Rencontre forcée

La première fois qu’Alexandra rencontra Gabriel, elle était en convalescence et elle venait de se faite kidnapper sans le savoir.
Méfiante, elle ne fit pas confiance en cet inconnu qui avait l’âge de son père, voire plus.

Gabriel voulait l’épouser pour des raisons d’ordre matérielles et administratives. Cela ferait bien sur le papier et de plus, ses gènes étaient intéressants pour sa descendance. Il ne se souciait pas de son bonheur. Il ne pensait qu’à lui et son propre intérêt.
Il avait été abusé par ses précédentes relations et il avait perdu confiance dans les personnes.
Il allait l’utiliser sans scrupule, parce que c’était ainsi que la vie était, il s’en était convaincu.
Lorsqu’il la rencontra pour la première fois, il fut frappé par son âge. Il savait qu’elle était jeune mais la voir en vrai, devant lui, lui fit prendre conscience de cela encore plus.
Il hésita. elle était en âge de procréer mais il savait qu’il allait blesser une enfant innocente. Il eut un instant de la considération pour cette jeune fille. N’était-il pas en train de faire une erreur ?
C’était trop tard, il l’avait enlevée. Le prétexte officiel était pour la protéger mais c’était pour créer l’occasion de rencontrer son père, qu’ils se sentent redevables et qu’il le force à lui accorder la main de sa fille.
C’était une alliance intéressante pour les deux partis, mais surtout pour lui.

Elle était encore endormie. Ses hommes de main l’avaient couchée dans la chambre qui lui avait été préparée, et il était allé voir par lui-même comment elle se portait. Ses espions lui avaient rapporté les évènements qu’elle avait traversé.
Elle avait été blessée gravement et elle était encore en convalescence. Elle était dans un état tellement faible que le trajet de chez elle jusqu’ici, ne l’avait même pas réveillée.

Il était resté à l’observer un peu trop longtemps qu’il ne l’aurait cru. Perdu dans ses pensées.
C’était donc elle, la fille du seigneur d’à côté.
Elle était effectivement jeune, mais il ne devait pas hésiter pour consolider son domaine. C’était le plus important et peu importe si elle devait en pâtir.
Même s’il devait l’utiliser, il se fit le serment de faire en sorte qu’elle ne manque de rien.
Il s’en alla et la laisser se reposer.
Lui qui avait eu l’expérience de femmes vénales, il crut à tort qu’elle avait les mêmes intérêts, et il la combla de cadeaux somptueux, de robes et de bijoux, pour qu’elle s’intéresse à lui et pour la garder sous son emprise.
Il fut surpris et désorienté lorsqu’elle refusa ses présents en bloc et ne sembla pas plus intéressée par sa richesse.
Il était vrai q’elle était du même rang que lui, mais ce n’était pas cela qui la préoccupait.
Il avait vu qu’elle n’était pas du genre à se laisser faire ni se laisser battre.
Cela l’amusa de la voir tenter de s’enfuir lorsqu’elle se réveilla. Elle s’était déjouée de la surveillance d’une servante pour se retrouver ensuite sur le terrain d’entraînement de ses hommes de main.

*

Elle avait assommé la servante qui était venue prendre soin d’elle, elle s’était excusée mais cet endroit lui semblait trop louche. Quelque chose clochait et cela ne lui plaisait pas. Elle avait déshabillé la pauvre inconsciente pour se vêtir elle-même de son uniforme de servante et passer inaperçue.
La servante avait été couchée à sa place, dans le lit.
En déambulant dans les couloirs, dans cet uniforme d’employée de maison, elle en profita pour visiter et trouver des indices sur où elle était.

— Ce n’est pas possible… je dois être en train de rêver… ? J’étais chez moi… et je me retrouve ici… où est mon père… ? Et Chris… ? Est-ce que c’est une mauvaise blague… ?
Se demandait-elle, en essayant de garder son sang froid et de se comporter comme une employée.

Elle cherchait la sortie.
Manque de chance ou tout à fait normal, une autre servante l’interpela.

— Hé, tu es nouvelle ? Je ne t’ai jamais vue par ici… ?
Demanda une servante qui avait l’air suspicieuse.

— Euh… oui… je-je me suis un peu perdue… le manoir est tellement grand que…
Bafouilla t-elle, en baissant la tête, et tentant de cacher son visage avec ses cheveux.

— Hm… c’est vrai qu’on peut vite être impressionné par la taille de la bâtisse… on ne m’avait pas prévenue qu’on aurait une nouvelle tête par ici, suis moi, je vais te guider vers la bonne aile. Ici, c’est plutôt les quartiers importants et si jamais le maître te trouve à fouiner par là, cela risque de se gâter pour toi. Ca serait dommage de te faire congédier dès le premier jour, hein ?

— O-oui…
Répondit-elle en tachant de suivre la servante.

Elle se demandait comment faire pour s’éclipser sans éveiller ses soupcons, parce que son déguisement n’allait pas faire long feu.
Arrivées à destination.

— Hm… attends moi, je vais demander si on a des consignes pour toi.

— D’accord…
Répondit-elle en essayant de paraître obéissante.

Aussitôt la servante partie, elle essaya de trouver une échappatoire.
La seule porte de sortie était la fenêtre et elle n’eut pas d’autre choix que de passer par là.
La fenêtre refermée derrière elle, elle essaya de faire le moins de bruit possible.
Elle devait partir au plus vite.
Elle se retrouva dehors et les arbres entouraient le château mais il y avait une cour fermée et des remparts.
Des buissons étaient près des murs et elle essaya de les utiliser comme cachette tout en longeant les murs pour trouver une véritable sortie
Elle n’était pas enétat de grimper par dessus les remparts. Surtout pas avec une robe.
Elle vit des combattants s’entraîner au loin et elle pensa qu’elle pourrait les ignorer et passer inaperçue si elle passait près d’eux dans cet accoutrement.
Elle se redressa et essaya de marcher normalment jusqu’à atteindre l’autre bout et tenter de continuer à chercher la sortie.
Malheureusement pour elle, un des hommes qui l’avait enlevée était là et il crut la reconnaître.
Lorsqu’il la vit, il eut un doute et l’interpela.
Elle avait baissé la tête et s’était arrêtée en espérant qu’il lui dise qu’elle pouvait continuer son chemin, mais il commença à s’approcher d’elle.

