Expérience

Elles étaient sorties faire du lèche-vitrine.
Cela faisait un moment que Marianne n’avait pas pris le temps de faire quelques emplettes.
Elle avait embarqué Annabelle avec elle, contre son gré, bien entendu.
Annabelle avait horreur du shopping, elle se contentait de peu et elle savait que son salaire ne suffisait pas dans les boutiques où Marianne avait l’habitude de s’habiller ou de se faire plaisir.
Elle continuait de prendre soin des vêtements que Duncan lui avait offerte, c’étaient des biens précieux à ses yeux. De toute façon, elle n’avait pas besoin de tenues supplémentaires pour travailler, elle portait des vêtements sobres et ceux qu’elle avait lui suffisait amplement pour la semaine.

Marianne était de bonne humeur.
Elle avait enfilé des vêtements confortables, un bomber et un pantalon en lin.
Annabelle avait un T-shirt blanc et un jeans taille haute.
Elle ne voulait pas abîmer les vêtements de Duncan qui étaient plus destinés pour le cadre professionnel. Elle avait alors choisi une tenue simple et confortable pour se déplacer, et suivre Marianne.
Marianne avait les cheveux lâchés, pour changer, quelques mèches réunies derrière la tête, elle avait les cheveux longs. En temps normal, elle avait l’habitude de les attacher dans le cadre du travail et paraître plus sérieuse, mais aujourd’hui c’était différent.
Elle voulait profiter de son temps libre avec Annabelle, passer un moment agréable avec elle.
Elle savait qu’Annabelle n’était pas très démonstrative de ses émotions, et elle ne semblait pas apprécier plus que cela de l’accompagner. Elle avait été plutôt claire là dessus, elle avait soupiré lorsqu’elle lui avait annoncé la nouvelle.
Elle lui avait alors supplié et elle avait finit par accepter. Cependant, Annabelle appréciait flâner et Marianne avait remarqué que de temps en temps, elle s’arrêtait observer ce qui se trouvait derrière une vitrine. Son regard se posait quelques minutes au lieu d’ignorer totalement le sujet.
Marianne fut attirée par un détail.
Annabelle avait regardé les montres sans s’arrêter, mais le regard était resté sur l’une d’elles.
Marianne avait continué son chemin mais elle avait remarqué l’hésitation d’Annabelle, qui la rejoignit aussitôt.

*

Elles s’étaient assises dans un café, Annabelle était rarement souriante en public, et Marianne eut un mal fou à la détendre.
Lui tendant la main, serrant la sienne dans sa main.

— Ne fais pas la tête, Anna… c’est juste pour prendre un peu l’air, rien que nous deux.

Annabelle sourit timidement.

*

Elles avaient un certain âge d’écart, presque dix ans mais Marianne était à moitié asiatique, ses traits d’âge ne se voyaient pas trop.
Seuls quelques cheveux blancs trahissaient son réel âge.
Elle n’avait que dix ans de plus qu’Annabelle mais semblait tellement plus mature. Elle avait sa propre entreprise, elle gérait des choses importantes, elle pouvait se considérer comme ayant réussi sa vie.
Pourtant elle se sentait vide, et surtout seule. Consacrant toute sa vie à son travail, elle s’était retrouvée isolée du monde extérieur, elle avait de quoi s’offrir tout ce qu’elle désirait, elle avait changé ses habitudes de consommation. Elle portait des vêtements de marque, de luxe parfois, de bonne qualité, c’était également un besoin pour son image. Elle ne pouvait pas s’habiller n’importe comment aux yeux des gens, dans les soirées.
Après des années à travailler sur la stabilité de son entreprise, elle était fatiguée, elle sentait qu’elle commençait à être lassée et qu’elle devait délester un peu de ses tâches pour respirer.
Elle était trop exigeante pour laisser n’importe qui l’aider. Elle aimait trop avoir tout sous contrôle.
Elle reçut alors cette lettre de motivation et elle rencontra Annabelle.

Annabelle était timide mais déterminée.
Elle voulait ce travail, elle savait qu’elle correspondait aux exigences, elle en avait marre de son ancienne vie, de son ancien travail avec trop de responsabilités.
Elle voulait quelque chose de plus simple et posé, et surtout elle avait entendu parler de cette boîte et les valeurs qu’elle avait lui plaisaient. C’était simple, le respect de l’employé, et puis elle avait toujours eu envie de se rendre utile, de faire ces tâches que les gens trouvaient ingrates.
Elles étaient valorisantes pour elle. Et elle avait confiance en ses compétences pour cela.
Alors qu’elle était sur le point de se faire recaler devant l’accueil, les larmes aux yeux, elle avait une certaine timidité et venir déposer son CV et sa lettre de motivation en main propre avait été une épreuve en elle-même. Elle avait vérifié sur le site internet, il y avait toujours des postes vacants, ils recrutaient mais l’hôte d’accueil lui avait dit le contraire.
Elle ne voulait pas repartir bredouille, alors elle avait essayé de lui poser des questions, elle avait fait ses recherches.
C’est là que Marianne passa et la vit.
Annabelle était sur le point de repartir quand Marianne la salua et l’invita à rester et s’entretenir avec elle dans son bureau.

