes à peine, que quelques hommes étaient venus l’aborder.
Ils connaissaient Marianne de loin, de réputation et ils n’auraient jamais osé s’approcher en sachant qu’elle était dans les parages, mais la petite perle qu’elle protégeait était maintenant seule et ils ne se gênèrent pas pour aller faire connaissance avec la jeune femme.
Annabelle paniqua. Elle ne savait pas comment réagir ni quoi dire sans la crainte de mal faire.
Les hommes étaient déjà un peu alcoolisés par la soirée et joyeux, ils lui forcèrent un peu la main pour la décoincer et qu’elle accepte de les suivre pour s’amuser plus.
Annabelle ne savait pas refuser sans paraître impolie.

Duncan avait repéré ces hommes et il cherchait des yeux Marianne en espérant qu’elle intervienne.
Malheureusement elle n’était pas à côté et il soupira.
Il devait faire quelque chose.
Il s’approcha d’Annabelle et jeta un regard noir aux hommes qui essayaient de l’emmener ailleurs.

— Est-ce que je peux vous aider, messieurs ?

Ils blêmirent et décidèrent de s’en aller.
Annabelle ne savait pas qui elle devait craindre le plus.
À la vision de Duncan, elle se crispa et n’osa pas le regarder. Cela lui rappelait trop de mauvais souvenirs.

— Bonsoir Annabelle… je ne vais pas t’importuner longtemps… où est Marianne ?
— Elle… elle est partie aux toilettes.
— Ah… l’appel de la nature… bon, je m’en vais dès qu’elle reviendra. Est-ce que je peux te commander quelque chose en attendant ? Je vois que tu n’as rien à boire.
— …
— J’imagine que tu n’as pas osé demander au barman ? Ou alors tu ne sais pas quoi choisir… ?
— Si c’est pour vous moquer de moi, je crois que je préfère encore la compagnie des autres hommes.

Elle n’y pouvait rien, ses poils se hérissaient à sa vue et à sa proximité. Cela lui rappelait les mauvais moments comme s’ils s’étaient déroulés la veille.

— Ecoute… je suis vraiment désolé pour ce que j’ai fait…
— Vous comprenez que je ne peux pas juste vous pardonner et oublier….

Elle savait et ce n’était pas la première fois qu’il essayait d’acheter son pardon, mais elle ne contrôlait pas ce qu’elle pouvait ressentir à son égard.

Marianne revint enfin et elle ne reconnut pas immédiatement Duncan de dos.

— Je peux vous aider ?
— Marianne.
— Duncan.
— Je vous laisse, bonne soirée.

Duncan s’éclipsa.

— Est-ce qu’il s’est passé quelque chose… ? Est-ce qu’il a fait quelque chose… ?
Demanda Marianne, inquiète.

— Non, enfin si… je me suis fait aborder par des hommes peu de temps après que tu sois partie… Duncan les a fait fuir…
— Je suis désolée, j’aurais dû-
— Non, ce n’est pas grave. Tu es là maintenant.

Annabelle sourit à Marianne, lui attrapa le bras à nouveau, et se colla à elle.
Elle ne voulait pas gâcher cette soirée.
Marianne serra la main d’Annabelle autour de son bras, et l’emmena ailleurs pour profiter de la soirée.

Elles burent quelques cocktails, grignotèrent quelques amuse-bouches.
Marianne présentait les invités les plus importants à Annabelle, de loin, racontant ce qu’ils faisaient et une partie de leur parcours.
Elles durent également saluer d’autres personnes importantes.
Annabelle était timide, elle avait l’impression que son statut était marqué au fer rouge sur son front.
Marianne la présentait pourtant comme sa compagne, sans entrer dans les détails.
Les interlocuteurs semblaient accepter cette présentation sans broncher, et ils la saluaient avec le même respect que pour Marianne, avant de s’éclipser retrouver d’autres personnes.

La soirée passa relativement vite.
Il eut un discours, des verres à trinquer, une partie dansante avec de la musique classique, pour l’ouverture de la piste, puis progressivement la musique fut plus électronique et dans un rythme plus rapide.
L’acoustique avait été pensée pour que les salles adjacente ne soient pas affectées par le bruit.

Elles s’étaient posées dans un fauteuil, profitant que la plupart des invités s’étaient orientés vers la salle dansante.
Annabelle était un peu fatiguée, c’était beaucoup d’émotions pour elle, et surtout beaucoup trop d’alcool, elle qui n’était pas tellement habituée à boire.
Le peu qu’elle avait grignoté n’avait pas réussi à éponger ce qu’elle avait ingéré en cocktails sucrés et alcoolisés.
Elle ne s’était pas rendue compte du taux d’alcool dans ses boissons.
Elle avait la tête qui tournait légèrement et elle commençait à s’assoupir.

— Annabelle… ?
Marianne l’interpellait pour la troisième fois.

