Provocation [RolePlay]

Chloé avait monté son cheval et galopé dans la direction indiquée par le comte et Flora l’avait suivie.
Sa chevelure longue et sombre au vent, dans une tenue prévue pour le combat. Elle portait une chemise légèrement trop grande sous un corset qui maintenait le tout en place et un pantalon rentré dans des bottines pratiques pour l’équitation.
Elle avait une cape à capuche sur les épaules qui virevoltait derrière elle tout comme ses cheveux.
À sa taille, un petit foureau qui contenait sa précieuse dague.
Flora était similairement habillée pareil.
Seules les couleurs étaient différentes et elle remplissait mieux le décolté.

*

Lorsqu’elles arrivèrent à proximité, Chloé s’arrêta et descendit de sa monture. Elle l’attacha à un point et Flora l’imita.

— Je ressens leur présence. J’imagine que toi aussi ?
— Oui… ils sont nombreux…
— Ne t’inquiète pas. Reste près de moi, tu ne risques rien tant que je suis là. Nous allons rester sur nos gardes et essayer de les neutraliser un par un, sans nous précipiter.
— D’accord…
— Je préfère laisser les chevaux ici en sécurité. En espérant qu’il ne leur arrive rien pendant notre absence.

Et elles virent les individus.
Il y en avait une dizaine et ils se dirigeaient vers un village. Chloé connaissait la géographie proche et cela n’était pas bon signe.
Ils ne firent pas attention à leur présence et continuèrent leur chemin sans les voir. Elles n’étaient pas encore à découvert.
Chloé posa son doigt sur ses lèvres et Flora resta muette.
Ce qui l’inquiétait particulièrement c’était leur nombre. Ils étaient beaucoup trop nombreux.
Elle avait l’habitude de tomber sur des solitaires assoifés, et non un groupe comme celui-ci. C’était beaucoup trop étrange et inhabituel pour qu’elle baisse sa garde.
Ils avaient l’air d’être des nouveaux nés vu leur déplacement et leur regard. Ils semblaient perdus et surtout inexpérimentés.
Et Chloé profita de cela.
Elle utilisa sa magie pour les encercler de feu.
Ils furent surpris et restèrent immobiles ne sachant pas par où aller.

— Il faut leur couper la tete.
Dit-elle à Flora qui avait posé sa main sur sa garde.

Elle hésita un instant puis prit son courage à deux mains.

*

C’était étrange. C’étaient devant elle, en apparence, des humains tout à fait normaux. Elle avait du mal à les attaquer parce que quelque chose en elle, la part d’humanité qu’elle avait et sa raison l’empêchait de tuer d’autres humains. Ils avaient l’air innocents, et certains étaient paniqués de voir les flammes autour d’eux.
Rien ne laissait croire qu’ils étaient de la même race qu’elles.
Chloé avait laissé une ouverture pour qu’elle puisse entrer dans le cercle et les éliminer, mais cela laissait également une sortie.

Lorsque le premier individu s’engouffra dans cette sortie et se jeta sur Flora, les canines bien en évidence mais également ses ongles qui étaient devenues aiguisées, telle une bête qui se jetait sur sa proie. Flora eut un sursaut et réalisa qu’ils n’étaient effectivement pas humains et cela fut l’élement déclencheur qui la débloqua et l’aida à pointer son arme contre eux.
Et la lame pénétra et traversa leur corps beaucoup trop facilement. Il n’y avait presque pas de sang. La tête séparée du corps tombait dans un bruit étouffé sur le sol et le reste suivait.
Parfois elle arrivait à faire une découpe nette au niveau du cou, parfois elle coupait un peu en travers avec un bout d’épaule.
Elle ne ressentait rien. Peut-être un peu de tristesse, de voir comment elle aurait pu finir.
Ces corps étaient vides, elle pouvait voir maintenant qu’elle était à proximité, avant de les éliminer, qu’il n’y avait pas d’étincelle de vie derrière leur pupilles.
Ils réagissaient par instinct, leur instinct de survie.

Lorsqu’elle eut fini, elle sortit du cercle et Chloé rapprocha les flammes sur les morceaux de chair pour les brûler.
Une fumée noire s’en dégagea puis une odeur horrible.
Elle utilisa sa magie pour enterrer et recouvrir tout cela. Après cette tâche, Flora put voir que Chloé était un peu moins en forme. La surface qu’elle avait déplacé n’était pas négligeable et cela avait dû utiliser beaucoup d’énergie.

