Ciseaux

Elle créchait chez son cousin favori et il était très généreux de la laisser dormir et vivre avec lui.
Même s’il l’adorait, cela lui permettait d’avoir un oeil sur elle en tant que famille et cela rassurait ses parents.
Elle n’était pas difficile à vivre puisqu’elle était souvent dehors pour ne pas trop empiéter sur l’espace de Jasper.
Puis elle rencontra ce groupe de personnes.
Elle aimait ces gens. Ils ne la connaissaient pas mais ils l’avaient acceptée comme elle était.
Ils ne savaient pas qu’elle était une princesse ni son milieu social. Elle était elle, et elle était paumée.
Ils l’étaient tous un peu aussi, paumés, jeunes et insouciants, plein de rêves. Ils profitaient de la vie sans trop se poser de questions.
Peut-être qu’ils se posaient beaucoup trop de questions, mais ensemble, ils avaient moins peur d’affronter le lendemain. Ils n’étaient pas seuls à galérer et ne pas savoir quelle direction prendre dans leur vie.
Elle sympathisa avec beaucoup de personnes différentes.
Elle découvra l’alcool, l’ivresse de cette boisson.
La cigarette, les drogues.
Elle avait cette chance d’avoir une amie qui l’avait prise sous son aile et qui l’encadrait lorsqu’elle avait gouté et expérimenté ses premières drogues.
Elle avait beaucoup lu, alors elle savait qu’elle devait faire attention à ne pas devenir dépendante, mais elle avait essayé.
Puis, elle s’était battue.
Malgré son caractère, on ne lui en avait pas tenu rigueur et c’était devenu une petite pique, une blague qu’on racontait de temps en temps.
Le jour où l’un d’entre eux la qualifia de princesse à cause de son apparence. Plus précisément de ses magnifiques et longs cheveux blonds.
Elle se remémora d’où elle venait et ce qu’elle était réellement. En colère, elle s’était coupée les cheveux sur un coup de tête.

— Hé, la petite princesse, là !
Un jeune homme un peu éméché l’interpela.

Il n’était pas méchant, il ne pensait pas à mal, p’tre même qu’il cherchait à faire son intéressant et attirer l’attention d’Aurore.
Ses amis l’arrêtèrent et se moquèrent gentiment de lui.

— Mec, arrête, t’es pas en état…
— À ta place je tenterai rien, déjà, il y a son chien, en plus, elle est du genre à chercher la baston…
— C’est bon. Je voulais juste être gentil. C’est vrai qu’elle ressemble à une petite princesse, avec ses cheveux longs bouclés, il y a pas un conte comme ça, déjà ?
— … Tu confonds pas avec boucle d’or ? Rien à voir, en plus c’est pas une princesse dans l’histoire.
— Ah ouais…

Aurore s’était retournée vers lui et elle s’était figée.
Ses cheveux longs lui rappelaient qu’elle était une princesse ? Foutaises. Elle ne voulait pas être considérée comme telle ici.
Elle chercha des yeux quelque chose et elle vit une grande paire de ciseaux dans un recoin de bureau.
Beaucoup de choses trainaient ici, dans cette maison abandonnée.
Avec les ciseaux dans sa main, elle s’approcha du garçon, qui se mit à paniquer. Ses amis aussi.

— Wow, euh du calme, je t’ai pas insulté, pose ça !
Dit-il en levant ses mains pour se défendre et reculant lentement.

Elle s’arrêta, puis coupa ses cheveux au dessus de ses épaules, laissant ses longues bouclettes s’échouer lentement sur le sol.
La coupe était inégale, après avoir fini, en passant ses doigts entre sa chevelure pour vérifier qu’elle n’avait pas oublié de longues mèches.

— Et comme ça, je ressemble encore à une princesse ?!
Demanda t-elle en le regardant dans les yeux.

— T’es tarée ma parole.

Tous les autres personnes présentes s’étaient arrêtées et l’observaient, estomaquées de ce qu’elle était en train de faire.
Elle tourna les talons pour reposer les ciseaux à leur place et retourna auprès de son amie, qui la regarda avec un sourire mi-amusée mi-choquée.

— Tes beaux cheveux… t’es sûre que tu vas pas le regretter… ?
Demanda t-elle, avec une pointe de tristesse.

