Marque [RolePlay]

Cela faisait plusieurs jours qu’elle avait changé, physiquement seulement. Elle était restée la même dans son coeur.

Le comte lui avait ordonnée de rester dans sa suite, pour pouvoir la surveiller.
Ce n’était pas tous les jours qu’il faisait ce qu’il avait fait. Une création.
Il craignait quelque chose. Qu’elle cède à l’appel de son nouveau corps et qu’elle commette quelque chose d’irréparable dans le château. Qu’elle perde le contrôle et que sa soif dévore entièrement son âme, sa conscience.
Il n’avait pas fait cela souvent, mais il savait que c’étaient des risques à ne pas prendre à la légère.

Elle était restée obéissante.
Ce qu’il disait et ses volontés avaient un impact sur elle. Différent d’un simple maître et son employé, elle ressentait une force qui la poussait à obéir.
Elle sentait qu’elle pouvait lui désobéir si elle y mettait assez de volonté, mais ce n’était pas ce qu’elle-même voulait. Elle avait confiance en lui. Il lui avait sauvé la vie.
Alors elle était restée dans cette magnifique chambre.
Il y avait autre chose de nouveau en elle.
Elle avait soif. Pas soif d’eau, mais d’une substance qu’elle ne souhaitait pas revoir ni boire, mais son corps lui rappelait à chaque instant.

Le comte lui avait tendu son poignet, comme la première fois.
Elle menait une bataille contre elle-même pour ne pas accepter cette offre.
Ses mains avaient attrapé son poignet avec une certaine poigne et il la voyait lutter intérieurement. Elle hésitait encore, puis finalement, les larmes aux yeux, elle avait décliné son offre, tournant sa tête dans la direction opposée, sans pour autant lâcher son avant-bras.
Il avait sourit. Un petit rictus.
Cette réaction l’avait surpris et l’avait rassuré sur l’espoir qu’il avait mit en elle, inconsciemment.
Elle se contrôlait. Il était rassuré et ces émotions qu’il avait rarement l’occasion de ressentir, le fit rire.
Il était rassuré qu’il ne doive pas mettre fin à son oeuvre si jamais elle s’abandonnait à ses besoins primaires.
C’était un pari risqué.

Il avait fait en sorte de finir ses tâches urgentes pour pouvoir passer du temps avec elle. Vérifier qu’elle se remette de ses blessures, ce qui fut le cas dès le premier jour, puis de s’assurer de son adaptation à son nouveau corps.
Elle lui posa beaucoup de questions sur le fonctionnement, sur sa soif, sur sa nutrition.

— Je ne peux pas accepter…
Avait-elle répondu à son offre, les yeux humides.

Il lui avait adressée un sourire compatissant.

— Tu dois apprendre quand t’arrêter, le jour où tu t’abreuveras sur quelqu’un. Je me dois de te l’enseigner.

Il s’était tourné pour découvrir sa nuque.

— C’est ici que tu dois enfoncer tes canines.
Il pointa ses artères.

— L’afflux du sang est le plus important à cet endroit. Tu peux décider d’ôter la vie en vidant le corps ou bien t’arrêter avant. Ce qui peut ne pas être évident. Ne t’inquiète pas, je saurais t’arrêter avant que tu ne boives la dernière goutte en moi.
Il sourit, mi-amusé pour la rassurer.

Elle s’était alors approchée de lui, timidement.
Il lui avait attrapé une main pour la tirer vers lui.
Ils étaient tous les deux assis sur le lit, et elle s’était vite retrouvée très près de lui.
Il l’avait assise sur ses genoux, telle une enfant, pour qu’elle soit mieux installée pour accéder à sa nuque.

— N’aie pas peur.
Sa voix était rassurante, encourageante.

Alors elle croqua dans sa chair, juste ses canines s’enfoncèrent dans l’épiderme. Elle se souvint de ce qu’il avait fait, et instinctivement elle avait reproduit le rituel. Percer, se retirer, boire.
Et boire. Le goût enivrant emplit sa bouche et tous ses sens. Elle sentit son coeur battre à toute allure.
Étrange pour quelqu’un qui était censé être mort.
C’était le flux des gorgées qu’elle buvait.
Elle aurait pu continuer sans jamais s’arrêter mais quelque chose en elle la ramena à ses sens.
Elle ne sut pas depuis combien de temps elle était en train de s’abreuver mais elle eut peur. Peur que ce soit déjà trop long. C’était le sang de son maître.
Elle s’arrêta, malgré toute son anatomie qui la poussait à continuer, elle devait s’arrêter. Par respect pour son maître, et pour elle-même.
Elle recula sa mâchoire et lécha les deux petites marques qui se refermèrent aussitôt.

Elle s’était arrêtée avant qu’il ne lui dise.
Il la regarda les yeux écarquillés. Elle se débrouillait à merveille.

— Tu aurais pu continuer encore un moment.
Il la félicita en caressant gentiment le dessus de sa tête.

Ce dont elle n’était pas entièrement consciente, c’était le privilège de boire le sang du comte.
Il était puissant et une partie de l’essence de sa force était contenue dans son sang.
En s’abreuvant de lui, elle s’imprégnait en partie de ses compétences. Ce n’était pas n’importe quel sang.
Elle pouvait ressentir quelque chose de fort, de brûlant en elle, mais elle pensait que ce n’était qu’une réaction normale.
Au bout de plusieurs jours, elle s’habitua et ignora facilement ce besoin de boire.

Il s’était maintenant trop attaché à elle.
Il se devait de la protéger à présent. Elle avait en elle son sang magique et il était trop possessif envers sa propre richesse de pouvoir pour laisser n’importe qui s’en abreuver.
Elle n’en était pas consciente et, elle ne lui avait rien réclamé.

Elle était retournée dans sa chambre et elle avait reprit son travail.
C’était étrange de retourner à l’endroit où elle s’était faite enlever. Si peu de temps s’était écoulé et tout avait changé pour elle.
Elle rangea ce qu’elle put, la pièce avait été laissée en l’état.
Elle remarqua assez rapidement que peu importe combien elle travaillait, elle ne s’épuisait pas.
Elle avait du mal à dormir également parce qu’elle n’en avait plus besoin.

Lorsqu’elle reprit les cours de magie, elle se rendit compte que tout lui paraîssait plus simple. La puissance de ses sorts avait décuplée.
Comme si son nouveau corps était un meilleur catalyseur.
Cependant elle devait tout de même faire attention, l’utilisation de la magie draînait son énergie.

Frekio avait du mal à contenir sa joie lorsqu’il la revit sur pieds. Elle restait la même avec lui mais il sentait qu’elle était différente… elle dégageait une aura différente, puissante, dangereuse.
Elle-même n’en avait pas conscience.
Les servantes et autres employés du château l’avaient également ressenti et ils évitaient de croiser son chemin. Ils la craignaient.
Le comte avait apposé sa patte sur elle, en quelque sorte, il avait laissé un message implicite : quiconque touchait à elle aurait affaire à lui.

2020.09.01

3 réflexions sur “Marque [RolePlay]

  1. james dit :

    ça a l’air cool d’être un vampire. à part la soif permanente, mais qui a l’air facile à gérer, je vois que des avantages.
    sinon très intéressants à lire ces deux derniers textes. j’aime bien le rythme des descriptions qui expliquent clairement ce qu’il se passe.

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