2021.12.07

Goutte de pluie
Posée sur mes lèvres
Tel un baiser
En provenance du ciel

*

Mille et une envies éparpillées
Amas de projets empilés
Quand cesserai-je de les accumuler
Prendrai-je le temps
De les réaliser

Aigre doux [PC]

La lumière du jour la réveilla.
Elle ramena son avant-bras sur ses yeux pour les préserver autant que possible de ce halo lumineux.
Un rayon s’était engouffré entre ses deux rideaux et dessinait une démarcation nette dans sa chambre.
Elle se roula sur le côté, puis s’assit sur le rebord du lit.
Les mains posées sur le matelas, elle fixait le parquet, le regard dans le vide.

En face d’elle, son bureau.
Son uniforme était posé sur le dossier d’une chaise.

Elle se leva et se dirigea dans la pièce d’à côté, beaucoup moins éclairée.
Elle attrapa un thermos posé au sol et versa le contenu dans un bac qui était posé sur une table de travail.
De l’eau chaude. Assez chaude pour que de la vapeur s’en dégage.
Le bac à moitié rempli, elle prit une petite serviette qu’elle laissa tremper un instant avant de l’essorer et se débarbouiller avec.
Elle prit un gobelet en bois qu’elle remplit également d’eau.
La brosse à dents et le dentifrice solide étaient à portée de main.
Après ce rituel, elle déversa toute l’eau usée dans un évier, puis versa de nouveau une petite quantité d’eau pour rincer.
La serviette étendue, les objets rangés à leur place, elle retourna dans sa chambre pour enfiler son uniforme après avoir retiré sa tenue de nuit.

Elle chercha son peigne dans le tiroir de son bureau et tenta de démêler ses cheveux légèrement bouclées et sombres.
Ceci fait, elle rangea l’outil et jeta un oeil aux nombreuses feuilles annotées et éparpillées, puis elle se tourna vers l’armoire.
C’était une belle armoire à tiroirs de tailles différentes avec des étiquettes sur les poignées. Elle en ouvrit plusieurs pour en vérifier le contenu.
Des plantes séchées, de toutes sortes.
Certains étaient vides ou presque.
Elle les referma et se dirigea vers la porte.
Son regard s’arrêta un instant devant l’autre chambre.

Vide.
Depuis longtemps.
Quelques années s’étaient écoulées depuis que l’occupante avait quitté les lieux.
Tout était resté en l’état. Elle n’avait pas eu le courage d’y toucher.

Elle prit le panier posé près de la sortie, et poussa la porte.

Elle inspira l’air frais.
Une brise légère soufflait dans le feuillage aux alentours.
Elle marchait sans se presser.
Elle suivit le chemin pour descendre vers la place.

*

Une discussion animée se déroulait dans une pièce fermée.

— Comment on va faire… ?
— Tu es sûr de ce que tu dis ?!
— Ce sont des informations d’en Haut, ce ne sont pas juste des rumeurs.
— On ne peut pas la laisser seule…
— Qu’est-ce que tu proposes… ?
— Sans oublier qu’elle est prédisposée à avoir des problèmes de santé…
— Ce n’est encore qu’une enfant…

— Je vais le faire.

Une voix qui ne s’était pas encore fait entendre, s’éleva et laissa place au silence.

— Tu es sûre… ? Je sais qu’elle est dans ta classe mais-

— Je me propose. Je connais cette petite, je prends cette responsabilité.

La voix était assurée et coupa court à l’argumentation.
Des messes basses se firent entendre mais personne ne contesta sa décision.
Les autres instituteurs ne cachèrent pas leur soulagement.

L’un deux se dirigea vers la jeune femme décidée.

— C’est vraiment gentil de ta part, mais tu sais… rien ne t’y oblige. S’il n’y a personne qui se manifeste, elle sera confiée à des gens de la Haut. Cela ne veut pas dire qu’elle sera mal traitée—

Elle l’arrêta.

— Je ne me sens pas obligé. C’est une décision réfléchie. Je vis seule et il reste une chambre dans mon logement. Merci de t’en soucier.

Elle sourit poliment à son collègue et sortit de la salle.

Elle lâcha un soupir après avoir refermé la porte derrière elle.
Cette ambiance était pesante.
Elle n’avait pas été totalement honnête.
Elle était consciente de toutes les contraintes et de la difficulté à gérer un enfant, mais elle se mettait tout simplement à la place de cette orpheline qui devrait suivre des inconnus après avoir appris le décès de ses parents.
Elle n’avait rien contre les gens de la Haut. Elle ne pouvait juste pas s’empêcher de penser que sa présence la rassurerait, peut-être.
Elle devait maintenant réfléchir à comment annoncer cette triste nouvelle, ainsi que les prochains changements à venir.
Elle releva la tête et se dirigea vers sa salle de classe.

La journée était enfin terminée.
L’institutrice interpela l’élève pour qu’elle reste après qu’elle ait rangé ses affaires.
La classe se vida et il ne resta plus qu’elles.

L’adulte s’approcha et s’accroupit pour lui parler à hauteur égale.

— Papa et maman… ne sont pas à la maison. On va aller chez toi pour récupérer des affaires, et on ira chez moi après. D’accord… ?

Sa voix était douce et rassurante.
Elle cherchait des mots pas trop durs à attendre pour son âge, et en même temps.
La petite fille écouta attentivement sa maîtresse, mais du haut de ses 5 étés, elle ne comprit pas immédiatement la gravité de ses paroles.

— D’accord !
Répondit-elle enjouée.

Le logement était silencieux.
La petite brisa ce calme sans aucune gêne.
Elle alla dans sa chambre et faisait comme à son habitude.
Maintenant qu’elles avaient quitté l’établissement, l’institutrice prit le temps de réexpliquer la situation à l’enfant.

— Papa et maman ne reviendront pas… à partir d’aujourd’hui, c’est moi qui vais m’occuper de toi.
— Ici ? À la maison ?

Elle secoua doucement la tête.

— Non… ça sera dans ma maison, mais on prendra toutes tes affaires pour que tu t’y sentes comme chez toi.
— Ils sont où, papa et maman… ? Pourquoi ils rentrent pas… ?
— … Il s’est passé quelque chose de très très grave… ils ne pourront pas rentrer…

Sa voix était de moins en moins nette. Elle sentait les larmes lui monter aux yeux. Elle n’arrivait pas à rester impassible devant cette petite qui ne comprenait pas que ses parents ne reviendront jamais.

— On peut aller les voir ? Je veux voir papa et maman.

L’enfant était désorientée, elle commençait à réaliser que quelque chose n’allait pas.
La vision de la maîtresse s’embua et elle sentit des gouttes rouler sur ses joues.
Elle s’était mise à pleurer et les flots s’écoulant de ses yeux ne semblaient pas vouloir cesser.
La petite se précipita dans une des chambres puis revint aussitôt avec des peluches dans ses bras.
L’enfant s’avança lentement et posa sa tête dans le creu de son épaule.

— Ça va aller… Ne pleure pas…

L’institutrice sanglota et la serra dans ses bras.

Remise de ses émotions, elles rentrèrent avec le nécessaire pour la petite.
La jeune femme prévoyait d’y retourner rapidement pour récupérer d’autres affaires avant que les lieux ne soient vidés et attribués à une autre famille.
Elle lui tenait fermement la main sur le trajet du retour.
Les nouvelles circulaient vite et elle dû affronter les regards et les murmures des passants.
Elle resserra son étreinte, craignant que l’enfant ne soit perturbée par cette rude attitude.
La petite tête brune leva les yeux vers elle et lui adressa un large sourire.
Elle ne semblait pas affectée par ce qui l’entourait.
Elle sautillait, contente d’aller chez sa maîtresse.
L’adulte envia son insouciance un instant, puis elle réfléchit.
Elle accordait beaucoup trop d’importance aux opinions externes.
Elle avait choisi d’être sa tutrice. C’était sa responsabilité à présent.
Toutes ces personnes qui s’appitoyaient sur sa décision étaient en train de la convaincre que c’était un mauvais choix.
Elle balaya ces influences négatives.
Elle souhaitait offrir une chance à cette orpheline perçue comme un fardeau.
Il lui était injuste qu’on condamne une personne au statut d’Ignorae.
Très peu pensaient comme elle, et il était mal vu de s’exprimer sur ce sujet.
Elle ferait de son mieux pour que cette enfant puisse s’épanouir.
Elle releva la tête, et un sourire timide se dessina sur son visage.
Son assurance était revenue.

Arrivées dans son logement, son regard oscilla entre la nouvelle habitante et la pièce vide.
Après réflexion, elle posa les affaires dans sa propre chambre.
Exceptionnellement, elles allaient dormir ensemble cette nuit.
La chambre destinée à être occupée n’était pas du tout prête à accueillir quelqu’un.
Le repas avalé et la toilette faite, la petite se coucha dans le lit de la jeune femme.
Une armée de peluches autour d’elle, et une poignée d’autres entre ses bras.
La journée avait été longue, elle s’endormit presque aussitôt.
Elle s’assit sur le rebord du lit et joua avec les mèches brunes de l’enfant.
De nombreuses questions se bousculaient dans sa tête, mais elle n’avait pas le temps d’y songer ni de douter.
Elle se releva et sortit sans faire de bruit.
Elle devait se dépêcher de retourner dans la maison de ses parents.
Elle accéléra le pas puis se mit à courir.
Elle pénétra pour la seconde fois dans la demeure, essoufflée.
Sa respiration reprit une allure normale au bout de quelques minutes.
Cette fois-ci, elle prit le temps d’observer les lieux.
Elle se balada entre les meubles tout en cherchant des objets personnels importants qu’elle pourrait ramener.
Elle imaginait cet endroit encore plein de vie et son coeur se resserra dans la poitrine.
La porte qu’elle venait de passer s’ouvrit subitement et deux personnes entrèrent.
Des gens de la Haut. Elle reconnaissait leurs habits.

— Ah— vous devez être la tutrice de la petite ? Essence, c’est ça ?

Une femme aux cheveux blonds attachés en queue de cheval prit la parole.
Elle acquiesça poliment, préférant garder le silence.
Elle n’était pas intimidée mais impressionnée.
Il n’était pas commun de les croiser, et encore plus rare de converser avec eux.
Malgré ça, ils connaissaient son prénom.

— Ne faites pas attention à nous, nous allons faire un tour rapide des lieux et commencer à réunir des affaires.

Elle se hâta à rechercher et réunir ce qui pouvait être important.
Une main se posa sur son épaule, ce qui la fit sursauter.

— Prenez votre temps. Nous allons vous aider.

La femme aux cheveux dorés lui adressa un sourire compatissant.
Leur aide fut précieuse. Ils trièrent devant elle ce qui pouvait l’intéresser.
Ils étaient efficaces. Ils avaient l’habitude.
Elle en profita pour observer l’homme. Il avait des cheveux roux et quelques taches de rousseur discrètes sous les yeux.

— Merci…

Sa voix était faible mais elle tenait à les remercier.
Elle leur adressa un dernier remerciement sur le pas de la porte, s’inclinant légèrement, et s’en alla pour ne pas les déranger plus longtemps.
Une pile de livres, quelques vêtements et autres objets sur les bras.
Il faisait maintenant nuit. Quelques lueurs éclairaient légèrement le chemin.
Elle marcha lentement jusqu’à chez elle, pensant à ces personnes qu’elle ne reverrait certainement pas.

Les jours, les semaines, les mois et les années passèrent.
L’enfant s’adapta rapidement et finit par comprendre que ses parents n’étaient plus.
Les journées étaient bien remplies et sa tutrice lui apportait tout l’amour d’une mère.

Elle n’avait pas encore 10 étés lorsque son état de santé se dégrada.
Essence lui avait parlé de ses parents et surtout de son père qui était malade.
Un mal incurable et dont elle avait hérité.
Elle savait que cela arriverait un jour.
Elle ne pensait pas que cela serait si soudain.
Elle était en plein cours lorsqu’elle sentit une vive douleur dans sa poitrine.
Respirer était devenu pénible.
Elle se recroquevilla, encore assise à son bureau, n’osant plus bouger, espérant que la douleur s’en aille d’elle-même.
Elle bloqua sa respiration.
L’épine invisible était encore présente.
Elle ne pouvait pas rester indéfiniment ainsi.
Ses poumons demandaient de l’air, et elle dû inspirer une grande bouchée d’air qui accentua cette terrible sensation.
Peu à peu, ses camarades posèrent leur regard sur elle.
Le professeur ne remarqua pas tout de suite le problème.
Les élèves restaient silencieux. Ils étaient spectateurs de cette scène étrange.
Elle se sentait beaucoup trop mal.
Les larmes glissèrent sur sa joue et s’écrasèrent sur son cahier.
Ses poings serraient le tissu de ses vêtements. Si elle en avait eu la force, elle les aurait certainement déchirés.
Sa vue se troubla.
Un bruit sourd se fit entendre. Elle venait de s’effondrer sur sa table.

Le professeur soupira puis arrêta son cours.
Il sortit de la salle pour revenir avec une femme aux cheveux d’un brun clair et aux belles boucles retombant au dessus de ses épaules.
L’inquiétude se lisait sur son visage.
Elle avança calmement jusqu’au corps de la jeune fille.
Elle la porta dans ses bras et s’en alla sans rien dire.
La classe reprit.

Elle se réveilla dans sa chambre.
Le souvenir du mal qu’elle avait ressenti dans son corps était encore présent.
Elle n’osait pas bouger.

2020.06.07

Meuble [RolePlay]

Ca y est, elle est arrivée devant la porte du bureau du maître des lieux.
Hésitante, elle se frotte le dos de la main.
Elle se rend alors compte de la moiteur de celles-ci.
Elle s’essuit hâtivement dans son tablier.
Elle prend une grande respiration ainsi que son courage, et attrape le heurtoir au dessus des poignées de la double porte, et s’annonce d’un coup, sec.
Le bruit assourdissant de son geste la surprend, et elle craint d’y avoir mis trop de force.
Elle n’a pas le temps de s’en soucier qu’une voix l’invite déjà à entrer.

« Entrez, mademoiselle Chloé. Je vous attendais. »

La pièce est sombre, quelques halos de lumières perçant à travers les rideaux épais devant la fenêtre lui permettent de profiter de la richesse de la décoration : statues, bustes et bibelots sur les étagères. Elle ne remarque pas tout de suite la présence immobile du comte derrière son bureau. Distraite, elle continue sa contemplation, et oublie la longueur de son uniforme légèrement trop long.
Ce qui devait arriver, arriva. Elle marcha sur un pan de la robe et perdit l’équilibre.
Elle étouffa un cri avant de s’échouer sur le bureau en bois massif.
Ses paumes s’appuyant sur la première surface qu’elle pourrait atteindre, malheureusement elle ne put empêcher le choc de son visage contre le magnifique et solide meuble.
Si ce n’était pas une entrée fracassante.