Puis Flora eut un haut le coeur.
Elle se mit à vomir.
Tout ces corps qui étaient d’apparence humaine, il n’y avait rien qui les différenciait de vrais humains. Puis la boucherie qu’elle venait d’effectuer avec son arme qui était encore recouverte de sang et de morceaux de chair. Elle avait essayé de prendre sur elle mais après avoir fini et que toute l’adrénaline de l’action était tombée, elle ne pouvait pas se contrôler plus. Ses réflexes encore humains reprirent le dessus et elle rendit une partie de son estomac, par terre.

*

Chloé était en train de lui caresser gentiment le dos, compatissante.

— Je suis désolée…
Dit Chloé.

— Non… c’est moi… je…

Flora ne réussit pas à finir sa phrase qu’elle eut un autre haut le coeur et elle rendit à nouveau sur le sol ce qui pouvait rester dans son estomac.

— Prends ton temps… c’est pas une vision super agréable…

*

Elles ressentirent une présence s’approcher de leur position. Une présence plus persistante que ceux qu’elles venaient d’éteindre et Chloé était sur ses gardes plus que jamais.

Elle se redressa et chuchota à sa protégée.

— Tu as ressenti la même chose… ? Reste près de moi. Si jamais il y a le moindre danger… fuis et va prévenir le maître de la situation.

Flora était encore en train d’essayer de se remettre d’avoir vomi, mais elle s’était raidie. Elle avait écouté avec attention les mots de Chloé et même si elle n’approuvait pas, elle savait qu’elle n’avait pas d’autre choix que d’obéir.
Il y avait quelque chose d’étrange à cette présence qui se rapprochait à une vitesse effrayante. Une aura palpable, plus consistente et qui faisait penser à celle de Chloé, de Bréto ou du comte.
Une aura assez unique et à la fois, inconnue qui présageait peut-être un danger.

Chloe n’aimait pas cela.
Alors qu’elle tendait un mouchoir en tissu à Flora pour qu’elle puisse s’essuyer la bouche, elle se retourna et la personne était dans son champ de vision.

Elle avait ralenti sa progression maintenant qu’elles étaient à portée de vue et elle les observait.

Contrairement à Chloé et Flora, cette forme humaine était dans des vêtements abîmés. Abîmé était un faible mot, ils étaient dans un état lamentable. Teintés par le temps et déchirés par l’usure, cela donnait un air fantomatique à cette personne.
Une sorte de cape longue qui trainait en partie au sol, mais cela n’avait pas l’air d’être un problème pour son propriétaire. La traine était rongée par les frottements et il n’en restait pas grand chose.
Une capuche était sur ses épaules, laissant à découvert un visage marqué et des cheveux longs. Extrêmement longs. Une partie tombait dans le fond de cette capuche et l’autre, virevoltait au vent et laissait deviner la vitesse à laquelle se déplaçait cet inconnu.
Etait-ce un homme… ? Une femme ? Les traits étaient fins et l’ampleur de la cape cachait la morphologie du corps.
Difficile de deviner, même lorsque sa voix se fit entendre.

— Ah… c’est vous. C’est donc vous qui avez éliminé mes petites créations.

Le timbre était las. Presque résigné. Il n’y avait pas de colère, pas de tristesse, ça en était presque effrayant tellement il en était détaché.
Le visage était marqué par une certaine fatigue, étrange lorsqu’on regardait Chloé qui était toujours propre sur elle, malgré les années, les décennies qu’elle avait traversé. Il avait comme abandonné toute idée d’avoir une apparence correcte, tel un spectre.
Et sans prévenir, il se lança sur elles.
Cela se passa en un clin d’oeil.
Une épée était dirigée contre elles et Chloé avait eu le temps de sortir sa dague pour contrer cette attaque. La tenant par sa garde et une autre main sur la lame pour la maintenir en face d’elle, tandis que le métal de l’arme adverse venait de s’entrechoquer contre elle, dans un bruit sourd. Un « clang » et un éclat de lumière vif avait fait sursauter Flora et l’avait fait réaliser ce qui se passait sous ses yeux.
Le souffle court, elle voyait Chloé s’interposer, encore une fois, pour la proéger et même si aucune difficulté ne se lisait sur son visage, elle voyait à quel point les muscles de sa protectrice étaient tendus et mis à mal.

— Oh… est-ce ta création… ? Je sens encore un peu de jeunesse dans cette petite rousse…

Le regard s’attarda quelques secondes sur Flora alors que l’arme était toujours dirigée avec ferveur vers elles.
Puis un rictus.

— Comment as-tu fait ?!
De la haine était perceptible maintenant.