— Excusez-le, il n’est pas méchant, juste méfiant.
Avait formulé Marianne en l’invitant à s’asseoir dans le fauteuil du salon privé.

C’était une pièce agréable et chaude, de la moquette, des fauteuils, une grande fenêtre donnant vers une cour intérieure et une autre vers la rue extérieure, dont les rideaux avaient été légèrement tirés.
Très peu de meubles, une table basse. Marianne se dirigea pour aller chercher des verres et une bouteille d’eau fraîche dans un frigo encastré dans un meuble en bois qu’il avait rendu inaperçu.
Elle s’installa en face d’Annabelle et commença son entretien.

— J’avais reçu votre message, vous avez postulé sur notre site, n’est-ce pas ?
— O-oui…
— Je ne vous ai pas répondu, j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur. J’ai eu souvent des candidats qui ne m’ont jamais donné suite et je vous avoue que ces derniers temps, j’ai été pas mal prise par mon emploi du temps pour m’y attarder.
— Bien s-sûr… je comprends.
— Détendez-vous, je vais juste vous poser quelques questions. Je vois que vous êtes jeunes et je m’étonne que vous souhaitez un emploi à temps plein chez nous. N’avez-vous pas des projets qui ne seraient pas compatibles avec nos contraintes de métier… ? J’espère que je ne suis pas indiscrète, si c’est le cas, arrêtez-moi.

Marianne était à l’aise mais intriguée.
Elle avait en face d’elle une jeune fille, 25-30 ans, le poste qu’elle visait n’était pas flatteur ni très bien payé. Cela l’intriguait qu’elle n’ait pas plus d’ambitions.
Son ancien emploi avait l’air plus valorisant sur le papier.

— Cela va vous paraître étrange… mais j’ai toujours souhaité travailler dans ce domaine. J’ai essayé de faire un autre travail mais…
— Je vois que vous avez démissionné.

Elle resta silencieuse.

*

Marianne la prit à l’essai, voyant qu’elle était motivée et qu’elle avait fait l’effort de venir jusqu’ici déposer son CV, elle n’avait personne d’autre sous la main et cela faisait un moment qu’elle n’avait pas eu de nouveaux employés
Depuis le temps qu’elle se plaignait d’être débordée, elle décida d’accepter la candidature de cette jeune fille, qui ressemblait à une enfant de bonne famille qui s’était perdue plus qu’à quelqu’un qui cherchait un travail.
Elle lui expliqua les tâches qu’elle devrait effectuer avant de lui montrer les lieux.
Regardant rapidement sur sa montre, elle avait le temps aujourd’hui pour lui faire la visite du bâtiment ainsi que lui montrer la chambre qu’elle occuperait durant sa période d’essai.
C’était une petite pièce qui avait un lit, un bureau et une armoire. Annabelle put y poser ses affaires, le manteau qu’elle avait sous son bras ainsi que la petite valise qu’elle avait amenée au cas où.
Elle ne pensait pas que cela serait aussi rapide, mais elle fut contente d’avoir prévu cela.
Marianne la rassura, si elle avait besoin de rentrer pour récupérer d’autres affaires, tout ceci était soudain.
Elle allait commencer tout de suite.

Elles continuèrent la suite de la visite.
Marianne expliqua l’heure à laquelle elle commencerait chaque jour et qu’elle aurait le week-end de libre.
Annabelle ne broncha pas.
Les repas étaient compris.
Les toilettes étaient à un étage différent et il y avait également une salle de bain qu’elle pouvait utiliser.
Le bâtiment n’était pas récent mais des travaux de rénovation avaient été effectués pour qu’il soit agréable de circuler dedans, d’y travailler et d’y vivre.

Les employés avaient certains leur chambre individuelle, d’autres préféraient le dortoir, et certains préféraient rentrer chez eux, quitte à devoir se lever plus tôt pour venir travailler le lendemain.
Chacun avait un contrat particulier stipulant leurs horaires.
Une tenue vestimentaire correcte était exigée avec un code particulier
Le noir était de mise, ou toute autre couleur sombre, avec une chemise ou une robe, un pantalon. Un tablier d’une blancheur sans reproche.

Marianne avait sa propre chambre avec une salle de bain privée.
Il y avait plusieurs étages.
Le rez-de-chaussée avait le guichet d’accueil, la cantine, les cuisines, des toilettes.
À l’étage supérieur, se trouvait le bureau de Marianne.
Sa chambre personnelle, un salon de réception pour les réunions ou pour accueillir des gens. Des toilettes.
À l’étage au dessus, étaient les dortoirs, des toilettes, deux salles de bain publiques.
Encore au dessus, il y avait les chambres individuelles, toilettes et salles de bain.
C’était à cet étage là qu’Annabelle fut assignée.

Elle fut formée à faire les tâches ménagères de base.
On la fit commencer aux cuisines, où elle apprit les horaires des repas mais également des préparatifs. Il y avait un roulement de ceux qui étaient de corvée de la restauration selon les contrats qu’ils avaient.
Elle y resta une semaine complète pour apprendre tout ce dont elle avait besoin, de la plonge au rangement des couverts et services, à la manière de couper et préparer les légumes et viandes. Pour ce qui était de cuisiner, le rôle était à une seule personne et ne changeait que rarement.
Ce fut ensuite la formation de comment entretenir et nettoyer les étages, meubles, salle de bain et toilettes. La lessive. Les rôles pour chaque pièce étaient régulièrement changés pour que chacun y mette la main à la pâte.
La troisième semaine, Marianne convoqua Annabelle pour lui demander comment elle allait et ce qu’elle pensait de sa formation.