— Qu’est-ce qu’il y a ? Tu t’intéresses aux servantes maintenant ?
S’était moqué un de ses camarades.

Il était trop intrigué pour se laisser provoquer.

— Je n’ai pas souvenir de l’avoir déjà vue au château…
— Parce que tu te souviens de toutes les servantes qui travaillent ici… ?!
— Evidemment.

Elle avait entendu ces mots et elle commençait à paniquer, elle allait être démasquée si elle continuait à ne rien faire. L’autre servante n’était pas loin et risquait d’apparaître à tout moment.
Elle hésitait à bouger et se mettre à courir dans l’espoir que la sortie soit juste à côté.
Pendant tout ce temps Gabriel, il avait regardé le déroulement d’un air curieux et amusé. Il savait que la sortie et l’entrée était bien gardée et q’il ne risquait rien. Mais la voir essayer de s’enfuir était divertissant.
Une voix s’éleva.

— Hé, toi là !

La servante juste avant venait de la retrouver, elle la pointa du doigt. Après avoir vu les autres combattants, elle s’adressa à eux.

—Ne la laissez pas partir !

Alexandra paniqua et au son du premier appel, elle avait déjà décié de s’enfuir et elle s’était mise à courir.
Lorsque la servante prononça la seconde phrase, elle avait déjà parcouru une grande distance.
Elle profita de l’effet de surprise qui attira l’attention des autres combattants, pour s’en aller.
Ce fut quelques secondes précieuses, mais pas assez suffisantes.
Celui qui la reconnut s’interposa pour la voir de plus près.
Lorsqu’il comprit qui elle était, il fut trop surpris pour réagir et elle en tira profit pour se dégager et le contourner.
Les autres tentèrent de l’arrêter mais elle réussit à se défendre, en évitant et esquivant certaines prises, puis malgré sa robe, elle réussit à faire tomber quelques personnes.
Ils l’avaient sous-estimée.
Puis une d’entre eux qui l’avait bien observée, remarqua qu’elle se tenait avec des positions de combat, même à mains nues. Alors elle ne chercha pas à juste l’attraper, mais à lui porter un coup, même plusieurs, pour la maîtriser.

— Qui es-tu… ?
Demanda la combattante.

Elle ne répondit pas.
Elles s’échangèrent des coups mais Alexandra se sentit faiblir, elle n’avait rien mangé, et son corps était encore en convalescence, elle allait perdre et elle le savait, il fallait qu’elle écourte ce combat et qu’elle s’en aille vite.
Le souffle un peu plus court.
L’homme continuait à l’observer et était toujours choqué de la voir debout et s’animer.
Ses coups étaient de plus en plus faibles et la combattante prenait progressivement le dessus.

— Attrapez la mais ne la blessez pas !
Cria t-il, après être sorti de sa torpeur.

Ce fut suffisant pour attirer l’attention de la combattante et dévier sa concentration juste une seconde.
Alexandra en profita pour saisir sa chance et s’enfuir, elle courut dans la direction opposée, longer le mur et peut-être pouvoir s’échapper.
Sa vue se troublait, elle ne savait plus si c’était l’émotion, la fatigue, l’effort, un mélange de tout cela.
Elle essayait de reprendre sa respiration.
Le battement de son coeur résonnait dans ses oreilles et elle ne pouvait pas savoir si on la poursuivait, elle ne pouvait pas entendre le bruit des pas de ses poursuivants, si elle en avait.
Elle courut de toutes ses forces sans se retourner.
Priant son corps de ne pas lui faire faux-bond, mais c’était être trop positive, sa respiration était trop saccadée, forte, elle n’arrivait plus à avoir sssez d’air dans ses poumons.
Elle ralentit et quelqu’un l’attrapa avant qu’elle ne perde connaissance.
Elle aurait espéré que cela soit un cauchemar.

Ce fut le combattant qui l’avait reconnue, qui fut celui qui put l’attraper, il l’avait suivie et attendait qu’elle s’épuise pour la calmer et espérer l’attraper sans qu’elle ne se débatte.
Il ne s’était pas douté qu’elle puisse se défendre. Lorsqu’il l’avait enlevée, elle était endormie et profondément.
Il ne s’attendait pas non plus à ce qu’elle s’écroule de tout son poids.

— Hé, calme toi ! Nous ne te voulons aucun mal !
Avait-il essayé de lui dire, mais elle n’était plus en mesure de l’écouter.

— Merde !
S’était-il écrié, lorsqu’il vit que l’uniforme qu’elle était en train de porter, se teintait légèrement de rouge.

La combattante qui les avait suivi vit la scène et leva ses mains en guise de défense.

— Ce n’est pas moi, je n’ai pas utilisé d’arme.
Dit-elle, en montrant ses paumes vides.

— Je te crois. Je pense que c’est sa plaie qui s’est réouverte… je vais l’emmener tout de suite à l’infirmerie.
— Comment ça… ? Qui c’est ? Elle est blessée ?

— … Longue histoire, si t’es curieuse, accompagne moi.
Soupira t-il en soulevant le corps de la jeune fille.

Il fut à peine surpris lorsqu’il vit le maître s’avancer vers lui.
Il avait observé la scène de plus loin et venait s’enquérir de la situation. Cela l’avait inquièté qu’elle soit dans cet état, même si cela était divertissant de voir ses employés paniqués pendant un court instant.
Il ne s’interposa pas tout de suite et laissa son homme de main l’amener d’abord à l’infirmerie, avant de l’interroger.

— Monsieur… je suis confus, j’ignore comment mais elle a réussit à…
— Je suis au courant. Comment va t-elle ?

