Bagarre

— Vas-y frappe. Frappe moi encore si t’as des couilles !
Avait-elle crié.

Elle était déjà abîmée, les cheveux en batailles, courts, de manière désordonnée, elle était animée par une certaine rage qu’elle-même ne comprenait pas et elle provoquait son adversaire.

— Aurore, ça suffit, tais toi…
Lui disait une jeune femme qui la retenait d’un seul bras.

Elle était inquiete et voulait éviter que cela dégénère mais la jeune fille blonde ne voulait rien entendre.
En face, plusieurs garçons essayaient de raisonner leur ami.

— Arrête, laisse la, elle sait pas ce qu’elle dit.

Le jeune homme était peut-être trop fier pour la laisser s’en tirer ainsi, l’alcool n’aidant pas, les témoins non plus, il n’allait pas se laisser insulter ainsi.
Puis il y avait sa manière de le regarder dans les yeux, son regard de défi, l’air de lui dire qu’il ne serait pas capable de la frapper encore une fois.
Qu’est ce qu’il craignait ? Semblait-elle lui dire, avec son sourire narquois.
Il se dégagea de l’emprise de ses amis et fit signe que c’était bon. Qu’il avait compris le message.
Puis il prit un dernier élan pour s’avancer vers elle et lui cogner la joue avec son poing.
C’était si agréable, il en avait tellement envie et cela le soulageait de pouvoir lui en coller une pour lui fermer son clapet.

Le monde s’arrêta un instant et les regards des différentes personnes aux alentours virent la scène au ralenti.
Aurore se prit une droite sur sa joue gauche et elle finit à terre avec l’impact, sonnée.
Elle resta au sol, et elle sourit.
La jeune femme aux cheveux noirs s’approcha d’elle et jeta un regard noir au garçon qui était déjà en train de partir, un sourire satisfait sur son visage.

— T’es vraiment qu’un connard.

— C’était ce qu’elle voulait.
Répondit-il sans même se retourner, en haussant les épaules.

Ses amis s’écartèrent et désapprouvaient sa dernière action.

— Mec, tu n’avais pas besoin de faire ça…
— Tu sais qu’elle a juste un peu trop bu.
— Je veux rien savoir, c’est elle qui m’a demandé, maintenant laissez-moi tranquille.

Aurore souriait. Elle était sonnée, elle ne se sentait pas de se relever tout de suite. Son cerveau traitait les informations au compte goutte avec l’alcool qu’elle avait ingéré. Elle était contente de recevoir ce dernier coup. Jamais on ne l’avait frappée de cette manière et c’est comme si elle avait besoin de ça pour s’arrêter. Pour comprendre qu’elle avait fait une erreur, qu’elle méritait ce dernier coup.

—Ca va… ? Comment tu te sens ? Tu peux te relever ?
La voix chaleureuse à ses côtés la tira de ses pensées.

— Hmm… oui, ça va… attends juste un peu…

Le gout métallique du sang dans sa bouche, elle n’osa pas toucher son visage mais la sensation qu’elle avait sur sa peau, une légère brûlure, était assez explicite pour qu’elle se rende compte qu’elle était blessée et pas qu’un peu. Il n’y était pas allé de main morte et elle rit d’elle-même, silencieusement.
Les mains de son amie l’aidèrent à garder l’équilibre et lui donner la force de se remettre sur pieds, d’être un peu plus digne.

— Merci…
Elle lui adressa un sourire gêné et elles se dirigèrent vers un canapé.

— Attends-moi, je reviens avec une trousse de soin.

Elle grimaça lorsqu’on lui appliqua de l’alcool sur la peau.

— Je suis désolée…
Murmura t-elle, coupable.

— Pour quoi ? Pour ça… ? Oh ! Ne t’en fais pas. Vraiment. Il y a déjà eu pire ici. C’est rien ça.
La brune la rassura et sourit tout en continuant à lui désinfecter ses plaies.

Elle n’osa pas demander ce qui avait pu bien se passer ici de pire, et se tut. Ten’ était revenu à côté d’elle.
Elle lui avait ordonné de ne pas intervenir et il avait chouiné, impuissant. Elle le caressait tout en se crispant à chaque fois que le coton qui était imbibé d’alcool touchait sa peau.
Un des amis du garçon qui l’avait frappée vint la voir.

— Excuse le, il est comme ça quand il boit un peu trop…

Il était sincèrement désolé du comportement de son ami.
Aurore lui rendit un sourire aussi sincère que possible. Sa réaction la faisait sourire parce qu’elle savait qu’elle l’avait cherché et qu’elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même.

— C’est pas à toi de t’excuser, puis je suis tout autant fautive… j’ai bien mérité ma raclée.
Dit-elle le sourire aux lèvres.

— Ne fais pas trop la fière. Je n’aurais jamais pensé que tu ailles aussi loin, t’es vraiment pas possible… qu’est-ce que tes parents vont dire lorsqu’ils vont te voir dans cet état…
La jeune femme la rappela à l’ordre et soupira.