— Hm… ?
Finit-elle par répondre, la tête posée sur l’épaule de Marianne, les yeux fermés.

L’effet inhibiteur décuplait sa sensation de bien-être et de bonheur aux côtés de Marianne. Elle se sentait comme dans du coton.
Elle était dans un état second.

— Tu es sûre que ça va… ?
S’inquiétait Marianne.

— Hm… oui… je me repose encore quelques secondes et on va aller danser…
— Je ne crois pas… On va rentrer… il commence à se faire tard.

— Oh non… pas maintenant…
Chouinait Annabelle, comme une enfant.

— Si si… tu n’es pas en état de danser de toute façon…

Annabelle essayait de tenir tête en insistant le contraire. Mollement.
Elle se releva et faillit perdre l’équilibre.
Marianne la rattrapa.

— Ca suffit maintenant… sois raisonnable.
Lui chuchota Marianne.

Essayant de ne pas la brusquer. Elle craignait qu’Annabelle fasse une scène mais elle se résigna et suivit Marianne en boudant.
Ce qui était une réaction plutôt attendrissante du point de vue de Marianne.

Dans la voiture, Annabelle s’endormit presque aussitôt, avec un sourire aux lèvres.
Marianne l’observait de temps en temps.
Elle espérait qu’Annabelle ait passé une bonne soirée et qu’elle en garde de bons souvenirs.

2022.02.08

Egale

Cela faisait maintenant plusieurs mois, presque une année entière qu’elles vivaient ensemble et qu’elles étaient heureuses ainsi.
Elles avaient leur quotidien et leur routine.
Marianne aurait pu avoir des doutes sur les sentiments d’Annabelle, mais Annabelle était sincère et honnête. Elle avait ce trait de caractère qui faisait qu’elle ne pouvait pas mentir ni se forcer à faire quelque chose dont elle n’avait pas envie.
Marianne avait fini par le remarquer.

Annabelle avait maintenant pris ses aises, elle avait appris auprès de Marianne, à prendre des initiatives pour le bien de Marianne, et même à apprendre des choses pour améliorer le quotidien de Marianne et la rendre heureuse. C’étaient des petites choses de la vie quotidienne, comme apprendre à faire correctement la cuisine, bien programmer la machine à laver, passer l’aspirateur dans tous les recoins.
Elle voulait et appréciait que Marianne soit fière d’elle, de lui apporter quelque chose, parce qu’elle n’avait jamais été aussi heureuse depuis qu’elle vivait chez elle.

Marianne ne lui avait rien demandé, juste sa présence lui mettait du baume au coeur.
Elle avait une raison de rentrer chez elle, elle avait hâte de rentrer après sa journée de travail, et elle adorait prendre soin d’Annabelle.
Lui faire découvrir des choses qu’elle n’avait jamais pu avoir accès, pour lui montrer le confort de sa vie et partager cela avec elle.
Elle avait quelqu’un avec qui elle se sentait libre, légère, sans crainte de ne pas bien paraître.
Elle arrivait à se sentir assez à l’aise pour juste être elle-même, sans peur qu’Annabelle ne lui tombe dessus ou que cela ait des répercutions professionnelles.
Elle était dans sa bulle de confort.
L’endroit clos de son appartement formait une zone où elle pouvait se sentir en sécurité.

Marianne considérait Annabelle comme une personne à part entière, elle avait presque oublié l’existence de ce fichu contrat qui stipulait qu’Annabelle était sous ses ordres, sous sa responsabilité.
Elle se doutait qu’Annabelle avait des sentiments et de l’attachement et de l’affection véritable à son égard, que ce n’était pas dû à une obligation du contrat.

Annabelle avait gagné en assurance et osait plus s’affirmer pour exprimer ses opinions. Elle savait comment Marianne fonctionnait maintenant et elles étaient assez proches pour se taquiner et Annabelle devait parfois reprendre Marianne en la rappelant à l’ordre sur son comportement.
Marianne faisait exprès de mal se comporter pour se faire réprimander. C’était un petit jeu qu’elles aimaient faire. Elle avait cette attitude enfantine qu’elle exagérait parce qu’elle avait rarement l’occasion de pouvoir se laisser aller, et Annabelle jouait son rôle de maman de manière très appliquée.
C’était amusant qu’elles changent de dynamique de temps en temps. Annabelle était celle qui se faisait chouchouter de manière générale, par Marianne.

Une fois par semaine, Annabelle était invitée à accompagner Marianne à son travail, et elle essayait de l’assister dans ses tâches.
Marianne ne pensait pas que cela l’intéresserait, mais un jour, Annabelle remarqua une erreur dans un de ses tableaux et Marianne se rendit compte qu’Annabelle était douée pour ça.
Sans lui mettre la pression ni lui ordonner, elle lui demanda si elle pouvait l’aider sur un petit dossier, et elle s’en sortit avec beaucoup de facilité.

