Racines

Elle s’éloigna aussitôt que les racines s’enroulèrent autour des jambes de Cean.
Craignant pour sa propre sécurité.
Lorsque son corps disparut sous les pétales géantes, elle se questionna sur l’origine de ce spectacle.
Elle prit du recul et contourna la bibliothèque pour observer l’état de l’autre partie de la salle.
Des racines et une flore avaient envahi l’espace vide, et là où le corps du vampire gisait, il y avait le même bourgeon fleuri.
Au milieu de ce système, là où les racines se rejoignaient en masse tel un câble autour de son installation électrique, se trouvait le corps d’Aurore.
À moitié en suspension entre les racines qui formaient comme un tronc.
Inconsciente, ses cheveux à moitié emmêlés tombaient tel des lianes complétant cette vue insensée.
Elle vit tout de suite les filets de sang au niveau de son cou et de ses poignets.
Il n’y avait plus de mouvements provenant des racines, c’est ce qu’elle supposait.
Elle osa s’approcher de plus près pour observer Aurore.
C’était bien elle, elle qu’elle cherchait et qu’elle voulait. Elle jeta un coup d’oeil plus avisé au sang présent sur sa chair et vit les épines provenant des racines qui s’enfonçaient profondément dans sa peau.
Elle dégaina une dague et se décida à extirper la jeune fille de cette emprise.
Elle tenta de trancher une racine qui n’était pas en contact en premier lieu, en s’attendant à une défense.
Par chance, il ne se passa rien.
Elle entreprit alors de s’attaquer aux poignets, en faisant attention à ne pas plus abîmer l’épiderme de la prisonnière.
Les deux poignets libres, elle respira fort un bon coup et approcha la lame de son arme au niveau de la nuque pour trancher la dernière racine sensible.

À ce moment là, Hélène entra en trombe dans la salle et vit le décor improbable de la bibliothèque.
Puis, son regard s’arrêta sur l’apparence de l’ennemie, tenant une dague sur la nuque d’Aurore.
Son coeur fit un bond.
Alain était juste derrière elle et ne sut pas non plus comment réagir.
Gabriel n’était pas loin et les autres s’étaient séparés pour essayer de trouver où ils étaient.
Hélène éleva la voix.

— Arrêtez ! Je ne vous permets pas de toucher à un seul cheveux d’elle !

L’asiatique se tourna vers elle, à peine surprise.
Elle venait de finir de trancher cette racine enroulée autour du cou.
Elle leur adressa un sourire narquois.

Hélène et Alain ne savaient pas quel était le motif de cette étrangère, et ne voulaient pas mettre en danger Aurore en réagissant de manière irréfléchie.

Elle garda sa dague à la main et trancha d’un coup rapide toutes les autres racines qui immobilisaient la blonde. Son corps sujet à la gravité, tomba dans les bras de l’ennemie qui n’attendait que ça.

Gabriel, alerté par la voix d’Hélène, prévint tous les autres pour la rejoindre le plus vite possible.
Lorsqu’il entra dans la pièce, il vit sa fille s’écrouler dans les bras de l’ennemie.
Son coeur ne fit qu’un demi-tour dans sa poitrine.
Il s’avança doucement et l’interpela.

— Que lui voulez-vous ?
Sa voix était grave.

Elle souriait. Le corps encore chaud de sa quête, au creu de ses bras. D’une main libre, elle fit signe de couper l’air. Une fissure apparut au milieu de nulle part.
Gabriel et Hélène foncèrent sur elle pour l’empêcher se s’enfuir mais il était déjà trop tard.
Elle s’engouffra dans cette porte de sortie, qui se referma sur elle. Laissant les deux, désemparés.
Alexandra et Chris venaient d’arriver lorsqu’ils virent Aurore disparaître dans le décor.