Il baissa son arme et recula. Agacé.
Chloé resta aux aguets et vu que Flora était encore sous le choc de la surprise, elle la laissa se remettre de ses émotions et son attention fut dirigée sur leur interlocuteur.

— Pourquoi avez-vous fait ça ?
Demanda t-elle simplement.

Elle était trop polie pour le tutoyer même s’il n’avait pas l’air plus âgé qu’elle physiquement. Puis elle n’avait aucune intention de répondre à ses questions.

— Quoi ? Vous attaquer ? Juste un test.

Il haussa les épaules et leva une de ses mains avec nonchalance. Il n’avait pas l’air concerné par l’impact de son geste. Il lâcha même un râle, agacé.

— Pourquoi avez-vous créé toutes ces choses… ? Quel est votre but ?

Chloé était curieuse mais elle essayait également de gagner du temps pour Flora.

— Ah, ça… j’essaye… Ca fait depuis tellement longtemps que j’essaye… j’ai tant essayé et tant échoué… comment TOI tu as fait ?! Quel est ton secret ?!

Une haine et une rage s’exprimait en lui, et il resserra sa main sur la garde de son arme.

Chloé resta silencieuse.
Elle savait à quel point il était douloureux d’être confronté à son échec et de devoir mettre fin à sa tentative de nouvelle compagnie, de la perpétuité de leur race. Elle ne savait pas quoi lui répondre. Elle n’avait pas de secret, elle avait eu de la chance de tomber sur Flora. Même si elle aurait voulu lui répondre, elle n’avait aucune réponse à lui apporter.
Elle compatissait avec sa peine et elle comprenait sa frustration face à sa réussite, mais elle ne lui pardonnait pas son geste. Elle ne comptait pas lui laisser carte blanche et blesser sa protégée.

En parlant d’elle, Flora s’était remise aussi vite qu’elle le pouvait, en position. Elle se tenait prête et son arme pointée vers l’ennemi.
Mais elle tremblait. Elle était consciente de la différence de niveau. Il avait pu les approcher sans qu’elle ne puisse réagir. Encore une fois de plus, elle était inutile et elle savait que lors de la prochaine attaque, elle ne verrait rien venir, que tout ce qu’elle allait pouvoir faire, c’était se sacrifier pour donner un peu de temps à sa Chloé. Si cela lui permettait de s’échapper et se mettre en sécurité, elle donnerait sa vie et son existence volontiers.
Elle était si impuissante. Elle ne savait plus si elle tremblait de peur ou de rage contre elle-même.

Chloé lui jeta un regard rapide et hôcha la tête de désapprobation. Comme si elle avait deviné le fond de sa pensée.

— Sauve-toi. Tout ira bien pour moi. Rentre et préviens-les. Vite.
Lui chuchota t-elle. D’un souffle.

Cela était inutile parce qu’il avait surement tout entendu, mais elle ne voulait pas s’attarder sur ces mots.
Un sourire pour la rassurer et son attention était de nouveau sur leur adversaire.
Elle se voulait rassurante mais les mots choisis étaient révélateurs. Flora était loin d’être idiote et elle comprit tout de suite le double sens.
Il y avait un danger, du moins pour elle. Chloé était sereine quant à ses capacités pour tenir tête, mais le dernier mot sous entendait qu’elle n’avait aucune idée de l’issue du combat si cela pouvait s’éterniser.
Elle n’avait aucune idée de la force réelle de leur adversaire.

— Pardon…

Les larmes aux yeux, Flora savait qu’elle devait partir et abandonner Chloé. C’était la seule chose qu’elle pouvait faire, et elle ne devait pas perdre une seconde.
Mais c’était un arrache-coeur de savoir qu’elle n’était qu’un fardeau si elle restait à ses côtés en cet instant précis. Elle s’éclipsa, dans la direction oposée et elle ne se retourna pas.
Elle entendit les lames s’entrechoquer encore une fois, puis encore une autre fois.
Puis des éclats de voix.

— Pourquoi TOI tu as réussi et pas MOI ?!

La voix grondait mais aucune réponse ne se fit entendre.