Elle lui expliqua les différents contrats.
Certains étaient assignés à une demeure, dans une famille, cela pouvait être quelques jours par semaine comme toute la semaine. Si la famille appréciait beaucoup leur employé, ils pouvaient lui offrir de s’installer directement chez eux et même renégocier le contrat avec eux. C’était le contrat le plus prestigieux, seuls les personnes de confiance et qui avaient fait leur preuve étaient désignés pour un essai de ce genre. Ils représentaient alors la maison de Marianne.
Le contrat le plus courant était celui d’une durée déterminée par semaine.
Marianne lui expliqua que lorsqu’elle n’avait pas de mission pour elle, elle serait assignée à d’autres tâches dans l’entreprise.

*

Annabelle était plutôt discrète mais efficace. Elle parlait peu et ne semblait pas vouloir s’intégrer ni se lier d’amitié avec ses collègues.
Certains d’entre eux voulurent se jouer d’elle gentiment et il lui dirent qu’elle devait s’occuper de remettre en état le bureau de Marianne.
Jusque là, sa période d’essai était sans faute.
Elle entra dans cette pièce qu’elle avait déjà vue.
Marianne était absente, elle avait laissé son bureau en l’état.
Annabelle ne savait pas trop par où commencer, alors elle se dirigea vers la table sur laquelle des documents et papiers traînaient.
Et elle les lut rapidement, pour pouvoir les trier et les ranger en tas avant de pouvoir commencer à faire la poussière.

Marianne n’était pas partie pour longtemps, elle avait dû sortir faire une course urgente et lorsqu’elle remarqua qu’il y avait quelqu’un dans son bureau, elle était sur le point de s’énerver.
Tout le monde savait qu’elle avait horreur qu’on vienne fouiner dans son bureau. C’était la seule pièce où elle interdisait qu’on y vienne. Il y avait des documents confidentiels. Elle savait comment ranger ses affaires et ils étaient classés d’une certaine manière pour qu’elle s’y retrouve.

Annabelle avait fini de réorganiser son bureau et elle était en train de nettoyer la poussière sur les meubles.
Elle fut surprise de voir Marianne et s’excusa de n’avoir pas fini dans les temps.
Marianne ferma la porte derrière elle et s’expliqua.
Elle était sur le point de lui passer un savon lorsqu’elle se souvint qu’elle n’était pas au courant parce qu’elle avait elle-même oublié de lui en parler.
Cependant, Annabelle n’aurait jamais décidé d’elle-même de s’occuper de son bureau.

— Que faisais-tu ?
— Je… je m’occupais de la poussière accumulée sur vos meubles à des endroits exigus…

— Tu… as empilé mes papiers ?
Demanda Marianne en faisant le tour et remarquant ses documents arrangés.

Elle n’était pas de très bonne humeur mais Annabelle ne le remarqua pas.

— O-oui. Je n’ai pas pu m’empêcher de les ranger par thèmes, avant de dépoussiérer votre bureau, madame.
— Tu les as rangés… ? Tu les as lus ?
— Rapidement, madame. Juste assez pour pouvoir les réorganiser.

Marianne était hors d’elle, elle ne pouvait pas garder son calme.

— Sais-tu que ces documents sont confidentiels ?! Qui t’as permis de venir dans mon bureau sans ma propre autorisation ? En mon absence ?

— Je. Je ne voulais pas—
Annabelle s’étrangla.

Elle n’avait pas encore eu l’occasion de voir Marianne en colère et elle comprenait qu’elle avait fait quelque chose de travers.
Elle n’avait pas d’excuse valable, elle comprit qu’on lui avait donné des mauvaises instructions.

— Dehors.
— Je… pardon—
— DEHORS.

Marianne avait ses mains sur son bureau et ne préféra pas lever son regard vers Annabelle.
Elle avait touché à ses affaires. Ses papiers étaient dans un certain ordre sur son bureau pour une raison en particulier. Elle était très contrariée parce qu’elle pensait avoir perdu du temps.
Elle réussit à se calmer au bout de quelques minutes.
Annabelle ne savait pas. On l’avait piégée, Marianne le savait.
Elle demanda à un de ses employés ce qui s’était passé.

Un groupe d’employés jaloux de voir Annabelle réussir ses tests d’aptitudes haut la main, sans trop de difficulté, avaient envie de la voir avec une émotion sur son visage. Annabelle était plutôt froide, impassible et souriait rarement.
Un des employés se rendit compte trop tard de la mauvaise blague, il désapprouvait cette idée de mauvais goût.

— Oh ça va, c’est juste pour rire. Elle va à peine être réprimandée, puis elle nous montrera peut-être une expression sur son visage d’ange.

Ils entendirent Marianne crier après avoir fermé la porte.
Annabelle sortit de manière précipitée juste après, elle se rendit directement dans sa chambre.
Elle avait les larmes aux yeux.
Lorsque Marianne convoqua son employé, elle s’était calmée.

