Réconciliation

Cela faisait des semaines qu’Aurore était à l’extérieur.
Sa mère ne semblait pas inquiète, elle était avec Jasper et elle lui faisait confiance, à lui et à sa fille.
Son père était un peu plus inquiet et aurait pu aller la chercher directement si sa femme ne l’avait pas raisonné.

— Comment tu peux rester aussi calme… ?
— Elle nous avait déjà parlé de son désir de vivre en ville, qu’elle vole un peu de ses propres ailes. Elle n’est pas sans toit. Jasper est responsable.
— Mais… elle est encore si jeune !
— Non. Elle est majeure et elle n’est plus une enfant. Tu as du mal à couper le cordon parce que tu la considères encore comme ton bébé.
— Non ! … Peut-être… je suis juste inquiet. Je veux comprendre… Est-ce qu’elle nous en veut… ?
— Je ne pense pas… tu as peut-être mis trop de pression sur elle en lui disant que tu voulais qu’elle prenne la suite…
— Je sais… on en a déjà parlé… ce n’était pas mon intention, tu le sais bien…
— Quoi qu’il en soit. Elle a juste besoin d’expérimenter et d’un peu de liberté. Tant qu’elle ne fait rien de grave, laissons la prendre la distance dont elle a besoin. Pour l’instant. William est rentré l’autre jour et nous as rassuré sur ce qu’il en était, tu te souviens ?
— Si elle est en train de faire n’importe quoi, je lui passerai un savon !
— Je ne sais pas si tu es inquiet ou en colère, parfois.
— Un peu des deux. Comprends moi, on a aucune nouvelles d’elle. Elle est partie du jour au lendemain sans aucune explication.

Ils récupérèrent un message urgent et confidentiel.
Gabriel l’ouvrit, curieux de recevoir un tel courrier.
Alexandra était à ses côtés et lorsqu’ils lurent le contenu. Plusieurs fois.

— Il a dû se passer quelque chose. Tu connais le destinataire ?
— Non, mais j’ai déjà entendu parlé d’une certaine Chloé. Si je ne me trompe pas, c’est une vampire qui est installée en ville. Je vais demander à mes informateurs de me retrouver l’adresse exacte dans les archives.
— Qu’est-ce que cela veut dire… ? Est-ce que tu penses que c’est un piège ?
— … Les probabilités sont faibles, d’après mes sources, c’est une pacifique. D’où sa planque en ville. Ce n’est qu’un tout petit clan et nous provoquer n’est pas dans son intérêt.
— J’aurais bien proposé d’y aller mais tu sembles le plus qualifié… puis je pense que vous avez besoin de discuter avec Aurore.
— … J’irai demain matin, il est trop tard maintenant. Je te confierai les affaires à traiter de manière urgente et-
— Oui, ne t’en fais pas, je sais comment ça marche, depuis le temps.

Elle posa sa main sur l’épaule de Gabriel et lui adressa un sourire rassurant.

— Ne t’inquiète pas…
— Non, je ne m’inquiète pas. Si tu me dis que cette Chloé est pacifique, je te fais confiance.

*

Gabriel arriva en ville.
Il n’était pas à l’aise mais il n’avait pas le choix. Il était bien habillé : une chemise légère, un pantalon en jeans et un manteau long.
Il entra dans le bâtiment et se dirigea à l’accueil pour demander Chloé.
Vladislaw le reçut et il prévint de suite l’intéressée. Très peu de personnes étaient au courant de Chloé et la demander était chose rare.
Chloé arriva, aussi bien habillée que l’invité, elle se présenta et l’invita à la rejoindre dans un lieu plus approprié.
L’accueil n’était pas très éclairé, une lumière tamisée laissait voir les murs et le sol, mais les détails comme les visages n’étaient que peu visibles.
Gabriel ne se sentait pas en sécurité et il s’attendait à une embuscade, ou un piège. Il était méfiant.
Lorsqu’on lui dit d’attendre, il se tenait sur ses gardes.
Et il fut surprit, même s’il aurait dû s’y attendre, de voir une jeune fille à peine plus âgée que sa propre fille, le saluer et l’inviter à la suivre.
C’était perturbant. Il savait qu’elle était plus vieille que lui en terme d’âge, beaucoup plus âgée, mais son apparence physique était toute autre.
Elle vit sa réaction dans son regard, et ne put s’empêcher de sourire.
Ce n’était pas tous les jours qu’elle avait de voir cette surprise sur le visage des gens en sachant ce qu’elle était.

— Bonjour, vous êtes… le père, je présume ?
Demanda t-elle, avec sa politesse habituelle.

Elle le salua en lui tendant sa main pour la lui serrer.
Il eut un moment d’absence, ne sachant pas comment y répondre avant de tendre la sienne.
La poigne de la jeune femme était forte.

