Ursidés

Ils avaient fait de leur mieux pour se rapprocher de leur destination mais ils ne coupèrent pas à une seconde nuit à la belle étoile.
La tente fut installée en un rien de temps et ils purent dîner avec quelques récoltes locales.

— On n’est plus très loin. On devrait arriver demain sur les coups de midi si on se dépêche.
— Je ne pensais pas que c’était aussi loin.
— Il n’existe pas de route dégagée, impossible d’y aller avec une voiture, à la limite on aurait pu y aller à cheval…
— Je n’étais pas spécialement pressée et je me disais que ça me ferait du bien de faire un peu de camping dehors…
— Si les alentours n’étaient pas si dangereux… quand je pense que tu voulais faire ce voyage seule !
— Ok, d’accord, j’avais sous-estimé le danger ! Mais il n’avait pas l’air méchant non plus…
— Et s’il t’avait viol-
— Ok ok, effectivement, j’ai eu tort ! Ca te va… ?
— Mouais…

— J… je vais aller me coucher, je suis vraiment épuisée de cette courte nuit…
Bailla t-elle.

— À qui le dis-tu… allons-y. Reposons-nous, cette fois.

Ils s’endormirent aussitôt mais quelque chose réveilla Gabriel au beau milieu de la nuit.
Cette fois-ci, Alexandra continua à dormir à poings fermés.
Il sortit voir ce qui le dérangeait. Une présence persistante, nombreuse.
Il restait sur ses gardes mais il fut pris au dépourvu quand il vit un groupe d’ours sortir de l’ombre et l’encercler. Ils étaient plus grands et plus larges que lui.

— Que fais un humain dans notre forêt ?!
S’exprima celui qui semblait être à la tête du groupe.

La fourrure parsemée de blanc mais d’un brun foncé et brillant. Il s’avança.

— Bonsoir… excusez-nous, nous ne sommes que de passage, ma femme et moi-même, nous cherchons à atteindre la ville à quelques kilomètres d’ici. Nous serons partis dès demain à l’aube.
Expliqua Gabriel en restant courtois.

Il était seul et ces créatures étaient beaucoup trop nombreuses s’il venait à devoir se battre, c’était la défaite assurée.

— … Je ne sens pas la présence de votre femme. Est-ce que vous cherchez à nous duper, humain ?!
Renifla l’ours, debout sur ses pattes.

— Non, je vous assure. Notre tente possède une barrière magique pour masquer notre présence… mon épouse dort profondément, elle n’entend pas ce qui se passe en dehors…

Les ours étaient méfiants et Gabriel ne savait pas quoi faire pour les convaincre de sa bonne foi.
Tout ce qu’il pouvait espérer, c’est que cela ne tourne pas mal.
Le champ de force autour de la tente était assez puissant pour empêcher les intrus d’entrer, si jamais la situation devenait dangereuse, Alexandra devrait être sauve.

— Réveillez la.
Une voix grave avec beaucoup de coffre s’éleva.

Gabriel n’eut pas d’autre choix que d’obéir.

— ‘Xandra…
— Hm… ?
— Nous avons un problème…
— Hmm…
— Il faut que tu te réveilles, il y a des habitants de la région qui nous attendent dehors…
— Hein… ? Mais il est quelle heure… ?
— Je sais… ne les faisons pas attendre…

Elle se leva, la tête à moitié embrumée et ils sortirent tous les deux.
Et elle se figea à la vue des ours.
Elle était trop endormie pour avoir senti leur présence et son coeur fit un bond dans sa poitrine.
Elle s’accrocha à Gabriel, et fut complètement réveillée à présent.

— Gabriel… ?
— Je suis là…

Il était au moins aussi rassuré qu’elle mais il devait faire mine de gérer la situation.

— Séparez les.
— Quoi ?
— Il est hors de question ! On était censé discuter calmement ! Ma femme reste avec moi !
— Gabriel !

Les ours les encerclèrent et ils furent plusieurs à se mettre entre Gabriel et Alexandra. Elle fut emmenée de force loin de lui et interrogée.
Tout en elle lui disait qu’elle ne devait pas se débattre. Ils faisaient le double de sa taille en hauteur et en largeur, ils auraient pu la réduire en bouillie sans le moindre effort, alors elle les suivit à contre-coeur. Mais pas sans parler.

