Hiatus

Elle lui en avait déjà parlé mais il avait préféré ignorer l’échéance.
Il savait qu’elle avait d’autres projets après le lycée et à l’époque, il lui restait encore quelques années devant eux pour qu’elle change d’avis.
Il ne restait que quelques mois avant le baccalauréat et il se voilait la face, il l’évitait parce qu’il savait qu’elle allait lui en reparler et il n’était pas prêt.
Il ne voulait pas l’entendre.
Il en avait discuté avec son meilleur ami qui lui avait donné de l’espoir lorsqu’il lui avait dit que leur père avait suggéré à Aurore de reprendre sa suite.
Mais elle avait refusé. Le faisant tomber de haut.
Elle n’avait pas totalement rejeté la proposition mais elle tenait à partir et elle était déterminée.
Cean ne pouvait pas faire grand chose pour son ami bien trop amoureux.
Il ne pouvait pas l’ignorer infiniment et elle réussit, avec mal, à se retrouver avec lui dans sa chambre, elle avait débarqué chez lui à l’improviste et elle avait fermé la porte derrière elle pour lui parler.

— Salut…

Elle avait les mains derrière son dos, ne sachant pas trop comment amener le sujet sans le blesser.

Il n’avait pas daigné répondre, il était assis à son bureau, en train de finir de rédiger quelque chose et lorsqu’il la vit pénétrer dans sa chambre, il serra son crayon un peu plus fort entre ses doigts.
Quelque chose en lui se crispa, une once de colère et surtout, de la crainte.
Il ne savait pas comment gérer ces nouvelles émotions.

Elle s’était assise sur son lit, et l’invitait à venir à côté d’elle pour commencer la conversation.
Elle le connaissait et elle n’osait pas parler mais il n’allait pas l’aider. Il fallait qu’elle le fasse.
Voyant qu’il ne bougeait pas de sa place. Elle prit une inspiration.

— Je sais que tu m’évites depuis un moment… mais il faut qu’on en discute… je ne veux pas partir comme ça…

— Pourtant, c’est ce que tu vas faire.
Son ton était dur, sec, empli de reproches.

Elle se crispa, elle ressentait sa colère et elle avait peur. Peur que sa rage éclate. Mais elle ne pouvait pas le laisser dire n’importe quoi.

— C’est ce qu’on avait convenu. Tu te souviens ? Quand on s’est mis ensemble… ?
Elle essayait de rester calme, rationnelle, lui rappeler.

— Les choses ont changé. Tu ne penses qu’à toi !
Il avait tapé du poing sur la table.

— Arrête… tu crois que ça me fait plaisir de te quitter ?
— Dans ce cas, reste.
— Ce n est pas aussi simple que ça… !
— Si, ça l’est.
— Et toi, tu ne penses pas qu’à toi, en me demandant ça ?! Si je ne fais pas ça maintenant, je n’aurais peut-être pas l’occasion de le faire plus tard ! J’ai besoin de savoir ces choses, expérimenter…

Il s’était tu.

— Puis… je ne te demande pas de m’attendre. J’ai mon idée sur les relations à longue distance et j’y crois pas. Sois heureux avec quelqu’un d’autre…

Elle tremblait, les larmes lui venaient aux yeux, même si c’était sa décision, elle l’aimait encore, même s’il était énervé contre elle en cet instant précis. Cela lui brisait le coeur de tirer un trait sur leur relation si particulière, passionnelle, fusionnelle.

— Je ne te comprends pas… si tu m’aimes encore.. pourquoi me quitter… ?
— Parce que ce n’est pas juste. Je ne peux pas te garder pour moi alors que je ne serai presque plus là…
— Je m’en fiche… rien que de savoir que tu reviendras…
— C’est ce que tu dis maintenant. Je n’y crois pas. Tu finiras par être frustré de mon absence.

Il se retourna et il la vit, les yeux mouillés.
Elle s’était promis de ne pas pleurer mais c’était trop dur.
Quelque chose dans son coeur se resserra et il se leva.
Il était encore en colère mais il ne pouvait pas la laisser en pleurs sans rien faire.
Elle se forçait à sourire tout en essuyant ses larmes qui continuaient à s’écouler sur ses joues.
Il hésita un instant et s’approcha d’elle, la prit dans ses bras.

— Regarde dans quel état ça te met…
Se moqua t-il gentiment, en la serrant fort contre lui.

— Tu crois toujours que ça me fait rien… ?
Sanglotait-elle, avec un éclat de rire dans sa voix.

— Je n’ai pas envie que ce soit fini entre nous…
Avoua t-il.

Il recula et la regarda dans ses yeux.