— Veuillez me suivre, nous allons discuter dans un lieu plus adapté.
Annonca t-elle.

En ouvrant la marche. Elle rassura Vladislaw qui était au guichet et emmena l’inconnu à l’intérieur, derrière la porte réservée au staff.
Il lui était étrange de voir cette personne si jeune, parler de manière si soutenue.
Lorsqu’ils arrivèrent dans la pièce ouverte qui ressemblait à un salon, il put enfin voir son interlocutrice avec une lumière plus forte, même si elle restait diffuse. Sa jeunesse était encore plus frappante.
Sa corpulence, la finesse de sa morphologie et de ses traits.
Elle le fit s’asseoir et commença à discuter plus amplement avec lui.

— C’est un honneur de vous rencontrer. Je suis Chloé, avant de commencer, est-ce que je peux vous offrir quelque chose à boire ?

Elle était confortablement installée dans le canapé et proposa cela sans arrière pensée mais son interlocuteur ne sembla pas le prendre ainsi.

— Enchanté. Gabriel. Non, merci. Est-ce que ma fille… ?

Il ne savait pas comment se comporter, il restait méfiant et sur ses gardes, observant ses alentours et se demandant si Aurore était vraiment là.

— Ne vous inquiétez pas, votre fille se repose dans une des chambres. Je souhaitais m’entretenir avec vous calmement au préalable.
Expliqua Chloé avec sa voix douce.

Gabriel resta silencieux et attendit, invitant Chloé à continuer.

— Je m’excuse pour cette invitation soudaine, c’est un des miens qui a pris l’initiative de ramener votre fille ici parce qu’elle était en danger.

Elle expliqua les détails puis montra la chambre de Nao et laissa Gabriel entrer et discuter avec Aurore.
Elle était réveillée, assise sur le lit, elle avait entendu leurs voix et elle appréhendait le moment où son père viendrait la récupérer.
Il fut aussi surpris de la voir, croyant que ce n’était qu’un piège, il avait eu tort.
Un peu gêné de ne pas savoir par quoi commencer leur retrouvailles, il s’avança un peu pataud jusqu’à elle.

— Est-ce que je peux m’asseoir à côté de toi… ?
Demanda t-il, craignant qu’elle ne refuse.

Elle acquiesça d’un mouvement de tête et se décala pour lui laisser la place.

— Bonjour, papa…
Répondit-elle, honteuse.

Elle ne savait pas de quoi exactement. D’avoir été confronté au danger où d’être partie de la maison ? Quel était le pire ?

— Bonjour Aurore… comment vas-tu… ?
— Ca va… mis à part… que tu aies dû venir jusqu’ici pour me chercher… je suis désolée…
— C’est rien, je peux prendre le temps de venir te voir, surtout si tu es en danger… ne sois pas désolée pour ça…
— Je… je suis aussi désolée d’être partie de la maison… sans rien vous dire…
— … Pourquoi tu nous as rien dit… ? On aurait pu en discuter sans que cela embête ton cousin… puis… est-ce qu’on a fait quelque chose ou dit quelque chose qui t’aurait fait penser le contraire… ?
— Non… c’est que… j’avais besoin de réfléchir… seule… pardon…
— … Maman a dit que je devais te laisser le temps, si elle ne m’avait pas raisonné, peut-être que je serai venu frapper chez Jasper et te ramener par la peau du cou sans tarder… je te dois peut-être des excuses… au sujet de ce que je t’ai dit sur la succession. Je ne voulais pas te mettre la pression. C’est vrai que je vois en toi les qualités pour et j’ai envie que tu prennes notre suite, mais ce n’est peut-être pas ce que tu souhaites. Tu es encore jeune et tu as le temps de choisir ta voie. Sache que si jamais tu le veux, peu importe quand, je serai ravi de te former.
— Merci… C’est vrai que j’ai eu peur… ça m’a fait peur d’avoir… de te decevoir… j’avais encore envie de vivre des nouvelles choses et des expériences… j avais peur de ne pas etre la fille modele que vous esperiez si je vous confiais ce que j avais vraiment envie de faire… puis… j avais besoin de faire le point…

*

Après s’être expliqués longuement dans la chambre, ils se serrèrent dans les bras.

— Est-ce qu’on rentre à la maison… ?
— Oui… je crois qu’il est temps…

Chloé était ravie qu’ils n’y ait pas de disputes et elle les laissa s’en aller.
Aurore s’inclina timidement et les remercia, elle et Nao qui n’était pas loin.
Inquiet pour Chloé, il s’était positionné en tant que garde à ses côtés et dévisageait Gabriel de manière intense et impolie.

 

2021.06.07

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