Commandante

Elle s’était réveillée en mauvais état, en plein milieu de la forêt.
Les cheveux ébouriffés, des égratignures sur le visage et sur le corps.
Les vêtements en lambeaux.
Elle ouvrit les yeux difficilement.
Ses ailes étaient abîmées, elle avait dû tomber de haut.
Elle ne se souvenait plus de comment elle avait atterri, ou plutôt écrasée là. Sa tête lui lançait.
Elle tenta de se relever, elle réussit à s’appuyer contre un arbre et se mettre debout.
Des bribes de souvenirs lui revinrent.
Des images de torture. De son mari.
Elle voyait son mari se faire maltraiter et battre sous ses yeux. Il était en sang. Il faisait sombre.
Cela la mit hors d’elle.
Elle essayait de marcher, de tituber jusqu’à trouver un moyen de s’orienter.
Si son mari était mort, elle n’avait plus aucune raison de vivre.
Son monde s’écroulait. Elle en voulait au monde entier.
Le mal de tête ne s’estompait pas.
Elle tomba sur des inconnus. Des inconnus qui ne semblaient pas lui vouloir du bien. Ils la reconnurent et s’approchèrent d’elle.
Sa vision n’était pas encore très nette.
Elle ne se laissa pas faire et les repoussa loin d’elle.
Ils se retrouvèrent à terre, inconscients.
Elle continua son chemin, nonchalante, elle avait l’impression de tourner en rond.
Elle ne savait plus quel était son but.
La nuit tomba et différentes silhouettes apparurent sous ses yeux.
Elle ne les reconnaissait pas.
Ils s’approchèrent d’elle et elle ne les laissa pas faire.
Elle se défendit comme elle put, puis elle finit par s’écrouler de fatigue, au sol.

— Mathilde ! Mathilde ? Tu m’entends ? Je suis là maintenant.

Elle ne voyait pas qui c’était, la voix lui était familière, puis elle sombra.
Il était à ses côtés, il la prit dans ses bras, et vérifia qu’elle n’avait pas d’autres blessures.

— Vous allez bien ?
Demanda t-il aux autres personnes.

— Oui… Je crois… Elle n’y est pas allée de main morte…
Soufflait l’un.

— Je ne sais pas ce qu’ils lui ont fait, mais elle est dans un sale état…
— Elle ne nous a même pas reconnus… Ni même toi !

Ils s’approchèrent d’elle et l’observa quelques minutes.

— C’est pas beau à voir, elle nous a mis la misère dans cet état… J’imagine même pas si elle avait été en forme…
— Je préviens la maison qu’on rentre.

Elle avait les lèvres en sang et des cernes tout autour des yeux.
Il la porta et ils rentrèrent tous à leur quartier général.

Elle était allongée sur le dos, les ailes écartées pour qu’on puisse les soigner.
Elle se réveilla en douceur, elle était sous calmants et morphine.
Il était à ses côtés et la salua.

— Comment vas-tu, ma puce ?
Sourit-il.

Sa vue mit un temps à s’adapter puis elle reconnut son époux.
Les larmes coulèrent d’elles-mêmes sur ses joues.

— Je… Mathieu… Je croyais qu’ils t’avaient… que tu étais mort…
Sanglotait-elle, de soulagement.

Il serra sa main dans la sienne et lui essuya ses larmes.

— Tout va bien, on est à la maison. Je suis là maintenant…

Ses souvenirs étaient encore flous mais elle se souvenait de son époux et des sentiments qu’elle éprouvait à son égard.
Il lui embrassa le front et resta auprès d’elle jusqu’à ce qu’elle se rendort.

— Elle semble aller mieux. Elle m’a reconnu. Je pense qu’on peut baisser la dose de calmants.
Dit-il lorsqu’il sorti faire son rapport.

— J’en fais part à l’équipe. Son état s’est stabilisé, elle devrait retrouver sa forme d’ici quelques jours. Cependant, psychologiquement il faut qu’on continue de la surveiller. On ne sait pas ce qu’il lui ont fait, et elle a tout de même attaqué nos troupes.

— Je m’en occupe.

*

— Que s’est-il passé ? Je ne me souviens de rien… Je me suis réveillée au milieu de nulle part…

— Tu as été enlevée il y a quelques semaines, on t’a cherchée partout mais sans succès. J’étais mort d’inquiètude. Par chance, et par hasard, une unité est tombée sur toi dans la forêt mais tu les as attaqués.
Racontait-il assis sur le bord du lit où elle était allongée.

Elle était rétablie mais elle était encore en tenue de patiente, le bracelet au poignet et elle ne pouvait pas quitter sa salle de soin.

— Je… Je suis désolée. Je suis terriblement confuse.
Elle se releva et elle le serra dans ses bras.
— Je sais, ne t’inquiète pas.
— Je ne me souviens de rien d’autre…

De temps à autres, elle se réveillait en pleine nuit en hurlant, elle faisait des cauchemars.
Ces états ne rassuraient pas les équipes médicales.
Il lui arrivait de rester le regard fixe pendant des heures.
Son mari était plus qu’inquiet, il ne pouvait pas être là à chaque fois mais il essayait.

— Aujourd’hui, on va pouvoir sortir un peu.
— C’est vrai… ?
— Oui, peut-être que cela réveillera tes souvenirs.
— J’ai si peur… Je sais que ce n’est pas normal, que mon état n’est pas stable… J’ai des pertes de conscience…
— Je resterai auprès de toi, tu n’as pas à t’inquiéter.