— Je t’aime tellement… je ne veux pas que tu partes… mais je sais que je ne peux pas te forcer…

Il passa ses mains derrière sa tete, dans les cheveux d’Aurore, et il l’embrassa sur ses joues, sur son front, sur le coin de sa bouche, dans le cou.
Ses baisers étaient sensuels, avec fougue et passion.

— Regarde… à quel point je t’aime…
Dit-il tout en continuant à l’embrasser jusqu’à trouver ses lèvres et coller les siennes dessus.

Il la bascula sur son lit.
Il la surplombait.

— Moi aussi… mais…
— Je sais… ça me brise le coeur mais parfois j’oublie à quel point tu es plus jeune que moi… tu as des projets, des rêves… je suis égoïste parce que je te veux pour moi. Que tu restes à mes côtés…

Il avait réussi à exprimer une partie de ce qu’il ressentait.
Elle était émue et elle l’attrapa par le col pour l’attirer à elle.
Et ils firent l’amour.

— Je t’aimerai toujours.
Avait-il murmuré. Dans un souffle, après l’effort.

— Moi aussi…

— Tu seras toujours la bienvenue ici… surtout si c’est pour te rouler sous mes draps.
Dit-il en souriant comme un idiot.

Elle le repoussa.

— Ça serait vraiment horrible de ma part de te garder en plan cul et t’empêcher de trouver une autre relation…
Bouda t-elle. Véxée.

— Et si c’est moi qui te le demande… ? Tu sais… je ne pense pas réussir à t’oublier, ni me mettre avec quelqu’un d’autre… ça va être dur de trouver quelqu’un à ta hauteur…

Elle rougit jusqu’aux oreilles.

— Et puis, il nous reste encore un peu de temps avant que tu prennes ton envol…

*

Il était inquiet, plus que son propre frère.
Est-ce qu’elle savait se défendre ?
Quels étaient les dangers de la ville ?
Et il apprit pour le travail qu’elle prit.
Il était vert de rage.
Cean avait dû le calmer.

— Comment tu peux rester aussi calme ?
— Elle sait ce qu’elle fait. Elle est venue en parler aux parents tout de suite et elle avait de bons arguments. Le lieu est propre, les gérants ont l’air d’être des gens biens, bref, Hélène et Alain ne sont pas loin du lieu de travail.
— Je suis…
— Jaloux. C’est ça ?
— Ça doit être ça… qu’elle montre son corps à tous ces gens… !
— Je te signale que c’est un peu de ta faute si ma soeur est aussi… dévergondée…

Cela n’arrangeait rien. Il prit ses cheveux dans ses mains et Will’ semblait être en train de lutter intérieurement.

— Je crois que t’es même plus inquiet que mes parents.
Se moqua t-il, en riant doucement.

*

Il crut faire une attaque lorsqu’il apprit pour l’incident.
Aurore s’était faite poignarder et elle était hospitalisée.

— Rassure-toi, elle va bien maintenant.

Cean lui avait tout de même dit et partageait son inquiétude mais voir son ami blême l’avait fait sourire.
Will’ avait alors prit des jours pour aller voir Aurore et l’accompagner en ville.
Depuis le temps qu’elle lui en parlait, il avait envie de voir.
Elle était venue lui rendre visite parce que son frère lui avait rapporté à quel point il était inquiet.

— Surprise !
Elle avait débarqué à l’improviste et William l’avait inspectée tout en lui demandant si elle n’avait mal nulle part.

— Mais t’inquiète pas, je vais bien… maintenant.

Elle ne pouvait s’empêcher de sourire. Il était attentionné et beaucoup trop inquiet.
Elle lui montra la cicatrice sur son ventre qui était déjà en train de disparaitre.

— Ma mere en a une beaucoup plus impressionnante.
Dit-elle. Presque un peu déçue.

*

Il rencontra alors celui qui avait sauvé Aurore en appelant les secours et il eut tout de suite des étincelles dans leurs échanges de regard.
William marquait son territoire et voyait que cet inconnu regardait un peu trop intensément sa petite protégée.

— Il a un crush sur toi.
— Qui ?
— Vlad. Ton pote là.
— Arrête, tu en vois partout… ça en devient ridicule…

*

— William… c’est ton petit ami… ?
— … Hein ? Euh… non, c’est un ami.. d’enfance… enfin on est sorti ensemble mais on a rompu…
— J’imagine que c’est toi qui a rompu.
— Pourquoi tu dis ça ?
— La manière qu’il a de te regarder et de te parler. Ca crève les yeux. Il est encore amoureux de toi.
— … Comment tu peux en être aussi sûr ?
— Parce que je le comprends.

*

Effectivement, son père n’avait pas pu cacher sa surprise et sa joie.
Il la serra dans ses bras et était heureux.
Aurore était un peu d

 

2020.11.26

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