Formation

Gabriel était serein.
Le contrat était signé et Alexandra était sous sa protection. Il lui montrait les ficelles du métier et les documents importants qu’il allait lui confier.
Elle avait soif d’apprendre et c’était une possibilité qu’elle se plonge dans cet apprentissage pour oublier ce qui la tracassait vraiment.
Il le voyait. Il commençait à s’attacher progressivement.

*

Debout côte à côte avec elle, il lui montrait un livre qui contenait des informations interéssantes, lorsqu’ils entendirent des coups sur la porte. Quelqu’un demandait Gabriel et cela semblait urgent.
Il dut quitter son bureau un instant. Confiant le livre et la pièce à Alexandra.
Il avait une manière douce de lui sourire, de la rassurer.
Ils étaient de plus en plus proches physiquement.
La consultation des dossiers aidait à cette proximité, au tout debut, elle fut un peu en retrait puis, elle finit par s’y habituer. À sa chaleur et sa manière très pédagogue de lui expliquer certains termes.
Cela lui semblait maintenant normal, naturel.
Son avis sur ce bonhomme aigri changeait de jour en jour.
Il était attentionné et affectueux, et il avait été franc avec elle. C’était ce qu’elle appréciait le plus.
Elle avait de la chance, d’une certaine manière. Il était gentil avec elle. À cette pensée, elle se demanda si elle n’était pas en train de baisser sa défense.
Elle devait se concentrer sur ses enseignements. Elle avait fait quelques erreurs lors de son dernier séjour et il l’avait corrigée. Le reste était plutôt simple à intégrer, cela ne différait pas trop de ce que son père faisait.
Le temps commençait à être long.
Elle observa le bureau, et elle se rappela la première fois qu’elle avait été ici. Le fameux enlèvement, sa réaction et quand elle s’était mise à lui jeter ses bibelots. Cela n’allait pas à Gabriel d’être odieux. Il était à des années lumière du personnage qu’il lui avait présenté. Puis, elle avait été jeune, impulsive.
La décoration n’avait pas tellement changé.

La porte qui menait à sa chambre était entrouverte et elle se laissa aller à la visite de cette pièce.
C’était grand. Le lit était immense et elle s’y asseya, pensive. Il était vrai qu’il était grand, Gabriel.
Elle arrivait maintenant, avec un peu plus de facilité, à le tutoyer. Tout compte fait, il n’était pas si intimidant que ça, passé son apparence imposante.
Elle se laissa tomber de tout son long.
Qu’est-ce qu’il était confortable son lit. Elle s’était enfoncée dans l’épaisseur de la couverture, elle avait fermé les yeux, laissant libre court à son imagination.

— Est-ce que tu as besoin de faire une sieste ?
Demanda la voix maintenant familière.

Elle sursauta et ouvrit immédiatement ses paupières.
Elle se releva aussitôt.

— N-non, pardon !

Il rit aux éclats.

— Tu peux, ne t’inquiète pas. Je vais t’avouer un petit secret. Il m’arrive de m’allonger ici pour siester… donc, ne te prive surtout pas.
— Je… c’est juste qu’il est vraiment très confortable…
— Ca oui. Excuse moi de l’attente.
— Non non, c’est à moi de m’excuser…

Elle le rejoignit, et il ne put effacer le sourire sur son visage, à tel point qu’elle le remarqua.

— Est-ce que… j’ai quelque chose sur mon visage… ?
Demanda t-elle, inquiète.

— Non, pas du tout… je te trouve juste adorable-

Il avait prononcé ces mots sans y prêter attention et en se rendant compte, sa voix s’étrangla.
Elle rougit et ne sut pas où se cacher.

*

Elle passait une bonne partie de ses journées aux côtés de Gabriel pour sa formation intensive. Elle ne voulait pas s’éterniser chez lui, ni le déranger plus que nécessaire. Ce fut un moment plutôt agréable. Elle avait besoin de couper et penser à autre chose que Chris, et Gabriel avait été très sympathique envers elle. Sans pour autant être trop présent ou étouffant.
Le midi, elle mangeait dans la cantine avec tous les autres, cela lui faisait un temps rien qu’à elle, même si souvent, quelques personnes venaient s’asseoir à côté d’elle pour lui faire la discussion et se renseigner sur ce qu’elle faisait ici.
Elle expliquait alors qu’elle venait approfondir ses connaissances sans mentir sur la véritable raison de sa présence.
Elle avait sa propre chambre qui était au même étage que celle de Gabriel.

— Bon, alors. Il est moins désagréable que ce que tu pensais, n’est-ce pas ?
Lui demanda la garde qu’elle connaissait bien.

— Ca va…
— Tu reviens ici pour passer du temps avec nous, on te manque ?
— On peut dire ça comme ça…

Alexandra restait vague. Cela la faisait sourire de les voir curieux ainsi, à son sujet.