— Mais… tu as déjà fait ça auparavant ?
Demanda Marianne, plus que surprise.

— Non… mais mon ancien travail y ressemblait… à quelques détails près… pourquoi… ? Est-ce que je me suis trompée quelque part… ?
S’inquiéta Annabelle.

— Mis à part quelques points que tu ne pouvais pas deviner… c’est du bon travail… si cela te plaît… tu pourrais m’aider en mâchant une partie de mes dossiers.
S’exprima Marianne, en relisant les feuilles qu’Annabelle venait de lui rendre.

Depuis, Annabelle soulageait Marianne d’une partie de ses affaires une fois par semaine.

*

Comme dans chaque relation, il y a parfois des hauts et des bas.
Marianne avait demandé à Annabelle de l’accompagner à un gala et Annabelle avait refusé, contre toute attente.
Elles n’avaient pas réussi à se mettre d’accord et le ton était rapidement monté.
Marianne ne comprenait pas pourquoi Annabelle refusait sa proposition.

— Je ne peux pas, c’est comme ça… je ne suis pas digne de t’accompagner.
— Comment ça ? Bien sûr que tu l’es ! Tu es… ma partenaire !
— C’est comme ça que tu vas me présenter ? Ne me fais pas rire, Marianne… je ne suis pas ton égale…
— Qu’est-ce que tu racontes ? Je t’ai toujours considérée comme mon égale, une personne à part entière. Bien sûr que je t’y présenterai comme ma compagne !
— Je suis… ton humain de compagnie.
— Officiellement ? Je me fiche de ces papiers qui attestent de ton statut officiel.
— Moi, pas.
— Ce qui compte c’est ce que tu représentes pour moi, Annabelle. Tu es plus que juste un humain de compagnie. Je pensais que tu le savais…
— On ne vient pas du même monde, Marianne… je vais avoir l’air de quoi à tes côtes, à cette soirée beaucoup trop bien pour moi ? Dis-moi ? Je ne veux pas te faire honte… je n’y connais rien à tout ça…
— Tu ne me fais jamais honte, Annabelle. Je serai avec toi, je t’expliquerai s’il faut, et tu seras très bien…
— Je t’appartiens, Marianne…
— Notre relation est plus que ça, Annabelle. Tu n’es pas juste ma chose. Qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour que tu comprennes ? Est-ce qu’il faut que je détruise les documents d’adoption ? Est-ce que tu fais semblant de m’apprécier… ?
— Non… !
— Tu sais que je serai prête à te demander en mariage, pour que cela soit clair entre nous. J’ai entièrement confiance en toi et s’il faut cela pour que tu imprimes que tu es aussi importante à mes yeux, je le ferais.

Annabelle resta sans voix.
Elle ne s’attendait pas à cette proposition dans cette circonstance. Elle était juste mal à l’aise de s’imaginer, elle, aux côtés de Marianne qui était si importante, à un gala. Et cela la rendait folle que Marianne ne voit pas le problème, qu’elle soit obligée de la mettre dos au mur pour qu’elle comprenne ce complexe d’infériorité qu’elle avait.
Elle avait si peur qu’on sache qu’elle soit un humain de compagnie. En réalité, elle avait honte de son statut.
Elle n’était rien aux yeux de la société. Elle était comme un vulgaire animal. Un animal de luxe mais un humain sans importance. Elle avait tellement peur que cela entache l’image de Marianne, qu’elle ne voulait pas prendre ce risque.
La présenter comme sa partenaire, elle ne savait pas si c’était pire. Elle affichait aux yeux de tous qu’elle était en couple avec une femme. Est-ce que c’était ce qu’elle voulait vraiment ?
Mais Marianne était en train de songer à la demander en mariage ? Non, impossible.
Elle ne pouvait pas accepter. Elle avait l’impression de lui forcer la main. C’était trop, elle ne voulait pas exprimer son refus parce qu’elle ne voulait pas blesser Marianne, mais tout son corps criait « non ».
Son coeur disait autre chose. Elle aimait Marianne mais elle n’arrivait pas à accepter. Elle ne méritait pas d’être propulsée sur les devants de la scène.

— Annabelle. Je veux montrer au monde à quel point tu comptes à mes yeux. C’est pour ça que je souhaiterais que tu m’accompagnes.

Marianne avait attrapé Annabelle par le bras et l’avait forcée à la regarder dans les yeux pour sonder ses pensées.

— Ce n’est pas du jeu… je peux pas refuser si tu dis des choses comme ça.
— On va te trouver une superbe tenue, tu seras magnifique et tout le monde ne verra que toi.
— Si on pouvait éviter… je préfèrerais être discrète…
— Comme tu voudras, dans tous les cas, tu ne le regretteras pas, on va s’amuser comme des folles !

*

— Sinon, pour le mariage, je ne plaisantais pas.
Dit Marianne, alors qu’elles étaient toutes les deux dans le lit, la lumière éteinte.