Flora savait que Chloé avait assuré ses arrières pendant qu’elle s’échappait et s’éloignait. Sa vue était troublée et les larmes n’arrêtaient pas de couler le long de ses joues.
Elle serrait les dents, pour empêcher les pleurs qui ne cherchaient qu’à sortir de sa gorge. Elle essuya une nouvelle fois d’un revers de sa manche son visage et tenta de se reprendre. Elle devait monter sur son cheval et retourner au château le plus vite possible.
Cela ne servait à rien de pleurer, Chloé n’était pas encore morte. Non, elle était forte et elle allait certainement avoir besoin d’aide rapidement. Chloé ne pouvait pas mourir. Il n’y avait pas besoin de pleurer pour si peu. Tout allait s’arranger, il fallait juste qu’elle se dépêche de rentrer et prévenir tout le monde.
Rien que ça. Elle devait y croire.

Les échanges du combat s’intensifiaient.
Chloé arrivait à se défendre en déviant la lame dirigée sur elle. Mais elle n’avait pas assez de portée avec sa dague pour lui porter un coup sans se mettre elle-même en danger. Elle était patiente et elle préférait prendre son temps et jauger la vraie force de son adversaire que de se précipiter inconsciemment en cherchant à lui porter un coup.
Maintenant que Flora était partie, elle était plus à l’aise, elle n’avait plus à s’inquiéter pour sa sécurité et elle avait tout le temps pour chercher à comprendre cet individu.
Pourquoi et comment était-il devenu ainsi ?
Pouvait-elle le raisonner ? Les probabilités étaient faibles mais qu’avait t-elle à perdre ?

— Tu me nargues, c’est ça ? Tu ne veux pas me dire comment tu t’y es prise pour réussir ?!

Du désespoir était perceptible dans sa voix, un profond désespoir mélangé à de la colère. Il était persuadé qu’elle le regardait de haut. C’était son attitude qu’il avait du mal à supporter, son regard et son apparence.
Elle n’avait pas l’air plus vieille que lui, même en terme d’existence sur la terre, alors pourquoi était-elle aussi… différente de lui ? Pourquoi elle rayonnait alors que lui, était dans un état déplorable ?

Chloé prit un air surpris. Elle n’avait aucune intention de se moquer de lui, et cela lui fit de la peine qu’il puisse penser cela. Son regard se radoucit légèrement et elle chercha les bons mots pour commencer la conversation avec lui.

— Je n’ai pas de secret… je ne vous nargue pas, au contraire… je comprends votre douleur. Je suis également passée par là, et je crois que.

Elle marqua une pause et secoua la tete.

— Non, j’ai eu de la chance. Enormément de chance de tomber sur la bonne personne. C’est tout. Je n’ai rien fait de plus ou de moins. C’est elle qui s’est donnée les moyens de ne pas sombrer dans les ténèbres.

Elle avait expliqué cela calmement, comme une confession. Il l’écouta religieusement. Il eut un silence et puis.

— TU MENS !

Le déni. Il rejetait en bloc tout ce qu’elle venait de dire.
Cela ne pouvait pas être aussi simple. Juste de la chance ? La bonne personne ? Elle se moquait ouvertement de lui.
Sa voix éclata ainsi que son ressentiment.
Puis il s’exprima à nouveau de manière calme.

— Tu n’as pas l’air plus vieille que moi. Tu ne te défends pas trop mal mais avec cette arme tu n’iras pas loin. Tu n’arriveras pas à me blesser avec ce cure-dent.

Du mépris. Il jeta son épée au sol, et il prépara quelque chose. En quelques secondes, il forma une aura électrique autour de sa main et il la dirigea vers Chloé.
Elle recula immédiatement, elle ramena ses bras en face d’elle et une boule de terre se forma tout autour d’elle pour la protéger et lui servir de bouclier.
Il dura le temps que les arcs électriques se dissipent et elle fit se désagréger cette structure qui tomba en morceaux à ses pieds.

— Pas mal. Tu as certaines bases en magie, à ce que je vois.
Dit-il, à peine impressionné.

Elle hésitait. Est-ce qu’elle devait l’éliminer ? Il était dangereux, et il semblait instable psychologiquement, mais elle avait de la peine pour cette âme perdue. Il faisait partie de leur race et il était conscient. Ils étaient si peu nombreux. N’y avait-il pas un moyen de le raisonner et de le sauver ? Qu’il arrête de nuire aux autres ? Etait-ce possible ? Elle l’espérait, au fond d’elle.
Elle n’avait pas réellement envie de l’attaquer. Depuis le départ elle ne faisait que se défendre mais cela il ne le remarqua pas.