— Il doit y avoir un malentendu, nous ne voulons pas de problème et nous cherchions juste à passer la région-
— Nous savons. Suivez nous sans un mot. On vous expliquera la situation.

Lorsqu’elle fut amenée dans une hutte, tout fit sens. On lui expliqua qu’une cheffe ourse était blessée et malade depuis quelques jours et qu’ils n’arrivaient pas à trouver l’origine de son mal.
Malheureusement elle était trop têtue pour demander de l’aide a des guérisseurs et n’accepte de recevoir que des femmes. Et cela ne court pas les forêts.
Les étrangers ont trop peur d’eux et depuis qu’il y a des pièges tendus contre eux, ils sont beaucoup plus méfiants également.
Qu’ils soient étrangers à la région est plutôt une aubaine, mais leur cheffe ne peut toujours pas faire confiance aux hommes. Elle tolère les femmes.

— Est-ce que vous pouvez l’examiner, s’il vous plaît ? On ne fera rien à votre époux. C’est juste pour le garder à distance.
— Je peux voir ce que je peux faire… mais je ne vous promets rien. Ma spécialité n’est pas la guérison mais j’ai appris quelques bases.
— Merci, ça sera déjà beaucoup.

Et elle rencontra la cheffe qui était en très mauvaise forme. Elle grogna puis referma les yeux. Elle était très affaiblie.
Alexandra en eut le coeur brisé.
L’ourse avait plusieurs blessures dues à un combat pas équitable. Plusieurs coupures sur ses extrémité à des stades différents et surtout certaines qui s’étaient infectées, sans oublier la présence de poison.
Le même poison qu’Alexandra ne pouvait pas toucher.

— Je connais une infirmière qui pourrait la soigner mais là… il lui faut de véritables soins d’urgence. Elle est vraiment affaiblie. Est-ce qu’elle mange ?
— Pas assez… elle n’a plus beaucoup d’appétit et même ses mets favoris ne l’intéressent plus…
— Elle doit souffrir énormément, je détecte la présence de poison. Je peux essayer de lui guérir les blessures superficielles mais celles avec le poison… je risque d’avoir besoin de mon mari…
— Ce n’est pas possible. Nous ne pouvons pas autoriser votre mari à venir ici.
— Je veux vraiment vous aider mais il y a une chose qui est hors de ma portée.
— Nous verrons apès, alors. S’il vous plaît.
— Je vais essayer, mais elle est très affaiblie.

L’ourse avait un éclat niché sous la peau, près d’organes vitaux et Alexandra savait que c’était ce bout de corps étranger qui posait problème pour la guérison.
Elle prévint et essaya de le retirer via la magie. Elle essayait de le déplacer précautieusement.
Un cri d’agonie retentit dans la forêt.
Alexandra resta imperturbable.

— Vous avez entendu ce bruit ?
Demanda Gabriel, qui avait fini par s’asseoir, s’avouant vaincu et ne pouvant pas s’échapper de sa prison vivante d’ours.

Les ours avaient levé leur museau puis ignoré la question de Gabriel. Ils savaient ce que c’était et comptaient sur leurs pairs pour gérer la situation.

Lorsqu’elle réussit à extirper le bout métallique magique qui suaintait de poison, elle fit bien attention à ne pas entrer en contact avec.
Elle invoqua sa magie d’eau pour nettoyer la plaie des résidus de poison, et déplaca l’eau sale loin d’elle.
Elle ne savait pas quoi faire de plus, ses connaissances étaient basiques.
Pour aider à la cicatrisation, elle utilisa alors sa propre énergie vitale. Comme la guérison n’était pas son domaine, elle n’arriva pas à doser et utilisa trop de son essence.
L’ourse cheffe reprit un peu de couleurs.
Mais ce fut au tour d’Alexandra de ne pas se sentir bien.

— Merci… humaine.
— Je… je vous en prie, c’est… vraiment pas grand chose. Vous devrez vraiment voir un vrai guérisseur pour soigner vos plaies. Ce n’est pas ma spécialité, j’ai peur d’avoir omis des détails importants-

Elle tituba et commença à avoir du mal à se maintenir droite.

