Remercier

Lorsqu’elle était plus jeune, elle était déjà de santé fragile.
Son père était mort lors d’une bataille et sa mère avait succombé à la maladie. La laissant seule à l’âge de 6-7 ans, orpheline.
Elle n’avait pas manqué d’amour durant tout ce temps.
Ayant hérité des gènes de sa mère, elle ne pouvait qu’assister rarement aux classes.

Sa santé se dégrada peu après qu’elle fut seule.
Elle commença à faire de plus en plus souvent des malaises à l’école.
Elle ne pouvait plus pratiquer les sports.
Tout le monde savait qu’elle n’en n’aurait plus pour très longtemps.

Ainsi la règle d’or était : on n’aide personne. Aucune n’exception était faite.

Des prédispositions étaient prises pour des cas où un enfant n’avait plus de parents.
Sa maîtresse, professeure principale de la classe, s’était proposée pour l’accueillir chez elle et la prendre en charge comme tutrice.
Elle vivait elle-même seule dans un appartement.
Elle lui donna tout l’amour d’une mère.
Ne pouvant être à tout temps avec la jeune fille. Elle lui enseigna les bases pour qu’elle puisse prendre soin d’elle lorsqu’elle serait absente.
Elles savaient qu’elles ne devaient pas trop s’attacher parce que la vie de Rosalys ne tenait qu’à un fil.

Elle finit par ne plus retourner en cours. Ses camarades firent comme si de rien n’était.
Ils ne pouvaient pas faire autrement.
À la fin de la première scolarité, sa mère adoptive l’informa qu’elle pouvait faire ce qu’elle voulait.
Rosalys opta pour les recherches qui lui permettraient d’aller à son rythme sans gêner personne.
Elle se spécialisa dès ses 12 ans.
Sa condition physique ne lui autorisait pas d’autres choix.

N’étant pas sa véritable mère, elle l’appelait par son prénom.
Essence.
Elle était plutôt grande et forte.
Les cheveux ondulés et bruns foncés qui lui arrivaient aux oreilles.
Les professeurs étaient juste en dessous de l’échelle des employés suprêmes qui étaient sous les ordres directs de la mère supérieure.

Lorsque Rosalys se sentit mieux, Essence l’accompagna au centre de recherches et lui expliqua les cours préparatoires.
La plupart des gens qui connaissaient la situation, plaignait Essence d’avoir un tel fardeau.
Un jeune homme la percuta par mégarde et il tomba sous le charme d’Essence.
Il n’était alors pas au courant de Rosalys.

Rosalys comprit tout de suite que ces deux personnes s’aimaient.
Elle n’attendit pas qu’Essence lui parle de ce sujet.
Elle ne voulait pas abandonner Rosalys.
Elle lui fit comprendre qu’elle pouvait s’en sortir seule, qu’elle était assez grande maintenant.

— Essa…

Elle était encore dans sa chambre et l’appela de l’autre pièce.

— Rosa ?

Sa voix était lointaine.

— Tu sais… Je suis grande maintenant…

— Oui, je sais que tu apprends et grandis vite.
Dit-elle en souriant.

— Tu sais… Je peux vivre seule maintenant…

Il eut un silence et Essence s’approcha de la chambre et regarda Rosalys.
La tête baissée, elle leva ses yeux sur sa mère adoptive.

— … Je peux partir s’il le faut…

Essence accourut, s’agenouilla et lui prit ses mains.

— Qu’est-ce que tu racontes ?!
Dit elle, paniquée.

Elle resserra ses mains et chercha le regard de Rosalys.

— Tu sais… Tu pourrais vivre avec Olivier…
Dit-elle à voix basse en fixant ses mains.

Essence se figea.
Rosalys avait assisté à la proposition d’Olivier et elle savait qu’Essence ne lui avait pas encore répondu. La raison de sa non-réponse c’était bien entendu elle.
Elle comprit aussitôt, et soupira.
Elle chercha quelque chose à dire.
De toute manière elle ne pouvait éviter ce sujet.

— … Tu sais que je t’aime comme ma propre fille, n’est-ce pas… ?

Elle releva la tête.
Essence se releva et s’asseya sur le lit, à côté de Rosalys.

— Je ne veux pas te laisser seule, même si je dois faire patienter Olivier, même s’il trouve quelqu’un d’autre entre temps…
Rosalys répondit avec ferveur.

— Mais… Tu l’aimes, non… ?
— Oui… Je l’aime mais je t’aime aussi.
— Je ne veux pas être un fardeau. Je ne veux pas que tu aies à décliner à cause de moi…
— Et moi, je ne veux pas te laisser seule…
— Tu dois lui dire oui. Je m’en irai. Je suis assez grande maintenant. Je peux vivre seule.

Après un long silence et un soupir d’Essence.

— D’accord… Tu as gagné. Mais il n’est pas question que tu partes d’ici.
— Mais-
— Ne t’inquiète pas, je lui donnerai une réponse demain et je lui demanderai ce qu’il en pense. Il n’est pas question que tu partes.
J’insiste pour que tu gardes la maison. Si quelqu’un doit partir ça sera moi. Tu connais les règles. À partir du moment où je ne serai plus là, on ne pourra peut-être plus se voir… Ça te va ?

— Oui…
Dit-elle les larmes aux yeux.

Rosalys, dans les bras d’Essence.

— Merci…
Dit-elle, entre ses pleurs.

— C’est à moi de te remercier…
Répondit-elle, en lui caressant doucement la tête.

Elle souriait et cachait ses larmes.

Le lendemain, elle exposa les faits à Olivier.
Il était venu chercher Essence à la fin de ses heures à l’école.
Elle disait au revoir à ses derniers élèves, lorsqu’Olivier, à la porte l’admirait.
Il suivait du regard les élèves sortant de la classe. Il entra dans la pièce, ferma la porte coulissante derrière lui et salua Essence.
Il contourna le bureau, posa ses mains sur la table et la regarda dans les yeux.

— Est-ce que tu as ta réponse aujourd’hui… ?

Elle fit mine de l’ignorer, prit un air triste, contourna le meuble pour se positionner en face de lui et soupira en baissant la tête.
Il se tourna vers elle.

— C’est… Non ?
Dit-il avec tristesse.

Elle releva la tête et lui prit ses mains.

— C’est oui.
Dit-elle avant de sourire.

Son visage s’illumina.

— C’est vrai ?!

Elle hocha la tête.

Il la prit dans ses bras et la souleva.
Sa joie était immense.

— Cependant, j’ai mes conditions.
Dit-elle après qu’il l’eut reposée.

— Tout ce que tu veux !

Il était euphorique.

— Je laisse ma maison à Rosalys.

Il eut une pause et acquiesça.

— Je m’excuse de t’avoir imposé à choisir entre elle et moi…
— C’est grâce à elle si j’accepte ta proposition aujourd’hui. Je sais que les gens n’approchent pas les personnes dans son état, mais je pense que tu peux peut-être la remercier… ?

2013.4.18

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