Empêtrée dans les tissus de son uniforme, elle se relève péniblement, vérifiant qu’elle n’avait pas déchiré sa tenue dans son immense maladresse. Puis en second temps, son propre visage.
Son crâne avait fait un bruit assourdissant, et une marque était maintenant visible sur son front et l’arrête de son nez.
Le comte était assis juste là, devant elle, les mains jointes devant son nez, il était immobile, impassible et avait assisté à toute la scène.
La petite Chloé remarqua sa présence tardivement, la douleur laissa place à la honte.
Elle sentit ses joues et ses oreilles se remplir de son sang chaud, et elle ravala tant bien que mal ses larmes.
Elle avait été ridicule et enchaînait les bourdes depuis son arrivée.
Quelle image le maître des lieux pouvait-il avoir d’elle, à présent ?
Le visage dur et inexpressif de l’homme n’arrangeait rien à son ressenti.

« B-bonjour… ! P-pardonnez-moi… ! »

Bredouilla t-elle, en s’inclinant machinalement aussitôt, oubliant la proximité de sa tête, elle se cogna une seconde fois contre ce joli bureau.
Elle étouffe un gémissement de douleur, en se massant le front une seconde fois.
Elle recule alors aussitôt, pour éviter de reproduire cette erreur.
Dans sa hâte, elle marche cette fois-ci sur le pans arrière de sa robe.
Sa chute est inévitable.

Elle sent alors une présence autour d’elle, la stoppant net.
Des bras l’entourent et le visage d’un homme est à quelques centimètres du sien.

« Bonjour, mademoiselle…Chloé ? Pardonnez-moi. Je crains de ne connaître que votre prénom. »

Elle se retrouve ainsi dans les bras du comte, qui a l’air amusé de cette situation, compte tenu du micro-sourire qu’il a au coin des lèvres et qui a du mal à quitter son visage.
Cette proximité est une aubaine, elle arrive à admirer les traits de cet homme malgré la faible luminosité. Subjuguée par sa chevelure ample et soignée, son teint étrangement pâle mais pas moins beau. Ses mains ne sont plus là pour obstruer le bas de son visage, et son expression est beaucoup moins froide à cette distance. Elle entraperçoit même la blancheur éclatante de sa dentition qui se reflètent un court instant dans les pupilles sombres de la jeune servante.
Sans parler de cette voix envoûtante qui résonne en elle, et entre les murs de cette pièce.
Une voix qui paraissait froide aux premiers abords, grondante et rauque qui laissait deviner qu’il avait l’habitude de contrôler et d’imposer un certain respect, mais également posée et assurée, tellement rassurante aux oreilles de Chloé.
Son regard la transperçait et semblait lire en elle.
Le temps semblait s’être arrêté, et elle avait inconsciemment retenu sa respiration.

Quand soudain, elle sentit un liquide tiède couler de son nez.
Un filet rouge vif se dessine sur son visage, de sa narine jusqu’à ses lèvres.
Elle sent le comte plus tendu, il s’éloigne presque aussitôt qu’elle arrive à se maintenir à nouveau sur ses deux jambes.

« Il faudra faire quelque chose pour cet uniforme, qui est vraisemblablement pas à votre taille. »

Dit-il, préoccupé, et en s’éloignant vers son bureau.

2020.03.19

Ver de cauchemar

Elle sortait de la salle de bain des enfants et se dirigeait vers le salon.
La maison était plongée dans le noir, il était tard, au milieu de la nuit certainement, et le peu de lumière qu’elle avait provenait des reflets des rayons de la lune.
Il était calme, beaucoup trop calme.
Elle appréhendait quelque chose.
Les portes des chambres des enfants étaient grandes ouvertes et personne dedans.
Elle arriva dans le salon et la cuisine.
Hélène et Alain étaient allongés au sol près de la table à manger, le ventre au sol. Leur corps semblait baigner dans une mare noire, et à sa gauche, dans la cuisine, Cean et Aurore étaient dans les bras l’un de l’autre, comme s’ils avaient essayé de se protéger avant de tous les deux succomber à l’assaillant.
Elle commençait à hyperventiler. C’était une vision d’effroi, de terreur, elle ne savait pas quoi faire.
Le corps de ses deux derniers enfants était également teinté d’une peinture sombre.
Il n’y avait aucune arme, comme si c’était un simple tableau morbide ou une représentation.
Elle continua à marcher, cherchant des yeux le reste de la famille.
En face d’elle, au sol également mais le dos contre le mur, la tête baissée, Gabriel était là. Sans aucun signe de vie non plus, il ne bougeait plus.
Et dans l’entrée le corps de Chris gisait là.
Elle avait de plus en plus de mal à respirer, elle avait envie de hurler, et à la fois de fondre en larmes.
Que s’était-il passe ici ? Pourquoi était elle seule encore en vie ?
Une ombre humanoïde apparut alors, s’adressant à elle.

— C’est de ta faute. Regarde ce que tu as fait.

Et elle crut cette voix. En cet instant, elle savait que la voix disait la vérité et que tout était de sa faute, c’était logique. Tout faisait sens après que cette voix ait prononcé ces mots.
Alors des perles de larmes roulèrent sur ses joues pour s’écraser au sol.
Sol recouvert d’une épaisse substance sombre et pâteuse à certains endroits, surtout ceux près des corps.
Elle était démunie, que pouvait-elle faire ? Cela ne la ressemblait pas de ne rien faire et s’appitoyer sur son sort, pourtant en cet instant précis, elle était submergée par sa culpabilité.
Elle était prisonière de cette émotion.

*

Elle se réveilla avec cette terrible sensation de culpabilité et de tristesse, les larmes mouillaient déjà son oreiller. Elle ne bougea pas tout de suite, ne réalisant pas qu’elle venait de faire un cauchemar.

— Pourquoi ce cauchemar.
Se demandait-elle.

Elle mit un certain temps avant de réaliser que ce n’était qu’un mauvais rêve, mais les émotions qu’elle avait ressenti étaient encore palpables.

Il eut fallu que Gabriel ouvre les yeux à ce moment précis et la voit en larmes.

— Mais… tu pleures ?
Avait-il chuchoté, ne voulant pas réveiller Chris.

Il passa ses doigts sur ses joues pour attester qu’elle pleurait bien. C’était si inhabituel.
Il s’approcha un peu plus d’elle pour qu’elle puisse se blottir dans le creux de ses bras.

— Quelque chose ne va pas… ?
S’enquit-il, inquiet et lui caressant sa chevelure tout en cherchant à la rassurer.

— … Juste un cauchemar… j’ai rêvé que… vous étiez tous morts… toi, Chris… les enfants… et que c’était ma faute…

Elle réussit à s’exprimer, comme pour exorciser ce mauvais rêve.

— Là, là… ce n’était qu’un cauchemar, regarde. Je suis bien en vie et on entend Chris respirer juste à côté… on ne se laisse pas mourir si facilement, non ? Puis les enfants sont grands et savent se défendre maintenant. Tu n’as pas à avoir cette inquiétude.

Il tenta de la rassurer comme il put et elle se calma peu a peu.

— Je sais… mais c’était si réel… j’étais la seule fautive et j’en étais convaicue… c’était horrible comme situation…

Leur discussion réveilla Chris qui se tourna vers elle et la prit dans ses bras également, parlant à moitié somnolant.

— … Que se passe t-il… ?
Marmona t-il les yeux encore clos, mais la tête enfouie dans les cheveux d’Alexandra.

— Juste un cauchemar. Rendormez-vous, il est encore tôt.
Repondit Gabriel.

Ils se rendormirent ainsi, jusqu’au petit matin.

*

Les jours, les semaines passèrent et elle continua à faire ce cauchemar.
Elle se réveillait en pleine nuit et n’arrivait plus à se rendormir, ou plutôt, elle n’osait plus dormir.
Le cauchemar devenait de plus en plus fréquent et bientôt elle était trop épuisée pour réussir à rester éveillée en pleine journée, et cela ne passa pas inaperçu.

— Tu es pâle… et ces cernes… tu es sûre que ça va… ?
Avait demandé Gabriel, dans le bureau.

Il était inquiet et ces cauchemars récurrents n’étaient pas normaux. Il avait fini par enquêter sans réel réponse ou solution.
Elle avait des absences, l’esprit trop embrouillé et fatigué pour être efficace au travail, elle se frottait les yeux, buvait du café ou du thé pour réussir à tenir.

— Ça va aller… encore une mauvaise nuit…

Son coeur battait trop vite et elle ne se sentait pas au meilleur de sa forme.

— Repose-toi un peu, allonge-toi sur le divan, tu m’inquiètes vraiment.

Il l’avait accompagnée et forcée à s’asseoir sur le divan, puis elle avait bien voulu s’allonger.

— Juste une petite minute… je reviens t’aider après…
Avait-elle dit, en fermant complètement les yeux et en s’assoupissant sur le divan plutôt confortable.

Dans la minute qui suivit elle avait sombré et il apporta sa veste pour la recouvrir.
Il ne la réveilla pas et continua le travail pour deux.

Au bout d’un petit quart d’heure elle se réveilla en sursaut, les sueurs froides et encore plus épuisée qu’avant.
Cela le fit sursauter quand elle se releva subitement et la respiration forte.
Il se précipita à ses côtés.

— Alexandra… ?

Il la cherchait dans ses pupilles mais elle était encore à moitié somnolante, le regard dans le vide et la respiration prononcée.

— Je suis là, ce n’était qu’un cauchemar… encore un…
— Gabriel…

Elle se jeta dans ses bras et l’enlaça.

— Tu ne peux pas continuer comme ça, tu es épuisée et ces cauchemars ne sont pas de simples mauvais rêves… il va falloir qu’on trouve la cause et rapidement. Ton corps ne pas va tenir à ce rythme là.
— Je… excuse-moi…
— Ce n’est pas de ta faute.

L’infirmier médecin n’avait rien trouvé dans son examen. Cela relevait de l’ordre du psychique et ce n’était pas de son ressort.

Les enfants étaient égalemet inquiets.
Il arrivait que leur mère s’endorme subitement pour se réveiller en sursaut et en panique. Ils étaient alors à la rassurer du mieux qu’ils pouvaient lorsqu’ils étaient à proximité.
Elle était en repos à la maison, mais ils n’étaient pas rassurés de la savoir seule.

Aurore qui avait le plus de disponibilité, restait avec elle en journée. Elle parla de son inquiétude à son petit ami Vlad qui en parla à Chloé.
Chloé eut plus de retours sur cet état particulier et insista pour venir les aider.

— Chloé m’a dit que cça ressemblait plutôt à de la magie noire, elle viendra dès qu’elle peut mais l’état de ta mère l’inquiète aussi.
— Merci Vlad. Je préviens mon père.
— Oui, elle devrait arriver en début de soirée, le temps de s’occuper des urgences ici.
— D’accord. Tu viens aussi ?
— Bien sûr. À plus !
— Bisou.

Elle était allongée sur le canapé, près d’Aurore sur un oreiller, qui lui caressait les cheveux.
Elle ne dormait pas vraiment mais elle se reposait.
Elle se rendait compte de sa condition qui inquiétait ses proches et surtout qui les incommodait, ils étaient obligés de s’occuper d’elle et cela la dérangeait

— Pardon, aurore…
Chuchota t-elle, les yeux clos.

— Pourquoi… ?
Repondit-elle surprise.

— Que tu doives t’occuper de moi… je me sens tellement—
— Chut. C’est normal et puis j’aime bien te chouchouter, maman.

De sa voix douce, et elle continua de jouer avec les boucles de ses cheveux bruns.

— Merci… merci beaucoup…
Elle sombra à nouveau dans un sommeil léger.

Aurore envoya un message à son père au sujet de Chloé et Vlad, puis se leva un instant pour aller chercher un verre d’eau.
Ten’ était au pied du canapé et avait posé sa tête sur ses pattes. Il semblait dormir d’une seule oreille.

Il se mit à grogner et recula sur le tapis.
Une bulle d’aura sombre venait d’apparaître autour d’Alexandra : elle se leva, les yeux ouverts mais elle ne semblait pas consciente de ce qui l’entourait.

— Maman… ?

Aurore était également restée en retrait.
Elle appela immédiatement son père pour le prévenir.
Sa mère marchait en direction de la baie vitrée et allait sortir. Elle ne répondait pas et ne semblait pas être consciente de ce qui se passait autour d’elle.
Ten’ la pourchassa sans trop s’approcher de la bulle et Aurore fit pareil pour ne pas la perdre de vue.
L’extérieur donnait sur un petit bois et une forêt.
Elle s’enfonça dans la forêt alors que Ten’ et Aurore tentaient de la réveiller et l’appeler de nombreuses fois.
Ils finirent par arrêter de s’époumoner et la suivirent en silence. Aurore envoyant leur position géographique à son père régulièrement.
Elle tenta de s’approcher, d’invoquer ses branches pour l’attraper, maladroitement.
Lorsqu’elles touchèrent la surface de l’aura, elles se firent projeter à plusieurs mètres.
Sa mère s’enfonçait dangereusement au fin fond de la forêt et cela ne présageait rien de bon.

Ten’ aboya, un étranger était en train de s’approcher deux. Une sorte d’ombre enflammée noire menaçante.
Aurore fit signe à Ten’ de ne pas s’approcher. Elle sentait cette aura malfaisante dégager de lui à plusieurs dizaines de mètres.
Sa mère s’avançait vers cette chose et elle était impuissante.
Elle tenta de s’interposer pour raisonner sa mère mais l’aura la projeta.
Des racines sortirent de terre pour la rattraper au vol et amortir sa chute. Ten’ s’approcha d’elle pour vérifier qu’elle allait bien, elle le rassura, un peu sonnée.
Elle n’eut pas le temps de se relever, l’ombre était aux côtés de sa mère.
L’aura ne lui faisait rien. Elle était de la même couleur que ses flammes.

— Belle créature… mes efforts ont été récompensés…

Il sembla absorber l’aura d’une main.

— Délicieux… ces cauchemars sont un délice.

Alexandra sembla se vider de cette énergie qui l’avait dirigée jusqu’ici et les forces la quittèrent, elle s’écroula.
La chose la rattrapa et caressa son visage de ses longs doigts sombres.
Ten’ grognait et cela le dérangea assez pour qu’il se rende compte de leur présence.
Il pointa Ten’ et une aiguille noire se dirigea à une grande vitesse vers Ten’.
Aurore cria et tendit sa main vers lui. Un bouclier de terre et de racines apparut à temps pour le protéger.

— Tu es sa fille, c’est ça… ?
Demanda la voix un peu brouillée de l’ombre.

Elle préféra ne pas répondre.

— Que voulez-vous ?!
— Moi… ? Rien, rien…

2020.10.20

Bruine

Elle regardait par la fenêtre le temps pluvieux.
Entre la pluie et la brume qui créait un brouillard froid et humide.
Les mains sur ses bras, elle se frottait la peau pour tenter de se réchauffer sans aucun succès.
Il faisait nuit et les faibles lueurs lui parvenaient sans réussir à lui apporter une once de réconfort.
Perdue dans ses pensées.

Il vint la voir et lui apporta une petite laine pour lui recouvrir les épaules.
De sa grande carrure, il l’enveloppa de ses bras imposants, restant derrière elle et il lui apporta sa chaleur corporelle.