*

Sa présence suscitait beaucoup d’intérêts et certains avaient des vues sur elle.
Après une soirée arrosée, un groupe d’hommes la cherchait. L’un d’entre eux voulait lui parler et ses amis l’encouragèrent à le faire.

Elle était en train de se balader dans les couloirs lorsqu’ils la virent et l’encerclèrent.
Il était un peu tard et Alexandra fut surprise. Elle remarqua qu’ils n’étaient pas en pleine possession de leurs esprits, et elle essaya de ne pas faire de vagues.
Ils étaient 4 et plutôt forts, de ce qu’elle avait vu, ils savaient se battre.
Elle savait aussi se défendre mais elle ne voulait pas créer d’incident diplomatique, surtout s’ils ne cherchaient pas à lui faire de mal.

Ils étaient joyeux et ils parlaient fort, deux d’entre eux s’étaient positionnés derrière elle, lui bloquant toute échappatoire. Ce n’était peut-être pas leur intention.
Et l’un poussait son ami à lui parler. L’aidant à s’exprimer.

— Hé, ma jolie, ça ne te dit pas de venir t’amuser avec nous ? On sait y faire. On est quatre, rien que pour toi !
— Il y a notre ami là, qui n’a d’yeux que toi depuis que tu es là, ça te dirait pas de passer un peu de temps avec lui, pour faire plus amples connaissances, si tu vois ce que j’veux dire ?!

Ils riaient grassement et elle n’était pas à l’aise.

— Reste pas à rien dire ! Tu fais ta timide ? On va te décoincer si tu veux, t’en fais pas !

— Non merci… je suis occupée…
Essaya t-elle de les repousser, gentiment.

— Oh, mais nous on en a pas fini avec toi, reste un peu…. !

Leurs voix résonnaient dans le couloir et cela finit par attirer l’attention.
Ils réduirent la distance avec elle, la collant et la poussant un peu plus.
Elle fut bousculée dans les bras de celui qui avait le béguin pour elle.

— Oh là, il faut faire attention !

Elle n’appréciait pas du tout, le regard baissé, elle se redressa et repoussa les hommes derrière elle.

— Mais c’est qu’elle ne se laisse pas faire !

— Laissez moi tranquille ou vous allez le regretter.
Prévint-elle.

— Oulà, j’ai peur.
Se moqua t-il.

Elle se tenait en garde pour se dégager de là, et s’il le fallait, elle en frapperait un, ou deux.
Lorsqu’une voix et une ombre s’approcha d’eux.

— Il me semble qu’elle a dit de la laisser tranquille.
Gabriel se tenait devant eux, ce qui les fit lever les yeux puis déglutir, puis rire nerveusement.

— Ah, oui, on allait partir, justement…

Ils s’en allèrent en se pressant.

— Ils seront convoqués dans mon bureau. J’ai quelques mots à leur dire, ceux-là.
Dit Gabriel en les regardant s’éloigner.

Le coeur d’Alexandra battait à tout rompre. L’adrénaline qu’elle avait commencé à produire parce qu’elle s’attendait à devoir se battre, était en train de redescendre.
Elle avait du mal à croire qu’il était là, restant silencieuse, reprenant lentement son souffle.

— Tout va bien ?
Finit-il par demander.

Elle acquiesça sans un mot. Doucement

— Je m’excuse de leur comportement. Sincèrement. Permets moi de te raccompagner jusqu’à ta chambre.

Elle continua d’acquiescer en silence et il s’inquiéta.

— Tu es sure que ça va… ?
Demanda t-il une nouvelle fois, en se baissant.

— Oui… oui oui… ça m’a surpris…

Elle en profita qu’il soit à sa portée pour l’embrasser sur la joue.

— Merci…

Ce fut à son tour de rester muet.

*

Le séjour prit fin.
Le jour de son départ, elle lui prit sa main, le regarda droit dans les yeux.

— Prends soin de toi. Si je dois reprendre tes affaires, que ce soit le plus tard possible. D’accord ?
Dit-elle, les joues un peu roses.

Il sourit comme à son habitude, peut-être encore plus attendri que d’habitude.
Il la rapprocha pour la serrer dans ses bras, et la décoiffer de sa paume.

— T’en fais pas pour moi ! T’es mignonne, prends soin de toi aussi. C’était très agréable de t’avoir comme apprentie pendant cette semaine. Reviens quand tu veux, surtout !
— Je… vais y réfléchir…

Le coeur de Gabriel battait plus vite que d’habitude et il espéra que cela passe inaperçu.

— La prochaine fois, on se fera quelques échauffements sur le terrain, qu’en dis-tu ? Je te dois une revanche, il me semble.
Proposa t-il, comme une excuse pour la revoir bientôt. Il s’en souvenait.

*

Rentrée chez elle, son esprit était encore là-bas.
Son père la prit dans ses bras et lui demanda à plusieurs reprises si Gabriel n’avait rien tenté de déplacé. Elle dut le rassurer.
Le contrat était signé et elle était plus sereine.

