Pilliers

Un garde de rang supérieur s’arrêta devant le comptoir.
Fernando remarqua sa présence et releva la tête.
Quelle fut sa surprise de voir qui c’était.

— Bonjour… Que puis-je faire pour vous… ?
Dit-il, un poil nerveux.

— Bonjour, est-ce qu’Alys est ici ?
Dit-il d’une voix calme et posée sans trahir la moindre émotion.

Fernando paniqua mais tenta de ne rien laisser paraître.

— … Oui, c’est à quel sujet… ?

Il se leva.

— La mere supérieure désirerait s’entretenir avec elle.

Cela n’était jamais bon. La mère supérieure ne voyait pas souvent les gens du peuple sauf pour une réprimande ou une promotion, quelques peu d’évènements étaient importants pour qu’elle se tarde dessus.
À contre-coeur, il accompagna le garde à la porte, il frappa rapidement avant d’entrer.
Alexandre était debout, la main sur l’épaule d’Alys.
Les deux se retournèrent vers la porte dès qu’ils entendirent Fernando frapper puis entrer.
Il ne dit rien et laissa passer le garde.
Les deux jeunes furent figés de stupeur à la vue du garde.
Ils comprirent le visage blême du père.

— Mademoiselle Alys ? Veuillez me suivre s’il vous plaît.

Elle se leva avec un peu de mal.

— Monsieur Alexandre. Vous venez avec nous.

Il acquiesça d’un léger mouvement de tête.
Ils avaient tous les deux peur de la nature de leur convocation.
Elle se leva sans faire d’histoire bien qu’elle ait la cheville foulée.
Alexandre l’aida à se déplacer.
Elle mit des sandalles et sortit.
Son père était inquiet mais voyant qu’elle n’y allait pas seule il fut un peu plus rassuré.
Avant de quitter la maison, elle lui adressa un sourire.
Dehors, le silence était pesant. À leur passage, les gens se retournaient et chuchotaient entre eux.

— Ils ont dû transgresser la règle…
— Tu crois que ça a un rapport avec ce qui s’est passé hier… ?

Rosalya était à ce moment dans les ruelles et vit sa fille suivre le garde.
Elle se figea.
Elle courut vers chez elle.
Elle ouvrit la porte avec fracas.
Fernando était assis à la table, songeur.
Il se retourna avec stupeur.
Rosalya était essouflée après avoir couru.
Il se leva et la prit dans ses bras. Il savait qu’elle devait avoir croisé sa fille avec le garde.
Elle ne put parler et s’effondra en sanglots.

— Ne t’inquiète pas. Tout va bien se passer. Faisons confiance à notre fille…
Dit-il d’une voix douce et rassurante en la réconfortant.

Il la serrait fort dans ses bras de sa main gauche et de l’autre il lui caressait doucement le dos. De ses paroles il voulait aussi se rassurer.
Que la mère supérieure convoque quelqu’un, cela n’était jamais un bon présage.

À l’autre bout du village.
Le jeune homme blond se réveillait dans une pièce vide. Au sol un tapis à base de bambous, les murs étaient en bois et en papier. Une porte coulissante se trouvait en face de lui.
Au centre, une couverture qui lui servait de matelas et une autre qui le recouvrait. Il était allongé, il se réveilla en sursaut.
Il évita de faire des mouvements brusques. Il était à moitié nu, le torse recouvert de bandages.
Il ne se rappelait plus de grand choses. La dernière chose qu’il lui restait en tête était la jeune fille qui avait tenté de l’aider avant qu’il ne perde connaissance.
La porte glissa et une femme âgée apparut. Elle était habillée d’une robe ample aux longues manches qui se refermait en entourant la taille.
Elle entra d’un air grave. Elle fut surprise que le jeune homme soit réveillé.

— Cean… Comment te sens-tu ?
— J’ai eu de meilleurs jours…

Elle s’avança dans la pièce, suivit d’un homme portant un masque blanc.
Sa stature, ses vêtements. C’était un garde.

— La mère supérieure vous demande.

Sa voix ne laissait transparaître aucune émotion.
Il savait qu’il ne pouvait désobéir. Il devait se lever et le suivre quelque soit son état.
La dame l’aida à se redresser.
Elle partit chercher un pull et lui enfila.