2020.09.28

Appartement

Elle vivait seule et travaillait en tant que serveuse dans un petit restaurant.
Ses parents étaient décédés en lui laissant leurs dettes et elle avait préféré repartir de zéro en se débrouillant seule comme elle l’avait toujours fait.
Alors elle avait pu louer un petit studio après avoir réussi à trouver un travail.
C’était difficile sans aucun diplôme, elle n’avait pas pu finir sa scolarité et elle avait déposé sa candidature à plusieurs endroits avant qu’on ne l’embauche.
Elle eut de la chance de tomber sur des employeurs sympathiques qui décidèrent de lui laisser une chance, puis au fil des jours, des semaines puis des mois. Ils s’étaient attachés à elle.
Elle bossait bien, faisait de son mieux sans rechigner à la tâche et surtout, elle apprenait vite.
Elle se raccrochait à ce qu’elle pouvait pour continuer à vivre et tenter de s’en sortir.

Elle était devenue la petite serveuse du bar restaurant.
Ses cheveux bruns ondulaient sur sa tête, elle les attachait toujours en queue de cheval ou en chignon pour le service. Quelques mèches retombaient devant son visage.
Un petit tablier noir par dessus ses vêtements et elle était prête pour commencer.

Elle était maintenant habituée à cette routine.
Elle habitait à quelques rues de là, et c’était très bien.
Elle arrivait à mettre quelques sous de côté pour économiser, mais trois fois rien.

Ce soir là, elle croisa quelqu’un en rentrant chez elle.
Il pleuvait et elle n’avait pas pris son parapluie. Elle courait pour éviter d’être trop trempée avant de rentrer enfin chez elle, et elle faillit le renverser.
Un homme d’à peu près son âge marchait en traînant des pieds et la tête baissée.
Elle le percuta, s’excusant confuse, il la regarda à peine et continua son chemin.
Elle vit dans ses yeux le désespoir.
Cela lui fit mal au coeur mais elle ne voulait pas déranger.
Elle était partie pour continuer son chemin lorsqu’elle rebroussa chemin et l’interpela.
Il y avait quelque chose dans son attitude qui lui rappelait beaucoup trop son propre vécu.
Elle avait connu le désespoir. De ne rien avoir et de ne pas savoir où aller.

— Est-ce que tout va bien… ?
Demanda t-elle.

Elle devait presque crier avec le bruit de l’averse.
Il s’arrêta mais ne répondit pas.

Il semblait perdu dans sa réflexion et elle allait continuer son chemin lorsqu’elle le vit traverser sans regarder, alors que le feu était vert pour les voitures.
Un véhicule arrivait à toutes vitesses et elle courut le rattraper et le tirer vers elle.

— Ça va pas non ? Regardez avant de traverser !
Cria t-elle, cette fois-ci, en colère contre son comportement.

Il était sonné, ne réalisant pas encore ce qui venait de se passer. La voiture le frôla et klaxonna.
Il remarqua alors la jeune femme et ne sut quoi répondre.
Elle n’attendit pas un mot de sa part et continua de l’interroger.

— Vous allez où comme ça ?
Soupira t-elle, exaspérée.

Elle n’était pas rassurée de le laisser errer ainsi dans les rues et sur la route. Comment avait-il fait pour ne pas se faire renverser jusque ici ? Elle ne savait pas depuis combien de temps il arpentait la ville mais elle ne pouvait pas le laisser ainsi, dans cet état, seul.

Aucune réponse.

— Si vous n’avez nulle part où aller. Suivez moi.

Elle l’attrapa par le bras et l’emmena avec elle, dans son appartement, qui se trouvait à quelques mètres de là.

— Ce n’est pas grand chose, mais restez pour la nuit, au moins.

Elle se mit à faire la conversation, seule.
C’était quelque chose qu’elle avait finit par apprendre et apprécier : discuter avec les gens. Même si cela s’apparentait à un monologue, elle essayait de le mettre à l’aise et combler le silence qui pouvait être gênant.

L’immeuble était vétuste, la porte d’entrée était rongée par le temps et les gongs grincèrent lorsqu’elle la poussa pour les laisser entrer.
Il n’y avait pas d’interphone, de mot de passe, ou de serrure. Tout le monde aurait pu pénétrer dans le hall.
Il n’y avait que des personnes au revenu modeste qui habitaient ici, aucune sécurité parce que les potentiels voleurs n’auraient rien eu à dérober dans ces appartements.
L’entrée n’était pas éclairée, mais par chance l’ampoule dans l’escalier n’était pas morte même si la lumière crépitait de temps en temps.

— Je suis au deuxième étage, désolée, pas d’ascenseur ici…

Elle avait finit par le lâcher et elle se tourna vers lui pour vérifier qu’il la suivait toujours.
Elle gravit les marches et elle ouvrit la porte avec sa clé.
Vu l’état de la porte, une simple porte en bois avec une serrure toute aussi rudimentaire. Un simple coup de pied aurait pu suffir à l’ouvrir, ou un coup d’épaule.
Elle l’invita à entrer et referma la porte derrière lui.

— Fais comme chez toi. Tu peux aller prendre une douche… je ne vais pas avoir grand chose à te prêter comme vêtements propres…

Elle le poussa sans sa salle de bain et lui tendit une serviette de bain pliée, certainement propre.
Il resta là sans rien dire, ni rien faire.

— Lave toi. T’es trempé par la pluie, tu vas attraper froid.
Ordonna t-elle en refermant la porte pour lui laisser une certaine intimité.

Elle n’avait pas vraiment réfléchi à la suite. Elle avait invité cet inconnu à se réfugier chez elle mais son appartement n’avait qu’un seul lit.
Elle n’avait que le stricte minimum, une table à manger, une cuisine et une salle de bain.
Elle soupira, elle pensait déjà à lui laisser son lit pour la nuit.
Elle-même trempée de la tête jusqu’aux pieds, elle tenta de se sécher avant de pouvoir également aller se laver.
Elle se dirigea vers le frigo et l’ouvrit.
Elle attrapa quelques restes et les fit réchauffer dans une poêle avant de les servir dans une assiette creuse sur la table, accompagné d’un verre d’eau.
Une bonne odeur embauma toute la pièce principale.
La porte de la salle de bain s’ouvrit et il en sortit.
Torse nu et juste en caleçon et la serviette sur lui, cette douche avait eu l’air de lui faire du bien malgré son expression encore morose et perdu.
Elle l’invita à s’asseoir et manger. Il n’y avait qu’une paire de couverts et il la fixa.

— J’ai déjà mangé à mon travail. C’est pour toi, tu dois avoir faim, non… ?

Il baissa son visage vers l’assiette et hocha la tête. Il prit en main la fourchette et commença à manger, de bon coeur.

— Prends ton temps. Je vais aussi me doucher.

Il était assis là, chez une inconnue et il ne savait pas quoi penser. Ce plat de restes réchauffé n’était pas spécialement bien présenté ni délicieux mais il lui réchauffait un peu le coeur et le corps. Cela faisait quelques bonnes heures qu’il arpentait dehors sans avoir rien avalé ni bu, et ce que son hôte lui avait présenté sur la table, aussi modeste soit-il, était salvateur.
Il se ressassait ce qu’il avait fait tout en mâchant et continuant d’apporter de la nourriture à sa bouche.
Il avait quitté la maison familiale de manière dramatique. Ses parents n’avaient pas cherché à le rattraper ni le ramener de force à la maison. Après tout, il était majeur depuis quelques années et c’était sa décision. Tout juste vingt ans, il était parti.
Sans rien. Juste avec ses vêtements sur lui, pas même un sac à dos rempli du stricte nécessaire.
Il avait erré et était arrivé dans cette ville. Il n’y connaissait rien.
Il avait vécu dans une bulle de privilèges dont il ne se rendait compte qu’à peine maintenant.
Cela lui avait frappé, tout d’abord l’endroit où vivait cette personne.
Les murs étaient fissurés et la peinture s’écaillait par endroits. Le plafond avait le même traitement et dans les recoins, l’humidité s’était accumulée à certains endroits, formant des petites cloques sous la peinture et des petites taches sombres de moisissures, discrètes encore mais cela ne lui avait pas échappé.
Le sol était en bois, fait de planches qui avaient gondolées à l’usure et grinçaient plus ou moins fort selon l’endroit où on posait les pieds. À se demander comment il tenait sans qu’ils passent à travers.
La fenêtre était également en bois et les vitres si fines qu’on entendait les grosses gouttes de pluies s’écraser sur la surface du verre lorsque des bourrasques venaient souffler un peu trop fort contre celles-ci. D’ailleurs le vent s’engouffraient à travers le cadre et sifflait un peu. Ce qui comblait le silence un peu pesant depuis qu’elle était partie dans la salle de bain.
S’il n’y avait eu personne il aurait tout simplement pensé que cet endroit était abandonné.
L’appartement n’était pas très grand et bientôt il entendit l’eau couler dans la baignoire.
Il serait bien parti mais aussi insouciant qu’il pouvait l’être, il ne se sentait pas de s’éclipser sans remercier la jeune femme. Et il devait le reconnaître, il n’avait nulle part où aller. Par ce temps, il commençait à avoir froid à l’intérieur de ses os, et même s’il était à moitié absent, il lui semblait qu’elle l’avait sauvé lorsqu’il manqua de se faire renverser.
Quoi qu’il en soit, il était trop impoli de s’en aller sans rien dire, surtout qu’il ne savait pas où il serait allé par la suite.
Perdu dans ses réflexions, le temps passa plus vite que prévu et elle fut déjà sortie, en T-shirt et un pantalon léger de pyjama sur les hanches. En train de se sécher grossièrement les cheveux, la serviette posée sur ses épaules.

Elle s’assit devant lui après avoir débarrassé le plat vide. Un miracle qu’elle ait une seconde chaise.

— Tu as encore faim ? Besoin d’autre chose… ? Désolée, je n’ai pas grand chose à offrir…
S’excusa t-elle un peu gênée, elle savait que son petit cocon était quelque peu rudimentaire.

— Merci…
Répondit-il, sans savoir trop quoi ajouter.

— Oh, c’est rien. Je t’en prie…

Elle entendait enfin sa voix. Elle eut du mal à cacher sa joie qu’il commence à s’exprimer.

— Hm, tu veux p’tre en parler… ? De ce que tu faisais dehors dans cet état… ?

Il hésitait encore. Il se sentait idiot.
Elle qui avait l’habitude de vivre seule, avait un besoin de communiquer, et elle ne se rendait pas compte qu’elle commençait à occuper l’espace.

— Je peux peut-être t’aider… ? Si tu ne me dis pas quels sont tes problèmes, je ne peux pas deviner…

Elle avait raison mais il ne savait pas par où commencer. Il ne s’était pas demandé ce qu’étaient ses problèmes actuellement, ni comment les gérer.

— Je… je n’ai nulle part où aller… je n’ai rien…
Dit-il simplement.

— Comment ca… ?
— Je suis parti de la maison familiale…
— Ah…

Il eut un long silence.

— Je peux t’héberger un moment ici, si tu n’as nulle part où aller… ce n’est pas grand chose mais au moins tu n’auras pas à dormir dehors. Est-ce que tu as un travail… ?

Elle essayait de trouver une solution pour l’aider à s’en sortir. Elle savait ce que c’était d’être livré à soi-même.

Il n’en revenait pas. Comment une personne aussi modeste pouvait lui proposer de l’aider ? C’était mieux que rien, il n’allait pas cracher sur un toit.
Un travail… ? Il n’avait jamais eu besoin d’avoir un travail. Il sentait que ça allait être nécessaire s’il souhaitait quitter ce taudis et voler de ses propres ailes… mais comment faire pour en trouver un, et dans quel domaine …?

Il prenait du temps pour répondre et elle vit son hésitation.
Elle-même s’était trouvée dans cette situation et le voir ainsi lui rappela sa situation, lorsqu’elle avait perdu ses parents. Elle eut un pincement au coeur. Elle souhaitait lui apporter l’aide qu’elle n’avait pas eu quand elle avait été dans cet état.

— Si tu n’as rien, je peux demander là où je travaille pour te prendre en période d’essai. Qu’est-ce que tu en dis… ?
Proposa t-elle, pour lui donner de l’espoir et lui remonter le moral.

Il releva le visage et la regarda.
Elle était inquiète, cela se voyait mais elle souriait. Elle avait une expression douce qui le rassurait.
Comment pouvait-elle être aussi positive alors qu’il pouvait deviner qu’elle n’avait pas grand chose.

— Il se fait tard, tu as l’air fatigué. Viens, je te montre le lit. Repose-toi, on pourra discuter d’avantage demain, d’accord ?

Elle se leva et désigna la chambre.
Il n’y avait même pas de porte, c’était une ouverture plutôt large qui donnait accès à une autre pièce.
Le lit n’était pas très large et il comprit qu’ils n’allaient pas le partager. Un peu rassuré de ne pas devoir dormir avec une inconnue.
Elle fouilla dans un placard pour en sortir une autre couverture qu’elle prit dans ses bras.
Il s’allongea dedans et elle retourna dans la salle avec sa couverture.
Elle jeta quelques regards dans sa direction pour vérifier qu’il dormait bien et débarrassa la table.
Elle ferait la vaisselle demain.
Il s’etait endormi presque aussitôt, éreinté de sa journée.

Elle posa la couverture dans un coin de la salle et se roula dedans pour également dormir.

*

L’appartement n’avait pas de rideaux et ils furent réveillés par le lever du soleil.
Elle prépara de l’eau chaude.

— Au fait, comment tu t’appelles ? J’ai totalement oublié de te demander ton prénom hier soir…
— Sephyl…
— Moi c’est Alicia. T’as quel âge… ? Tu m’as dit que t’étais parti de chez toi… mais si tu es mineur tu vas devoir rentrer chez tes parents… je veux pas avoir de problèmes… tu comprends ?
— 20 ans.

Il la dévisagea l’air de lui demander si elle pensait vraiment qu’il était mineur avec sa dégaine, presque vexé.

— C’est pas un peu tard pour fuguer… ?

Elle parla un peu trop vite, et elle mit sa main devant sa bouche trop tard. Elle s’excusa maladroitement.
Elle lui arracha un pouffement puis un sourire.

— Si.

Soulagée qu’il ne lui en veuille pas pour son franc parler, elle continua son petit interrogatoire.

— Tu veux en parler ?

Il soupira.

— Mes parents voulaient décider de mon futur, de ce que je devais faire dans la vie. J’en ai eu marre… j’ai préféré partir.

Sa voix était lasse mais la nuit de sommeil lui avait fait du bien, au moins pour délier sa langue et il était moins froid, même s’il restait distant.

*

Les cheveux attachés grossièrement en chignon haut, des mèches retombaient de tous les côtés, mais son visage était dégagé et c’était le principal.
Avec son petit tablier noir dans lequel elle rangeait un stylo et un bloc notes pour les commandes, dans la poche juste devant.
Elle les sortit et s’arrêta devant une table avec des gens assis autour.