Il coupa le jeune homme pour lui dire qu’il savait et qu’il s’inquiétait plus de son état à elle.

— Je crains que sa blessure ne se soit réouverte…

Elle rouvrit les yeux dans un autre endroit, ignorant toujours où elle se trouvait, ne connaissant personne autour d’elle, elle commença à se demander si elle n’était pas en train de perdre la tête.
Cette fois-ci, on l’avait attachée au lit.
Une personne en blouse blanche vint la voir.

— Vous êtes réveillée ? Comment vous sentez-vous ? Votre blessure n’était vraiment pas belle à voir…

Une femme blonde à la peau blanche lui tint ces mots et continua à l’observer pour jauger sa réaction.
Alexandra préféra garder le silence pour l’instant, elle se réveillait tout doucement et la tête tournait encore un peu, et remarqua les liens et qu’elle ne pouvait pas se mouvoir. Elle tenta de se lever mais sans succès. Les sangles qui l’attachaient au lit étaient solides.

— Simple mesure de précaution. C’est pour votre bien, reposez vous. Laissez vous le temps de cicatriser. On m’a prévenue que vous n’étiez pas spécialement coopérative, non plus…
— Où suis-je… ? Qui êtes-vous… ? Que me voulez-vous… ?!
— Cela fait beaucoup de questions. Je laisserai le maître des lieux répondre à ma place. D’ici là, guérissez pour être sur pieds, et le rencontrer de manière officielle.

Après avoir vérifié d’autres détails, la blonde s’en alla, laissant Alexandra seule avec son incapacité à se libérer.
Elle poussa un râle et s’avoua vaincue. Elle devait effectivement prendre du temps pour cicatriser et on l’y forçait.
Elle sentait la douleur vive au niveau de son abdomen, elle avait déconné.

L’infirmière en discuta avec Gabriel qui était dans la pièce à côté.

— Son état est stable, elle va bien mais elle a beaucoup de questions. Moi aussi, d’ailleurs. Comment elle s’est faite cette blessure ? La cicatrisation est beaucoup plus lente que la normale.
— Aucune idée, certainement au cours de l’attaque chez son père.

*

Lorsqu’elle put être libérée de son lit et qu’on la fit promettre de ne pas s’échapper à nouveau.
L’homme de main était présent et se tenait prêt à intervenir si jamais elle tentait quelque chose.
Il lui attacha les mains dans le dos, par sécurité et l’amena dans le bureau du maître.
On lui avait fourni une tenue présentable mais qui n’était pas à son goût.
Elle avait fait la moue lorsqu’elle l’avait enfilée.
C’était une robe.
Elle faisait prisonnière ainsi traînée dans les couloirs.
Ses cheveux étaient lâchés et ébouriffés, qui juraient avec sa tenue sobre mais noble.
L’homme la détacha après l’avoir fait entrer dans la pièce où le maître l’attendait, et s’en alla.
Les laissant en tête à tête.
Elle se massa les poignets et observa le bureau dans lequel elle était et ne remarqua qu’après qu’il y avait quelqu’un assis derrière le bureau, qui l’observait d’un air amusé, depuis le début.
C’était un vieil homme débraillé et presque aussi mal coiffé qu’elle, la barbe mal entretenue.
S’il ne portait pas des vêtements propres et qu’il ne se comportait pas comme quelqu’un d’important, elle aurait pu le prendre pour un mendiant.
Elle n’avait pas confiance et resta sur ses gardes, le dévisageant. Elle garda ses distances.
Il se leva et sembla se moquer d’elle, un large sourire sur ses lèvres.

— Je suis content de voir que cette robe te va à ravir. Qu’en penses-tu ?
Lui dit-il, très familier.

Elle fut tellement surprise par sa question qu elle ne sut pas quoi répondre.
Elle s’en fichait et c’était la dernière de ses questions.

— Je la déteste. Qui êtes-vous ? Où suis-je ? Où est mon père ?!
Répondit-elle de manière agressive.

Elle n’aimait pas du tout le personnage qu’elle avait en face d’elle et elle était agacée par le flou dans lequel on l’avait laissée depuis qu’elle s’était réveillée.

— Ah bon… vraiment ? Qu’aimerais-tu porter ? Souhaites-tu une robe plus somptueuse ?

Il faisait exprès d’ignorer ses questions, mais surtout, il était intrigué par son caractère. Cela l’amusait qu’elle soit si farouche et une sorte de curiosité le poussait à voir quelles étaient les limites de cette enfant.
Parce qu’elle était une enfant à ses yeux.

— Pardon ?! Je m’en fiche de vos robes ! C’est quoi cette question ?! Et répondez moi. Tout ce que je veux, c’est rentrer chez moi.

Elle cligna des yeux tellement sa question était déplacée. Elle n’arrivait pas à mettre le doigt dessus mais cela la choquait et l’énervait de savoir qu’il se fichait de ses questions mais qu’il s’intéressait aux genres de robes qu’elle aimerait porter.

— Cela ne t’intéresse pas… ? Et des bijoux. Je peux t’offrir tous les bijoux que tu désires.
— Vous… vous êtes riches, c’est ça ?
— Oui. Très. Ah, c’est vrai. Je ne me suis pas présenté. Je m’appelle Gabriel, et je suis le propriétaire de ce château, et du domaine qui l’entoure. Sois la bienvenue chez moi, Alexandra.
— C-comment connaissez vous mon prénom… ?!
— Je sais beaucoup de choses sur toi.
— Très bien. Je peux rentrer maintenant ?
— Tu ne t’intéresses pas plus à ma richesse… ?
— Pourquoi je le serais… ? C’est tout ce que vous avez ? Vous n’avez pas l’air de vouloir répondre à mes questions, alors je préfère partir.

Elle essaya de retourner près de la porte et l’ouvrir.

— Reste où tu es. Tu es mon invitée et tu vas rester ici encore un petit moment. Ton père devrait arriver d’ici peu. C’est tout ce que tu voulais savoir, petite ?

