Chambre

Les évènements se sont très vites déroulés.
Elle se réveilla dans un lit d’hôpital et son frère et son père étaient à ses côtés lorsqu’elle ouvrit les yeux.
Elle ne se souvenait de rien mais elle avait du mal à ouvrir ses paupières et à se mouvoir.

Elle vit son père sortir et son frère s’approcha d’elle et lui tint la main.

— Coucou… Comment te sens-tu… ?
— … Je…

Sa voix était enrouée et faible. Elle ne comprenait pas la situation.
Elle sentit la main de son frère se resserrer sur la sienne.

— Ne te force pas. Je vais te servir un verre d’eau.

Elle toussa doucement et sentit toutes les douleurs éparpillées sur son corps.
Cela n’était pas normal.
Elle se demandait si elle n’avait pas eu un accident.
Elle observa son état, elle était sous perfusion. Elle qui n’aurait jamais accepté d’être hospitalisée tellement elle avait peur des aiguilles et des seringues, cela la faisait rire intérieurement.
Elle était dans une tenue de patient.
Lorsqu’elle voulu retirer une partie de la couverture pour voir à quel point elle était blessée, son frère l’en empêcha.

— Tu ne devrais pas faire ça tout de suite…

Il l’aida à se relever et porta le verre à ses levres.
Elle retenta de parler, de manière plus claire mais sa voix restait faible.

— J’ai eu un accident… ?

Il tenta de garder son calme et posa le verre sur la table de chevet avant de faire une bêtise.

— Tu ne te souviens de rien… ?
— Non… Pas trop… Il s’est passé quelque chose… ?
— … Il évita son regard et se mordit les lèvres.

Il la regarda de nouveau, avec son air inquiet et ignorant.

— On t’a retrouvée dans la rue d’un quartier mal famé. Tu étais inconsciente et blessée.

Elle buva les paroles de son frère et resta muette.

— Il y a actuellement une enquête en cours mais ça risque de prendre du temps…
Papa refuse que tu te fasses interroger dans ton état.
— Je suis blessée comment… ?
— … Tu as quelques côtes félées, tu avais une hémorragie interne… Les médecins ont dit que tu avais été battue et… abusée… sexuellement…

Il eut du mal à prononcer ces derniers mots et elle ressentit son énervement, il serrait des poings sur le lit et s’en voulait de ne pas avoir pu être là.

— Ce n’est pas de ta faute… !

Elle tendit la main vers lui pour le consoler.
Même si c’était elle qui avait le plus besoin de réconfort. Elle ne fut pas touchée par ces révélations sur son état. Comme si cela concernait une autre personne. Elle se disait qu’elle ferait le point plus tard.
Il posa la paume de sa main contre sa joue.

— Je suis heureux que tu sois en vie… Si on ne t’avait pas retrouvée à temps… Tu ne serais plus là…
— Je ne meurs pas aussi facilement, voyons.

Dit-elle pour détendre un peu l’atmosphère.

— C’est vrai que t’es une dure à cuire !

Rit-il doucement.

— Comment a réagi papa… ?
— Pas très bien… Moi non plus d’ailleurs. Enfin, il est resté plus calme que moi.
J’ai quitté le cours en furie lorsqu’on m’a annoncé la nouvelle. Et je suis allé voir papa, je l’ai dérangé pendant son cours. Il m’a réprimandé, il m’a dit de me calmer et qu’il irait à l’hôpital après sa journée de travail.
Ça t’étonne pas de lui, n’est-ce pas… ?
— En effet, c’est du lui tout craché…
— Dès la fin de son cours il a quand même couru jusqu’à la voiture, il m’a attrapé par le col et on est venu te voir. Toujours dans son calme naturel.
— J’aurais aimé voir la scène… D’ailleurs, le capitaine ne t’a pas grondé… ?
— … Le capitaine est en garde à vue…
— Quoi… ?
— Tu ne te souviens peut-être plus… Mais tu m’avais dit ce soir là, que tu avais rendez-vous avec lui dans un bar… Il est suspecté, même s’il a un alibi, il doit être en train de se faire interroger…
— Je…

Des bribes d’images du bar lui revinrent en tête. Elle eut un moment d’absence ou elle tenta de se rappeler cette nuit.
Elle commença à transpirer et respirer très fort, comme si elle était en état de panique.
Son frère la saisit par le bras et tenta de la ramener.

— Hé ! Ça va pas… ? Tu veux que j’appelle quelqu’un… ?
— … Je… Je n’arrive pas à me souvenir…

Des larmes coulèrent abondamment sur ses joues.

— Je suis désolé… Je n’aurais pas dû te parler de ça si tôt…
— Je… … Le… capitaine… Il ne m’aurait jamais fait ce genre de choses… J’en suis sûre…
— … Je ne veux plus que tu le voies. Je sais que c’est une demande égoïste de ma part… Mais je considère qu’il est fautif, et même s’il n’a rien à voir là dedans. Le fait que tu sois proche de lui te met en… danger.
S’il n’est pas capable de te protéger, je refuse qu’il s’approche de toi…
— … Je comprends… Est-ce que papa pense pareil… ?
— Il est plus raisonnable que moi. Il n’est pas aussi radical. Je pense qu’il sait que le capitaine passe un très mauvais moment et qu’en plus il n’a pas encore pu te rendre visite… Cela doit être encore plus frustrant pour lui. Mais cela ne l’empêche pas de le garder sous un oeil.
— Je vois…
— En tout cas, je te dis ce que je pense mais si tu persistes à vouloir le voir, je ne t’en empêcherai pas.

Sourit-il.

— Je sais que tu l’aimes. Il t’aime aussi…
— Merci…

Elle ne fit pas attention et s’endormit alors que son frère était encore à ses côtés, à lui parler de tout et de rien.
Il la coucha avec douceur et quitta la chambre.
Son père était à l’extérieur.

— Comment elle va… ?
Demanda t-il d’un air un peu détaché.

— Ça a l’air d’aller. Elle ne se souvient de rien… Lorsque je lui ai parle du bar, elle a eu un moment d’abscence et elle a pleuré… Les médecins avaient prévenu qu’elle risquait d’effacer ça de sa mémoire… mais la connaissant elle va tout faire pour s’en souvenir… Ah… Et elle s’inquiète pour le capitaine…
— Je vois…
— Elle s’est endormie, je lui ai peut-être trop parlé…
— Je pense que cela lui a fait du bien.

Il posa sa main sur l’épaule de son fils.

— Je passerai la voir demain. Les inspecteurs veulent l’interroger au plus vite mais je vais leur dire qu’elle ne se souvient de rien pour l’instant… L’enquête n’avance pas beaucoup. Ils ont fouillé le bar et ses alentours, il n’y a pas de témoins des agresseurs, ils ont retrouvé quelques cheveux d’elle dans une des chambres mais c’est tout…
Repose-toi bien.
— Toi aussi papa…

2016.04.05

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