— On va déjà aller au gala ensemble…
— Tu n’as pas dit non.
— Je n’ai pas dit oui, non plus… Bonne nuit Marianne…

2022.02.08

Velours

Marianne aimait faire du shopping ou juste du lèche-vitrine.
Annabelle avait fini par s’y habituer, elle l’accompagnait et elles essayaient parfois des tenues pour le plaisir de Marianne.
Elle aimait flâner, se balader dans les galeries marchandes, tenir la main d’Annabelle dans la sienne et profiter de l’instant présent.
Elle était frustrée qu’Annabelle ne désire jamais rien. Elle n’arrivait pas à trouver ce qui lui ferait plaisir.
Elle ne s’exprimait pas sur ses envies, et elle regardait rarement ce qu’il y avait dans les vitrines.

Ce jour-là, Annabelle s’arrêta un court instant devant une bijouterie. Son regard avait été captivé par une montre. Pas n’importe laquelle, mais une automatique avec le mécanisme apparent. Elle avait été intriguée. Ce fut que l’histoire d’une petite minute, son attention avait été attirée.
Marianne remarqua cet intérêt. Il n’était pas dans les habitudes d’Annabelle de s’arrêter, ni de regarder intensément ce qui se trouvait dans les boutiques.
Elle ne fit pas de remarque parce qu’elle savait qu’Annabelle n’était pas honnête avec elle-même lorsqu’il s’agissait de choses pour elle
Elle nota l’emplacement de la boutique et elles continuèrent leur balade.

*

Marianne revint seule quelques jours plus tard et entra dans la bijouterie.
Elle chercha et se rappela quel objet Annabelle avait pu voir. Elle ne perdit pas beaucoup de temps.
Elle remarqua également la montre. C’était une montre simple mais raffinée et elle comprit pourquoi Annabelle avait eu un coup de coeur dessus.
C’était bientôt les un an de leur rencontre et ce présent serait parfait pour marquer cet anniversaire.
Marianne ne regarda pas le prix. C’était celle là et pas une autre. Elle aurait pu se tromper, elle aurait pu douter, mais elle était certaine de son choix. Au pire des cas, elle pourrait la rendre au magasin.

Elle se réjouissait d’avance de la réaction d’Annabelle.
Elle se doutait qu’elle commencerait par bouder, puis peut-être qu’elle l’insulterait, mais gentiment, mais au fond d’elle, Annabelle serait heureuse. Surprise et contente de ce présent.
Elle n’avait pas de montre et c’était un accessoire dont elle pourrait se servir régulièrement et qui l’accompagnerait au quotidien.

*

Le présent était dans une jolie boîte en velours, pas très imposante.
Marianne voulait que tout soit parfait.
C’était le jour J.
Elle ouvrit la boîte pour observer que tout était en ordre. Elle la referma et la rangea sous son oreiller.
Elle avait réfléchit au meilleur moment pour lui faire la surprise, et elle avait choisi le matin.
Ce jour là était tombé un week-end et elles purent faire une grasse matinée bien méritée.

Annabelle était une grosse dormeuse, Marianne un peu moins. Même si depuis qu’elles étaient ensemble, elle avait beaucoup moins d’insomnies, elle était plus sereine et elle pouvait se dire qu’elle baignait dans une bulle de bonheur.
Trop excitée par sa propre surprise et ayant hâte de voir la réaction d’Annabelle, elle se réveilla et ne réussit plus à se rendormir, alors elle observa sa petite poupée assoupie.
Annabelle dormait à poings fermés et elle semblait faire un doux rêve

Apaisée par le tableau qu’elle avait sous ses yeux, elle était sur le point de se rendormir lorsqu’Annabelle sembla se réveiller, elle ouvrit les yeux et elles se retrouvèrent à se regarder mutuellement.

— Bonjour…
Murmura Annabelle, surprise de voir le visage de Marianne aussi près du sien, et en train de l’observer.

Marianne, qui n’osait pas trop déranger le sommeil d’Annabelle, pu enfin se déplacer pour se coller à elle, l’enlacer tendrement pour lui souhaiter un bonjour.
Annabelle était si douce entre ses bras, et elle sentait si bon. C’était un sentiment très agréable et chaleureux.
Annabelle se blottit entre ses bras et se lova comme un chaton contre sa mère.
C’était le meilleur réveil qu’elle puisse imaginer.
Elles profitaient ainsi du weekend, de passer du temps ensemble sans se presser.

— Tu sais quel jour on est… ?
Demanda Marianne, avec un large sourire.

— Samedi… ?
Répondit Annabelle, qui se demandait si elle avait oublié quelque chose.

— Oui… et… cela fait un an que tu es à mes côtés…

— Un an… déjà… ?
S’étonna Annabelle.