— Bien le bonsoir, qu’est-ce que je vous sers ce soir ?
— Bonsoir ma petite Alicia ! Comme d’habitude !

Trois hommes d’âge mûr étaient assis à la table ovale et discutaient joyeusement.

— Pareil.
Dirent les deux autres d’une seule voix.

Ils la saluèrent et retournèrent à leur conversation, faisant à peine attention à sa présence.
C’étaient des habitués et elle repartit sans demander son reste après avoir gratté la pointe du stylo sur le papier qu’elle arracha et posa sur le passe-plat, à destination du cuisinier.

La cloche au dessus de la porte d’entrée tinta.
Elle se retourna et se dirigea vers les nouveaux clients.
En les dirigeant vers une table libre, elle revint les voir aussitôt avec la carte du restaurant et leur demander s’ils souhaitaient un apéritif.
Elle contourna le comptoir pour aller chercher leur commande et quelques amuse-gueules offerts par la maison.

La barmaid et gérante la regardait faire tout en s’occupant de surveiller la salle et intervenir si besoin.
Alicia avait vite appris les bases du métier et elle travaillait bien, malgré quelques erreurs au début. Maintenant que cela faisait des années qu’elle était employée ici, elle avait pris ses marques et ses aises.
La clientèle habituée l’appréciait et avait vu ses progrès en tant que serveuse. Elle faisait partie du décor et il aurait été étrange qu’elle ne soit plus là tellement sa présence faisait également partie des murs.

Elle était majoritairement enjouée et lorsqu’elle pouvait se le permettre, elle discutait avec les clients dont elle connaissait le nom et leur petit train de vie.
Lorsqu’un client posait problème, elle avait encore un peu de mal à gérer ces situations. C’était alors la gérante ou le gérant aux cuisines qui s’en chargeaient, ils s’interposaient et imposaient leur décision s’il y avait besoin de faire quitter les lieux aux trouble-fêtes.

*

Elle leur parla du jeune homme qu’elle avait recueilli, sans leur dire qu’il était hébergé chez elle, elle leur demanda s’ils étaient interessés par un autre employé.
Ils s’étaient échangés des regards et avaient réfléchi sérieusement à cette idée. Leur restaurant commençait à avoir une clientèle régulière et parfois il arrivait qu’ils se retrouvent débordés. Ils étaient conscients qu’Alicia ne pouvait pas tenir la salle seule dans certains cas, mais ils n’avaient pas non plus le budget nécessaire pour embaucher quelqu’un à temps plein.
Ils finirent par accepter de le prendre à l’essai en attendant de voir si cela allait fonctionner.

Il accepta de travailler à mi-temps, pour commencer.
C’était mieux que rien et elle ne lui faisait pas payer de loyer alors qu’il squattait littéralement chez elle.

— Oh, t’en fais pas pour ça. Tu me paieras quand tu pourras et si tu as envie. Ça ne me coûte pas grand chose de t’héberger.
Avait-elle rétorqué alors qu’elle lui avait laissé son lit et qu’elle avait dormi par terre la première nuit.

— Non, mais ça va pas ?! Tu dors dans ton lit et je dormirai par terre.
— Hors de question, tu es mon invité !

Ils s’étaient disputés ainsi pour savoir comment gérer la problèmatique du coucher.
Ils avaient fini par faire un roulement pour que chacun leur tour dorme dans le lit et par terre.
Ce n’était pas aussi désagréable qu’il l’aurait cru de dormir au sol, surtout avec une couette assez épaisse, mais il avouait que le lit était plus confortable.
Ce n’était qu’un simple lit une place, c’est pour cela qu’il était impossible de le partager en y dormant à deux.
Il serait allé ailleurs s’il en avait eu la possibilité mais son salaire ne lui permettait pas de trouver un autre logement. Il n’avait pas d’autre choix que d’accepter son offre généreuse et attendre de mettre assez d’économies de côté pour pouvoir quitter ces lieux.

Il travailla dur. C’était la première fois qu’il travaillait mais il n’était pas complètement incompétent.
Il avait une certaine rigueur qu’il pouvait appliquer dans n’importe quel domaine et faire la plonge ou bien faire serveur était dans ses cordes.
Il gagna en maturité de faire pour la première fois ces tâches qui auraient pu être considerées comme ingrates.
Alicia l’aida à apprendre les ficelles du métier et en quelques jours, il en avait maitrisé les bases.
Les gérants étaient plutôt contents de ce nouvel employé bien dégourdi et pas très cher à payer.
Il pouvait même gérer les clients récalcitrants.

Ce soir là, il y avait du monde et une table était plus joyeuse que les autres. Des hommes d’âge moyen riaient à gorges déployées sans faire attention à ce qui les entourait.
Elle était alors allée les raisonner et tenter de les calmer, avec sa diplomatie légendaire, malheureusement ils étaient trop alcoolisés pour entendre raison et l’un deux l’attrapa par la taille et se mit à la tripoter.
Sephyl intervint plus que rapidement et s’interposa aussitôt alors qu’elle s’était crispée et n’avait d’autre choix que de se laisser faire sans faire de vagues.
Il la sépara du client et de son regard noir, le dévisagea et l’obligea à quitter les lieux s’il réiterait un comportement de ce genre.

Dans les vestiaires, hors de vue des clients.

— Euh… merci… d’être intervenu…

Elle ne savait pas comment le remercier et elle n’osait pas croiser son regard, et elle se frottait le bras avec sa main. Fixant un point sur le sol.

— Réagis, bon sang ! Ne reste pas plantée là, à te laisser faire !
Dit-il agacé par sa passivité.

Elle évita son regard et les larmes lui montèrent aux yeux mais elle se retint de pleurer.

Il remarqua à quel point elle était désemparée et il se calma, changeant son approche. Il se gratta la tête, gêné. Ce n’était pas sur elle qu’il devait passer ses nerfs.

— Laisse tomber… la prochaine fois, fais une scène au lieu de laisser ces porcs te toucher comme ça.
Dit-il simplement.

Il s’en alla, la laissant regagner composition.

La gérante avait assisté à la scène et avait été satisfaite de la réaction de Sephyl.

*

Elle n’osait pas trop parler de son passé. Elle ne voulait pas de la pitié des gens et elle préférait se concentrer sur le positif.
Il l’avait appris des gérants, au détour d’une conversation puis il avait fini par lui demander.

— Au fait, t’es orpheline… ?

Ils étaient dans l’appartement, autour de la table et il avait engagé la conversation. Elle ne s’y attendait pas.

— Euh oui… pourquoi cette question… ?

Il se sentait idiot. Il squattait chez elle et il ne s’était pas plus intéressé à elle et ses problèmes auparavant. Il ne pensait qu’à lui et à son propre confort personnel.

— Je… je suis désolé de te parler de mes parents ainsi alors que tu n’en as plus…

Elle sourit et le rassura d’un regard bienveillant, doux.

— Ne t’en fais pas pour ça. Ça fait des années qu’ils ne sont plus là et je n’ai jamais été très proches d’eux…

*

Ils avaient à peu près le même âge mais il se sentait si immature à côté d’elle. Elle était même un peu plus jeune que lui, de peu.
Il ne savait rien de la vie.
Elle lui avait appris tout ce qu’elle savait sans le juger, avec sa bonne humeur habituelle et elle ne l’avait jamais pressé à partir de chez elle.
Peut-être qu’elle recherchait finalement un peu de compagnie, peu importe qui, mais au moins, la sienne n’avait pas l’air de la gêner.
Il voulait faire quelque chose pour elle.
Après tout, elle lui avait tant donné, sans rien demander en retour. Parce que c’était dans sa nature.
Alors il fit le peu qu’il put : acheter quelques objets et améliorations pour l’appartement.
De son vécu il savait que l’endroit pouvait être plus confortable. Cela restait insalubre mais c’était plus agréable avec quelques détails et remplacement. Cela faisait une certaine différence.
Elle l’avait remercié, parce qu’elle n’y avait jamais songé, aussi.
Et sans s’en rendre compte, l’appartement était également devenu le sien, en partie. Il se sentait chez lui.

*

Il s’était habitué à ce quotidien, cette routine.
Ils ne s’entendaient pas spécialement et il l’avait peut-être jugée trop vite.
De son côté, elle ne l’avait jamais considéré plus qu’un ami. Elle savait qu’elle ne le méritait pas, au fond d’elle, elle n’avait pas d’ambition, elle était ce qu’elle était et elle vivotait et avait à peine de quoi se faire plaisir de temps en temps, avec son pauvre salaire.
Mais elle appréciait sa petite vie parce qu’il fallait continuer de vivre.
Elle n’était pas assez bien pour lui, c’était son constat depuis le début et cela n’avait pas bougé pour elle. Si elle pouvait l’aider, si son existence avait pu l’aider, lui. Cela lui suffisait. Elle était reconnaissante qu’il reste chez elle et qu’il lui tienne compagnie. C’était ce qui lui manquait, d’avoir quelqu’un auprès d’elle, avec qui échanger, même s’il était loin d’être bavard. Sa présence était mieux que rien pour lutter contre la solitude.
Lui non plus, s’était fait à l’idée qu’il n’était pas assez bien pour elle. Il n’avait plus rien, il repartait de zéro, il ne savait rien et elle avait dû tout lui apprendre.
Même à son travail, il avait pu appliquer rapidement et effectuer efficacement les tâches mais il se sentait encore redevable, il se sentait encore si insignifiant et dépendant d’ elle. De son logement.
Il y avait autre chose, il aurait pu partir mais il était inquiet de la laisser vivre seule. Elle était si candide, elle l’avait accueilli lui, un inconnu, à venir chez elle.
Que pourrait-il arriver si elle proposait à un autre inconnu mal intentionné. Il n’était pas serein.
Il était exaspéré par son comportement mais il était également protecteur envers elle.
Quoi qu’il en soit, il ne se sentait pas légitime d’être plus intime avec elle, il se disait qu’elle méritait mieux que lui.

Ils avaient fini leur service.
Ce jour là, il pleuvait des cordes et lorsqu’ils sortirent du restaurant, ils s’arrêtèrent sur les marches devant la porte et elle observa les trompes d’eau s’abattrent sur le paysage devant eux.
Elle sourit.

— Ça me rappelle la première fois qu’on s’est vu. Il pleuvait comme aujourd’hui…

Elle avait les yeux perdus dans cette pluie.

— Ça fait presque un an… déjà… j’ai l’impression que c’était hier…
Ajouta t-il songeur.

Il lui jeta un regard.

— Ah. J’ai un parapluie mais… je pense qu’on va tout de même finir trempés jusqu’aux os…

Ils partagèrent le même parapluie, serrés en dessous.

Arrivés à l’appartement, leurs vêtements étaient à tordre. Même avec le parapluie, le vent et la pluie torentielle avaient eu raison d’eux.

*

— Est-ce que ça te dérange de partager le même lit… ?
Il avait osé poser cette question, sans arrières pensées, juste parce que c’était plus pratique.

— Je me disais… enfin, je pensais à acheter un lit plus grand pour remplacer le tien… juste que ça serait peut-être plus simple qu’on puisse tous les deux dormir sur un vrai matelas, et ne pas faire ce roulement de dormir à tour de rôle par terre…

Elle réfléchissait sérieusement. Ce n’était pas bête, mais elle ne pensait pas que cette proposition viendrait de lui.

— Ah, tu ne vas pas acheter ça tout seul, quand même… ça doit être hors de prix… si on compte le sommier et le matelas…

— Là n’est pas la question. J’ai mis assez de côté pour, quitte à acheter un lit, je ne vais pas en prendre un autre de la même taille, surtout qu’on n’aurait pas la place pour le mettre ailleurs… enfin, je comprendrai que tu refuses qu’on dorme ensemble.

— Ah, ça ne me dérange pas qu’on partage le même lit.
Répondit-elle de manière directe, sans aucune gêne ni réaction particulière.

C’est ainsi qu’ils se retrouvèrent à dormir dans le même lit, avec chacun leur couverture et cela se passait très bien. Ils étaient trop fatigués pour être gênés, ils s’endormaient comme des masses et le lendemain, il arrivaient qu’ils se réveillent l’un en face de l’autre, avec seulement quelques centimètres séparant leur visage.

— Pourquoi tu es si gentille avec moi ?
— …Je ne trouve pas, spécialement…
— Tu me laisses vivre avec toi sans me presser à partir…
— Je ne vais pas te jeter dehors quand même.
— … Tu n’en as pas marre de m’avoir dans les parages… ?
— Ça va… tu n’es pas trop désagréable comme compagnie…
— Et si je restais plus longtemps que prévu… ?

Il avait posé cette question en souhaitant sonder sa réaction.

— Pas de problème.
— Et pour toujours… ?
— D’accord.

*

Il l’avait alors serrée dans ses bras.
Ils s’étaient donnés une raison de vivre, mutuellement.
L’appartement était devenu leur petit nid, il était modeste mais c’était leur petit nid à eux, leur havre de paix et de bonheur.
Puis ils décidèrent de fonder une famille.
Ils se sentaient capables de créer cela ensemble, ils s’étaient convaincus que cela serait possible. Il avait prévu de trouver un autre travail pour pouvoir avoir un salaire plus conséquent et par la suite déménager.
Déménager pour un plus grand appartement et accueillir un enfant. C’était leur souhait.
Dans ses bras et dans ses yeux, elle se sentait capable de réaliser cela, elle y croyait.

Il ne pensait pas qu’il se ferait rattraper par son passé. Son rêve se craquela lorsqu’on vint frapper à leur porte.
C’était un employé de ses parents, et pas n’importe lequel. Un conseiller proche et il avait réussit à trouver où il était.

— Bonsoir… je suis désolé de vous déranger mais je dois vous parler d’un sujet extrêmement important…

Il l’avait fait entrer, mais la femme avec qui il partageait maintenant sa vie était à ses côtés, et elle était enceinte.
Ils étaient encore dans leur vieil appartement.
La personne regarda de manière insistante Sephyl avant de s’exprimer.

— Je n’ai rien à lui cacher, parlez.

Il dut s’asseoir lorsqu’il apprit pour le décès de ses parents. Ce n’était pas une mort naturelle. Ils avaient été assassinés et il y a avait actuellement une lutte pour récupérer le pouvoir du domaine.
Ce conseiller fidèle avait pu s’échapper de manière discrète pour prévenir le jeune maître sans éveiller les soupçons mais le temps était compté.

— Vos parents auraient préféré que je vous laisse dans l’ignorance… mais il m’est difficile de ne rien dire quand je vois le gâchis que cela va être si tout ce qu’ils ont bâti finissent entre de mauvaises mains… c’est une requête égoïste que je vous fais présentement… pensez-vous pouvoir reprendre le pouvoir et les venger… ?

Il tremblait d’émotion mais il ne s’arrêta pas pour autant.