— Non… no-

Alexandra se sentit submergée par les émotions.
Chris s’arrêta et la serra dans ses bras pour la calmer.
Elle fondit en sanglots.
Gabriel serrait son poing et essayait de contenir sa colère.
Les autres ne savaient pas comment réagir. Encore dépassés par les évènements.
Alain observait les alentours, puis brisa le silence.

— C’est… Aurore qui a fait ça… ?

Chacun se mit à mieux observer le décor.
Alexandra réussit à se calmer, petit à petit.

— Qu’est-ce que c’est que ces boules là… ?
Demanda t-elle.

Elle s’approcha puis les toucha.

— On dirait des pétales mais… beaucoup plus solides et résistantes…
Dit-elle en les caressant.

Elle tenta de les ouvrir.
Elle entendit quelque chose à l’intérieur, comme une respiration.
Gabriel et Hélène étaient sur l’autre boule.

— … Il y a quelqu’un… ?!

Cette voix venait de l’intérieur.

— Tu as entendu ça… ?
Demanda Hélène.

— Allô !

— Mais… c’est la voix de Cean !
S’exclama Gabriel.

— Papa… ?
— Alexandra ! Il y a quelqu’un à l’intérieur !
Cria t-il.

Elle s’activa pour éplucher chaque pétale, avec l’aide d’Alain et de Chris.
De son côté, Gabriel faisait de même avec Hélène.
Quelques racines s’étaient enfoncées autour des poignets et du cou de Cean mais il n’était pas en mauvais état.
Il s’écroula dans les bras de son père, par perte d’équilibre.

— Qu’est-ce que tu fais là… ?
Demanda t il.

— Je ne sais pas… je n’ai pas l’impression que ça me veuille du mal. On dirait des perfusions…
J’étais comme dans un cocon et ces racines m’ont guéri. C’est vraiment étrange comme sensation.
Tout à l’heure j’avais l’impression de sentir un autre pouls, mais depuis il n’y a plus rien.

— Attends, ne bouge pas.

Gabriel trancha délicatement les racines enfoncées dans la chair.

— Merci, p’pa.

À peine libéré, il se sentit pris d’un vertige et Gabriel dut le rattraper encore une fois.

— Hélène, est-ce que tu peux accompagner Cean à l’infirmerie, s’il te plaît ?
— Oui, bien sûr.

Il n’y avait pas grand chose à faire de plus mis à part analyser la situation pour mieux comprendre ce qu’il s’était passé.
Dans la fleur d’Alexandra, se trouvait Vlad.
Elle poussa un cri d’étonnement lorsqu’elle le vit dans cet état. Elle crut d’abord qu’il était mort.
Chris tâta son pouls et confirma qu’il était bien vivant. Il en profita pour retirer les dagues qu’il avait dans les mains et extirper son corps de la bulle de pétale.
Tout comme Cean, il avait des racines enfoncées dans ses poignets et son cou.
Il revint à lui peu à peu.

— Au… rore…

— Ne parle pas, on va t’emmener à l’infirmerie.
Dit Alexandra.

Chris était parti chercher une civière.

— Ne coupez… pas… les racines…
Réussit-il à articuler.

— C’est… Aurore…
Continua t-il.

— Aurore.. ?

Alexandra était dans l’incompréhension.

— D’accord, on ne touche à rien pour l’instant, arrête de parler. Reste tranquille.

Vlad faisait peine à voir.
On pouvait deviner qu’il avait souffert.

2018.09.30

Une réflexion sur “Racines

  1. james dit :

    Je suis complètement perdu. Les ronces ne seraient pas mauvaises ? L’asiatique ne leur voulait pas de mal ? Ou est-ce Aurore qui les a fait pousser pour protéger Vlad et Caen ? Tant de questions se posent.

    En passant, la description des ronces qui entourent les corps pour les piquer, ça marche diablement bien sur l’imagination. Ça me rappelle les images qu’on a de la couronne d’épines de Jésus Christ sur sa croix, avec les épines qui rentrent dans la chair. Mais décuplé avec le principe des tentacules qui entourent tout le corps.

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