Il prit une voix plus sérieuse et autoritaire.
Elle sentit les poils se dresser sur son dos. Elle ne supportait pas le ton qu’il employait.

— Qu’est-ce que je fais ici… ? Et je ne suis pas petite !

Elle serra les dents et les poings.
Le sourire sur le visage de Gabriel s’accentua. C’était trop facile de jouer avec son caractère.

— J’ai ordonné ton enlèvement pour te protéger. Tu n’étais pas en sécurité là où tu étais.

Alexandra ne tenait plus, bouillonnant de rage.
Le mot « enlèvement » lui avait confirmé qu’il n’était pas bienveillant et elle regarda autour d’elle pour attraper n’importe quel objet pour lui jeter dessus.
Tout ce qui pouvait être de valeur était mieux, il y avait quelque chose de suffisant dans cet homme qui la répugnait, qui l’énervait et le rendait détestable.
Elle lui jeta alors des objets pour le tenir à l’écart.
En attendant de trouver une meilleure solution à sa situation, de trouver une échappatoire

— Hé, oh, tu fais quoi là ?! Tu sais quelle est la valeur de ce que tu jettes ?!

Il ne souriait plus et se protégea rapidement des projectiles avec sa main et jetant un sort pour qu’ils ne s’écrasent pas au sol.
Il s’avança vers elle, sans se soucier de ce qu’elle pouvait faire.

— N’approchez pas ! Vieux pervers ! Comment ça, m’enlever ?! Ca va pas la tête ?!
Criait Alexandra, de panique.

Elle recula jusqu’à avoir le dos à la porte.
Il lui attrapa les bras pour l’empêcher de jeter quoi que ce soit d’autre.

— Lâchez moi ! Ne me touchez pas !!!
Se débattait-elle.

— Calme toi, ne saccage pas mon bureau.

La voix de l’homme était posée, calme mais se voulant autoritaire. Maintenant la fillette maîtrisée, son sourire revenait. Il était amusé par sa réaction.
Son quotidien était-il si monotone qu’une enfant puisse le divertir à ce point ?
Se demanda t-il.
Alexandra ne voulait rien entendre.
Il dut la forcer à ne plus bouger.

— Arrête de gigoter, je ne vais rien te faire. Pour l’instant. Et tu risques de réouvrir ta blessure, je te conseillerai de rester sage.
— Comment ça… « pour l’instant » ? Ca ne me rassure pas ! Vous me dégoutez !

— Tu ne cries pas « à l’aide » ou « au secours » ?
Lui demanda t-il, intrigué.

— Non, je sais que je dois compter que sur moi-même. À quoi bon crier des appels à l’aide alors que je sais que personne ne m’aidera… ?!
— C’est vrai. C’est que ca réfléchit là dedans.

Elle essaya de le frapper mais il était beaucoup plus fort qu’elle. Cela la frustrait. Si elle n’avait pas été blessée, peut-être qu’elle aurait pu se défendre. Du moins elle l’espérait, mais ce qu’elle craignait c’est qu il soit plus fort grâce à son âge avancé, et son expérience.
Elle finit par baisser les bras et se laisser maîtrisée.
Il la relâcha alors.
Elle voulut en profiter pour le frapper, juste par fierté, mais son corps lui fit comprendre qu’elle devait se reposer. Au moment où son coup allait être porté, elle ressentit une vive douleur dans son abdomen et elle se crispa. Le souffle court, elle perdit l’équilibre, comme si on venait de lui asséner un violent coup.
Il se tenait prêt à se protéger encore une fois, mais la voyant flanchir, il la rattrapa dans ses bras et soupira.

— Je t’avais dit de te calmer, regarde… repose toi, bon sang. Quelle tête de mule !

Elle n’avait plus d’énergie à revendre, et elle se laissa guider par les bras de cet homme plutôt bien en forme pour son apparence physique.
Elle sentit ses muscles imposants lorsqu’il l’aida et elle fut surprise qu’il la porte aussi facilement.

— Est-ce qu’il faut que je t’amène à l’infirmerie ?

— N-non non non, ça va mieux, je vais juste m’asseoir… vraiment, ça va m-mieux…
Bégaya t-elle, gênée, honteuse.

Elle ne pouvait toujours pas l’encadrer mais il ne semblait pas lui vouloir du mal. Elle restait toutefois méfiante.
Il pouffa de rire et la laissa dans son fauteuil, il l’observa de loin, avec son sourire narquois au coin des lèvres.

— Qu’est-ce qu’il y a ?!
Demanda t-elle agacée, le coeur battant à tout rompre à cause de l’adrénaline et de sa rage.

— Intéressant…
— Qu’est-ce qui est intéressant ?!

— Cette situation. Toi. Que désires-tu vraiment ? La richesse ne semble pas t’amadouer, tu dois bien avoir quelque chose qui te fait envie dans la vie, hm ?
Demanda t-il songeur.

Elle baissa les yeux et répondit au plus profond d’elle-même sans oser le formuler.
Ce qui comptait le plus pour elle, c’était sa famille. Sa mère, son frère. Mais ça, elle ne pouvait pas le dire. Tout ce qui lui restait maintenant, c’était son père. Même s’ils n’étaient pas aussi proches l’un de l’autre, c’était sa seule famille ici. Et Chris. Parce qu’il s’était occupé d’elle et qu’elle tenait à lui.

— Je… je veux rentrer chez moi…
Murmura t-elle, emplie de tristesse.

— Je te propose une vie ici, à mes côtés. Tu ne manqueras de rien, du moins matériellement. Tu ne vas pas rester indéfiniment avec ta famille. Tu es en âge de te marier et de voler de tes propres ailes. Qu’en dis-tu ?
— Hors de question ! Ca va pas la tête ?! Jamais !

Elle ne savait plus quoi répondre mais cette proposition la dégoutait. Rien que d’imaginer rester ici avec ce viel inconnu lui donnait un haut le coeur.