Elle n’avait pas noté cette date qui avait chamboule sa vie.
Marianne tendit sa main pour récupérer le cadeau sur lequel elle était allongée.
Annabelle se figea.
C’était une boîte, mais pas n’importe quelle boîte.
Elle était en velours et elle savait d’expérience que ces boîtes contenaient des bijoux.
Elle eut le coeur qui s’arrêta un instant.
Est-ce que Marianne allait la demander en mariage… ? Elle se souvenait qu’elle lui avait déjà parlé de ce sujet rapidement, presque comme une blague, et elle ne l’avait pas prise au sérieux.
Elle n’arrivait pas à croire que Marianne voulait officialiser leur relation.

Marianne vit sa réaction et souriait plus que nécessaire.
Elle voulait la surprendre et c’était réussi, elle avait tout de même une petite appréhension sur son avis. Allait-elle apprécier ? Beaucoup ? Un peu ? Pas du tout ?
Elle lui donna la boîte et la laissa l’ouvrir.

Annabelle bloquait.
Elle voyait le sourire de Marianne, l’excitation qui s’en dégageait. Mais elle appréhendait.
Comment devait-elle réagir si c’était une bague… ? Elle n’était pas prête, elle ne se sentait pas digne.
Elle ne pouvait pas faire languir Marianne plus longtemps, elle inspira un grand coup, et elle ouvrit délicatement cette boîte à la texture douce.
Elle fut plus que surprise.
Elle resta fixe, à regarder sans croire ce qu’elle voyait à l’intérieur.
Elle se souvenait de cette montre. Elle l’avait vue juste un instant. Comment et pourquoi. Comment Marianne avait su ? Pourquoi avait-elle fait ça ? C’était trop beau, c’était trop.
Elle ne pouvait détourner son regard de l’objet. Il était encore plus beau entre ses mains, sans la vitrine qui les séparait.
Elle hésita. Elle douta. Etait-ce vraiment pour elle ? Marianne avait peut-être acheté cette montre pour elle, et elle lui montrait juste. Ca ne pouvait qu’être que ça. C’était juste une coïncidence que ce soit la même que celle qu’elle avait vu il y a quelques semaines dans les magasins.

— C’est… magnifique.
Dit-elle, en la refermant et la rendant à Marianne

Et là, ce fut l’incompréhension.

— Tu… tu ne l’aimes pas… ?
— Si… mais… c’est pour toi, n’est-ce pas ?
— Non, Annabelle. C’est pour toi…

Marianne ouvrit la boîte à nouveau pour en sortir la montre et la mettre au poignet d’Annabelle.

— Mais… Marianne…
— Est-ce qu’elle te plaît… ?
— C’est… c’est trop beau pour moi. Je peux pas accepter-
— Si. Si elle te plaît, c’est parfait. Sinon on peut retourner en boutique pour que tu choisisses le modèle qu’il te plait.
— Non non… elle est parfaite…

Annabelle était émue.
Le toucher froid du métal de la montre contre sa peau lui fit un frisson, puis elle n’arrivait pas à quitter du regard ce présent.

— Mais… je n’ai rien prévu pour toi, Marianne-
Réalisa t-elle, avec horreur.

Marianne l’embrassa tendrement sur le front.

— Le plus beau des cadeaux, c’est que tu sois à mes côtés… et que tu acceptes mon présent.

Annabelle se blottit à nouveau dans ses bras.
Elle était gâtée.

2022.02.06

Invitation

Marianne avait proposé à Annabelle de l’accompagner à cette soirée professionnelle.

Ce n’est pas qu’elle n’aimait pas y aller, c’était qu’elle s’y ennuyait un peu, seule. C’était beaucoup pour faire bonne figure devant les autres chefs d’entreprises de la région, devant le conseil régional, montrer qu’elle existait et que son affaire marchait.
Elle savait qu’elle devait y aller mais l’idée ne l’enchantait guère.

Elle jouait avec l’enveloppe d’invitation qu’elle avait reçue. Une très belle enveloppe, le papier était agréable entre ses doigts. Depuis le temps qu’elle le tournait et le retournait dans ses mains, elle en avait presque mémorisé chaque millimètre de détails.
Elle se disait que la région avait du budget et choisissait bien sa papeterie pour ce genre d’événement.

Comment allait-elle s’habiller cette fois ?
Elle avait l’habitude de louer ses robes, elle avait sa boutique favorite pour cela, puis il fallait qu’elle prenne rendez-vous chez le coiffeur.
Elle soupira.

Annabelle frappa et rentra dans le bureau pour lui apporter de quoi boire et grignoter.
Marianne avait son petit goûter : un thé vert bien chaud avec des petits biscuits sucrés. Aujourd’hui c’étaient des spéculos. Le côté sucré était atténué par l’amertume légère du thé vert.
Elle remercia sa secrétaire adorée et une idée lui traversa l’esprit.