— Je sais que c’est beaucoup demander, mais le temps presse… je dois repartir avant qu’on ne me trace et qu’on découvre votre localisation. Même si vous avez quitté les lieux, il est possible qu’on en ait après votre vie à cause de votre lignée…

Il hésitait et il était envahi de nombreuses émotions.
La colère, la tristesse d’avoir perdu ses parents sans avoir pu se réconcilier avec eux. Puis la vengence.
La responsabilité de tout ce qu’ils avaient construits, et qu’il se devait de protéger.
Il avait autre chose à protéger : sa femme et ses futurs enfants, mais dans cette situation ils étaient également en danger.
Elle posa alors une main sur son épaule.

— Vas-y. C’est important pour toi. Je t’attendrai.
Avait-elle dit, de sa voix rassurante et son regard plein de confiance et d’amour envers l’homme qui partageait sa vie.

Il avait alors attrapé ses doigts et les avait resserrés dans sa main, d’un regard triste, il ne savait pas quoi dire.

— Attends-moi, je reviendrai, je ne sais pas quand mais je reviendrai. Je te le promets. Et je te raconterai tout.

Il l’embrassa et s’en alla avec l’autre personne.

C’était dur de la laisser seule. Elle portait en elle la vie et il ne savait pas s’il reviendrait en vie. Cela faisait bien trop longtemps qu’il n’avait pas pratiqué et il avait certainement perdu en dextérité de combat, même s’il avait de bons restes génétiques.
Le conseiller lui fit un rapide résume détaillé de la situation sur le trajet.
Il était heureux d’avoir réussi à le convaincre.
Il eut quelques mots sur ses parents.

— Ils étaient fiers et contents pour vous… pour votre vie que vous meniez… pour votre bonheur… vraiment. Je sais qu’ils m’en voudront de vous avoir trouvé. Ils ne souhaitaient plus vous imposer leurs choix… mais…

— Je sais. J’ai mûri aussi, grâce à… Alicia… c’est mon rôle de sauver ce que mes parents ont laissé… je dois prendre cette responsabilté… je vais déloger ceux qui ont fait ça, vite fait bien fait. Comment cela a pu arriver… mes parents… je pensais qu’ils étaient appréciés… aimés…

— Ils l’étaient. Je vous l’assure…

*

Ils avaient été séparés, ou plutot piégés.
Elle, s’était retrouvée seule dans son bureau à étudier des dossiers qu’elle trouvait étranges. Certains détails ne coïncidaient pas. Elle lui en avait parlé mais il l’avait rassurée en disant que ça devait être une erreur de rapport. Malgré ses mots, elle n’était pas rassurée, elle avait un mauvais pressentiment.
Lorsqu’elle put mettre le doigt sur ce qui clochait, il était trop tard.
Quelqu’un frappa à la porte et entra sans même attendre qu’on lui dise d’entrer.
Elle sut tout de suite que ça n’allait pas.
La personne ferma la porte derrière elle et s’approcha prudemment d’elle, qui était derrière son bureau.
Même si elle était moins redoutable seule, elle le restait même à son âge.

— Les temps changent… et le vôtre est fini…

Ils livrèrent bataille dans le bureau qui fut mis sens dessus dessous.
Il n’y avait pas eu de temps pour la parlotte.
Le corps de l’espion gisait au sol dans une position anormale, et elle, essayait de tenir debout, le souffle court, elle s’appuyait sur ce qu’elle pouvait.
Il fallait faire vite, elle ne pouvait pas rester là à attendre qu’une autre vague d’ennemis viennent la cueillir. Elle était inquiète pour son époux.
Elle jeta un regard à la porte et se tourna vers la baie vitrée.
Les deux étaient probablement gardés mais elle devait choisir. Et son choix se porta sur la fenêtre. Elle regarda prudemment à l’extérieur avant d’ouvrir et s’aventurer dehors.
Elle avait réussi à reprendre son souffle et elle se dépêcha pour ne pas rester au même endroit trop longtemps.
Elle ne rencontra personne et fit le maximum pour ne pas être vue.
Où était son mari ?

Il était allé dans les sous-sols du château pour un contrôle. Quelqu’un lui avait signalé une présence de nuisibles, et il n’avait pas fait plus attention à cette information. Cela arrivait qu’il y ait des rats, des petits animaux ou gros insectes, rien de très dangereux tant que la population restait stable.
Rien d’anormal mais il sentit la présence de quelqu’un, et ceci éveilla ses soupcons.
Sa femme avait peut-être raison. Il resta sur ses gardes et interrogea cet intrus avant de tenter quoi que ce soit.
Cela pouvait être quelqu’un qui s’était égaré, même si cela aurait été plus qu’étonnant.
Aucune réponse.
Il posa sa main sur son arme, prêt à dégainer.
Il faisait sombre mais il s’était rapidement habitué au lieu et sa vision était suffisante pour deviner les contours de la silhouette qui sortit de sa cachette.

— Je te reconnais…
Avait-il dit.

Sa femme avait eu raison. Il se sentait idiot de n’avoir pas donné de l’intérêt à son pressentiment mais il était trop tard maintenant pour regretter.
Tout ce qu’il espérait c’est qu’elle aille bien, mais dans l’instant présent c’était à lui de faire attention à son adversaire.

— Quel honneur que vous vous souveniez de moi, monsieur…
L’amusement était perceptible dans sa voix.

Il approchait doucement, comme pour faire durer ce plaisir, cet instant avant que leurs armes soient dégainées.

— Que veux-tu ?

Il recula de quelques pas, se positionnant et essayant de sonder les alentours. Ils étaient seuls, ce qui le surprit.

— Pas grand chose… juste votre mort ? Votre domaine sera entre de bonnes mains…
— Laisse-moi en douter. Je ne meurs pas si facilement, même seul.
— Nous sommes au courant de vos capacités… votre duo est renommé mais sans votre partenaire… vous n’êtes pas aussi redoutable que vous pouvez le croire.
— C’est ce qu’on va voir.

Les tintements des lames qui s’entrecroisent résonnaient entre les murs mais personne n’aurait pu en être témoin ni alerté par ces bruits. Ils étaient à l’écart et ce lieu avait été choisit pour cela.

Elle avait pu retourner à l’intérieur du château mais elle ne savait plus à qui elle pouvait faire confiance parmi ses employés. Elle était encore dans le flou.
Elle se cacha et chercha une seule personne, autre que son époux. Elle essayait d’écouter les conversations pour deviner où il pouvait bien être.
Leur conseiller, majordome et ami. Il fallait qu’elle réussisse à le trouver pour le prévenir de la situation. Et vite. Il était formé pour se battre mais elle craignait qu’il n’ait été éliminé.
Elle entendit un bruit qui l’interpela. Il aurait été imperceptible et anodin pour les autres mais dans cette situation, elle savait qu’elle devait se rendre à la source de ce son.
Sa chambre.
Lorsqu’elle ouvrit, le corps d’un employé était à terre, et celui de son ami se tenait accroupi à ses côtés, vérifiant que l’intrus ne se réveillerait pas.
Elle lâcha un soupir de soulagement.

— Madame… je suis profondément confus…
— Je suis au courant de la situation. J’ai été également attaquée, je dois à tout prix savoir où est mon mari.
— Je l’ai vu se diriger vers les sous-sols. Il m’a dit que ce n’était qu’un contrôle de routine… mais…
— Merci. J’y vais de ce pas. Ce sera le chaos bientôt ici. Je ne vais pas te dire que je te confie le reste… cela serait beaucoup trop de poids sur tes épaules et égoïste de ma part. Si jamais nous ne nous revoyons pas. Pars. Enfuis-toi. Merci pour ces années de bons et loyaux services. Ne cherche pas à nous venger… je pense qu’effectivement, notre ère se termine ici…

Elle ravala une larme et se dirigea vers la porte, prête à l’ouvrir et s’en aller.

— Madame… et votre fils… ?
— Non… qu’il reste en dehors de tout ça. Rien que de savoir qu’il vit heureux quelque part, me suffit amplement.
— Madame… prenez soin de vous. Cela a été un honneur de vous servir avec Monsieur durant ces années. Permettez-moi de ne pas obéir à vos derniers ordres…
— Ça m’aurait étonnée de ta part. Sache que nous ne t’en voudrons pas de sauver ta peau. Tu mérites de continuer à vivre.

Et elle s’en alla, ouvrant la porte et courant vers les sous-sols. Elle avait déjà perdu trop de temps mais cette conversation était nécessaire.
Elle sourit malgré elle, en pensant qu’elle avait été cruelle de le laisser à ce choix, mais elle ne voulait pas l’entraîner dans leur chute. Il n’était pas obligé de prendre part à ce conflit.

Il y avait des employés suspicieux qui surveillaient l’entree des caveaux et elle les assoma avant de descendre.

Il était en train de reprendre son souffle adossé à un mur. N’osant pas sortir parce qu’il savait que d’autres adversaires risquaient de l’y attendre.
Il n’avait pas été blessé mais la bataille n’avait pas été simple à gagner. Qui qu’ils soient, ils avaient choisi des combattants à la hauteur, il leur reconnaissait ça.
Ses pensées fusaient. Et si tous les employés étaient dans le coup ? Non, ce n’était pas possible.
Comment faire pour savoir et surtout, est-ce que sa femme allait bien ? Avait-elle été attaquée également ?

Elle lui sauta dans les bras.

— Tu n’as rien ?
— Non, et toi ?

Ils se jaugèrent et soupirèrent de soulagement.

— Il est trop tôt pour se réjouir.
— Je sais.
— Que faire ?
— J’ai pu croiser notre cher majordome et je l’ai démis de ses fonctions.
— Ok, c’est une bonne chose.
— Je viens d’assomer quelques employés qui t’attendaient dehors. L’alerte doit être lancée depuis, nous devons évacuer ceux qui ne sont pas concernés…
— C’est ce qu’ils attentent de nous. Qu’on se mette à découvert en protégeant les civils.
— Je sais… mais nous ne pouvons pas les impliquer. Tout le château va devenir un champs de bataille.
— J’en suis conscient.

Il soupira.

— Trahison ! Fuyez !
— Rentrez chez vous !

Ils entendirent les cris. L’alerte avait été lancée et ils esquissèrent un sourire. C’était leur ami qui était derrière cet avertissement. Cela les aiderait à gagner du temps et se concentrer sur autre chose.
Les bruits de pas saccadés sur le sol, les gens courraient dans tous les sens et bientôt, le domaine se vida peu à peu, laissant que ceux derrière ce coup monté.

Ils étaient agacés. Leur plan de chantage civil tombait à l’eau mais ce n’était que partie remise.
Le domaine leur appartenait maintenant, techniquement seulement.
Ils savaient qu’ils devaient voir les corps sans vie du vieux couple avant de le déclarer officiellement.
Ils sentaient encore leur présence mais ils ne savaient pas où ils étaient exactement.

— Sortez de votre cachette… vous ne faites que reculer l’inévitable. Votre domaine ne vous appartient plus.

Elle était au milieu du hall et sa voix portait grâce à l’architecture de la salle.
À ses côtés, ses fidèles et espions qui étaient encore dans leur uniforme du château.

Ils avaient eu le temps d’aller revêtir leur tenue de combat. Ils savaient qu’ils livraient certainement leur dernière bataille.

Ils arrivèrent dans le hall, côte à côte, ils étaient prêts à se battre.
L’ennemie sourit et donna le feu vert à ses sbires pour les attaquer.
Ils étaient nombreux et tous forts à leur manière, mais surtout jeunes.
Le couple se défendit du mieux qu’ils purent mais l’endurance leur faisait défaut.
Quand ils repoussèrent les premières vagues d’ennemis, ils étaient en sueurs et, même s’ils n’étaient pas blessés, leurs vêtements étaient abîmés par dessus leur tenue spéciale. Et ils étaient décoiffés.
Elle, avec ses cheveux courts noirs, et lisses. Lui de ses longs cheveux châtins foncés attachés en queue de cheval. Avec quelques cheveux grisonnants pour les deux.

Ils reprenaient leur respiration tout en maintenant leur position de défense. Leur regard était rivé sur l’ennemie qui avait l’air contrarié qu’ils tiennent encore debout. Elle fit un autre geste et une seconde vague d’ennemis arrivèrent sur eux.
Elle se tenait encore en retrait, attendant patiemment que le couple soit assez affaibli pour qu’elle puisse tenter de les achever.
Elle savait qu’elle n’avait pas grandes chances de les battre s’ils étaient encore en duo.
La durée de leurs efforts finit par leur causer du tort et l’erreur survint.
À force de les observer, l’ennemi put également déterminer quelques points faibles et l’homme reçut un coup au visage. Sa partenaire vit le coup venir venir et elle lança un coup de pied en direction de son adversaire qui partit valser au loin, avant de percuter le sol.
Elle écarta les autres ennemis et s’enquit de son état qui était simplement sonné mais le coup qui lui avait été porté lui avait ouvert l’arcade sourcilière et il était en train de saigner.
Queques minutes fut nécessaire avant qu’il ne reprenne ses esprits.

— Ça va… ?!
Dit-elle paniquée de le voir tant saigner.

Elle n’osa pas toucher sa plaie mais se sentie rassurée qu’elle n’était que superficielle. Le sang était toujours impressionnant à cet endroit.

— … Oui, oui… laisse-moi quelques secondes…
Il la rassura mais il ne faisait pas le fier.

Elle devait rester sur ses gardes et continua à les défendre tous les deux.

Lorsqu’il tomba, écorché à force de se battre, elle retint sa respiration. Elle se précipita sur lui lorsqu’elle put se débarrasser des derniers adversaires et elle le prit dans ses bras. Il était trop tard.
Son adversaire lui avait porté un coup d’épée en plein dans ses organes vitaux et il ne bougeait plus.
Elle pleurait mais elle savait que c’était la fin.
Elle le prit dans ses bras comme elle put et l’ennemie s’avança vers elle avec un large sourire satisfait. Une arme blanche à la main, elle s’approchait et la pointa sur sa poitrine.
Elle attendit qu’elle s’approche pour faire exploser la boule de magie qu’elle préparait. Ils furent tous pris dans l’explosion et finirent au sol.
L’ennemie put se relever avec difficulté mais pour ce qui était du couple, ils étaient dans les bras l’un de l’autre, ils ne bougeaient plus.

Elle se dépoussiera et se releva et regarda autour d’elle. L’impact était visible et elle avait été projetée à une dizaine de mètres mais le combat était fini.

Quelqu’un vint lui signaler que l’héritier légitime était de retour.

— Parfait, je n’aurai même pas à aller le chercher.
Se rejouit-elle.

*

Les souvenirs lui revinrent de son foyer et il eut un énorme pincement au coeur de retrouver le château de ses parents dans cet état.
Il ne pouvait pas pénétrer dans les lieux sans être un minimum préparé et le majordome lui fit un rapide brief de la situation.
En arrivant aux abords, des employés avaient reconnu le conseiller et l’abordèrent pour lui demander ce qu’ils pouvaient faire pour aider à reprendre les lieux.
Ils entendirent et ressentirent l’explosion, ce qui les fit tous sursauter et se retourner vers la source du bruit.
Les fidèles se greffèrent au petit groupe pour tenter de reprendre les lieux.

Le majordome expliqua rapidement la situation et qui était le jeune homme à ses côtés.