— Je vois que tu n’es pas très coopérative, hm. Je vais te le dire avec moins de pincettes, alors. Vous êtes vulnérables dans votre domaine. Vous vous êtes fait attaquer et vu la facilité que j’ai eu à t’enlever, cela confirme à quel point vous n’êtes pas assez forts seuls. Soyez chanceux que je ne te veuille aucun mal. Je vous propose une alliance en or, si tu m’épouses, nous serions alliés et personne – ou presque – n’osera s’attaquer à nous. Pendant que tu es ici, ton père peut se concentrer sur les défenses sans se soucier de ta sécurité. Je reconnais que ma démarche est un peu cavalière, voire brutale et directe, mais ton père n’aurait jamais accepté de me rencontrer autrement. Il est trop méfiant et je le comprends.

Alexandra resta muette. Ne servait-elle juste qu’à ça ? Un pion qui sert à créer une alliance pour la sécurité de la famille ? Elle ne s’était jamais posée la question sur son avenir. Tous les jours, son quotidien était de s’entraîner et devenir plus forte, apprendre de nouvelles choses sur la gestion administrative. Elle pensait qu’en grandissant elle finirait par aider son père et l’épauler dans son travail. Mais se marier ? Non. Il était bien trop tôt. Surtout pas avec quelqu’un qu’elle n’appréciait pas, surtout pas pour des avantages matériels.
Elle ne savait pas comment son père allait réagir. Allait-il la sacrifier pour le bien commun ? Etait-ce son rôle ?
Elle ne savait plus trop quoi penser.

Il la laissa réfléchir, et quelques minutes après, la porte s’ouvrit avec fracas et le père d’Alexandra entra en trombes.
Il vit sa fille puis regarda Gabriel.
Il s’avança vers Gabriel pour lui donner un coup de poing.
Gabriel se laissa faire.

— Enfoiré, comment oses-tu ?!
Dit Sephyl.

Gabriel se massa la mâchoire et leva ses mains en signe de défense. Il ne comptait pas se battre.
Sephyl, voyant qu’il n’allait pas repliquer, se recula et se précipita vers sa fille. Il s’accroupit auprès d’elle et serra ses mains dans les siennes.
Elle sentit une boule de satisfaction lorsqu’il frappa Gabriel qui fut vite remplacée par d’autres émotions en voyant son père enfin à ses côtés.

— Alexandra… comment tu vas ? Il ne t’a rien fait ? Je suis tellement désolé…
— Papa… ce ‘est pas de ta faute, je vais bien… je…

Elle se mit à pleurer, de joie de revoir son père et d’angoisse de ne pas savoir qu’elle sera sa décision.

— Ne t’inquiète pas, on va rentrer à la maison. Je m’occupe de cet énergumène et-
— Ne soyez pas ridicule.

Gabriel reprit la parole et de son ton grave et posé, il attira l’attention sur lui.

— Pour qui vous prenez-vous ? Nous sommes peut-être voisins mais vous allez trop loin. Comment osez vous enlever ma fille pour me faire du chantage ?!
— Calmez vous. Je vous laisse le choix et je n’ai rien fait de mal. Au contraire, je me suis assuré que votre fille puisse se reposer et être protégée entre mes murs. Réfléchissez un instant. Je vous demande sa main parce que l’alliance qui en résultera sera bénéfique pour nos deux domaines. Soyez plein de gratitude que je ne sois pas mal intentionné. Je reconnais qu’en venir à l’enlever n’était pas très courtois mais je vous démontre que vos défenses ont d’énormes failles. Vous ne pouvez pas la protéger convenablement avec l’attaque que vous venez de subir.
— Il est hors de question que je vous accorde la main de ma fille, surtout pas dans cette situation. Sauf si bien entendu, cela est sa volonté.

Sephyl se tourna vers alexandra qui secoua frénétiquement la tête pour signifier qu’elle n’était absolument pas d’accord.

— Je crois que vous avez votre réponse. Nous rentrons.

Gabriel poussa un long soupir.

— … Je comprends. D’accord, je ne peux pas la forcer à m’épouser. J’admets et je renonce à cette proposition, pour l’instant. Si jamais vous changez d’avis, sachez que la proposition tiendra toujours. Cependant, mes intentions restent bonnes. Je ne peux pas la laisser repartir alors qu’on entre chez vous comme dans du gruyère.
— Comment ça ?!
— Si jamais vous subissez une seconde attaque et que vous mourrez tous. Cela ne m’arrangera pas. Je ne veux pas risquer de perdre son héritage biologique.

— Vous me dégoutez.
Dit-elle, avec toute la rancoeur qu’elle avait.

— Peut-être bien, mais vous savez que j’ai raison. Si dans le meilleur des cas, elle reste en vie mais que vous mourez, cher Sephyl. Qu’adviendra t-il d’elle ? Vous pensez vraiment qu’elle s’en sortirait toute seule ? Ne me faites pas rire.

Sephyl serra les mains de sa fille dans les siennes un peu plus fort.
Il n’avait plus aucune répartie, il savait que Gabriel avait raison mais il ne voulait pas laisser sa fille entre ses griffes.

— Que proposez-vous… ?

Sephyl savait qu’il n’était pas en position de négocier.
Se battre contre lui ? C’était du suicide. Il était venu seul pour ne pas attirer l’attention sur ce voyage mais il savait qu’il était vulnérable.
Gabriel sourit.

— J’ai compris que vous n’étiez pas intéressé par l’alliance, mais je suis de bonne foi. Laissez Alexandra ici jusqu’à son rétablissement et que vous renforciez vos défenses chez vous. Vous avez ma parole que je ne lui ferai rien de mal, ni ne la forcerait à quoi que soit. À part se reposer, bien entendu. Je ne suis pas un monstre.
— C’est tout ? Vous n’allez pas nous demander quelque chose en retour ?
— Votre confiance en mes actions ? Si nous pouvions rester en bons termes, cela serait dans notre intérêt, à tous les deux. C’est dommage que l’union ne vous intéresse pas, mais je ne vais pas baisser les bras. Je reste persuadé que c’est la meilleure décision qu’elle puisse prendre.