— Explique-moi cet incident. Qui a eu cette idée de me contrarier ?
— … Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’Annabelle n’y est pour rien. Elle n’est que la victime de cette blague de très mauvais goût…
— Tu ne me diras pas le nom de ton ou ta collègue, j’imagine ?
— Vous m’en voyez désolé.
— … Soit… Tu peux t’en aller.

Marianne retourna à ses papiers et, elle était très contrariée. Elle devait des excuses à Annabelle qui s’était prise ses foudres, mais d’un autre côté, elle n’aurait jamais dû lire ses documents.
Puis, elle remarqua que le classement d’Annabelle était plutôt intelligent. Elle qui pensait perdre du temps sur ses démarches administratives, venait d’en gagner légèrement. Cette manière de les classer était malin, Marianne aurait dû y penser mais elle avait horreur de s’occuper de cela.

Elle eut une idée pour punir ceux qui voulaient saboter Annabelle. Elle savait qu’elle avait besoin d’une assistante mais elle ne voulait pas se l’avouer, puis elle était exigeante, elle avait sa manière de travailler et elle avait du mal à se dire qu’elle devrait trouver la bonne personne. Rien que d’imaginer d’autres entretiens et des périodes d’essai à passer, elle en avait des migraines.

L’autre employé se souciait d’Annabelle et alla frapper à sa porte pour lui demander comment ça allait.
Il l’entendait sangloter dans sa chambre mais elle ne répondait pas.

— Je suis désolé… je voulais juste te dire que Marianne sait que tu n’y es pour rien… d’accord ?
Dit-il pour tenter de la consoler.

Marianne fit convoquer Annabelle.
Elle revint les yeux rouges et gonflés.

— Annabelle… je n’aurais pas dû te crier dessus… excuse-moi. Je sais que tu ne l’as pas fait avec de mauvaises intentions.
— J-je suis désolée, cela ne se reproduira plus… !

— Attends. Approche. Dis-moi. Comment tu procéderais pour t’occuper de ces documents ?
Demanda Marianne en lui tendant un autre tas de feuilles.

— Pardon… ? Mais ces documents sont-
— Oui je sais. C’est moi qui te le demande. Tu peux les lire.

Annabelle prit le temps de les feuilleter et elle expliqua à Marianne comment elle procéderait.

— Tu as déjà fait ça ?
— Je, euh oui. J’étais secrétaire à mon ancien poste…
— Tu n’aimes pas ça… ?
— Si, bien sûr, mais…
— Je sais que tu as quitté ton ancien travail, tu peux être honnête avec moi.
— J’aimais mon travail… c’était le cadre et l’ambiance de l’entreprise qui m’a fait quitter mon poste…
— Oh. Tu n’as pas cherché à retrouver un poste similaire ailleurs ?
— Non…
— Ok, à moi d’être honnête avec toi. J’ai besoin d’une assistante. Est-ce que tu veux bien m’aider ? Je ne sais pas encore de quoi je vais avoir besoin mais on peut comprendre ça dans la période d’essai. Si cela se déroule bien, je t’offrirai bien entendu un contrat comme il se doit. Qu’en dis-tu ?
— Pardon ?
— Tu peux refuser, bien entendu… je ne voulais pas te forcer la main. C’est juste que je saute sur cette occasion, j’ai déjà vu ton CV, tu as l’air motivée et tu as des compétences qui me seraient très utiles pour gagner du temps.
— J’accepte, je ne sais pas si je saurais vous aider, mais j’accepte !
— Oh, et puis. Je sais qu’on s’est moqué de toi, je ne t’en veux pas à toi personnellement, mais si cela peut être une opportunité pour moi d’enfin me délester de certaines tâches, je t’en serai reconnaissante.

*

Marianne donna à Annabelle de nouveaux horaires pour qu’elle puisse l’assister.
Elle fut de très bon conseil et Marianne la forma sur d’autres domaines où elle n’avait aucune connaissance parce que c’était du ressort de la direction.
Marianne commença à s’attacher à cette nouvelle.
Elle avait de longs cheveux blonds bouclés qu’elle attachait pour ne pas gêner, ils étaient tressés, parfois en longue tresse, parfois en chignon.
Cela lui arrivait de les avoir en queue de cheval haute.
Elles étaient proches et devinrent vite complices.
Marianne accorda rapidement sa confiance, elle qui avait de l’expérience dans le métier, avec les gens, elle réussit à sentir qu’elle pouvait lui faire confiance et à quel point elle se sentait bien de pouvoir se reposer sur quelqu’un.
De plus, Annabelle s’occupait de lui apporter des collations, de quoi se désaltérer, elle était aux petits soins. C’était dans sa nature.
La semaine s’écoula rapidement et Marianne ne confia l’entretien de son bureau qu’à Annabelle.