Il vit deux corps au sol, dans les bras l’un de l’autre, et il aurait préféré ne pas y reconnaître ses parents.
L’ennemie n’avait pratiquement plus de soldats à ses côtés et elle était elle-même bien blessée par l’explosion et les combats auxquels elle avait participé avant.
Ses pouvoirs étaient là depuis toujours mais juste endormis depuis tout ce temps.
Il ressentait d’étranges sentiments en lui mais il se concentra pour battre son adversaire.
Les employés étaient derrière lui pour le soutenir si besoin et intercepter les autres espions restants.
Le majordome alla voir l’état des corps de ses maîtres.
Seule sa maitresse était encore en vie mais plus pour très longtemps.
Il ne la toucha pas pour ne pas agraver son état et s’approcha juste assez pour entendre ce qu’elle disait.

— Tu es encore là… ?
Réussit-elle à prononcer, avec difficulté.

Elle était allongée, les paupières presque fermées. L’étincelle de vie encore présente dans ses yeux était en train de s’éteindre, son regard était presque vitreux.
Elle reconnut tout de même la silhouette de son ami.
Elle était immobile, seules ses lèvres bougeaient de manière imperceptible, et un son glutural sortait de sa bouche.

— Oui… nous allons reprendre les lieux.

Il choisit ses mots avec précaution pour aller au plus simple, de peur qu’elle n’entende pas la suite si elle venait à quitter ce monde, d’un moment à un autre.
Le maître ne bougeait plus, son coeur ne battait plus et il n’y avait plus aucun souffle de vie en lui, mais elle lui serrait tout de même la main.

— Sephyl… il…
— Oui… il est là…

Il n’osait pas lui demander de le pardonner, il savait ce qu’elle pensait de son fait.
Un sourire apparut sur son visage sale mais pâle.

Il eut de la chance que son adversaire fut aussi affaiblie et qu’il ait des renforts pour assurer ses arrières.
Il put la vaincre et reprendre ce qui lui était de droit.
Dès qu’il sut que la voie était dégagée et qu’il ne craignait plus rien. Il se précipita auprès de ses parents, de ce qu’il en restait.
Le majordome était immobile, près de sa mère qui semblait faire un doux rêve, si on faisait fi de son état physique.
Il comprit qu’il était trop tard.
Son père était déjà parti et sa mère venait de le rejoindre.

— Elle… il… ils seraient fier de vous.
Prononça le majordome, l’émotion dans sa voix, il se retenait de pleurer mais la tristesse était plus forte.

Il avait la main de sa maîtresse dans la sienne et il le lui embrassa une dernière fois avant de la reposer sur sa poitrine.
Il prit la main de son maître et y apposa son front avant de faire la même chose, réunissant ses deux mains sur son torse.
Sephyl n’arrivait pas à réaliser la mort de ses parents.
Il espérait qu’ils se réveillent, qu’ils le réprimandent sur sa longue absence. Qu’ils le regardent durement comme ils avaient l’habitude de faire.
Il avait imaginé de nombreuses fois la scène de leurs retrouvailles et de ses excuses. Du savon qu’il recevrait et du pardon de ses parents.
De la présentation de sa chère et tendre. Il était certain qu’elle aurait été appréciée.
Il s’agenouilla devant eux, la pression, l’adrénaline, la rage de vaincre, tout retombait et il se laissa tomber à moitié, les mains devant lui, soutenant son poids.
Les larmes de sortaient pas. Il était dans le déni.
Cela ne pouvait pas se passer comme ça.

« Réveillez-vous ! »
Avait-il envie de crier, mais aucun son ne sortait de sa gorge.
Tout ce qu il arriva à prononcer fut.

« Pardon. »

Pardon de ne pas avoir été là, de ne pas avoir pu être là plus tôt, d’avoir été un fils si égoïste, pensant à son propre bonheur, n’ayant compris l’ampleur de ses responsabilités que trop tard. Beaucoup trop tard.

Les fidèles employés s’étaient approchés tout en laissant un cercle autour de leurs maîtres. Ils faisaient leur deuil silencieusement et certains pleuraient dans les bras de leurs collègues pour chercher du réconfort.
Le majordome se reprit, c’était son côté professionnel et il prit en main les évènements à suivre.
Il dirigea les employés qui restaient à vérifier l’état des lieux, réunir ceux qui voulaient continuer avec eux, avec l’héritier.
Il fallait s’occuper des autres corps, et tous les préparatifs pour les funérailles de leurs anciens maîtres.
Sephyl exécuta comme il put les conseils du conseiller.
Il prenait ses nouvelles responsabilités à coeur. Il n’y avait personne pour prendre sa place, il n’avait pas le choix.

Certains employés n’étaient pas confiants et connaissaient le passé de Sephyl et les circonstances de son départ. Il ne leur en voulut pas de déposer leur tablier.

— Je sais que j’ai été puéril et égoïste, mais je ne suis plus le même qu’avant. Je ferai de mon mieux pour reprendre en main ce que mes parents m’ont légué.

Il s’était exprimé pour faire taire le brouhaha de la foule qui désaprouvait son retour.

— Je ne force personne à me suivre. Je suis encore jeune et je manque d’experience mais je ferai tout en mon pouvoir pour mériter ce dont j’ai hérité.

Il avait tout mis en oeuvre pour mériter l’acceptation de ses sujets.
Sa femme et ses enfants durent passer en second plan.
Il avait appris les ficelles de la gestion très rapidement et il était efficace. Malgré quelques maladresses ou erreurs, le majordome l’aida énormement et le forma à tout cela.

— Quel est votre nom… ?
Avait-il demandé, timidement.

Il avait oublié depuis le temps et il n’avait pas eu le temps de se présenter correctement avec tout ce qui venait de se passer.

— Francis.

*

Elle attendit patiemment.
Des semaines, des mois.
Il était revenu mais il ne pouvait pas rester et il lui avait tout raconté.
Elle l’avait plutôt bien pris. Elle lui faisait confiance, elle croyait à son histoire, même si elle ne put s’empêcher de rire nerveusement.
C’était ridicule, si jamais il avait voulu la quitter, il n’aurait pas inventé des faits aussi absurdes.
Il fut présent à son accouchement et pendant quelques jours, et il repartit.
Elle savait qu’il faisait de son mieux pour passer du temps avec elle et endosser ses nouvelles responsabilités, mais c’était douloureux.
Il lui manquait trop. Elle avait besoin de sa présence.
Il lui avait assuré qu’elle n’aurait pas besoin de travailler pendant un moment, qu’il s’en chargeait, qu’il pouvait au moins s’occuper de la décharger de ce poids au vue de la situation.
Elle s’était énervée.

— Je m’occupe de ça, tu n’auras plus à t’inquiéter de ce point.

Ses parents lui avaient crée un compte bancaire et il avait été généreusement approvisionné. Il l’avait découvert sur leur testament et il ne savait pas quoi dire ni comment réagir, mais une chose était sure, il allait l’utiliser pour sa petite famille.
Elle était enceinte de bientôt 7 mois et son ventre était bien rond.

— C’est pas le problème… je…
— J’ai déjà réglé la paperasse pour que tu puisses déménager dans un autre appartement. Tu verras, c’est tout autre chose.
— C’est pas ça…
— Des déménageurs passeront pour que tu n’aies à t’occuper de rien.
— À quoi bon si tu n’es pas là ?!

Elle avait fondu en larmes.

— Ce n’est pas ce que je te demande… je n’ai pas besoin de tout ça… la seule chose dont j’ai besoin, c’est toi… !

— Pardon…

Il avait tenté de la consoler comme il put mais sans succès puis elle avait serré ses poings pour bourriner sa poitrine.
Il l’avait laissée faire et l’avait enlacée.
Il n’avait pas d’excuse. Il était sincèrement désolé.
Elle finit par se calmer et elle s’excusa également.

— Pardonne moi… je sais que c’est difficile pour toi… je sais que tu fais de ton mieux… moi aussi je vais faire de du mieux que je peux… pour élever nos enfants…

Elle essuyait ses larmes et essayait de se reprendre pour le rassurer.

— Je veux que tu saches que j’aurai toujours un oeil sur vous. Je suis désolé… j’aurais tellement souhaité rester à tes côtés…

— Je sais…

— Je te ferai un virement tous les mois pour payer les factures et les courses. Si besoin, n’hésite pas à me le dire, je pourrais toujours faire un virement supplémentaire.

Ce n’était pas qu’il n’avait pas confiance mais ils n’étaient pas mariés et la banque n’autorisait pas certaines choses. Il avait choisi la méthode la plus simple.
Plus le temps passa et moins il ne put retourner la voir.
Lorsqu’elle accoucha, il prit tout de même le temps d’aller déclarer la naissance de leurs enfants et de les reconnaître en tant que père.
Des jumeaux : Alexandre et Alexandra.

Puis les années passèrent.
Il avait préféré ne pas se présenter aux enfants parce qu’il était trop absent et ils grandirent sans connaître l’idendité de leur père.

2020.10.12

Filets [RolePlay] [R-18]

Un autre soir où le sommeil n’était pas au rendez-vous.
Dans sa robe blanche de nuit, elle sortit arpenter les couloirs du château.
Elle était maintenant habituée à ces lieux, elle ne craignait plus de se perdre. Sa nouvelle condition l’aidait également énormément à s’orienter. Elle qui avait un sens de l’orientation correct, ses sens aiguisés lui permettaient de retrouver son chemin même les yeux fermés.

Ce soir là, elle errait sans réel but, se disait-elle.
Jusqu’à ce que ses pas l’am-nent devant la chambre de quelqu’un. Pas n’importe qui. Le fameux majordome du château.
Son coeur battait un peu plus vite maintenant qu’elle s’était rendue compte où elle était.
Ce n’était pas un hasard. Elle s’ennuyait mais elle avait également un désir. Ses souvenirs de leur première fois étaient encore encrés en elle et en y repensant son corps se rapella les sensations dans le creux de son ventre. Les joues un peu plus roses, elle était immobile devant cette porte.
Elle savait qu’il était trop tard pour reculer.
Il avait dû sentir sa présence tout comme elle sentait la sienne à travers la séparation.

Elle prit son courage à deux mains et elle toqua à la porte.

Il l’invita à entrer, aussitôt.
Il était assis sur le rebord du lit.

— Bien le bonsoir.
L’accueilla t-il, aimablement, ne pouvant réfréner son sourire.

— B-bonsoir…
Répondit-elle timidement en refermant la porte derrière elle.

Ses cheveux lâchés et retombant dans le bas de son dos.
Elle n’osait pas le regarder dans les yeux mais elle sentait son regard amusé sur elle.

— Approche, je ne vais pas te manger.
Rit-il.

Il avait décidé de la tutoyer lorsqu’ils étaient seuls.
Elle approcha, presque à contre-coeur.
Elle était venue jusqu’à lui de sa propre volonté.
C’était juste difficile pour elle de se l’avouer.
Elle n’avait plus peur, il avait réussit à briser sa protection de glace et elle lui avait accordé sa confiance.
Il lui attrapa la main et l’embrassa sur le dos de la main. Elle debout et lui, assit sur le lit.

— Qu’il y a t-il, ma petite poupée ?

Elle s’empourpra encore plus à ses mots.
Amusé par sa réaction, il ne pouvait s’empêcher de continuer à la taquiner ainsi.

Elle s’agenouilla en face de lui, ce qui le surprit et son sourire disparut.
Il lui attrapa les deux mains pour l’inviter à se relever mais elle insista pour rester à ses pieds, et elle s’exprima.

— Je… veux vous faire plaisir…

Il voulut la couper mais elle l’incita à la laisser continuer de s’expliquer.

— La dernière fois… vous m’avez beaucoup donnée et je me sens redevable… je souhaiterai vous remercier pour votre geste.

Elle le regardait dans les yeux, sincère et déterminée.
Elle n’arrivait pas à le tutoyer.

— C’était également plaisant pour moi… tu n’as pas besoin…

Elle continua à le fixer de son regard perçant puis ses mains se libérèrent pour se balader et chercher à défaire son pantalon.
Il se tut.
Curieux, il la laissa faire son affaire.
En sous-vêtements puis sans rien.

Il était un tout petit peu excité par ses caresses et ce qu’elle venait de lui dire.
Elle le prit dans ses mains expertes.
C’était si nouveau alors qu’elle avait fait ça à de nombreuses reprises. C’était si différent.
Elle avait l’habitude qu’on la force à le prendre en bouche mais cette fois-ci, elle avait le loisir d’observer, de toucher, d’examiner sous tous les angles.
Il n’était pas chatouilleux et il la laissa faire sans broncher.
Sa seule réaction fut les spasmes et sursauts sur sa verge lorsqu’elle le caressait d’une certaine manière.
Il joua avec ses longues mèches de cheveux et de temps en temps, il fermait les yeux pour profiter des sensations.
Il n’avait pas d’odeur forte. C’était perturbant pour elle. Il ne sentait pas la sueur. Son membre était propre, lisse, doux. Presque froid.
Une légère odeur de fluide pré-séminal s’en dégageait.

Elle ouvrit la bouche et commença par lui lécher l’extrémité, du bout de la langue, elle en caressa le pourtour puis elle tenta d’avancer ses lèvres, pour que son phallus s’enfonce lentement dans la chaleur et l’humidité de sa bouche. Elle prenait un certain plaisir à le caresser ainsi avec sa langue, parfois à le mordiller, aspirer.
Elle le sentait réagir, son membre se gorgeait un peu plus de sang, il était plus tendu selon ce qu’elle lui faisait, et ses gémissments ne trahissaient pas.
Elle était amusée de l’entendre faire ces sons, lui, le majordome en chef du château, son supérieur.
Si strict et froid à son habitude. Il se laissait aller et exprimer ce qu’il ressentait vraiment. Elle trouvait ça adorable.
Elle continua en faisant des mouvements de va-et-vient avec sa mâchoire, tout en lui massant la hampe et les bourses. Elle avait une certaine fascination pour ses testicules et son pénis qui se contractait et vibrait à l’intérieur de sa bouche lorsqu’elle le léchait de toutes parts.

Il posa sa main sur son épaule.
Elle vida sa bouche pour le regarder.

— Je vais éjaculer…
La prévint-il.

Elle ne cacha pas son étonnement, et ne sut pas quoi faire. D’habitude les hommes se vidaient dans sa bouche sans lui demander son avis. Elle avait fini par s’habituer à ce goût, de ne pas vomir, de se forcer à avaler. Que devait-elle faire ? Devait-elle continuer ? Le laisser faire son affaire ?

Il vit sa longue réflexion.

— Tu n’es pas obligée de…

Alors elle ne le laissa pas finir sa phrase et le reprit en bouche. Elle voulait lui faire plaisir. Cette fois-ci serait différente.
Il lâcha un gémissement de surprise et de plaisir, lorsqu’il sentit de nouveau la chaleur et la douceur de ses caresses et de sa langue tout autour de son sexe.
Il ferma les yeux un instant pour profiter de ce délicieux massage puis il les rouvrit pour l’observer à l’oeuvre.

— Où… as-tu appris à faire cela… ?
Murmura t-il dans un râle.