Il l’interpréta d’une autre manière.
C’était de la provocation pour lui.
Tout ce qu’elle essayait de faire pour apaiser la situation, se retournait contre elle.
Il la testait et il la haïssait. Cela paraissait trop simple pour elle. Il voulait la détruire. Quelque chose en lui, lui disait qu’il serait satisfait et heureux si elle mourrait devant ses yeux. Qu’elle fasse tomber son masque de madame parfaite et qu’elle se mette à le supplier et hurler de douleur.
Oui, cette vision l’excitait. C’était ça dont il avait besoin, maintenant.
Et un sourire dément se dessina sur son visage. Ses yeux étaient injectés de sang et il semblait ne plus voir ce qui l’entourait.
Il s’était abreuvé sur tant de corps quelques heures auparavant, qu’il était au meilleur de sa forme.

Et c’est ce dont Chloé avait peur. Du potentiel décuplé qu’il pouvait avoir à cet instant.
Elle espérait lui faire entendre raison. Ce fut sa seule erreur. Elle paria sur le fait qu’il s’épuise et qu’il finisse par se calmer et surtout, qu’il soit prêt à accepter et changer d’avis.
Alors elle encaissa et tenta d’éviter ses attaques, de les repousser.

Sa prochaine attaque utilisait la magie des flammes. Il lança des boules de feu dans sa direction et elle brandit un large bouclier de glace qui se mit à fondre au fur et à mesure que les orbes s’écrasèrent sur la surface gelée. Une flaque d’eau était aux pieds de Chloé et la terre l’absorba presque aussitôt, la rendant boueuse et presque impraticable
Elle s’extirpa du mieux qu’elle put et surtout le plus rapidement possible. Elle savait qu’elle s’exposait et qu’elle risquait d’être en difficultés si ses mouvements étaient ralentis.
Alors qu’elle était en train de pester intérieurement de se retrouver dans cette situation, les vêtements humides à cause de la glace qui avait fondue et de la boue qui entravait ses pieds et le début de ses jambes, elle ne fit pas assez attention à sa prochaine attaque.
Trop concentrée sur l’instant présent.
Et il en profita pour lancer une attaque rapide électrique qui la secoua de plein fouet.
Elle n’eut pas le temps de réagir et se protéger.
Elle se figea et prise de convulsion, elle finit par s’écrouler de tout son corps.
Il n’y était pas allé de main morte et l’eau présente sur elle amplifia la puissance de l’attaque.
Elle était en grave danger et elle devait se dégager du temps en le mettant hors de nuire pendant un moment.
Elle se releva comme elle put, une main au sol pour se soutenir, et elle gela les jambes de l’adversaire, un amas de glace apparut à ses pieds jusqu’à recouvrir ses cuisses et ses mains.
Elle pensait que cela suffirait, et il ne réagit pas plus, bloqué dans cette position.
Elle crut qu’il avait accepté sa défaite et qu’il allait enfin l’écouter.
Elle prit le temps de se relever tout en s’appuyant contre le tronc d’un arbre.
Elle ne se douta pas qu’il pouvait utiliser la télékinésie, ou plutôt, l’idée ne lui traversa pas l’esprit.
Ce n’est que lorsqu’elle sentit la lame de son épée qui était au sol quelques minutes auparavant, la transpercer dans le dos, jusqu’à resortir de l’autre côté de son corps, qu’elle comprit son erreur.
Sa seule erreur, celle qui lui aura coûté la vie.
La douleur fut vive et lorsqu’elle comprit ce qui venait de se passer, de ses dernières forces, elle recouvra le corps entier de son adversaire.
Puis la surface de glace se fissura et le bloc gelé se fendit et se brisa en morceaux. Le corps y comprit.
C’était la dernière chose qu’elle pouvait faire.
Et progressivement, elle s’allongea, faisant attention à la lame et l’épee.
Elle avait eu une certaine chance que son coeur était encore intact mais elle sentait ses poumons touchés se gorger de sang et à la fois, elle se vidait peu à peu de son sang par la plaie.
Elle sentait l’énergie la quitter.

Les cheveux ébouriffés, les vêtements tachés de boue séchée par endroits, à moitié trempée.
Elle arborait une expression neutre, elle savait qu’il ne lui restait plus beaucoup de temps à vivre mais elle n’avait pas peur.
Flora était sauve, c’est tout ce qui lui importait en cet instant et elle vit sa vie défiler.
Elle avait assez vécu, elle avait eu une vie remplie et elle avait pu au moins laisser derrière elle une « descendante », cela n’avait pas été vain.
Elle n’avait aucun regret, alors elle accepta son sort.
La douleur était encore vive et elle n’abandonnait pas pour autant.
Alors elle posa sa main sur la base de sa plaie et elle utilisa le froid pour geler la progression et pour inhiber le mal qu’elle ressentait.
Elle gagnait du temps, au cas où son maître la retrouverait, si jamais elle était sauvée même si elle n’y croyait plus vraiment. Elle savait que son maître lui en aurait voulu si elle n’avait pas fait son maximum pour survivre.
Et elle attendit.