Annabelle était toujours habillée dans les mêmes vêtements simples. Une chemise blanche cintrée par une jupe longue sombre, des petits escarpins. Une coiffure sage et sobre.
Marianne était curieuse de la voir dans d’autres vêtements, et elle laissait libre court à son imagination quant à imaginer cette poupée sans expression dans des tenues beaucoup plus extravagantes.
Puis elle trouva le prétexte parfait : lui demander de l’accompagner.
Annabelle ne s’y serait pas opposée, elle le savait, elle était très malléable sur ce point.
Lorsque Marianne lui exposa la situation, elle n’eut pas d’autre choix que de se plier à ses exigences.

Annabelle ajouta le rendez-vous à la boutique ainsi que le coiffeur dans le calendrier.
Elle avait été prise au dépourvu.
Marianne la regardait, la fixait, puis souriait un peu bêtement, sans un mot puis lui posa cette question.
Ce n’est pas comme si elle pouvait refuser, cela avait été formulé comme une proposition mais elle n’avait aucune raison valable de la décliner.
Elle ne se doutait pas dans quelle aventure elle s’était engouffrée en acceptant cette requête.

Elle accompagna Marianne à la boutique pour louer leur tenue.
Annabelle ne savait pas quoi choisir, elle se mit en retrait et suivit Marianne qui était en train de regarder les différentes tenues en rayon. Elle finit par arrêter son choix sur une longue robe sombre au décolté plongeant et fendue jusqu’au dessus de sa cuisse.
Elle la posa avec son cintre sur un fauteuil au milieu de la pièce et se tourna vers Annabelle.
La main sous son menton, elle scrutait sa secrétaire de haut en bas, songeuse. Elle repassa en revue les autres robes.

— Tu as une préférence… ?
Demanda t-elle, au moins.

— N-non… ?
Répondit Annabelle, ne sachant pas quoi répondre d’autre.

Elle n’avait pas l’habitude de faire du shopping ni du lèche-vitrine.
Marianne sortit deux robes qu’elle compara devant le corps d’Annabelle, puis s’arrêta sur une robe courte et sombre. Elle hésita. Cette robe était trop révélatrice.
Elle choisit l’autre, une robe claire, en drapé et dans un tissu légèrement satiné, plus longue.
Elle appela la tenancière pour les aider et les emmener dans la partie cabine d’essayage.
Marianne fut la première à porter la robe. Il y avait que quelques ajustements à faire mais elle avait l’habitude et la personne la connaissait depuis le temps.

Ce fut un peu plus long pour Annabelle qui ne connaissait pas ses mensurations, les mesures furent prises puis il fallut trouver la robe dans la taille adéquate.
Elle ajusta les quelques détails avec des pinces de manière provisoire et montra le résultat.
Elle était sur une sorte de piédestal et des miroirs en quart de cercle devant elle.
Marianne n’était pas loin et elle était sans voix.
La robe embellissait Annabelle.
Avec sa peau claire, la couleur de la robe accentuait cette pâleur. Elle avait une poitrine généreuse et une taille de guêpe mise en valeur par la coupe de l’habit.
Le tout retombant en drapé ondulant jusqu’à ses pieds.

— Est-ce que vous avez déjà choisi vos chaussures ? Je vous recommande des petits talons pour aller avec celle-là. Juste assez pour ne pas marcher sur le tissu de la robe
— Nous y allons juste après. Merci pour la remarque.

Marianne profitait encore de la vue.
Annabelle ressemblait à une petite princesse.
Elle serait sa princesse pour le temps d’une soirée, rien qu’une soirée, et cela la mettait en joie de pouvoir être en si belle compagnie.

— Est-ce que cela vous convient ?

Annabelle restait muette, elle ne savait pas quoi penser. Elle ne se reconnaissait pas. La robe était beaucoup trop belle par rapport à ce qu’elle était.
Etait-ce bien elle ? Est-ce que cela convenait à Marianne ?
Marianne sortit finalement de sa rêverie et confirma son choix.

Annabelle ne chaussait malheureusement pas la même pointure que Marianne et il fallut lui trouver chaussure à son pied.
Marianne était patiente et essayait de sonder les goûts de son employée, sans aucun succès. Finalement elle choisit une paire sobre qu’elle pourrait reporter à d’autres occasions. Elle semblaient confortables pour des petits talons.