— Merci, grand-mère…

Elle le regarda partir avec le garde d’un regard inquiet.
Il lui adressa un sourire qui lui disait de ne pas s’inquiéter.
Il avait encore un peu mal mais fit comme si de rien n’était. Du moins il essaya.
Les gens se retournaient à son passage. Il ignorait leurs regards.

— Ça doit avoir un rapport avec ce qui s’est passé hier…
Chuchotaient les passants.

Le chemin jusqu’à la mère supérieure était assez long.
Ils passèrent par la grande place, les grandes avenues jusqu’à arriver à un petit chemin qui montait jusqu’au sommet de l’arbre.
Le sentier semblait tenir à rien, en réalité les lianes et autres branches s’enroulaient entre elles et formaient une sorte de structure de cordes qui soutenait le tout.
Ils arrivèrent à des étages au dessus du village.
Le sentier s’était agrandi et au bout se tenait une énorme demeure.
La porte était très grande.
Le garde poussa le battant de droite pour y laisser passer les deux appelés.
Ils entrèrent dans une grande salle. Des pillers dressés parallèlement sur les côtés montraient le chemin.
Au bout, un rideau s’étendait et maintenait une partie de la salle dans l’obscurité.

— Suivez-moi.

Ils se regardèrent, et suivirent le garde.
Arrivés jusqu’au rideau il dit.

— Attendez ici.

Derrière le voile de tissu, on apercevait la lumière de l’extérieur. Celle-ci aveuglait un peu avec le contraste de la pièce plongée dans l’obscurité.
On pouvait apercevoir le bas d’une silhouette.
Le garde passa dans l’ouverture et sembla s’adresser à quelqu’un.
On put deviner un mouvement.
On n’entendait que des voix lointaines.

— … Entendu.
Dit-il à contre-coeur et fit le chemin inverse, et prit la sortie.

Les laissants tous les deux, interrogateurs.
Quelques minutes plus tard, la porte d’entrée se rouvrit, quelqu’un entra, s’avança jusqu’à eux.
Le rayon de luminosité qui s’échappait d’entre les rideaux permettait de distinguer les visages.
À la vue du visage de la jeune fille, Cean se figea. Il fut rassuré qu’elle soit en vie. Il ne reconnut pas l’homme qui l’accompagnait.
Ils se dévisagèrent l’un l’autre.

— Bienvenue.

Une voix se fit entendre dans la clarté.
Ils furent tirés de leurs échanges de regard.
Ils fixèrent la même direction.
La voix était neutre. Impossible de deviner le moindre sentiment.
C’était la mère supérieure. Il n’y avait pas de doute.
Elle ne sortit pas de son anonymat.

— Vous vous doutez surement de la nature de ma convocation.

Ils étaient en ligne devant la figure invisible, et baissèrent tous la tête au même moment où elle prononça ces paroles. De honte.
Ils allaient se faire réprimander.
La voix était ni en colère ni chaleureuse. Il était difficile de deviner le moindre ressenti qu’elle pouvait avoir. Impossible de prévoir ce qu’elle allait dire.

— Que devrais-je faire de vous… ? Devrais-je vous éliminer sur le champ… ? Cean, Alys, Alexandre… Savez-vous pourquoi cette loi existe… ?

— Pour qu’on ne mette pas notre vie en danger… ?
— Pour faire les bons choix… ?
— Pour protéger les gens… ?

— C’est juste. Pour avoir enfreint les règles, je devrais vous punir pour montrer l’exemple… Cean, tu aurais dû mourir. Alys, pour avoir en plus désobei, c’est la double peine. Alexandre, tu n’as que désobei…
J’ai une proposition à vous faire. Gardons ceci comme notre secret. Dans la version officielle, Cean. Tu as été blessé et retrouvé inconscient par Alys et Alexandre.
Ceci est une deuxième chance que je vous donne. Retenez la leçon.
Vous ne doutez pas que votre famille s’inquiétera de la nature de votre convocation.
Cean, tu diras cela. Alys et Alexandre, j’ai des projets pour vous.

2013.3.7

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.