Elle ne pouvait pas lui répondre la bouche pleine.
Elle le sentit se crisper, pousser un petit cri étouffé.
Puis son essence se déverser sur son palais, sur sa langue.
C’était étrange. Le goût n’était pas désagréable, contrairement à ce dont elle avait l’habitude.
C’était presque bon, se surprit-elle à penser.
Elle essaya de mettre un mot sur cette substance mais elle finit par en déguster l’entièreté avant de pouvoir le décrire.
Elle resta à terre à ses pieds, attendant qu’il reprenne ses esprits et qu’il lui dise quoi faire.

Il la fit se relever et l’enlaça, encore tremblant d’avoir atteint l’orgasme.
Elle ne savait pas comment réagir, alors elle posa ses mains sur ses cheveux et le caressa, en silence.

Ils étaient maintenant tous les deux dans le lit, allongés dans les bras l’un de l’autre, ils discutaient.

— Comment as-tu appris à faire ça… ? Je pensais que c’était ta première fois…
Il réitera sa question.

Elle lui expliqua et lui raconta son passé.
Que c’était de loin sa première fois.

— Je… mais c’était ma première fois consentante…
Avoua t-elle.

Et elle le sentit différent. Il ne dit plus rien.
Il s’éloigna un peu d’elle pour mieux la regarder.

— Comment ça… ? Tu… on t’a… ?
Demanda t-il, pour être sûr de comprendre ce qu’elle venait de lui révéler.

Elle acquiesça sans vraiment oser affronter son regard.
C’était du passé. C’était tellement normal pour elle qu’elle ne ressentait rien de particulier à ce moment précis. C’était un fait. Elle avait subi cela, elle n’avait pas le choix. Elle n’était ni en colère, ni triste.
Par contre, lui, elle le sentit se contenir, il tremblait d’une certaine colère contre ces gens qui lui avaient fait cela. Alors elle se sentit dans le besoin de le calmer, de le rassurer. Elle appréciait son soutien mais elle allait bien, maintenant. Elle l’avait accepté et cela faisait partie d’elle, et un nouveau départ lui avait été offert.

— Ne vous en faites pas. Je vais bien.
Elle lui adressa un sourire forcé.

Il caressa de sa main, sa joue et la garda dans sa paume.

— Je suis désolé…
— Ce n’est pas de votre faute.

Elle accepta sa main et se lova dedans. Elle sentit les battements de son coeur et sa tension se calmer.

— … J’oublié parfois la cruauté des humains. Nous ne sommes pas tous civilisés comme au château, je le sais bien, nos semblables peuvent être d’une bestialite sans nom… mais…

—Merci…
Dit-elle simplement.

Elle s’endormit dans ses bras.
Elle était tellement bien, elle n’était plus seule. Elle se sentait apaisée d’avoir pu se confier sur son passé.

Le lendemain, elle se réveilla à ses côtés.
Il la salua et elle ne tarda pas à se lever et se préparer, le laissant dans ses draps. Il la regardait se rhabiller, profitant du spectable.

— Merci encore pour votre hospitalité.
Elle s’inclina.

— Ne sois pas aussi formelle avec moi lorsque nous sommes seuls.
Il sourit, amusé par son comportement, son esprit étant encore à la veille.

Elle s’en alla, s’inclinant une nouvelle fois pour cacher sa gêne. Le laissant seul dans son lit.

*

Il se fit convoquer dans le bureau du comte.

— Vous m’avez demandé, maître ?
Dit-il tout en s’inclinant.

Son interlocuteur lui faisait dos puis se retourna finalement vers lui pour lui parler.

— Quelle est la situation dans le château ?
Demanda t-il simplement, les mains dans son dos et se déplaçant lentement dans la pièce.

— Rien à signaler, maître.
— Bien.

Il marqua une pause.

— Et la jeune pousse ? S’est-elle habituée à sa nouvelle condition ?

Il posa cette question tout en bougeant quelques bibelots sur ses étagères.
Le majordome, imperturbable, lui répondit sans aucune hésitation.

— Il semblerait.
— Bien, bien…

Il se tourna vers lui, scrutant sa réaction.

— Est-ce que tu as appris des choses ?
— Oui… sur son passé. Ce qu’elle a vécu avant d’être ici, avec nous.
— Je vois…
— Vous étiez au courant… ?
— Je m’en doutais… j’ai vu son corps avant sa transformation. Frekio m’avait également fait part de ses observations. Peu de choses passent au travers de mes filets, tu te doutes.

Il avait intentionnellement prononcé ces mots.
Il marqua une pause avant de terminer

— Prends bien soin d’elle. Tu peux disposer.

Il savait pour leur relation et il ne désapprouvait pas.

2020.09.09

Majordome [RolePlay] [R-18]

Quelque chose titillait son odorat. C’était le majordome. Elle le remarquait maintenant et lui aussi s’était rendu compte du changement.
Lorsqu’il se croisèrent dans les couloirs, ils s’étaient échangés quelques regards intrigués.
Puis ils avaient continué leur chemin.

Beaucoup plus tard, ils se recroisèrent. Ils étaient seuls. L’activité nocturne était un peu plus calme.
Elle errait dans les couloirs parce qu’elle n’arrivait pas à dormir et ce fut le hasard qu’elle tomba sur lui.
Tout comme le majordome qui faisait une simple ronde.
Il fut agréablement surpris.

— Mademoiselle Chloé.
La salua t-il

Elle s’inclina en réponse.
Balayant des yeux l’espace autour de lui, ils étaient dans une allée très peu fréquentée mais il ne souhaitait pas être dérangé.

— Est-ce que vous avez un petit moment à m’accorder ? Je souhaiterai m’entretenir avec vous.

— Oui, bien sûr.

Elle ne cacha pas son étonnement.
Il ouvrit la marche et elle le suivit.
Elle sourit interieurement, cela lui rappelait son premier jour ici. Tellement de choses s’étaient passées et elle était beaucoup plus à l’aise maintenant.
Ils arrivèrent devant une porte et il l’invita à entrer.
Elle n’avait pas peur, qu’avait-elle à craindre, après tout ?

C’était une simple chambre.
Elle entendit la porte se refermer derrière elle. Elle se retourna.
Son attitude changea, il s’avança vers elle, jusqu’à ce qu’ils ne soient qu’à quelques centimètres.
Il la surplombait de beaucoup, c’était une armoire à glace et elle devait lever son visage pour pouvoir le regarder dans les yeux.
Il se pencha pour qu’ils puissent se faire face, et il approcha son visage pour lui murmurer quelque chose après avoir humé son odeur.
Elle resta stoïque. Elle n’avait pas peur mais elle restait sur ses gardes. Se demandant si elle avait fait quelque chose de mal pour que le majordome lui en veuille.

— Vous êtes… différente, n’est-ce pas ?

Elle ne répondit pas. Elle ne savait pas si elle devait le dire. Était-ce un secret ? Le comte ne lui avait pas interdit mais elle ne souhaitait pas le crier sur les toits.
Puis. En tant que majordome personnel du comte, n’était-il pas au courant ? Ou alors le comte avait omis cette information, exprès ?
Même si rien n’avait été dit, tout le monde le savait implicitement. Elle ne sentait plus l’humaine. Cela devait être évident, mais il devait le savoir. Était-ce un test ?
Il recula pour mieux l’observer et un sourire apparut sur ses lèvres. Il était rare de le voir sourire.
Se moquait-il d’elle ?
Elle resta à le fixer, sans broncher. Sa question était réthorique.

— Ne soyez pas si méfiante envers moi. Je ne vous veux aucun mal. Au contraire…

Sa voix se voulait rassurante mais elle n’arrivait pas à se détendre. Elle continuait à le regarder sans dire un mot. Attendant ses explications. Il restait un employé important, même si son supérieur direct était Homa, il était au même rang et elle ne devait pas faire de faux pas.

— Vous avez dû remarquer que nous sommes similaires, maintenant.

Elle avait coupé sa respiration inconsciemment et à ces mots elle inspira et recommença à respirer.
Elle n’avait pas remarqué jusqu’à présent qu’il dégageait une odeur familière,à cette distance il n’y avait aucun doute. Elle en était certaine. Il était comme elle, comme le comte.

— Je souhaitais vérifier de mes propres yeux ce fait, pardonnez-moi d’avoir été rude.

Il se mit à genoux et attrapa la main de la jeune fille pour lui apposer un baiser d’excuse.
Elle frissonna. Pas parce que le toucher était froid mais étrangement doux, sa petite main s’était perdue dans sa paume immense. Malgré sa corpulence ses gestes étaient délicats.

— Permettez-moi de vous faire la cour. Je trouve votre odeur fort délicieuse.

Il se releva et son visage se retrouva à nouveau juste en face du sien.
« Délicieuse » ? Était-ce ça qu’elle ressentait également ? L’odeur du majordome était déroutante, mais est-ce qu’elle la qualifiait de délicieuse ? Elle ne savait pas.
Il lui attrapa le menton.
Elle eut un mouvement de recul. Un peu trop brusque qu’elle perdit l’équilibre, il la rattrapa. Il n’eut qu’à tendre son bras pour l’aider à reprendre son équilibre, sa main était dans son dos et il s’approcha encore plus d’elle. La ramenant vers lui.
Ses petites mains frêles étaient sur son torse, sur son uniforme.
Collés ainsi, l’odeur était plus intense, elle était enivrante. Elle devait se l’avouer.
Que lui proposait-il ?
Qu’est-ce que cela impliquait.

— Je vois que je ne vous laisse pas indifférente…

Sa voix grave résonna en elle.
Elle l’avait déjà fait, ou plutôt elle avait déjà subi cela.
Mais cette fois-ci, c’était différent. Il ne la violentait pas, il ne la forçait pas à faire cela. Pas encore.
Il attendait, elle ne savait pas quoi mais il attendait et il l’observait.
Est-ce qu’elle en avait envie ? La peur la paralysait.
Est-ce que lui, avait envie d’elle ?
Ce n’était pas la première fois qu’un homme se serve d’elle. Elle attendait sa sentence, qu’il fasse ce qu’il veut et que cela se termine vite. C’est tout ce qu’elle pouvait souhaiter s’il allait imposer ses désirs sur elle.
Elle tremblait.

— Si je me trompe, je ne vous retiens pas.

Elle continuait de boire ses paroles. Ne comprenant pas ce qu’il disait. Elle avait le droit de partir ? Vraiment ? N’était-ce pas un piège ? Une ruse ? Était-ce un jeu sadique ?
Elle le regardait sans le voir, pensive et perdue.
Il remarqua ses tremblements et s’interrogea.
Avait-elle froid… ? Ce n’était pas possible dans ce corps. Il réalisa qu’elle avait peur.
Il fut confus et il tenta de la rassurer, ne sachant plus où se mettre. Que dirait son maître s’il apprenait qu’il effrayait sa protégée ?

— Mademoiselle Chloé… Je ne voulais pas vous effrayer.

Il s’éloigne, la relâchant.
Elle n’ose pas le regarder dans les yeux, son regard fuyant.

Elle essayait d’analyser la nature de ce qu’elle ressentait actuellement.
Était-ce la première fois qu’elle eut envie de quelqu’un ?
Était-ce cela avoir du désir charnel ?
Elle sentait une certaine attirance physique pour l’homme en face d’elle. Son odeur. Ses gestes. Son attitude. Il était attentionné et c’était quelque chose qu’elle n’avait jamais eu la chance d’avoir dans ce genre de situation.

Il attendait patiemment qu’elle lui autorise ou qu’elle refuse ses avances.
Quelque chose en lui était douloureux. C’était étrange de la voir aussi vulnérable. Était-elle vierge ?
Il n’aurait jamais pensé qu’elle puisse l’être et il se sentit bête d’avoir pu brûler les étapes.
Il ne devait pas la brusquer et surtout ne pas la forcer même s’il avait envie de la dévorer.
Ce qu’il avait en tête, c’était simplement qu’ils passent tous les deux un bon moment. Il ne pensait pas qu’il se retrouverait dans cette situation plus complexe à gérer.

Elle pouvait se sentir en confiance.
C’était peut-être une chance pour elle de découvrir le plaisir charnel sans le subir. Devait-elle la saisir ?
Est-ce qu’il comprendrait ? Tout son corps lui dictait de fuir, par mécanisme, mais elle avait longuement réfléchi. Elle voulait surmonter son traumatisme.
Elle savait que si elle ne faisait rien, rien ne changerait et elle aurait constamment peur de cette proximité. Elle ne voulait pas rester prisonnière de son passé.
Elle releva la tête pour croiser le regard de l’homme, qui l’étudiait patiemment.
Elle jouait avec ses doigts, les mains entrelacées, nerveuse. Elle avait réussi à calmer ses tremblements.

— Je…

D’une voix faiblarde, elle n’arrivait pas à s’exprimer.
Elle n’arrivait pas à trouver les mots.
Elle voulait essayer.
Elle s’avança vers lui, lentement. C’était sa manière à elle de dire qu’elle acceptait son offre.
Timidement.

Il s’approcha d’elle, sans faire de mouvement brusque.
Il voulait la toucher, poser sa main sur son visage et la rassurer d’un baiser, mais au vu de sa réaction précédante, il se retint.
Il prit sa main nerveuse et la dirigea vers son propre visage. Il embrassa ses phalanges.

— Je serai doux, je vous le promets.
Dit-il, simplement.

Elle fut surprise à nouveau au contact physique.
Tout allait bien. C’était juste sa main.
Son visage, ses lèvres. C’était… agréable. Étrangement doux. Malgré sa corpulence, il était si délicat.
Avait-elle le droit d’apprécier cela ?

Il avait décidé de prendre soin d’elle.
Il partait du principe que c’était sa première fois et il allait tout mettre en place pour la mettre à l’aise.
Et surtout prendre le temps de le faire.
Il se pencha et il l’embrassa dans le cou, tout en passant ses mains sur ses épaules pour l’aider à retirer son uniforme.

Elle frissonna encore une fois. Le contact de son souffle et de ses lèvres sur sa propre chair était… un délice. Elle ressentait quelque chose en elle, une petite boule de chaleur avait fait son apparition dans le creux de sa poitrine.
Elle chercha à croiser son regard.
Levant ses mains et attrapant un bout de tissu de l’uniforme du majordome.
Devait-elle le déshabiller, également ?
Il répondit à sa question muette en acquiesçant, un petit sourire au coin de sa bouche, elle s’empourpra.
Elle balada ses doigts hésitants sur son uniforme pour le défaire et rapidement les vêtements furent au sol et ils se retrouvèrent tous les deux en sous-vêtements.
Elle, en culotte short blanc et lui en un boxer de la même couleur.

— Magnifique…
Souffla t-il, lorsqu il découvrit le corps de la jeune femme.