*

Flora était arrivée en panique dans le domaine, sur sa monture.
Frekio avait senti sa présence se rapprocher du château et fut le premier à l’accueillir.
Il fut surpris qu’elle soit seule et lorsqu’il la vit en larmes, mangeant à moitié ses mots, il devina la gravité des évènements.

Le comte était déjà en chemin.
Il prit son cheval et partit dans la direction d’où venait la rousse, sans rien dire.

— Chloé… elle… je…
Entre les sanglots, elle ne savait pas par où commencer.

— Hé, calme-toi… raconte-moi ça depuis le début…
Il essayait de la rassurer, la serrant dans ses bras, alors qu’elle pleurait à chaudes larmes.

Bréto vint les voir et leur expliquer rapidement la situation.

— Le maître va la ramener. Il sera bientôt de retour avec elle. Jusque là, reprenez-vous.

Il essayait de se convaincre lui-même également.
Il garda un ton ferme sans rien laisser paraître mais au fond de lui, il était inquiet. Il avait un mauvais pressentiment.
Il devait faire confiance au maître.
Flora sécha ses larmes du mieux qu’elle put et Frekio la ramena à sa chambre.

— Bréto a raison. Ressaisis-toi. Ca ne sert à rien de te mettre dans cet état…

Il essayait de trouver les mots justes pour ne pas la brusquer.
Elle, assise sur le rebord de son lit, et lui debout, à la regarder, ne sachant pas trop quoi faire pour la consoler sans l’infantiliser.
Il était également proche de Chloé mais la voir aussi désemparée, il occulta son appréhension personnelle.
Flora était inconsolable.

— Je… je l’ai abandonnée… elle m’a dit de partir… et.
Répétait-elle, entre ses sanglots.

— Arrête de ressasser ça. Si elle t’a dit de partir, tu as fait ce qu’il fallait faire. Elle savait les risques qu’elle encourait et tu aurais peut-être été un fardeau pour elle si tu étais restée. Tu ne peux pas savoir, mais tu as eu raison d’obéir. Tu comptes énormement pour Chloé et je pense pas qu’elle ait regretté son choix une seconde. Tu n’as rien à te reprocher, tout ce qu’il te reste à faire c’est te reprendre et relever la tête. Garde la tête haute. On doit attendre le retour du maître, et je suis certain qu’il la ramenera. Il tient à elle autant que toi, si ce n’est plus.

Elle sanglotait toujours mais ses paroles s’étaient tues. Elle ressassait ce que Frekio venait de lui dire.
Cela la dérangeait qu’il parle de Chloé comme si elle n’était déjà plus de ce monde mais il avait raison. C’était une éventualité et autant s’attendre au pire.
Elle essaya de sécher ses larmes.
Elle ne devait pas penser au futur qui l’attendait sans Chloé. Elle devait garder espoir.
C’était étrange à quel point elle était attachée à cette femme qui n’était qu’une inconnue quelques mois auparavant.

*

Le comte était en route.
Il avait ressentit que sa protégée était en danger avant même que Flora ne rentre.
Une intuition qui ne trompait pas, la dague qu’il lui avait offerte était enchantée et l’avait pévenu que Chloé était dans le pétrin.
Une boule d’angoisse dans sa poitrine.
Une once de colère le traversa. Il aurait dû l’accompagner. Puis il devait réagir maintenant.
Elle était encore en vie, il l’espérait.
Ce n’était pas la première fois qu’elle partait s’occuper de ce genre d’ennemis, durant toutes ces années et ces decennies, il ne s’était plus inquiété, parce qu’elle était toujours rentrée saine et sauve.
Aujourd’hui, ce n’était pas le cas. Durant son trajet vers elle, il ressassa tout cela.

Il vit la monture que Chloé avait laissé et continua son chemin jusqu’à l’apercevoir.
Elle était allongée au sol, s’il ne pouvait pas sentir sa présence, il aurait pu croire que c’était trop tard.
Il descendit en hâte de son cheval et accourut près d’elle.

— Chloé ! Je t’interdis de mourir, tu entends ?!
Sa voix grondait mais l’émotion le trahit et elle vibra légèrement à ces mots.

Il vit l’arme qui la transperçait.
Elle ouvrit avec mal ses paupières, pas entièrement, juste assez pour voir la silhouette floue de son maître.
Elle aurait reconnu sa voix et son aura entre mille.
Et un sourire, elle lui sourit doucement et essaya de parler.