— Papa… je suis grande maintenant. Puis, tu ferais quoi s’il avait tenté quelque chose… ?
Demanda t-elle avec un sourire en coin.

— …
— Tu penses que j’aurais pas su me défendre ?
— …
— Ne te tracasse pas pour rien, alors !

*

Elle avait repris son entraînement, de quoi garder la forme. Elle avait en tête le combat qu’elle allait disputer avec Gabriel la prochaine fois qu’ils se verraient. Elle voulait cette revanche, et elle ne voyait pas que ce n’était peut-être pas le combat qu’elle attendait, mais le fait de revoir Gabriel.
Peut-être était-ce sa propre fierté de pouvoir le battre, pour qu’elle ne soit pas inférieure à lui.
Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua pas Chris qui arriva derrière elle.
Elle sursauta.

— Chris ! Tu m’as fait peur ! Ca va… ? Tu as besoin de quelque chose ?

La tension entre eux était retombée. Elle arrivait à lui reparler normalement depuis que la pression du contrat était retombée.
Elle n’en avait pas reparlé, c’était qu’une formalité administrative et Chris n’avait pas cherché à en savoir plus.

— Excuse moi, je ne voulais pas t’effrayer. Tu as l’air tellement concentrée. Il s’est passé quelque chose ?
— Oh… non… j’essaye de me maintenir en forme, Gabriel m’a proposé de prendre ma revanche sur un combat que j’avais perdu lorsque j’étais plus jeune. Je veux lui faire mordre la poussière !
— Cela risque d’arriver. Tu as besoin d’un partenaire pour t’entrainer… ?
— Pourquoi pas…

Cela faisait un moment qu’ils n’avaient pas échangés de coups et Alexandra retint sa force pendant les premières minutes.

— Non mais, vas-y comme tout à l’heure, je vais m’adapter. Ne t’en fais pas pour moi.
Dit Chris, un peu vexé.

Elle s’exécuta.
Chris fut surpris, il se mit à défendre pronto.
L’échange était intense, et Chris sourit. Cela lui faisait du bien également, de se dépasser.
À la fin de leur session, il réussit tout de même à briser, à quelques reprises, la défense d’Alexandra.

Elle affichait un large sourire, en sueurs et essoufflée mais elle s’était amusée.
Elle se demanda depuis combien de temps elle n’avait pas passé un moment de complicité simple avec Chris.
Elle embrassa cet instant. C’était de sa faute si elle avait balayé leur relation d’un revers de la main, et elle devait tourner la page. C’était ce qui était en train de se passer.
Elle rit aux éclats, les larmes au coin des yeux. Nerveusement. Elle avait passé un bon moment, elle venait de réaliser son erreur.
Qu’est-ce qu’il était agréable de retrouver cette insouciance avec Chris.

Il la regarda sans trop comprendre.
Elle se redressa et s’avança vers lui, qui restait figé, dans l’incompréhension.

— Tout va bien… ?
Demanda t-il, avant de se faire couper de court.

Elle l’enlaça de toutes ses forces, tendrement.
Elle n’avait pas les bons mots. Elle aurait pu s’excuser de son comportement durant ces dernières années, ou elle aurait pu le remercier d’avoir été aussi patient et compréhensif, mais elle ne savait pas laquelle de ces options était la meilleure.

Il eut l’air de comprendre, parce qu’il ne dit rien et il lui caressa sa chevelure, rendant légèrement son étreinte.
Ils s’étaient retrouvés.

*

Gabriel avait envoyé une nouvelle lettre pour proposer de manière officielle à Alexandra de revenir, pour un petit combat amical.
Il avait attendu une semaine et il demandait à Alexandra ses disponibilités pour repasser un séjour chez lui, cette fois-ci, sans la formation, juste pour y passer du temps.

Lorsqu’elle reçut l’enveloppe et qu’elle en lut le contenu, elle eut un large sourire.
Elle ne s’attendait pas à ce qu’il lui envoit à nouveau une lettre.
Elle en discuta directement avec son père qui haussa les épaules.
Il n’avait pas spécialement besoin d’Alexandra à ses côtés, et il lui fit comprendre qu’elle pouvait y retourner à partir de quand elle le souhaitait.
Maintenant que le contrat avait été signé, il était moins inquiet pour sa sécurité. Gabriel lui avait promis de prendre soin d’elle, même s’il n’avait aucun sentiment pour elle. Il avait encore la crainte qu’il la force à donner un héritier mais connaissant le caractère de sa fille, il lui souhaitait bien du courage.
Quoi qu’il en soit, elle devait juste le prévenir de la période de son absence, et il en tiendrait compte.

Elle décida alors d’une date, lui laissant le temps de s’entraîner encore un peu, et elle prépara ses bagages qui tenaient dans un sac à dos.
Chris l’intercepta et lui demanda s’il pouvait l’accompagner pour assister au combat.
Elle fut surprise mais elle ne refusa pas.

2021.10.13

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