Le jour J, elles avaient rendez-vous au salon de coiffure en fin d’après-midi. Dès le travail fini, elles s’y rendirent et c’est là que le coiffeur remarqua la coupe étrange d’Annabelle avec des mèches totalement inégales. Elle avoua qu’elle avait fait ça elle-même.
Elle ne réussit pas à dire la vérité sur l’histoire du chewing-gum, elle en avait honte et cela n’apporterait rien de positif.
Marianne avait les cheveux noirs brillants, étant métissée asiatique, elle avait hérité de la couleur sombre et raides.
Ses cheveux étaient longs, elle avait demande un soin pour toutes les deux et elle avait l’habitude de les coiffer en queue de cheval haute.
Le coiffeur lui plaqua les cheveux avec un peu de cire, pour qu’aucune mèche rebelle ne dépasse. Quelques barrettes pour maintenir les plus longues et les indomptables.
Quant à Annabelle, on lui fit un soin, un brushing et elle eut les cheveux plus beaux que jamais. Ses bouclettes blondes avec ses cheveux fins étaient plus doux que d’habitude et ne paraissaient pas secs.
Pour aller avec le côté sérieux de Marianne, quelques mèches sur le devant furent réunis à l’arrière de la tête par les mêmes barrettes, ajoutant un peu plus de détails à la coupe simple.
Ses cheveux furent égalisés en un joli carré.

Elles retournèrent chez elles et les robes étaient déjà livrées au bureau.
Elles furent apportées dans la chambre.
Dans les boîtes, un petit message avait été rédigé à la main par la patronne :
« Amusez-vous bien. »
Marianne esquissa un sourire.
Les retouches avaient été effectuées et les robes étaient pile poil à la bonne taille.
Annabelle se changea dans sa chambre et descendit les marches avec ses talons, avec précaution.
Marianne l’attendait au pied des marches et la contemplait religieusement.
Il manquait quelque chose, elle l’invita à venir dans sa chambre et fouilla dans ses différents bijoux pour en sortir quelques uns et les essayer sur Annabelle.
Elle s’arrêta sur un collier discret et des petites boucles tombantes.

Elle se rendit compte qu’Annabelle n’avait pas les oreilles percées. Elle resta sur le collier.
Marianne portait une parure imposante au niveau du cou et des petites perles noires aux oreilles.
Elle ne savait pas si elle pouvait dire qu’elle trouvait Annabelle magnifique.
Elle le pensait très fort mais préféra exprimer tout simplement que la tenue lui allait à ravir.
C’était le conte de Cendrillon.
Quelques autres employés virent Annabelle habillée ainsi et partir avec Marianne.

Marianne conduisit et laissa son véhicule au voiturier à l’entrée du bâtiment de la soirée.
C’était le hall d’un hôtel réputé et plusieurs salles de réception avaient été réservées.
Annabelle était intimidée.

*

Elle était gênée, Marianne avait été plus que généreuse en lui prêtant un collier, en la chouchoutant et l’habillant comme une poupée.
Elle avait une crainte : qu’elle ne convienne pas en tant qu’accompagnatrice pour Marianne.

*

En descendant les marches de sa chambre pour rejoindre Marianne, elle avait enfilé les petits talons qu’elles avaient choisis ensemble, et elle avait maintenu la rampe avec force en posant son pied, chacun son tour, en descendant les escaliers. Elle n’avait pas l’habitude de marcher avec des talons, et elle le découvrait maintenant. Il était trop tard pour enfiler d’autres chaussures, surtout qu’elle n’en avait pas de convenables : des escarpins et des baskets.
Avec angoisse, elle réussit à atteindre l’étage de Marianne sans tomber, et elle la regardait sans un mot.

Est-ce qu’elle était suffisamment présentable ? Pourquoi ne disait-elle rien ?
Est-ce qu’elle voyait avec quel mal et difficultés elle marchait avec ses chaussures ? Allait-elle se moquer d’elle ? Toutes ses questions se bousculèrent dans sa tête.
Elle était sur point de se dire que finalement, il valait mieux qu’elle n’y aille pas, rien n’allait.
Puis Marianne estompa toutes ses craintes.

— Ca te va à ravir. Oh ! Je sais, il manque un petit quelque chose pour que tu sois parfaite !

Elle partit en direction de sa chambre et invita Annabelle à venir la rejoindre.
Marianne ferma la porte derrière elles et elle fouilla dans sa boîte à bijoux qu’elle avait sortit pour l’occasion. Elle en sortit une parure discrète avec des boucles tombantes fines et un collier à chaînes fines.

— Ca ira parfaitement avec ta tenue !
S’exclama Marianne, sûre d’elle, un large sourire sur les lèvres.

Puis elle remarqua qu’Annabelle n’avait pas de trous aux oreilles.

— Ah… j’avais pas pensé à ce petit détail.
— Je, je suis désolée… !
— Mais non, ce n’est rien. On mettra le collier déjà, et ça sera très bien, laisse-moi t’aider.

Marianne passa derrière Annabelle pour lui attacher et elles se déplacèrent en face d’un miroir où elles purent se contempler.

— Qu’en penses-tu… ?
— C’est si joli…

Marianne avait envie de rétorquer « c’est toi qui est si jolie » mais elle se retint très fort et acquiesça d’un air satisfait.

— En route, alors !
Finit-elle par dire, pour passer à autre chose et éviter de dire quelque chose qui serait malaisant.

