Étrange arrivée [RolePlay]

Elle arriva un soir d’orage, le temps n’avait pas été clément envers elle.
Trempée jusqu’aux os, à se demander à quoi servait le tissu qui lui servait de cape, mis à part ajouter encore un peu plus de poids sur ses épaules.
Elle avait finalement réussi à arriver jusqu’aux portes du château. Guidée par les faibles lueurs de la lune qui éclairaient le sentier par intermitence, selon le bon vouloir du vent et des nuages qui bloquaient ses rayons.
Elle tenait miraculeusement debout.
À voir l’état du bas de sa robe, recouvert de boue et à moitié abîmé par les ronces et autres obstacles qu’elle avait dû franchir, cela devait faire un bon moment qu’elle marchait.

De plus, le château n’était pas facilement accessible.
Il était même étrange qu’elle ne se soit pas fait attaquer par des créatures habitants les bois aux alentours.
Elle marchait sans trop savoir où elle allait, une force mystérieuse l’avait menée jusqu’ici.
Suivant cette énergie mystique aveuglément, il semblerait qu’elle n’avait plus rien à perdre, ou alors qu’elle ne tenait plus à la vie.
Elle avait juste eu vent qu’elle pourrait trouver du travail sur ces terres, son dernier espoir. Elle était épuisée par la vie, et le trajet parcourut ne l’avait pas aidé à faire meilleure figure devant ses potentiels futurs employés.
Elle savait ses chances minimes et elle se résolvait déjà à faire demi-tour après le refus qu’elle allait essuyer, et se laisser dévorer par les bêtes dont les regards l’avaient suivi tout le long de son périple.

Elle eut à peine frappé à la porte que quelqu’un ouvrait.
Comme si sa visite était attendue.
Ses longs cheveux noirs étaient plaqués contre sa peau et ses vêtements, et elle faisait de son mieux pour ne pas trembler sans succès.

Le majordome qui l’ouvrit était imposant, et sous le peu de lumière, ses traits étaient durs et loin d’être accueillant.
Son regard la questionnait sur sa présence ici, comme si cela était déjà un affront d’avoir franchi les quelques marches du péron.

— Bonsoir… je cherche du travail…
Prononca t-elle.

Alors qu’il s’apprêtait à lui répondre, il marqua une pause. Comme si quelqu’un derrière lui avait parlé, sauf qu’elle n’entendit rien.

— Très bien. Entrez.
Dit-il d’une voix rauque qui résonna.

Soulagée de pouvoir enfin s’abriter, son corps sembla relâcher toute la tension et la fatigue accumulée depuis.
Elle fit un pas pour s’avancer et elle se sentit prise de vertige, ne sachant pas si elle avait glissé sur le sol ou si ses jambes lui faisaient défaut. Elle vit sa chute au ralenti et sa vue se troubla avant qu’elle ne touche terre.

Le majordome n’eut qu’à tendre son bras proportionnel à sa corpulence pour accueillir le corps frêle et mouillé de l’invitée.

— Elle est trempée et glacée, Monseigneur
Dit-il alors qu il n’y avait personne aux alentours.

— J’ai bien peur que nous n’avons plus de chambre de libre…

— Bien, je vous l’amène.

Le majordome rentra et la porta à bout de bras. Telle une chose fragile qui manquerait de se froisser.
Il arriva aux portes du bureau du seigneur des lieux.
Les boisures étaient différentes des autres et beaucoup plus somptueuses et détaillees.
La porte s’ouvrit d’elle-même.

Il se tenait assis derrière son bureau.
Oisif, il referma d’un geste la porte derrière son majordome.

— Approche, que je vois ce que nous avons là.

Il daigna se lever, finalement, et jeta un regard intéressé à cette humaine qui avait l’air endormie.
Une de ses mains lui tenait le menton, songeur il se déplaça pour l’observer sous toutes ses coutures.
Il se tint droit un moment et passa une de ses mains au dessus du visage de la jeune femme.

— Intéressant… les esprits me font un présent bien intéressant…
Se dit-il à lui-même.

Le majordome ne bougeant toujours pas.

— Qu’on la change pour la nuit. Elle ne va dormir dans ses habits…
Il indiqua avec ses doigts de manière circulaire le bas de sa robe qui était en train de goutter sur le sol de la pièce, d’un air réprimandeur.

— Installez-la dans mon lit.
Ajouta t-il.

Il se retourna vers son bureau et se tint debout devant la baie vitrée qui donnait vers ses terres.

— Bien, Monseigneur.

Le majordome fit demi-tour.
La porte s’ouvrit à nouveau d’un geste, il voyait le reflet sur la vitre. Puis il referma derrière lui d’un autre geste.

Le majordome interpella quelques domestiques qui croisèrent sa route pour leur signaler ses besoins.
Elles préparèrent une robe de nuit bien sèche qu’elles apportèrent immédiatement et l’aidèrent à déshabiller l’inconsciente. Puis elles lui enfilèrent sa tenue pour la nuit.
Le maître des lieux lui avait confié cette invitée et il se devait d’assurer sa sécurité.
Les couloirs n’étaient pas sûrs et l’odeur de la chair humaine était bien enivrante pour certains des domestiques.

Il confia la serpillère qu’étaient la cape ainsi que la robe qu’elle portait, en faisant bien de préciser de les laver et d’en prendre soin jusqu’à nouvel ordre.

Il se dirigea ensuite dans l’aile où se trouvait la chambre du seigneur.
Il ouvrit la porte. La décoration était minime mais sophistiquée. Un lit double à baldaquin aux boisures similaires à celles vues pour son bureau.
Des draps épais tels des nuages ainsi qu’un énorme oreiller. Il y avait le stricte nécessaire.
Il posa enfin la femme sur le lit, après avoir soulevé la couverture d’un grand geste, il positionna sa tête et avant de la recouvrir, il se surprit lui-même à l’admirer un instant.
Sa robe de nuit était couleur lin naturel contrairement à sa robe qui était sombre. Cela faisait un constrate assez flagrant. Ses cheveux encore un peu mouillés ondulaient légèrement le long de son visage jusqu’à ses épaules et sa taille.
Effectivement, cette humaine avait l’air appétissante et il se garda de faire quoi que ce soit. Il repositionna la couverture sur son corps et prit la porte.

Le majordome avait la peau très pâle et des oreilles pointues.
C’était assez discret mais il avait des canines aiguisées qui étaient cachées par sa moustache lorsqu’il parlait la plupart du temps.

Le maître des lieux arriva beaucoup plus tard dans la nuit dans sa chambre personnelle.
Il ne s’était pas pressé parce qu’il avait d’autres affaires à régler et il savait que son invitée dormait maintenant à poings fermés.

Elle sentit qu’on lui retira la source de froid qui collait à sa peau.
La force l’avait totalement abandonnée et elle n’arrivait pas à ouvrir les yeux. Elle entendit quelques voix au loin, mais c’est tout ce dont elle se souvenait.
Elle sentit contre sa peau de la douceur et le moelleux.
Elle se demanda si elle n’était pas simplement morte et finalement au paradis. Elle se laissa partir et s’endormit d’un profond et lourd sommeil.

Le majordome avait bien fait les choses, les rideaux du baldaquin étaient légèrement tirés et cela le fit sourire.
Il s’approcha pour mieux voir l’état de l’étrangère dans son lit.
Son visage était un peu rouge et quelques gouttes de sueurs perlaient dessus.
Il passa sa main au dessus, sans la toucher.

— Fragiles choses, ces humains…
Murmura t-il.

Elle avait attrapé froid et ce n’était rien d’étonnant au vu de la situation.

2019.12.02

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