Annabelle ne remarqua rien en particulier.
Elle aimait travailler avec Marianne, c’était une patronne dévouée, une personne attentionnée et elle avait su rester simple malgré son statut.
Ce qui la surprit c’est qu’elle soit moins froide et effrayante en privé que lorsqu’elle s’adressait à ses employés. Elle avait même parfois un comportement enfantin.
Elle accepta l’offre de Marianne de devenir son assistante personnelle.
Le salaire était légèrement plus élevé et les horaires différentes, mais Marianne lui avait maintenu son avantage de garder sa chambre.
Annabelle n’en croyait pas ses yeux.
Elle avait eu tellement de chance de pouvoir travailler dans cette entreprise, de plus elle avait maintenant l’avantage de travailler directement sous les ordres de Marianne. Quelle chance d’apprécier sa patronne.
Elle lui avait offert un CDI.
Elle avait pu rendre son appartement et emmener le peu d’affaires qu’elle avait dans sa chambre. Elle était comblée.

Sa promotion surprise avait rendu jaloux plus d’un.
Ceux qui avaient fait cette mauvaise blague l’avaient en travers de la gorge et ils décidèrent à nouveau de piéger Annabelle.
À la cantine, ils lui jetèrent discrètement des chewing-gums dans ses cheveux.
Ce jour là, elle avait les cheveux lâchés avec quelques mèches réunies en tresses derrière sa tête.
Elle sentit quelque chose mais elle préféra ignorer.
Lorsqu’elle se rendit dans les toilettes, elle remarqua ce qu’on lui avait fait.
C’étaient des brimades. Pourquoi on lui faisait ça.
Personne ne lui avait dit et personne n’avait remarqué cela ?
La mort dans l’âme, elle se dirigea dans sa chambre pour couper ses cheveux à la main.
Elle ne voulait pas alarmer Marianne.
Elle devait se défendre seule.
Les brimades continuèrent.
Elle qui pensait que ce n’étaient que des légendes scolaires, elle vivait ça à 25 ans. C’était stupide, ridicule. Les gens ne grandissaient pas.
Marianne s’étonna qu’Annabelle ait les cheveux courts mais elle évita la question et elles se concentrèrent sur le travail. Annabelle força un sourire et expliqua qu’elle en avait marre des cheveux longs. C’était trop d’entretien.
On la poussait, la bousculait.

— Tu as vu comme elle nous snobe ?
— Elle est passée sous le bureau et elle se croit supérieure, regarde son air hautain.
— Elle se croit tout permis parce que c’est la chouchoute ?

Le même employé voyait l’ambiance s’envenimer progressivement. Il n’était pas du même avis mais ne savait pas s’il devait en parler à Marianne.
Il essaya de s’entretenir avec Annabelle.

— Non ! Je dois régler ça moi-même… madame Marianne a d’autres urgences à gérer que ce genre de… gamineries.
S’exclama t-elle, en serrant des poings et la tête baissée.

Il n’avait pas osé la contredire.
Un jour, la situation prit un autre tour.
Un soir où Annabelle était à la douche, on coupa l’arrivée d’eau chaude, et l’électricité.
Elle était seule dans la salle de bain.
Et on bloqua la porte de sa douche.
Des rires.

*

Cela faisait maintenant des jours, peut-être une semaine qu’on lui faisait subir ces brimades.
Elle tenait le coup parce qu’elle adorait les moments avec Marianne, le travail était exaltant, intéressant.
Mais lorsqu’elle quittait son bureau, tout devenait noir autour d’elle.
Qu’avait-elle fait pour mériter cela ?
Elle faisait de son mieux pour bien travailler, pourquoi cela devait se passer comme cela ?
Elle n’avait jamais eu un mot désagréable avec ses collègues, elle n’était pas bavarde et elle préférait sa solitude, mais en aucun cas elle n’était ce qu’ils disaient d’elle.
On se moquait d’elle, on riait d’elle, on l’insultait.
Elle avait envie de dire, de crier qu’elle n’était pas comme cela. Elle ne les regardait pas de haut, elle ne les snobait pas.
Elle avait essayé de réfléchir à un moyen de s’expliquer, mais dès qu’elle réunissait ses forces et son courage pour leur parler, on l’ignorait et on faisait comme si elle n’existait pas.
Elle devait trouver une solution. Peut-être était-ce de sa faute après tout ?
Tout dire à Marianne ? Non. Cela risquait de se retourner contre elle. Elle devait se débrouiller sans la mêler à cela. Elle ne voulait pas profiter de sa proximité avec la patronne pour régler ses soucis.
C’est avec une boule au ventre qu’elle sortait de sa chambre, se demandant quel genre de blague on comptait lui faire. Est-ce qu’aujourd’hui, on allait la laisser tranquille ?

Heureusement, tous les employés n’étaient pas contre elle, mais ils étaient autant démunis qu’elle-même. Craignant de devenir la prochaine cible ou prendre des dégâts collatéraux si jamais cela se savait qu’ils étaient du côté d’Annabelle.
Elle ne pouvait pas leur en vouloir.
Elle espérait qu’ils se lassent au bout d’un certain temps. Qu’ils arrêtent enfin de la prendre pour cible.

Cela faisait presque une semaine et les brimades s’étaient espacés. Cet espoir faible qu’elle avait était peut-être en train de se réaliser.
Elle se rendit à la douche, elle profitait des horaires où il y avait pas ou moins de monde pour se laver.
Une bonne douche avant d’aller se coucher, c’était ce qu’elle préférait.
Ses affaires de rechange sous les bras, son nécessaire de toilette avec.
Elle était perdue dans ses pensées, se remémorant ses derniers jours et événements. Il s’était passé tellement de choses. Demain, c’était le week-end, qu’allait-elle faire ?