Elle était fine et sans réelles formes. Elle avait une poitrine presque inexistante. Dans ce nouveau corps, sa peau était lisse et claire comme de la porcelaine. Ses cicatrices et hématomes avaient disparu.
Elle garda le silence et fut gênée. Elle qui d’habitude ne portait aucune importance à sa nudité, elle se trouvait aujourd’hui dans un autre contexte et elle ne savait pas où se cacher.
Il l’attrapa pour la porter jusqu’au lit, l’allongeant dessus. Ce qui fit virer son visage au rouge.
Pour ne pas l’embarrasser plus, il avait gardé son bas de sous-vêtement. Et il s’attaqua aux préliminaires.
Il s’allongea à ses côtés, et commença à caresser sa peau, baladant sa main et ses doigts sur son corps pour commencer, tout en observant ses réactions.
Elle l’imita et prit le temps de découvrir le corps de son partenaire, ce dont elle n’avait jamais eu l’occasion.
Quelque part en elle, elle avait encore peur de cette présence masculine, elle n’avait connu que des hommes qui l’avaient forcée et utilisée, faisant leur affaire et l’abandonnant ensuite.
Celui-ci était différent. Il lui laissait le temps. Il essayait de lui faire plaisir ?
C’est-ce qu’elle ressentait lorsqu’il la touchait.
Elle voulait lui rendre l’appareil. Qu’elle ne soit pas la seule à apprécier ce moment.
Et elle le sentait frissonner sous ses doigts fins et frêles. Elle s’amusait à dessiner ses muscles, caresser son torse, elle découvrait à quel point sa chair était dure mais douce, ses muscles, ses os, son corps. Cela avait un effet sur lui, même si son expression restait neutre, il exprimait quelques bruits discrets. Et si elle regardait un peu plus bas, elle pouvait deviner quelque chose grossir dans son boxer. Elle essaya de ne pas faire attention mais elle ne pouvait pas l’ignorer.
C’était loin d’être la première fois qu’elle voyait l’entre-jambe d’un homme, d’habitude ils étaient déjà durs, prêts et ils étaient violent et rapides avec elle. Elle n’avait pas son mot à dire. Mais cette fois-ci, elle était sereine, amusée que ce soit ce qu’elle était en train de lui faire qui l’excitait. Que son envie soit visible mais qu’il soit capable d’attendre qu’elle-même soit prête.
Ils étaient de plus en plus proche et il finit par lui demander.

— Est-ce que je peux vous embrasser ?

Elle hocha la tête en guise de réponse.
Il n’attendit pas une seconde de plus. Cela faisait un moment dont il en avait envie et il approcha son visage pour apposer un baiser, d’abord sur la joue, puis sur la commissure de ses lèvres, puis enfin dessus.
C’était un baiser tendre et elle se surprit à l’apprécier.
Elle ressentait des picotements dans son ventre, ce qui n’était pas désagréable. Au contraire. C’était une sensation nouvelle et étrange mais ça lui apportait un certain bien-être inédit.
Alors elle lui rendit ce baiser. Elle fit son premier pas.
Elle chercha à l’embrasser, elle essaya de bien faire.
Il entrouvrit ses lèvres et elle en fit de même pour reprendre sa respiration, même si elle n’en avait pas besoin, elle eut ce réflexe humain, et il engouffra quelque chose d’humide et tiède à l’intérieur de sa bouche. Sa langue. Il chercha à caresser la sienne et elle l’imita, pensant que c’était la bonne chose à faire.
C’était agréable. Tout était agréable.
Elle découvrait.

Il se déplaça pour la surplomber. Il était au dessus d’elle et elle le regardait dans les yeux.

— Je vais vous faire du bien.
Dit-il, avant de descendre vers le bas de son corps et retirer sa culotte.

Elle se laissa faire. Elle n’avait aucune raison d’avoir peur, c’est ce qu’elle se répéta pour se calmer.
Tout irait bien. Il n’avait rien fait jusque ici qui pourrait lui faire mal.
Il passa sa main sur son ventre pour la caresser puis prit ses chevilles pour les poser et les écarter de chaque côté de lui.
Il observait avec admiration son intimité ce qui la fit resserrer ses cuisses, d’embarras.

— Il n’y a rien à cacher. C’est magnifique, vous êtes magnifique.
Rit-il, en décalant gentiment ses cuisses pour pouvoir se positionner au bon endroit.

Il en dessina les contours avec ses doigts puis il y posa sa bouche pour la déguster.
Sa langue semblait chercher quelque chose, il la baladait de manière experte.
Et elle appréciait, elle laissa échapper à plusieurs reprises quelques gémissement de plaisir.
Puis elle eut envie de plus. Elle eut envie de lui. Qu’il la comble avec son membre.
Il aurait peut-être continué jusqu’à ce qu’elle atteigne l’orgasme mais elle l’arrêta. Elle posa ses mains sur sa tête et il releva son visage pour la regarder.

— Est-ce qu’il y a un problème ?
Demanda t-il, inquiet.

— Prenez-moi…
Repondit-elle simplement, elle aurait pu mourir de honte à ces mots, mais elle se contenta de rougir et se cacher le visage avec ses avant-bras.

Il sourit, et son coeur fit un bond dans sa poitrine.
Il retira rapidement son bas et se positionna juste au dessus d’elle.
Il déplaca ses bras pour pouvoir voir son visage.
Il l’embrassa sur le bout du nez puis il descendit, en embrassant ce qu’il pouvait sur son passage : son menton, ses clavicules, sa poitrine, son abdomen puis il revint vers son visage.

— Je vais y aller tout doucement… dites-moi si vous avez mal.
La rassura t-il.

Elle n’avait jamais entendu ces mots mais elle se sentit tellement soulagée. Il aura fallu que ce soit un non-humain qui prononce ces paroles.
Il se redressa et se prit en main pour se guider et la pénétrer, doucement.
Il était assez imposant mais l’extrémité entra sans problème, puis le reste put glisser à l’intérieur.
Elle savoura chaque instant. Il prenait le temps nécessaire pour qu’elle puisse apprécier et lui également.
Il lui fit l’amour et elle découvrit ce que c’était.

Epuisée mais comblée, elle s’endormit le sourire aux lèvres.

Elle se réveilla presque en sursaut.
Quelle heure était-il ?
Elle était seule dans le lit, et il l’avait recouverte d’une couverture.

— Bonjour mademoiselle. J’espère que vous avez bien dormi.

Il était déjà debout et habillé. Il finissait de se préparer. Il lui adressa un sourire.

— Je dois vous laisser. Revenez me voir quand vous le souhaitez.

Il s’en alla, la laissant seule dans sa chambre.
Elle se cacha sous la couverture, embarrassée au plus haut point.
Elle devait se reprendre et elle aussi, se préparer.
Elle avait passé une excellente nuit.

Elle sortit de la chambre, sur ses gardes, jetant des regards autour d’elle et en espérant qu’elle ne croise personne, pour ne pas devoir s’expliquer.
Frekio la vit et la salua.

— Hé, que fais-tu là de si bon matin ?
Elle sursauta.

— J-je cherchais Bréto.
Bégaya t-elle, embarrassée.

— Je l’ai croisé il y a quelques minutes dans les couloirs.
— Ah, d’accord…

Et elle se dirigea dans l’autre direction, celle qui menait à la salle d’eau. Ignorant le jeune homme.
Il la suivit, méfiant et trouvant bizarre sa présence dans cette aile du château, et son embarras était étrange. Son odeur aussi.
Elle sentait la sueur et… Bréto.

— Tu…
Devina t-il en marchant à ses côtés.

Il n’avait apparemment rien de mieux à faire.
Elle accéléra le pas, ne souhaitant pas aborder le sujet.
Le visage rouge pivoine.

Un large sourire apparut sur son visage.

— Je vois.
— Tu vois q-quoi…?!
— Mon flair ne me trahit jamais. Tu sens… quelque chose de particulier aujourd’hui… tous les deux… je me disais bien qu’il était particulièrement de bonne humeur quand je l’ai croisé. Vous avez…

Elle se précipita sur lui pour lui couvrir la bouche avec sa main et l’empêcher d’en dire plus.

— N’en dis pas plus ! Tu as bien deviné, maintenant. Chut !

Les oreilles brûlantes, elle attendit qu’il acquiesce de se taire et elle le relâcha.

— Ah… sacré Bréto.
Dit-il, en lui jetant un regard amusé.

Cela ne le choquait pas. C’était une chose courante en ces lieux.
Il n’ajouta rien de plus et il l’accompagna en silence et la laissa à l’entrée de la salle d’eau.
La laissant tranquille.

2020.09.01

Marque [RolePlay]

Cela faisait plusieurs jours qu’elle avait changé, physiquement seulement. Elle était restée la même dans son coeur.

Le comte lui avait ordonnée de rester dans sa suite, pour pouvoir la surveiller.
Ce n’était pas tous les jours qu’il faisait ce qu’il avait fait. Une création.
Il craignait quelque chose. Qu’elle cède à l’appel de son nouveau corps et qu’elle commette quelque chose d’irréparable dans le château. Qu’elle perde le contrôle et que sa soif dévore entièrement son âme, sa conscience.
Il n’avait pas fait cela souvent, mais il savait que c’étaient des risques à ne pas prendre à la légère.

Elle était restée obéissante.
Ce qu’il disait et ses volontés avaient un impact sur elle. Différent d’un simple maître et son employé, elle ressentait une force qui la poussait à obéir.
Elle sentait qu’elle pouvait lui désobéir si elle y mettait assez de volonté, mais ce n’était pas ce qu’elle-même voulait. Elle avait confiance en lui. Il lui avait sauvé la vie.
Alors elle était restée dans cette magnifique chambre.
Il y avait autre chose de nouveau en elle.
Elle avait soif. Pas soif d’eau, mais d’une substance qu’elle ne souhaitait pas revoir ni boire, mais son corps lui rappelait à chaque instant.

Le comte lui avait tendu son poignet, comme la première fois.
Elle menait une bataille contre elle-même pour ne pas accepter cette offre.
Ses mains avaient attrapé son poignet avec une certaine poigne et il la voyait lutter intérieurement. Elle hésitait encore, puis finalement, les larmes aux yeux, elle avait décliné son offre, tournant sa tête dans la direction opposée, sans pour autant lâcher son avant-bras.
Il avait sourit. Un petit rictus.
Cette réaction l’avait surpris et l’avait rassuré sur l’espoir qu’il avait mit en elle, inconsciemment.
Elle se contrôlait. Il était rassuré et ces émotions qu’il avait rarement l’occasion de ressentir, le fit rire.
Il était rassuré qu’il ne doive pas mettre fin à son oeuvre si jamais elle s’abandonnait à ses besoins primaires.
C’était un pari risqué.

Il avait fait en sorte de finir ses tâches urgentes pour pouvoir passer du temps avec elle. Vérifier qu’elle se remette de ses blessures, ce qui fut le cas dès le premier jour, puis de s’assurer de son adaptation à son nouveau corps.
Elle lui posa beaucoup de questions sur le fonctionnement, sur sa soif, sur sa nutrition.

— Je ne peux pas accepter…
Avait-elle répondu à son offre, les yeux humides.

Il lui avait adressée un sourire compatissant.

— Tu dois apprendre quand t’arrêter, le jour où tu t’abreuveras sur quelqu’un. Je me dois de te l’enseigner.

Il s’était tourné pour découvrir sa nuque.

— C’est ici que tu dois enfoncer tes canines.
Il pointa ses artères.

— L’afflux du sang est le plus important à cet endroit. Tu peux décider d’ôter la vie en vidant le corps ou bien t’arrêter avant. Ce qui peut ne pas être évident. Ne t’inquiète pas, je saurais t’arrêter avant que tu ne boives la dernière goutte en moi.
Il sourit, mi-amusé pour la rassurer.

Elle s’était alors approchée de lui, timidement.
Il lui avait attrapé une main pour la tirer vers lui.
Ils étaient tous les deux assis sur le lit, et elle s’était vite retrouvée très près de lui.
Il l’avait assise sur ses genoux, telle une enfant, pour qu’elle soit mieux installée pour accéder à sa nuque.

— N’aie pas peur.
Sa voix était rassurante, encourageante.

Alors elle croqua dans sa chair, juste ses canines s’enfoncèrent dans l’épiderme. Elle se souvint de ce qu’il avait fait, et instinctivement elle avait reproduit le rituel. Percer, se retirer, boire.
Et boire. Le goût enivrant emplit sa bouche et tous ses sens. Elle sentit son coeur battre à toute allure.
Étrange pour quelqu’un qui était censé être mort.
C’était le flux des gorgées qu’elle buvait.
Elle aurait pu continuer sans jamais s’arrêter mais quelque chose en elle la ramena à ses sens.
Elle ne sut pas depuis combien de temps elle était en train de s’abreuver mais elle eut peur. Peur que ce soit déjà trop long. C’était le sang de son maître.
Elle s’arrêta, malgré toute son anatomie qui la poussait à continuer, elle devait s’arrêter. Par respect pour son maître, et pour elle-même.
Elle recula sa mâchoire et lécha les deux petites marques qui se refermèrent aussitôt.

Elle s’était arrêtée avant qu’il ne lui dise.
Il la regarda les yeux écarquillés. Elle se débrouillait à merveille.

— Tu aurais pu continuer encore un moment.
Il la félicita en caressant gentiment le dessus de sa tête.

Ce dont elle n’était pas entièrement consciente, c’était le privilège de boire le sang du comte.
Il était puissant et une partie de l’essence de sa force était contenue dans son sang.
En s’abreuvant de lui, elle s’imprégnait en partie de ses compétences. Ce n’était pas n’importe quel sang.
Elle pouvait ressentir quelque chose de fort, de brûlant en elle, mais elle pensait que ce n’était qu’une réaction normale.
Au bout de plusieurs jours, elle s’habitua et ignora facilement ce besoin de boire.

Il s’était maintenant trop attaché à elle.
Il se devait de la protéger à présent. Elle avait en elle son sang magique et il était trop possessif envers sa propre richesse de pouvoir pour laisser n’importe qui s’en abreuver.
Elle n’en était pas consciente et, elle ne lui avait rien réclamé.

Elle était retournée dans sa chambre et elle avait reprit son travail.
C’était étrange de retourner à l’endroit où elle s’était faite enlever. Si peu de temps s’était écoulé et tout avait changé pour elle.
Elle rangea ce qu’elle put, la pièce avait été laissée en l’état.
Elle remarqua assez rapidement que peu importe combien elle travaillait, elle ne s’épuisait pas.
Elle avait du mal à dormir également parce qu’elle n’en avait plus besoin.

Lorsqu’elle reprit les cours de magie, elle se rendit compte que tout lui paraîssait plus simple. La puissance de ses sorts avait décuplée.
Comme si son nouveau corps était un meilleur catalyseur.
Cependant elle devait tout de même faire attention, l’utilisation de la magie draînait son énergie.

Frekio avait du mal à contenir sa joie lorsqu’il la revit sur pieds. Elle restait la même avec lui mais il sentait qu’elle était différente… elle dégageait une aura différente, puissante, dangereuse.
Elle-même n’en avait pas conscience.
Les servantes et autres employés du château l’avaient également ressenti et ils évitaient de croiser son chemin. Ils la craignaient.
Le comte avait apposé sa patte sur elle, en quelque sorte, il avait laissé un message implicite : quiconque touchait à elle aurait affaire à lui.

2020.09.01