— Alexandra… qu’en penses-tu… ?
— Papa… je…
— Je sais que je te demande beaucoup… même si je ne lui fais pas confiance, il a raison… et je sais que je ne suis pas capable de te protéger en ce moment.
— Je suis désolée… d’être aussi faible…
— Non, ne le sois pas, tu as très bien combattu, il faut te reposer maintenant, tu feras de ton mieux la prochaine fois, j’en suis certain.
— Et Chris… comment il va ?
— Bien. Il est en soin mais il va bien, ne t’en fais pas. Il sera vite sur pieds. On prend soin de lui.
— … Je crois qu’on a pas vraiment le choix, n’est-ce pas… ? Je vais rester encore un peu ici…
— Je suis désolé, Alexandra.
— Non… ce n’est rien, je ferai attention à moi, promis.
— On fera de notre mieux pour réparer le domaine et je reviendrai te chercher aussi vite que possible. Je te le promets.
— Je peux aussi la déposer.

La voix de Gabriel vint les interrompre sans aucune gêne.
Ils se retournèrent vers lui en le dévisageant et Sephyl embrassa le front de sa fille après s’être relevé.

— Je ne vous fais pas confiance, mais j’espère que vous tiendrez votre parole.
— Je suis un homme de parole.

Sephyl se dirigea vers Gabriel pour lui serrer la main.
Il sourit et acquiesça.

— Je vous souhaite bon retour.

Alexandra put se lever et prendre son père dans ses bras. Il put voir qu’elle était affaiblie et se tourna vers Gabriel, qui haussa les épaules.

— Je n’y suis pour rien, elle passe son temps à forcer sur son corps en convalescence.

*

— Ne t’inquiète pas, tu reverras ton père. Je ne compte pas te garder chez moi contre ta volonte pour l’éternité. Je lui ai promis.
Soupira Gabriel.

Sephyl se demanda s’il ne faisait pas une énorme erreur de la laisser ici, mais il devait au moins faire confiance à sa fille.
Elle enlaça son père et ne dit rien de plus qui rende la séparation plus difficile.

*

Les jours passèrent et elle resta dans sa chambre pour se reposer. Elle voulait guérir le plus rapidement possible pour pouvoir rentrer chez elle.
Lorsqu’elle se sentit assez en forme, elle dut retourner se faire osculter à l’infirmerie pour être sure qu’elle n’avait pas d’autres lésions.
Après le feu vert du médecin, elle eut le droit d’être un peu plus libre.
Elle évitait de croiser Gabriel et elle se rendit sur le terrain d’entraînement.
Elle les regardait depuis sa chambre depuis son arrivée et cela lui démangeait de pouvoir elle aussi s’améliorer.
Elle voulait devenir plus forte et être capable de se défendre et défendre son père. Elle en avait marre d’être un fardeau.
Les mains sur la vitre elle les regardait envieuse de pouvoir participer.
Une combattante avec qui elle s’était battue avant de perdre connaissance, la reconnut et lui fit signe de venir.

— Hé, petite. Fais pas ta timide et viens nous rejoindre.
— C’est la petite de la dernière fois ?
— Elle s’était habillée en servante, tu te souviens ?
— Ah oui, celle là ! Elle nous avait bien fait marcher.
— Dis nous, qu’est-ce que tu viens faire par là ?
— Laissez la respirer, tu veux une revanche, petite ?

La jeune femme s’était avancée pour éloigner ses collègues trop curieux et bruyants.
Alexandra n’osa pas prononcer le moindre mot, elle ne fit que hocher la tête.
La jeune femme lui sourit et la pris à part pour discuter de manière plus calme.

— On m’a raconté pour ta situation. Je me doute que tu n’apprécies pas mais le maître est vraiment bienveillant. Il, ou nous, ne te ferons aucun mal. Tu es une invitée de marque, si je peux dire. Je te vois nous observer, ça t’intéresse ? Tu ne te débrouillais pas trop mal la dernière fois, pour ton jeune âge et pour ton état… je peux t’apprendre quelques trucs, si tu veux.

Alexandra accepta avec plaisir.
La jeune femme l’aida à s’intégrer dans le groupe et elle devint leur petit poulain.
Elle n’avait rien d’autre mieux à faire pendant qu’elle devait attendre que les réparations chez son père soient terminées.
Gabriel suivit d’un oeil ce qui se passait mais il était également occupé avec d’autres affaires pour se préoccuper à temps plein d’Alexandra.
Ils passaient leur repas ensemble, et il essayait de faire en sorte qu’elle passe un bon séjour, et qu’elle l’apprécie.
Elle n’arrivait toujours pas à l’encadrer.
Elle trouvait régulièrement des présents comme des robes ou des bijoux dans sa chambre, quelle ignorait.
Cela l’agaçait.
Lorqu’elle avait le temps, elle allait sur le terrain pour s’entraîner et pratiquer des nouveaux mouvements.
De jour comme de nuit, lorsqu’il n’y avait personne, elle courait.
Elle était devenue comme une nouvelle recrue.
Gabriel ne s’était pas opposé à ce qu’elle s’entraîne ou passe du temps avec ses combattants, et elle avait trouvé ça étrange, mais tant mieux pour elle.
Cela faisait à peine une semaine et elle s’était habituée à ces gens, même s’ils étaient censés être des ennemis, ils ne la considéraient pas comme telle.
Ils avaient même commencé par l’apprécier et l’encourager dans ses progrès.
Sa partenaire récurrente discutait souvent avec elle et elles étaient devenues amies.
Elle voyait qu’Alexandra nourissait une certaine rancoeur envers Gabriel et elle essaya de calmer le jeu.
Alors qu’elles étaient en train de s’échauffer, elles discutaient.

— Tu sais, tu ne devrais pas le haïr à ce point. Il n’est pas malveillant, bien au contraire. Je suis sure qu’il t’observe en ce moment et te surveille pour qu’il ne t’arrive rien de grave.
— Tu dis ça parce que c’est ton boss… !
— C’est vrai, mais pas que. Nous avons tous une bonne raison de rester à son service.
— Et il m’espionnerait d’où, le vieux ?!