Elle ne remarqua pas que tout le monde avait quitté la salle de bain des filles. Il n’y avait plus aucun bruit à part sa douche. L’eau ruisselant sur le sol.
Puis quelqu’un, elle entendit les pas se rapprocher et s’arrêter devant la porte de sa douche qui était verrouillée.
La personne lui faisait face, la porte les séparant.
Mais aucun son ne sortait de sa bouche.
Elle avait peur, que voulait-elle ?
Puis, on frappa une fois.
Elle sursauta.
Plusieurs coups, de plus en plus fort.
Elle était paralysée par la peur, nue, et l’eau chaude se transforma en eau froide plus glacée.
Elle n’arrivait pas à prononcer un seul mot.

— Tu sors, je te tue.
Prononça une voix grave.

Annabelle eut vraiment peur. Elle craint vraiment pour sa vie.
La lumière s’éteint et elle cria d’effroi.
Elle entendit les pas s’éloigner et la porte de la salle claquer mais la lumière ne revint pas.
Elle commençait à avoir froid, elle tenta de remettre de l’eau chaude mais un jet glacial tomba sur elle.
Elle hurla une seconde fois.
Elle coupa l’eau.
Elle entendit des rires au loin.
La lumière n’était toujours pas revenue et elle n’avait aucun moyen de savoir si l’inconnu à la voix grave était encore là.

— Il y a quelqu’un… ?
Demanda t-elle, la voix tremblotante.

Elle était à la limite des sanglots.
« BOOM. »
On refrappa sur sa porte.
Elle hurla et sursauta, et se mit à pleurer. Elle était morte de peur.
Qu’allait-elle faire ? Elle ne pouvait pas rester ici toute la nuit, elle tremblait, elle claquait des dents, elle avait froid, et elle était effrayée.
Elle se recroquevilla sur elle-même pour garder le peu de chaleur qu’elle pouvait avoir.
Elle imaginait le pire.
Elle se mit à respirer de plus en plus vite et fort, elle paniquait. Une crise d’angoisse et de panique.
Elle n’arrivait plus à respirer. Elle hyper-ventilait.

— Je lui ai foutu une de ses trouilles, vous avez entendu comment elle a crié ?
— J’en peux plus, j’arrive plus à respirer tellement je ris !
— J’ai mal aux abdos !
— J’ai pris ses vêtements, si jamais elle sort, elle se baladera à poil dans le couloir !

*

Il sortit de la salle de bain et les bruits de coups et les cris l’interpellèrent.

— Vous avez entendu ?
— Ils sont encore en train de martyriser Annabelle ?
— J’y crois pas, c’est terrible ce qu’on peut faire à cause de la jalousie.
— Tu crois ça ?
— Clairement, je sais pas moi. J’ai zéro envie d’être aussi souvent avec Marianne. Avec tout le respect que je lui dois, hein.
— Ils sont en train de faire quoi à ton avis ?
— Aucune idée, qu’est-ce que tu crois qu’ils ont pu faire ? L’enfermer dans une douche ? Lui voler ses vêtements ?
— La violer ?
— Abuse pas, j’espère qu’ils sont assez intelligents pour ne pas faire ça.
— N’empêche, les cris…

Il ne pouvait pas supporter plus et il se dépêcha de sortir de la douche pour aller voir et leur dire deux mots.

— Ca va pas non ? Vous savez il est quelle heure ? On vous entend de notre salle de bain !
— Oh ça va, monsieur le rabat-joie.
— On fait que s’amuser un peu, c’est la fin de la semaine.
— J’ai coupé l’arrivée d’eau chaude, au fait.
— Quoi ?
— Oh, bonsoir toi. T’inquiète, c’est juste côté des filles. Pareil pour l’électricité.
— Super idée !
— Pardon ?
— T’en fais pas, on va le remettre bientôt, c’était juste pour faire une petite blague.
— Où est Annabelle ?
— Bah dans la salle de bain. Elle doit encore être sous sa douche.
— Ca va vraiment pas bien dans vos têtes ?!

Excédé par ce qu il venait d’entendre.
Il se précipita dans la salle de bain des filles.

— Annabelle ? Tu es là ? Tout va bien ?
Demanda t-il.

Elle ne répondait pas mais il entendit les sanglots et sa respiration forte.
Non, ça n’allait pas.
Il réussit à se diriger vers la porte de sa douche.

— Annabelle, tu m’entends ?

Elle entendait une voix familière mais elle n’arrivait pas à parler. C’était rassurant mais elle ne savait plus quoi croire. Délirait-elle ?

— Annabelle ?

Tout devint flou et elle s’écroula sur le carrelage.
La lumière revint et en se baissant il vit qu’elle avait fait un malaise.
Il sortit en panique chercher de quoi débloquer la porte de sa douche et demanda d’appeler un médecin.
Les blagueurs devinrent blanc.

*

Marianne fut attirée par l’agitation.