— … Ah ça… je vis chez mon cousin donc ça devrait aller. Mes parents n’auront pas à voir ça…
Sa bonne humeur s’effaça.

Après avoir demandé l’heure, elle se dit qu’il était temps pour elle de rentrer. Elle culpabilisait encore d’avoir dégradé la bonne ambiance même si on la rassurait du contraire. Elle n’était plus aussi à l’aise et il commençait vraiment à se faire tard.
L’alcool et la petite altercation l’avaient fatiguée et si elle ne bougeait pas d’ici, elle savait qu’elle allait s’endormir dans un coin.
Sa tête tournait un peu mais elle était sur le point de désoûler, elle mit énormément d’efforts à se lever sans tanguer ni trébucher.

— Tu es sûre ? Tu pourrais rester encore un peu.
— Oui… merci, mais je pense que j’en ai assez fait pour aujourd’hui…
— Tu veux pas qu’on te raccompagne ? Le soleil est en train de se coucher et j’aurais peur que tu te perdes.
— Non non, vraiment. Je connais le chemin et j’ai Ten’ avec moi. Je risque rien.

Son interlocutrice soupira.

— Je peux te raccompagner sinon.
— Non, reste là. C’est gentil mais ça va aller.

Elle tenta d’écourter la conversation et partir le plus rapidement possible.
Saluant rapidement ceux qui restaient, qui lui jetèrent un regard rapide ou juste un signe de main pour lui dire au revoir.
Elle avait besoin d’air frais.
Entre la douleur de sa petite bagarre, son alcoolémie alors qu’elle était pratiquement à jeun, et la fatigue, elle n’était pas au meilleur de sa forme, mais la température extérieure et la légère brise de début de soirée lui étaient agréable.
Elle prit une grande inspiration et elle marcha, Ten’ ouvrant la marche.
Elle aurait pu rentrer directement mais elle se dit qu’il était préférable qu’elle désaoule avant.
Puis elle avait envie de se balader encore un peu dehors, seule, à réfléchir et profiter du calme ambiant.
Ten’ s’arrêta net.
Ce qui l’interpela c’est qu’il trottait normalement et ses pas s’arrêtèrent abruptement, et elle reconnaissait l’attitude de son animal.
Il y avait quelqu’un.
Elle le rappela à elle, parce qu’elle ne savait pas qui c’était et il aurait mieux fallu que Ten’ n’agresse personne, et surtout pas un passant.
Elle le calma et l’incita à ne pas grogner. C’était malpoli.

— Il y a quelqu’un… ?
Demanda t-elle, sur ses gardes.

Elle avait senti la présence de quelque chose mais comme la supposée personne ne semblait pas se manifester, elle était dans le doute.
Elle sentait le danger. Elle n’était pas certaine mais cela pouvait être dangereux et même avec Ten’, elle devait être prudente. Elle tentait de garder une certaine contenance et ne pas montrer qu’elle avait peur.
Elle entendit le bruit d’un froissement de feuilles et de branchages qu’on déplacait puis elle vit l’ombre se dégager et apparaître devant elle.
Une ombre d’apparence plutôt humaine.

Il avait fini par sortir de sa cachette, même si cela n’en était pas vraiment une. Il ne pouvait plus passer inaperçu maintenant que l’animal avait senti sa présence.
Il ne cacha pas sa mauvaise humeur et il lâcha un soupir exaspéré en se dévoilant.
C’était un jeune homme, ou plutôt un adolescent d’origine asiatique, les cheveux en bataille et mi-longs, lui retombant sur le devant du visage.
Et il était vraisemblablement de mauvaise humeur.

— Salut… ?
Dit Aurore, pour engager la conversation.

Elle ne savait pas comment réagir face à cet adolescent, qui n’avait pas l’air majeur.
Son attitude l’avait quelque peu dérangée. Il venait clairement de claquer de la langue, d’exaspèrement, même si c’était fait de maniere discrète, elle l’avait entendu, et il trainait des pieds, comme s’il aurait préféré ne pas être découvert.
Qu’est ce que cela pouvait signifier ?
Est-ce qu’il comptait l’effrayer ?

— … Salut…
Repondit-il en regardant ailleurs. Il n’avait pas envie de parler ni rester ici.

— Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu t’es perdu… ?
Demanda t-elle, voulant être amicale.

Ce n’était pas le meilleur moment pour elle, qui etait en train de désaouler mais elle fit de son mieux.

— Et toi ? Tu fais quoi ici ?
Rétorqua t-il, sur la défensive, presque agressivement.

— Comme tu peux le voir, je promène mon chien…
Mentit-elle.

Sa réponse tenait. Elle ne savait pas s’il connaissait l’endroit où ses amis faisaient la fête, et elle préferait jouer l’ignorante que de dévoiler quelque chose qui ne devait pas l’être.

Il jeta un regard noir à Ten’ et revint sur Aurore, pas convaincu par sa réponse mais il n’avait pas d’autres idées sur sa raison dans les bois, et il haussa les épaules, attendant impatiemment de pouvoir s’extirper de sa compagnie.