*

Elles discutèrent un peu dans la voiture.
Marianne expliqua dans les grandes lignes comment cela allait se passer et les choses qu’elle devra faire pour le travail.

2022.01.06

Sucre

Comment lui avouer.
Marianne était prise dans un dilemme, elle avait de l’affection pour Annabelle. Plus qu’une simple sympathie envers son assistante, elle se rendait compte qu’elle était peut-être amoureuse.
Elle qui ne s’était jamais arrêtée dans sa carrière pour ce genre de relation qui ne l’avait jamais intéressée.
Elle se retrouvait à quarante ans et découvrant ce que cela faisait de ressentir de l’amour pour quelqu’un.
Elle pensait tout le temps à Annabelle.
Elle ne s’en était pas rendue compte tout de suite, elles travaillaient ensemble et elle trouvait cela normal de penser à elle de temps en temps, vu qu’elles passaient la grande partie de leur journée ensemble.

Duncan lui avait ouvert les yeux.
Cet ami de longue date qui était aussi occupé qu’elle, voire plus, et qui ne s’était pas encore marié à son âge, non plus. Ils étaient amis et il n’y avait rien entre eux.
Il avait remarqué comment Marianne regardait Annabelle, comment elle en parlait. Il avait compris.
Puis, il avait dîné avec Annabelle et Marianne ne s’en était pas remise. Elle lui en avait voulu et en même temps, elle n’arrivait pas à trouver le courage de l’inviter elle-même, elle s’en voulait de ne pas réussir à faire une chose aussi simple.

Il y avait eu cette histoire de brimades qu’Annabelle avait subi.
Elle avait fait une crise de panique et les autres employés s’étaient inquiétés pour sa santé.
Annabelle n’y avait pas cru. Tous ces collègues qui étaient venus la voir pour prendre de ses nouvelles alors qu’elle avait été ignorée lorsqu’elle avait besoin d’eux, elle ne pouvait pas croire à leur sincérité.
Finalement, elle était restée solitaire, donnant son meilleur pour Marianne et rien d’autre.
Son traumatisme de la douche était resté, elle avait remercié son seul allié et collègue qui l’avait aidée.

Marianne se sentait coupable et elle avait mis à disposition sa salle de bain pour Annabelle.
Comment faire pour la protéger sans l’emprisonner dans cette relation hiérarchique.
Annabelle était inexpressive et sérieuse, rien ne laissait croire qu’elle appréciait Marianne au point de l’envisager comme petite amie, mais rien non plus ne laissait imaginer qu’elle pourrait la détester pour son penchant. Marianne ne savait pas sur quel pied danser et quel choix faire.
Elle savait que c’était une mauvaise idée de se déclarer, si jamais Annabelle la rejetait, il pèserait un malaise sur leur lieu de travail.
Si jamais elle acceptait, rien ne prédirait que leur relation dure, et si elles venaient à se séparer, leur relation professionnelle en pâtirait.
Et elle ne se voyait pas licencier Annabelle juste pour pouvoir la courtiser. C’était égoïste, cela mettait Annabelle dans une situation précaire, et cela la privait d’une employée compétente.
Elles avaient toutes les deux à y perdre.

Elle avait songé à devenir la sugar mommy d’Annabelle mais c’était sans demander son avis ni si elle en avait envie. C’était une idée stupide.
Elle était coincée.
Elle jouait alors avec Annabelle lorsqu’elles étaient toutes seule, dans son bureau.
Sous entendant certaines choses pour la tester, pour savoir si elle était indifférente à ses avances.
Mais Annabelle restait sans aucune expression, elle ne réagissait pas et avait fini par interpréter les actions de Marianne comme des blagues. Pour jouer. Pour embêter Annabelle gentiment et travailler moins.
Elle était intransigeante.

*

Une enveloppe sur le bureau.
Marianne savait ce qu’elle contenait. C’était une invitation à une soirée. Elle n’était pas spécialement enthousiaste mais elle devait y aller pour le côté social.
Elle traînait des pieds pour répondre à cette invitation, et Annabelle le remarqua.
Marianne eut une idée, elle proposa à Annabelle de l’y accompagner. Elle n’avait pas tellement le choix.
Un large sourire apparut sur le visage de Marianne qui s’emballa pour aller choisir une tenue pour Annabelle.
C’était une soirée avec des gens importants et elles devaient être présentables pour l’endroit.

Ce fut une excuse pour aller faire les boutiques avec Annabelle. Qui n’eut pas son mot à dire.
Marianne lui choisit une tenue et la paya.
Annabelle était plus que gênée, elle avait vu le prix de cette robe et elle ne s’en remettait pas.
Marianne avait insisté en lui disant que c’était pour le travail.
Elle avait emmené Annabelle au coiffeur pour égaliser ses cheveux lorsqu’elle avait coupé ses longues bouclettes. Marianne ignorait l’incident du chewing-gum.

2022.01.02