— Que se passe t-il ici ?
Demanda t-elle, ses employés s’écartèrent pour lui laisser la place et elle vit un de ses employés ressortir de la salle de bain avec Annabelle enveloppée dans une serviette, inconsciente.

— Que s’est-il passé… ?!

Les employés restèrent muets.

— Elle est gelée, est-ce que vous avez appelé un médecin ?!
Cria t-il.

Il l’emmena dans sa chambre et il fusilla du regard les responsables.
Marianne demanda des explications sans avoir de réponses.

*

Elle se réveilla dans son lit, nue.
Elle ne se souvenait plus de comment elle s’était retrouvée là, elle espérait que tout soit un mauvais cauchemar mais les détails ne collaient pas.
Une serviette de bain dans sa chambre, ses vêtements absents.
Elle s’habilla et descendit les marches.
Tout était trop calme.

Il avait fini par tout raconter à Marianne.
La situation avait été trop grave.
Elle les convoqua pour qu’ils démissionnent d’eux-mêmes, ou elle déposait une plainte contre les responsables et les poursuivait en justice.
Elle s’y connaissait assez en droits pour que ça aille loin.
Elle avait convoqué tous ses employés pour leur faire un doux rappel de la loi et des valeurs de son entreprise. Qu’elle encourageait ceux qui n’étaient pas en accord avec elle de quitter sa maison.

Annabelle avait retrouvé ses vêtements de la veille dans une poubelle, découpés aux ciseaux et avec de la peinture et de la colle dessus.
Marianne la convoqua et elle ne sut pas quoi dire à part baisser la tête.
Elle avait honte de la tournure des événements.
Elle n’était même pas là depuis un mois qu’elle avait été la cause de tout ces changements.
Marianne s’excusa de ce qu’elle avait dû subir.

Annabelle avait développé un traumatisme de la salle de bain commune.
Sa main tremblait devant la porte et il remarqua cela.
Marianne fut mise au courant et proposa à Annabelle d’emprunter sa salle de bain personnelle.

*

Elle ne put refuser.
Elle entra pour la première fois dans la chambre de Marianne.
Elle était gênée et tout le monde allait savoir qu’elle avait pu voir sa chambre.
Elle utilisa la douche et laissa la porte de la salle de bain ouverte.
Marianne pensait qu’elle avait oublié de la fermer et le fit à sa place, mais Annabelle commença à faire une crise de panique.
Marianne s’excusa et essaya de la rassurer.

— Je suis désolée, tout va bien, je suis là, il ne t’arrivera rien, je suis là.
— Pardon… pardon…
— Shh… ce n’est rien…

Annabelle se sentait idiote, ridicule, ce n’était qu’une porte, qu’une fichue porte, mais ce souvenir de peur était ancré dans son âme, dans sa mémoire.

*

Marianne était bouleversée.
Elle se rendit compte qu’elle s’était attachée à Annabelle bien plus qu’une simple employée.
Elle était tombée amoureuse.
Elle savait que c’était mal. C’était son employée et elle ne voulait pas avoir ce rapport de hiérarchie avec Annabelle.
Comment lui dire, sans la faire fuir ni sans l’obliger à avoir des sentiments parce que son travail en dépendait ?
Elle ne pouvait pas.
Surtout si Annabelle ne ressentait pas les mêmes sentiments, à quoi bon à part détruire leur relation ?

Marianne n’était pas ouvertement lesbienne, ni hétéro, d’ailleurs. Elle était certainement bisexuelle mais personne ne s’était présenté à la hauteur de ses attentes.
Mais Annabelle, elle réveillait en elle beaucoup de choses. Elle dégageait quelque chose de bienveillant, et à la fois si fragile. Elle avait été blessée par sa faute et elle n’arrivait pas à se le pardonner.
Elle aurait dû lui proposer de quitter l’entreprise, après ce qui lui était arrivée. Elle aurait pu se retourner contre elle, mais non.
Puis elles avaient 15 ans d’écart.
Annabelle était jeune, si jeune, tandis que Marianne avait 40 ans.
Elle avait envie de protéger Annabelle, mais c’était elle qui l’avait blessée et traumatisée à jamais.

Annabelle n’était pas consciente de ses propres sentiments envers Marianne.
Elle l’appréciait, beaucoup, mais elle ne la connaissait que depuis peu de temps. Elle ne la connaissait pas si bien que ça.
Marianne était grande, métissée asiatique, elle avait un teint et un grain de peau qui la faisait paraître plus jeune que son réel âge. 30-35 ans, tout au plus.
Elle s’habillait toujours de manière classe, distinguée, elle n’avait pas beaucoup voire pas du tout de poitrine mais elle faisait régulièrement du sport pour se maintenir en forme. Les épaules plutôt carrée et le corps musclé.
Quant à Annabelle, elle était petite, un peu ronde, elle avait des formes généreuses au niveau de la poitrine comme des hanches, une caucasienne au cheveux d’or et aux yeux bleus. Une vraie poupée aux courbes flatteuses.
Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait confiance en Marianne. Elle voulait lui faire confiance, et pas seulement parce que c’était son boss.