— C’est que des cheveux, ça va repousser.
Repondit-elle en haussa les épaules.

L’autre pouffa de rire.

— T’es vraiment quelque chose. C’est ta fierté ou quoi ? J’arrive pas à y croire. Tu me surprendras toujours. Qu’est ce que ta famille va dire ?
— … Mon cousin va p’tre être surpris… j’espère que mon autre cousin va pas me faire la tronche… je continue de poser pour lui pour des photos…
— Ah bah ça… tu me diras, ça te donne un certain style…

Elle esquissa un sourire crispé et passa à autre chose.

*

— Pense à ramasser et jeter le reste de tes cheveux, quand même… je sais que les lieux sont pas en super bon état mais si on peut les conserver à peu près propres et agréables…
— E-excuse moi… je le fais tout de suite !

Elle avait alors jeté ses chutes de bouclettes dorées dehors, après avoir emprunté une pelle et une brosse, elle le vida au pied d’un buisson, un peu plus loin.
Ne se posant pas plus de questions.
Son ADN ne passa pas inaperçu.
Quelqu’un tapis dans l’ombre vint récupérer les cheveux et s’en alla aussitôt, aussi discrètement qu’il était apparut.

Quelques semaines après, William était passé la voir.
Elle ne voulait pas le voir et l’ignora. Elle s’en alla de l’appartement avec Ten’ mais William continua de la suivre jusqu’au bois.
Excédée, Aurore s’arrêta dans le bois et daigna discuter avec lui.

— Tu vas me suivre encore longtemps ?!
— Et toi ? Tu vas jouer à l’adolescente encore longtemps ? Tu sais à quel point tes parents et ta famille sont inquiets ?
— T’es venu jusqu’ici pour me dire ça ? Tu te prends pour mon père ? Pour mon frère ?!
— Peut-être, parce qu’eux n’osent pas et te gâtent en te laissant faire ce que tu veux. Tu t’en rends compte, au moins ? À quel point tu as de la chance d’avoir des parents aussi coulants ?! C’est facile de fuir et de rester chez ton cousin et vivre ta vie insouciante.
— Et alors… ? En quoi ça te concerne ? Je fais ce que je veux. Tu es jaloux ? Tu souhaiterais faire la même chose ?!
— Ca me concerne parce que tu ne vois pas ce que tu deviens en faisant n’importe quoi.

En entendant les voix hausser, les nouveaux amis d’Aurore vinrent voir et ils ne comprirent pas tout de suite le sujet de leur discussion.
Certains qui n’étaient pas spécialement proches d’Aurore prirent tout de même son parti, ce qui la surprit.

— Hé… c’est qui lui… ? Il te cherche des problèmes ? Parce que si c’est le cas, on va s’occuper de lui.

William n’avait pas peur. Il fut surpris qu’elle soit aussi entourée mais il savait se battre un minimum et les entraînements dans leur monde étaient plus sévères qu’ici. Il n’avait aucune crainte à se défendre contre plusieurs humains.
Il resta neutre. Il ne souriait pas pour les provoquer et il n’avait pas peur, cela le désolait et l’attristait s’il n’était plus possible de parler avec elle.
Il aurait pu avoir la mission indirecte des parents d’Aurore de la ramener à la maison, mais ce n’était pas ça. Il s’en fichait s’il décevait ses parents, par contre il avait un lien fort avec elle. Il l’aimait et la voir se détruire ainsi lui était insupportable.
Il voulait l’aider à aller mieux et la soutenir dans ses choix, sans avoir l’impression de la perdre et qu’elle mette sa santé en danger.
Il avait eu les échos de Jasper qui lui avait raconté pour l’alcool et les drogues, et cela l’inquiétait terriblement.
Il ne dit rien et attendit qu’Aurore décide.

— Merci les gars… mais ça va aller. C’est quelqu’un que je connais… pardon pour le bruit, on va aller discuter ailleurs… et parler moins fort.
S’excusa Aurore.

Un des garçons attrapa l’épaule d’Aurore avant qu’elle ne se dirige vers William.

— T’es sûre, hein… ? Tu peux compter sur nous s’il te fait chier.
Lui dit-il en ne prenant même pas la peine de baisser sa voix.