Son adversaire pointa les fenêtres de l’étage.
Alexandra resta perplexe et leva les yeux vers les vitres.
Gabriel était à ce moment précis, en train de l’observer et trouva amusant qu’elle lève son visage vers lui à cet instant. Même si elle ne voyait rien, lui savait.
La jeune femme et un des hommes de main étaient les plus proches d’Alexandra et l’aidèrent à s’améliorer en adoptant de meilleures positions pour l’attaque et la défense, comme si elle faisait partie de leur groupe
La plupart s’était intéressée à elle parce qu’elle était nouvelle puis ils finirent par ne plus lui prêter attention.
Cela ne faisait qu’une semaine et elle était déjà intégrée comme si elle avait toujours été là.
Elle suivait les exercices comme les autres et ne se plaignait pas. Pas beaucoup d’informations n’ont été données à son sujet et qu’une petite poignée de personnes étaient au courant de qui elle était réellement et ce qu’elle faisait ici.

Les premiers jours, elle avait dû les passer dans sa chambre, en repos force, puis le reste des jours, elle n’attendait qu’une seule chose.
Qu’on l’autorise à rentrer chez elle.
Elle essayait de tuer le temps et s’entraîner en faisant des exercices physiques était la meilleure option qu’elle avait pour éviter de trop penser à ses problèmes.
Est-ce que Chris allait bien ? Est-ce que son père était en sécurité ? Est-ce qu’elle allait devoir rester ici encore longtemps ?
Elle se défoulait sur le terrain d’entraînement et quand le temps n’était pas propice, elle visitait les couloirs et les différentes pièces du château.
Elle s’était retrouvée à la bibliothèque à feuilleter quelques ouvrages au hasard. Elle les avait reposés mais force était de constater que lorsqu’elle s’ennuyait, elle pouvait se mettre à faire des choses inhabituelles comme lire, des livres.

*

Assise à une table, elle était plongée dans sa lecture.
Elle n’avait pas l’habitude de lire des ouvrages et pourtant l’ennui l’avait poussée à prendre une tranche au hasard, qui avait l’air plus belle que les autres, cela l’avait intriguée.
Alors elle s’était mise à le feuilleter puis le lire, et elle s’était finalement assise parce qu’elle y serait plus confortable.
Les cheveux bruns légèrement en vague qu’elle avait réuni derrière sa nuque, des mèches mi-longues mais trop courtes pour être attachées avec le reste de ses cheveux, tombaient ondulées de chaque côte de son visage. Elle les rangeait derrière son oreille, d’un geste régulier, à chaque fois qu’ils revenaient la déranger devant son visage.

— Comment trouves-tu nos ouvrages ?
Une voix grave et rauque s’était élevée juste derrière elle, ce qui l’avait fait sursauter.

Elle s’était retournée pour voir qui cela pouvait bien être.
Trop surprise, elle n’avait pas répondu et le fixait avec des yeux tout ronds.
Rien n’allait pour elle. Il sortait de nulle part, est-ce qu’il la suivait ? Et il apparaîssait derrière elle.
C’était Gabriel, il était habillé différemment de la dernière fois mais ses cheveux étaient ébourriffés, mi-longs, et toujours avec sa barbe poivre et sel de plusieurs jours. Cela lui donnait un air de vieux désabusé, débraillé.
Ses yeux bleus clair brillaient grâce à la lumière dans la salle et il passa sa main dans ses cheveux pour dégager rapidement son visage, ce qui n’eut pour effet que de le décoiffer encore plus.
Voyant qu’elle ne répondait pas et semblait figée dans une sorte de mutisme. Il continua.

— Tu as perdu ta langue ?
Demanda t-il, en essayant d’ajouter un peu d’humour pour détendre l’atmosphère.

Ce qui eut l’effet inverse.
Elle referma le livre et se leva pour le ranger à sa place.
Pourquoi venait-il la déranger ? Elle ne comprenait pas et l’énervement qu’il provoquait en elle était nouveau. Pourquoi était-elle aussi énervée ?
Il était trop proche d’elle. Il l’avait suivi et était juste derrière elle lorsqu’elle se retourna et qu’elle fut à nouveau surprise de le voir si près.
Elle se sentait en danger. Il empiétait sur son espace vital et il ne semblait pas s’en rendre compte.

— Hé, est-ce que j’ai fait quelque chose de mal… ?
Demanda t-il en toute innocence. Un peu gêné.

Il ne comprenait rien.
Elle bouillonnait, il y avait tant de choses qu’elle avait envie de lui crier, mais elle se contrôlait, elle essayait de contenir sa rage, parce qu’ils étaient dans une bibliothèque, même s’il n’y avait personne apparemment, elle n’avait pas envie de faire une scène ou se donner en spectacle.
Elle serrait ses poings et tremblait.
Elle recula un peu plus pour s’éloigner de ce corps imposant et musclé qui lui faisait face. La bibliothèque derrière elle, était sa limite.
Ce qui ne l’arrêta pas de se rapprocher d’elle.
Alors acculée, elle le repoussa avec ses petits bras.

— Vous comprenez vraiment rien… ?! Laissez moi tranquile !!!
Son timbre de voix vibrait de la colère qu’elle essayait de contenir.

Les livres qui étaient derrière elle, sortirent d’un coup de la bibliothèque pour avancer et tomber en avant.
Elle vit et sentit ceux juste dans son dos et sur les côtés, partir vers l’avant et.

— Attention !
S’exclama t-il, en levant les yeux.

Ceux en hauteur suivirent la même direction. Il leva ses mains pour les arrêter et se positionna pour surplomber Alexandra et la protéger.
Elle avait perdu le contrôle et la peur l’avait envahie. Qu’avait-elle fait ? Etait-ce elle ?

— Tu n’as rien ?
Demanda t-il après que les livres furent sécurisés.