— Est-ce que tout va bien… ?
Demanda une autre ourse, voyant leur invitée regarder dans le vide et se figer.

Elle essayait de faire en sorte de ne pas avoir le vertige mais la sensation était trop étrange.
Elle commença à voir les tâches qu’elle reconnut aussitôt.

— Je vais…

Elle posa une main au sol pour se stabiliser et elle sombra. Le noir.
Les ourses paniquèrent et la transportèrent dans une autre hutte. Ils retournèrent auprès de son compagnon pour le prévenir.
On l’emmena auprès d’elle et lorsqu’il la vit, son coeur fit un bond dans sa poitrine.

— Qu’est-ce que vous lui avez fait… ?!
La colère l’emporta et les ours l’immobilisèrent.

— Calmez vous, elle s’est juste évanouie, on croit…
— Lâchez moi !
— Si vous promettez de vous calmer.

Ils lui expliquèrent la situation et leur reconnaissance, il essaya de se contrôler pour ne pas s’énerver et alla à ses côtés pour l’examiner et s’assurer qu’elle n’avait rien, pour de vrai.
Elle ne resta pas inconsciente longtemps.
Allongée, elle reprit ses esprits assez rapidement et elle raisonna son époux.

— Hey…
— Hey, toi… que s’est-il passé… ?

Il la serra dans ses bras, mort d’inquiètude.

— J’ai essayé de guérir leur cheffe…
— J’ai compris…
— Comment elle va ?

— Beaucoup mieux, grâce à vous.
Une voix prit la parole pour leur répondre.

— Tant mieux alors…
— Nous nous excusons pour nos manières mais lorsqu’on a vu que vous étiez une femme, nous avons saisi notre chance. Nous ne faisons pas confiance aux hommes…
— Il lui faudra de véritables soins.
— Merci pour votre aide, nous serons reconnaissants à vie.

— Bien, est-ce que nous pouvons retourner à notre tente… maintenant ?
S’impatienta Gabriel.

— Oui bien sûr, nous pouvons également vous prêter cette hutte si vous avez moins confortable.
— C’est gentil mais nous allons retourner dans la notre.

Il aida Alexandra à se relever et se tint prêt à partir.

— Laissez nous vous raccompagner.

Il gromela mais ne refusa pas sa proposition, Alexandra lui avait donné un coup de coude dans les côtes.
Les ourses firent un signe et un ours vint vers Alexandra, et la souleva.
Gabriel ne put rien faire, il contesta mais une ourse lui expliqua que c’était la moindre des choses.
Alexandra était réchauffée par la fourrure de l’ours qui la portait, serrée dans ses bras.
Elle était comme dans un cocon douillet et le remercia lorsqu’ils furent enfin arrivés.
Il ne fit pas de commentaire, et se contenta de souffler par ses nasaux.

Gabriel revérifia qu’elle allait bien, par acquis de consicence et véxé de n’avoir pas pu s’interposer.
La nuit fut encore courte.
Le lendemain matin, alors qu’ils venaient de sortir de la tente pour la replier et chercher de quoi prendre le petit déjeuner.
Des oursons et des ours vinrent à leur rencontre avec des baies et fruits déjà préparés, sur un énorme plateau.
La cheffe, encore faible mais qui allait beaucoup mieux maintenant tirée d’affaires, les salua et les remercia à nouveau, surtout Alexandra. Elle ignora pratiquement Gabriel.
Assise sur un tronc d’arbre coupé, l’ourse s’assit sur une natte que des mâles lui apportèrent, et elle commença à discuter avec Alexandra d’égale à égale.
Gabriel posa son manteau sur les épaules de son aimée, l’embrassa sur le dessus de sa tête pendant qu’elle écoutait attentivement les explications, et alla s’asseoir un peu plus loin, près des mâles.
Ils lui expliquèrent que leur tribue était matriarcale et que les mâles étaient considérés comme inférieurs.

— Ce n’est pas le cas chez vous ?
Demanda un des ours, curieux et surpris par leur comportement.

— Non… ? Je dirais que c’est plutôt 50/50, même si techniquement, je suis à la tête du domaine… Alexandra est mon épouse et elle a au moins autant de légitimité que moi… je le pense.
— Impressionnant… nous avons rarement le choix ici… alors commander…

 

2021.02.20

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