Elle lui sourit en réponse et acquiesça.

— Oui, c’est gentil, ça va aller.

William fut à moitié rassuré lorsqu’elle vint le voir.
Ten’ la suivit et semblait heureux de revoir William.
Ils se posèrent sur une souche d’arbre tombée lors d’une tempête, certainement.
William était également content de revoir Ten’ et le câlina pendant leur discussion, avant que Ten’ ne se pose auprès d’Aurore et se repose, bercé par leurs voix.

— Bon, qu’est ce que tu veux… ?
Demanda t-elle aussitôt, boudeuse.

— … Merci de prendre le temps de discuter avec moi, déjà.
— … Ouais… fais vite, je n’ai pas que ça à faire…
— Wow, mais depuis quand tu parles comme ça… ?
— …

— Tu me détestes à ce point… ?
Demanda t-il, à demi-mot, mais son regard était sur Aurore.

Il voulait savoir le véritable fond de sa pensée. Est-ce qu’elle avait changé au point de ne plus l’encadrer.
Elle n’osait pas le regarder. Peut-être avait-elle honte au fond d’elle.
Il attrapa son menton, gentiment, pour qu’elle se tourne vers lui.

— Hé, mes sentiments n’ont pas changé pour toi. Ca me fait de la peine de te voir comme ça, tu veux pas qu’on en discute… ? Je ne suis pas là pour tes parents, mais parce que je m’inquiète personnellement. Parle moi… qu’est-ce que je n’ai pas compris ?
— … Tu ne comprendrais pas…
— Essaye… ?
— Je ne suis pas une princesse ici. On ne reste pas avec moi parce que les gens connaissent mes parents. Tu peux pas savoir à quel point ça fait du bien d’exister pour moi… on ne me juge pas pour mon statut. J’aime cette liberté…
— Est-ce que tu te sentais prisonnière avec moi… aussi ?
— Non, bien sur sûr que non ! Avec toi je pouvais être moi-même. Mais c’était une exception… j’avais constament peur d’être jugée et de ternir l’image de mes parents…

Il la serra dans ses bras. Il aurait souhaité l’embrasser mais il ne savait pas s’il pouvait se le permettre.

— Promets moi juste de prendre soin de toi…
Dit-il, dans un murmure.

— … Je sais pas ce qu’on a pu te raconter, mais même si j’ai pu goûter à de la drogue et qu’il m’arrive de boire de l’alcool, je te rassure que c’est toujours en bonne compagnie et que je reste maîtresse de moi-même… toute drogue n’est pas mauvaise… je fais très attention à ne pas devenir accro…
Essaya t-elle d’expliquer.

William écouta ses arguments avec attention avant de l’étreindre un peu plus fort.

— Ok… je te fais confiance alors. Excuse moi de m’être emporté… tu sais à quel point je tiens à toi…

Ce à quoi, Aurore préféra garder le silence
Elle se contenta de lui rendre son étreinte.

— Je crois que je n’ai plus rien à faire ici… je vais rentrer… fais attention et je vais rassurer tes parents… est-ce que tu comptes rentrer bientôt ?
— Pas tout de suite… mais oui, il va falloir… je sais que je leur dois des explications…
— Je te laisse alors. Je crois que tes amis ne m’apprécient pas trop, je ne préfère pas les recroiser…
— T’es sûr que tu ne veux pas rester un peu avec nous… ?
— Non, ça ira. Je te fais confiance. Je ne voudrais pas gâcher l’ambiance, allez, à plus Aurore !

Il s’en alla, sans demander son reste.
Lorsqu’Aurore revint dans la maison, pour rejoindre ses amis, ils la dévisagèrent et la questionnèrent.

— C’était qui ?
— Il te voulait quoi ?

Elle n’eut qu’à dire la vérité.

— C’était mon ex…
Répondit-elle simplement.

Ce qui en dit long sur le fait qu’elle ne voulait pas en parler d’avantage. La réponse était parfaite pour qu’elle n’ait pas plus de curiosités et elle ne trahissait rien en terme d’informations privées sur elle.

*

Une fois, Aurore arriva dans la maison et elle était étrangement vide.
Jusqu’à ce qu’elle tombe sur le corps endormi dans une position étrange de son amie, sur le canapé.

 

2021.04.20

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