Il avait réussi à arrêter la chute en figeant les livres en l’air, pour la plupart. Quelques uns étaient au sol, et elle les regarda, désolée.

— N-non… ça va… je…
— Intéressant. Est-ce la première fois que tes pouvoirs se manifestent… ?
— Je… non… mais…
— Tu ne les maîtrises pas encore, à ce que je vois. C’est normal qu’ils se manifestent sous le coup de l’émotion. Quoiqu’il en soit, c’est intéressant…
— P-pardon pour les livres… je ne voulais pas les abîmer…

La peur et les remords avaient pris le dessus de la colère. Elle était gênée, embarrassée, d’avoir mal agi.

— Ce n’est rien, ils sont vieux et presque personne ne les lit maintenant… ils prennent la poussière.
— Mais… ils ont l’air anciens et précieux…

Il lui sourit.

— Ne t’en fais pas pour ça.

D’un geste, il replaça les livres dans leur emplacement.
Il s’était reculé pour laisser de quoi respirer à Alexandra, ses derniers mots résonnaient encore dans ses oreilles.
Alexandra se baissa pour ramasser ceux au sol et les reposer.

— Pour répondre à ta question, en effet… cela fait un moment que je n’ai pas eu quelqu’un avec qui discuter… j’imagine que ça doit se ressentir… je ne te veux pas de mal mais mes actions ont eu l’effet inverse sur toi. Je vais te laisser tranquille.

Il s’en alla comme il était venu, lorsqu’elle se retourna, il avait déjà quitté la pièce.
L’émotion retombée, les battements de son coeur reprennaient une cadence à peu près normale, elle pouvait réfléchir à tête reposée.
La colère l’avait aveuglée et elle se sentait honteuse de ne penser qu’à ses envies, ses caprices.
C’est vrai que c’était de sa faute si elle était enfermée ici, mais c’était grâce à lui si son père ne l’avait pas en fardeau chez eux.
Puis, même s’il était un peu trop proche physiquement, et qu’il l’intimidait, il l’avait protégée de sa propre bêtise.
Elle avait senti qu’elle l’avait blessé, d’une certaine manière.
Maintenant qu’il était parti, elle s’en voulait.

Il s’était passé quelque chose en lui.
Retourné dans son bureau, la tête entre ses mains, il réfléchissait et se trouvait idiot.

— Qu’est-ce que je suis en train de faire ?! La courtiser ? Draguer une gamine mineure en plus ? Suis-je tombé aussi bas ? Je pensais que ça serait simple de l’épouser sans m’attacher, comme un vulgaire pantin, mais c’est au dessus de mes forces et de mes principes… je… je ne suis pas aussi froid que ce que je croyais être. Cette enfant mérite du respect et j’ai l’air au mieux d’un idiot et au pire d’un vieux pervers libidineux à essayer de m’approcher d’elle. Quel imbécile. Elle a raison, je dois la laisser tranquille. Que les travaux chez elle finissent vite et qu’elle retourne d’où elle vient… je… non, je ne regrette pas de l’avoir aidée, mais je crois que mes projets étaient d’une absurdité sans nom. Je dois des excuses à son père, aussi…
Il eut ce discours intérieur, et ne put s’empêcher de rire de lui-même, avant de reprendre son travail.

Quant à elle. Elle sentit qu’elle nétait plus autant observée qu’avant. La présence et les yeux qu’elle sentait posés sur elle, n’étaient plus aussi prononcés.
Puis elle commença à avoir des remords sur ce qu’elle avait dit. Elle tournait en rond et n’arrivait pas à trouver une occasion pour s’excuser et finalement, ce n’était peut-être pas plus mal. Elle était en paix maintenant et il n’avait qu’à attendre qu’elle s’en aille.
Malgré sa résignation, elle devint curieuse, elle voulut en savoir plus sur lui.
Alors, d’une manière peu subtile, elle posa des questions à son amie et seule partenaire féminine sur le terrain, qui se fit une joie de lui répondre.

— Alors comme ça, tu t’intéresses finalement à lui ?
Dit-elle en souriant, taquine.

— N-non… c’est juste… que… je l’ai peut-être jugé trop vite…
Reconnut-elle.

— Ah… certainement… comme je te disais, il n’a pas un mauvais fond, sinon je ne serai pas à son service.
— Comment ça se fait qu’il est seul… à son âge… alors ?
— C’est une très bonne question ! Il n’a pas toujours été aussi… froid… avec les étrangers.

Elle lui raconta son passé, du moins ce dont elle était au courant. Qu’il avait été en couple il y a très longtemps, malheureusement sa compagne était intéressée par autre chose que l’amour, et elle assassina les parents de Gabriel. Elle comptait le faire de manière discrète mais il tomba au mauvais moment et la surpris en pleine action.
Elle les avait empoisonnés et en avait profité pour les tuer sans user de force brute.
Pour se défendre et se sauver, elle avait tenté de tuer Gabriel, mais il avait eut de bons réflexes et s’était protégé. Malheureusement, dans l’action, il l’avait gravement blessée et elle mourut de sa plaie et n’eut pas l’occasion d’expliquer son geste.
Ce jour-là, il perdu ses parents et sa compagne.
Cet évènement l’avait assez marqué pour qu’il se referme sur lui-même pendant un petit moment.
Par la suite, il devint beaucoup plus méfiant.
Il culpabilisait encore de la mort de ses parents.
Manque de chance encore, la plupart des femmes qui venaient à chercher à l’avoir comme époux, étaient toutes intéressées par ses biens matériels,
Cela ne fit que le faire perdre confiance encore et encore en la relation de couple et la gente féminine.

— Je pense qu’il n’est plus capable d’aimer ou d’accorder sa confiance… c’est triste mais il a vécu trop d’évènements qui l’ont conforté dans cet état d’esprit. Il se protège, d’une certaine manière.
— Ca veut dire… qu’il veut m’épouser sans aucun sentiment ?
— C’est ça. C’

2021.08.10

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