— Maître… je… désolée… erreur…

Seuls quelques mots réussirent à sortir de sa gorge.

— Ne parle pas, attention, je vais retirer l’épee…

Il essayait de garder son calme mais au fond de lui, il n’était pas serein. Il craignait que sa vie lui file entre ses doigts mais il ne devait pas se laisser emporter par ses émotions.
Il posa une main sur la lame de l’épée pour l’attraper, et l’autre sur la base de la plaie. Il devait la retirer tout en cautérisant pour éviter qu’elle ne saigne et perde trop de sang.
Elle était déjà très affaiblie mais au toucher il remarqua qu’elle avait tenté de congeler cette partie pour ralentir la perte.
Il commença par faire glisser lentement la lame vers l’extérieur. Et l’autre main envoyait de l’eau d’abord, pour faciliter les frictions et nettoyer la plaie.
Chloé serra les dents et gémit de douleur, mais elle se retint de crier.
Voyant à quel point elle souffrait, il décida de retirer la lame d’un coup sec. Et cautérisa directement la plaie béante.
Elle ne put s’empêcher de laisser échapper un long cri
Il l’allongea sur le dos.

— Chloé… il faut que tu boives…
Lui murmura t-il à l’oreille, il était tout près d’elle, son corps la surplombait et il tendit son cou en face de sa bouche.

Elle réunit ses dernières forces pour sortir ses canines et croquer dans la chair de son maître.
Et elle but. Elle but juste assez pour aider à la cicatrisation de sa plaie et elle s’arrêta. Elle ne voulait pas abuser de sa générosité et elle savait que maintenant, grâce à lui, elle était tirée d’affaire.
Le repos suffirait à ce qu’elle soit de nouveau sur pieds.
Elle ouvrit les yeux, et ses pupilles croisèrent celles de son maître.
Il avait les yeux mouillés, brillants, et les sourcils montrant qu’il était toujours inquiet.

— Ne me refais plus jamais ça…

Cette fois-ci, sa voix ne retint pas son émotion.
Il l’aida à se redresser et l’enlaça dans ses bras.

— Je suis désolée… j’ai commis une erreur… merci d’être venu me chercher…
Dit-elle simplement, en acceptant son entreinte.

Après quelques minutes.

— Tu peux te lever… ?

Elle essaya mais son corps était encore tremblant et il resta près d’elle pour la rattraper dans ses bras.

— Tu aurais dû boire plus !

Elle secoua la tête.

— Ca me suffit. Le temps fera le reste…

Il l’accompagna près de sa monture et l’aida à la chevaucher. Puis monta derrière elle pour la soutenir.
Si la douleur n’était pas présente, elle aurait été comblée de partager ce moment avec son maître.

— Accroche-toi bien.

Elle attrapa les rennes, il l’enveloppa de sa carrure et prit ses mains dans les siennes, et il se remirent en route.
Il détacha la monture de Chloé qui était restée sagement à son point, et le cheval les suivirent jusqu’au retour au château.
Le trajet fut rude pour elle. Les secousses du trot réveillait sa blessure qui finit par se rouvrir à mi-chemin.
Elle ne dit rien et serra les dents. Elle savait qu’il fallait rentrer au plus vite et c’était le seul moyen.
Elle lutta pour rester consciente, mais le soulagement d’être rentrée, elle se laissa un peu partir.

Elle saignait lorsqu’il la fit descendre, peut-être même qu’elle avait fini par perdre connaissance juste avant.
Il vit le filet de sang s’étendre et il cautérisa une nouvelle fois. Cette fois-ci, elle ne cria pas. Un semblant de spasme de douleur et elle ne bougeait plus.
La panique l’envahit.
Il la porta contre lui et se dirigea vers sa chambre.
L’endroit le plus sûr pour elle et pour lui
Il croisa Bréto qui eut du mal à quitter des yeux la jeune femme dans ses bras.

— Elle est juste inconsciente, elle est vivante.
Expliqua t-il sans entrer dans les détails.

Il gardait une certaine image dans son domaine et il devait faire attention.

— Je vous envoie des servantes, maître ?
— Oui, merci. Elle sera dans ma suite.

Il ne perda pas une seconde et l’installa d’abord sur son lit.
Elle devait être déshabillée, nettoyée et sa plaie pansée. Elle allait guérir rapidement mais elle allait avoir besoin d’un bandage au cas où sa plaie se rouvrirait.
Les servantes arrivèrent presque aussitôt et il les laissa faire et en profita pour aller voir Flora.