Il lui prit la main et l’emmena se promener en suivant un circuit bien surveillé.
Elle ne reconnaissait rien.

— Ce n’est pas grave. Cela prendra le temps qu’il faudra.

Il lui présenta également ses anciennes connaissances.
Elle ne se souvenait plus d’eux.

— C’est dommage et triste… mais je pense que nous l’avons perdue. Elle ne retrouvera pas son état d’avant… C’était l’un de nos meilleurs éléments. Ils n’ont pas fait ça par hasard…
— Je ne l’abandonnerai pas…
— On ne sait pas ce que l’avenir lui réserve… Au moins, son état s’est stabilisé, elle a moins de pertes de connaissance et semble reprendre sa personnalité.
— Elle pourra bientôt sortir ?
— D’ici quelques jours, le temps de finir la paperasse, oui.
— Merci beaucoup…

Ils tentèrent de reprendre leur vie d’avant.
Elle faisait des cauchemars de temps en temps mais il était là pour elle.
La serrant dans ses bras lorsqu’elle se réveillait en pleine nuit.
Elle reprit également l’entraînement. Elle ne pouvait pas reprendre son ancien poste mais elle réintegra l’équipe en tant que simple combattante.
Elle avait l’habitude de prendre les commandes avec son époux.
La situation changea un peu. Elle n’avait plus les connaissances requises pour reprendre ses fonctions.

*

Elle se précipita pour aider Mathieu qui était en difficultés.
Elle ne pouvait pas le laisser dans cet état, elle savait que c’était une décision débile mais ses sentiments étaient plus fort.

— Tu peux te relever ?
Elle lui tendit la main pour qu’il puisse avoir un point d’appui.
Elle ne vit pas l’attaquant derrière elle, il l’attrapa et l’immobilisa.
Ce n’était pas un simple soldat.
À la vue de ses ailes, c’était au moins un commandant.
Il l’aggripa par la taille et tint son visage près du sien.

— J’aime ça.
Susurra t-il.

Elle tenta de se débattre, sans succès.
Mathieu vira au rouge et chercha à se battre, malgré ses blessures.

— Mathilde !! Cria t-il.

L’homme se tourna vers lui et lui rit au nez.

— Pitoyable ! Si tu approches trop, je risquerai d’écorcher ce magnifique corps.

Il passa son épée le long des vêtements de Mathilde. Puis fit un mouvement brusque jusqu’à arrêter la lame en hauteur, au niveau du coeur de la demoiselle.

— Quel gâchis… N’est-ce pas ?

Elle n’avait pas peur, elle le regardait avec haine et semblait même le défier.

— Je vois qu’on ne se laisse pas faire.

Il rangea son épée dans son fourreau.

— Je vous l’emprunte.
Dit-il avant de s’envoler et disparaître avec Mathilde dans ses bras.

Mathieu ne put rien faire, après ceci des ordes de soldats arrivèrent en renfort et il dut reprendre les commandes, et lui-même se battre.
Ils réussirent à minimiser les pertes mais la bataille était un échec malgré leur défense. Ils avaient tenu tête mais ils avaient perdu une commandante. Il s’en voulut pendant des jours jusqu’à lancer les recherches et se reprendre en main.
Il ne pouvait pas abandonner sa femme.

*

— Si j’avais été plus fort…
— Qu’est-ce que tu dis ?
— Non, rien… Je me parle à moi-même. Je t’aime Mathilde.

Une autre bataille fut déclarée et ils durent s’y rendre.
Elle était confiante, elle s’était entraînée et malgré ses lacunes mémorielles, elle était douée, personne ne pouvait en douter.

Mathieu réussit à retrouver l’ennemi qui avait enlevé sa femme.
Il lui fonça dessus et comptait prendre sa revanche.

— Tu vas payer pour ce que tu lui as fait.

L’ennemi était à terre et semblait avoir perdu, mais sur son visage il était serein.
Au coup fatal, Mathilde apparut et s’interposa.
L’incompréhension était totale.
Elle ne semblait plus entendre raison et son regard était vitreux.
L’ennemi se releva, tranquillement, et embrassa Mathilde sur la bouche sans qu’elle ne réagisse.

— Je l’ai bien éduquée. Regarde.

Il la serra contre lui et elle ne résistait pas.

— … Que lui avez-vous fait ?!

Il ne tenait plus en place.
Elle était hypnotisée.

— Bats-toi pour moi, ma mignonne.

Le combat fut acharné, elle était au meilleur de sa forme et en face, il ne voulait pas la blesser et encore moins la tuer.

— Mathilde, c’est moi, réveille-toi !

Ils croisèrent le fer et ils enchaînèrent leurs échanges.

2016.08.19

2 réflexions sur “Commandante

  1. james dit :

    Fautes :
    « Dit-il lorsqu’il sortiy faire son rapport. » → « sorti »
    « il l’attrapa et l’immbilisa. » → “immobilisa »

    Cette histoire est intéressante. C’est dommage qu’il n’y ai pas de fin. Je dis ça, car dans ce genre de situations, avec un perso hypnotisé qui se bat avec un ancien partenaire, ça finit souvent de la même manière, avec un truc du genre ‘repense à tout ce qu’on a vécu’, et l’autre se réveille magiquement, et se retourne contre la personne qui l’a hypnotisée.
    Si c’est la fin à laquelle tu as pensée, je veux pas la critiquer non plus. Mais je me dis que tu ne te satisferais peut être pas d’une fin aussi simple.

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