*

Marianne s’était confiée à son ami Duncan de sa difficulté à essayer d’inviter Annabelle à dîner.
Elle blaguait beaucoup en temps normal en flirtant avec elle durant leurs horaires de travail mais cela n’allait jamais loin, elle ne voulait pas non plus la harceler sexuellement. Ses insinuations restaient légères et elle n’osait aller plus loin de peur de la brusquer ou l’ennuyer.
Annabelle n’était pas très expressive et préférait ignorer ces blagues.
Elle avait fini par s’habituer au caractère de Marianne, après tout.
Elle était en train de s’entretenir avec Duncan dans le salon et Annabelle entra en leur apportant de quoi se rafraîchir et de quoi grignoter.
La conversation s’était tue et Marianne avait du mal à cacher son embarras.
Duncan se moquait d’elle en voyant son expression.

— Ah tiens, justement Annabelle. Duncan voulait t’inviter à dîner-
Improvisa Marianne, pour se venger.

— Quoi- ?!
S’indigna Duncan qui la regarda avec de gros yeux.

— Qu’en dis-tu ?
Insista Marianne.

— J-je… d’accord ?

— Quoi ?!
Ce fut au tour de Marianne de s’indigner.

Duncan ne cacha pas son sourire et se tourna vers Annabelle.

— Merci d’accepter. Je viendrai te chercher ce soir, dans ce cas.

— Bien… est-ce que je peux faire quelque chose d’autre pour vous ?
Demanda Annabelle, imperturbable.

— Ca ira… merci.
Répondit-il à la place de Marianne qui ne s’en remettait toujours pas.

— Comment… ??
Finit-elle par prononcer après le départ d’Annabelle.

— Je dois te remercier pour cette occasion, effectivement, je n’aurais jamais osé lui demander.
— Espèce de… ne me dis pas que c’était aussi simple… elle a accepté sans aucune hésitation…
— Vu comment elle a accepté alors qu’elle me connait à peine, à ta place, j’aurais de quoi me méfier si jamais elle se retrouvait dans les bras de quelqu’un d’autre.
— Tais-toi !!!

*

Annabelle s’habilla légèrement mieux pour le dîner. Un peu nerveuse de se faire inviter.
Marianne s’en mordait les doigts.
Cela faisait des semaines qu’elle n’arrivait pas à trouver l’occasion ni le courage de le faire.
Duncan lui avait suggéré l’idée de fêter son emploi pour que cela ne soit pas trop évident qu’elle ait des sentiments, mais même avec cela, Marianne était timide, étonnement timide.
Trop effrayée qu’elle puisse dégoûter Annabelle avec son invitation. Elle n’avait aucune idée de son orientation, si elle était hétéro, gay, bi ou aucun des trois.

Duncan fit honneur à son invitée et l’emmena dans un restaurant chic.
Il en profita pour discuter avec elle après lui avoir dit de ne pas se forcer à être formelle. Il était curieux de savoir ce qu’elle pensait de Marianne.

— Que penses-tu de Marianne ?
— Il est très agréable de travailler avec elle. Je suis reconnaissante qu’elle m’ait offert cette chance de pouvoir faire partie de son entreprise.

Il ne pensait pas qu’elle lui répondrait sur le spectre professionnel et il sourit de sa propre bêtise.

— Est-ce que tu as un petit copain… ? Ou une petite copine ?
— Non…
— Vraiment ? Mignonne comme tu es ?
— Vraiment…
— Est-ce que tu as peut-être quelqu’un en vue… ?
— Non plus…

Il essayait de la sonder mais elle n’avait pas eu de réaction particulière, ni même quand il avait mentionné le fait d’être en couple avec une femme. Il pourrait au moins rassurer Marianne sur ce point.

— Puis-je te demander pourquoi ?
Il était curieux, beaucoup trop curieux.

— Et bien… je ne me suis jamais posée la question…
— On ne t’a jamais proposé de… ?

Elle secoua la tête négativement.
Il fut surpris.

— Est-ce que cela t’intéresse… au moins ?
— Je… je ne sais pas…
— Excuse-moi, je ne voulais pas te mettre mal à l’aise, changeons de sujet.

*

Marianne avait du mal à gérer ses sentiments. Elle se sentait démunie.
Elle qui avait tant travaillé depuis son plus jeune âge, sacrifiant sa jeunesse au profit de son entreprise. Elle n’avait jamais pris le temps de goûter à la vie de couple, ni le loisir d’être en couple avec quelqu’un.
Et elle se sentait comme une enfant à ne pas savoir quoi faire vis à vis d’Annabelle.
Elle savait de son expérience à quel point il était compliqué d’avoir des relations intimes dans le cadre du travail. C’était risqué, beaucoup trop risqué.
D’un autre côté elle ne pouvait pas licencier Annabelle juste pour lui demander de sortir avec elle, tout en ne sachant pas si ses sentiments étaient réciproques.
Annabelle n’allait pas sacrifier son emploi juste pour une histoire d’amour.
Et quoi penser si elle n’était pas de ce bord là. Personne en savait de quel bord elle était, elle était tellement impassible.

Cela la rendait folle que Duncan avait réussi à l’inviter à dîner avant elle.
Elle profitait de chaque instant qu’elle pouvait passer en compagnie de son assistante.

*

Elles sortaient ensemble.
Marianne avait réussi à franchir le pas

Lors d

2021.12.30

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