Lorsqu’il frappa à la porte, ce fut Frekio qui ouvrit et ils furent tous les deux surpris l’espace d’un instant.

— Le comte !

Flora se releva aussitôt et s’approcha de lui pour lui demander au sujet de Chloé.
Il l’arrêta avant même qu’elle n’ouvre la bouche. Son expression neutre ne la rassurait pas mais elle attendit, patiemment qu’il s’exprime.

— Chloé est en vie. Elle est cependant gravement blessée, elle sera dans mes quartiers pour sa guérison.
— Mer…ci… !

Flora éclata en sanglots, de joie et sauta dans les bras du comte qui ne sut pas comment réagir. C’était comme une petite fille et il lui caressa les cheveux tout en l’enlaçant pour la consoler.

— Je suis… désolée… c’est ma faute… !
— Non, tu n’y es pour rien. C’était la décision de Chloé et tu es également précieuse. Ne rejette pas la faute sur toi.
— Et… l’ennemi… ?
— Elle s’en est occupée. Il ne restait pas grand chose de lui lorsque je suis arrivé.

Il jeta un regard à Frekio, qui était interloqué de le voir enlacer et être doux avec quelqu’un, et il lui fit comprendre de l’aider à reprendre Flora.
Ce qui le fit sourire et il attrapa Flora délicatement, telle une enfant.

— Je crois que tu dois lâcher le comte…
Dit Frekio en intervenant, le comte le remerciant silencieusement.

Il inclina légèrement sa tête pour prendre congé et les laissa seuls dans la pièce.
Flora réalisa ce qu’elle venait de faire et, dans les bras de Frekio, elle était maintenant rouge de honte.

— Je… je viens de prendre le maître de Chloé dans mes bras… ?!

— Oui, exactement.
Répondit Frekio, ne cachant pas son air moqueur ni son amusement.

— C’est pas vrai… j’ai fait ça… et il m’a laissé faire… je ne vais plus pouvoir le recroiser sans avoir honte maintenant…
Dit-elle, en se cachant le visage dans ses mains.

Frekio se moqua gentiment de Flora et ils pouvaient maintenant être plus détendus, ils savaient que Chloé était de retour et qu’elle était en vie.
Flora ne se laissa pas aller, elle était plus qu’heureuse d’apprendre cette nouvelle et elle insista plus tard, avec l’aide de Bréto, parce qu’elle n’osa pas aller voir le comte seule, de demander à voir Chloé.

Elle l’avait alors suivi jusqu’à sa suite, et elle avait pu voir Chloé.
Ils étaient restés silencieux, et elle ne s’était pas approchée plus. Juste la voir lui suffisait, elle était immobile au fond du lit, respirant à peine, ce qui était normal pour leur race. On aurait pu croire qu’elle avait quitté leur monde.
Flora avait étouffé un sanglot.

— Laissons-la se reposer sans la déranger…
Avait murmuré le comte, en s’adressant à Flora, qui ne se fit pas prier.

— Elle… est tellement affaiblie…
Avait-elle prononcé dans un souffle.

— Elle l’est, mais elle s’en est sortie. Tu ne dois pas te sentir coupable pour cela.
Avait-il ajoute, avec toute sa compassion.

— Je… je pensais que vous m’en voudriez… que vous me détesteriez pour… pour ma faiblesse…
Avoua t-elle, la peur au ventre.

— Non. Si je dois en vouloir à quelqu’un, c’est à la personne que vous avez affrontée, puis à moi-même de n’avoir pas été à pour la protéger… puis Chloé, d’avoir fait sa tête brûlée et s’être mise en danger.
— … Mais.
— Si tu as quelque chose à te reprocher, fais en sorte que cela ne se reproduise plus. Je ne t’en veux pas alors cesse de te torturer.

Il laissa Flora sans voix. Ses mots furent un soulagement pour elle et elle s’inclina et le remercia avant de prendre congé de lui.

Elle décida qu’elle devait être plus forte, plus forte pour pouvoir protéger Chloé la prochaine fois. Il y avait une prochaine fois, alors elle devait la prendre comme une seconde chance, une chance de se racheter.
Elle courut jusqu’au terrain d’entraînement et elle s’entraina, d’arrache pieds, jour et nuit pendant la convalescence de Chloé.
Frekio était presque inquiet et il dut la pousser à aller se reposer pour que son corps puisse assimiler ce qu’elle venait d’apprendre.

2021.01.26

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