— Tu ne m’as pas répondue, tes parents savent que t’es ici ? Si t’es perdu, je peux te raccompagner à la sortie. Je m’y rendais de toute façon.

— Mes parents ?! Tu crois que j’ai quel âge ?
Il se sentit insulté et il haussa un peu sa voix, laissant éclater son agacement.

— … L’âge de pas traîner dehors tout seul, et surtout pas à cette heure-ci…
— Regarde toi ! T’as pas l’air plus âgée que moi !
— Je suis majeure !
— Moi aussi !

Elle n’avait pas la tête à se prendre le choux avec un jeune et un silence était revenu, où les deux inconnus se jaugeaient sans rien faire, puis elle décida de continuer son chemin et l’ignorer.
Elle eut un moment d’absence, certainement dû à l’alcool, mais elle sentit le sol se dérober sous ses pieds, ce qui n’était pas possible. Elle posa sa main sur un arbre, n’importe quel support qui pourrait l’aider à ne pas tomber, puis. Elle sombra.
Elle ne se sentait pas bien et des tâches étaient apparues sous ses yeux avant que tout ne s’éteigne.
Elle se crut dans un rêve.

Il la vit faillir et la seconde d’après, alors qu’ils étaient éloignés de quelques mètres, il était près ‘elle, à la maintenir. Il n’était pas inquiet mais juste blasé, et cela l’embêtait qu’il doive intervenir pour cela.
Le chien était prêt à se mettre à aboyer lorsqu’il vit sa maîtresse dans ses bras.
Le jeune garcon le fit taire d’un regard, et parla.

— Rassure-toi, je ne vais pas la dévorer. Ne t’avise pas d’aboyer ou c’est toi va servir de proie.
Sa voix était glaciale et on aurait pu voir des flammes dans ses pupilles.

Il était exaspéré.

— Pourquoi ça n’arrive qu’à moi ? Je voulais juste me promener tranquillement et je tombe sur une gamine qui empeste l’alcool et vu comment elle est fine, elle doit certainement être à jeun.

Il leva les yeux au ciel et se mit à converser tout seul, pour l’aider à extérioriser sa mauvaise humeur.
Il l’attrapa dans ses bras et la posa délicatement au sol sur ses genoux et il retira son blouson pour la recouvrir.

— Ne me regarde pas comme ça, personne n’irait boire du sang d’aussi mauvaise qualité. Tu ferais un meilleur choix.
Ajouta t-il en direction du chien qui ne semblait toujours pas rassuré de sa présence.

— Je ne vais rien te faire non plus. Elle m’a totalement passé l’envie de quoi que ce soit. Ta maîtresse. J’espère qu’elle va se réveiller bientôt parce que je n’ai pas que ça à faire que de la veiller jusqu’au petit matin.

Elle entendait un bruit de fond, des paroles mais elle n’en comprenait pas entièrement le sens.
Elle était dans une sorte de brume et toute l’énergie dans son corps s’était envolée.
Elle se sentit enveloppée d’une douce chaleur minime et ses sens lui revinrent petit à petit.
Lorsqu’elle reprit ses esprits, elle fut extrêmement surprise de se retrouver sur les genoux du garçon, avec quelque chose sur elle.
Ten’ était à ses côtés également mais semblait effrayeé par l’inconnu.

— Ah… merci… ?
Réussit-elle à prononcer, encore à moitié dans les vapes.

— Ah, c’était pas trop tôt. Bon si t’es réveillée, bouge de là et rentre chez toi.

Elle était en train de penser que cet individu n’était peut-être pas si méchant mais aussitôt qu’il ouvrit la bouche, elle put balayer sa gentillesse d’un grand revers de sa main. Elle avait maintenant envie de le frapper.
Si seulement son état lui permettait.
L’effet fut immédiat. Elle se releva aussitôt, et lui rendit son manteau. Elle n’avait rien d’autre à ajouter, à ce désagréable personnage.

— Fais gaffe sur le chemin, gamine.
Dit-il, avant de se retourner et partir.

— Toi-même, gamin !
Dit-elle, un peu trop fort, rouge de honte et de colère, jusqu’aux oreilles.

Sur le retour, elle fulminait.

— Tu te rends compte ? Ce petit a l’air prétentieux… tellement énervant !

Elle parlait toute seule et à la fois en s’adressant à Ten’ qui ne pouvait pas lui répondre.
Elle rentra chez Jasper et se coucha aussitôt après s’être brossée les dents et s’être lavée.
Elle se jeta sur le canapé et s’endormit presque aussitôt.

Lorsque Jasper rentra, il était déjà tard et il dut allumer la lumière dans l’entrée. Il remarqua Aurore et tenta de ne pas faire trop de bruit.
Il revenait de soirée aussi.
Il était soulagé qu’elle soit rentrée dormir. Il lui arrivait de découcher et cela l’inquiétait qu’elle n’ait pas de bonnes fréquentations mais elle était grande, après tout.
Ten’ leva une oreille puis se rendormit.
Jasper enleva son manteau et ses chaussures, et passa voir sa cousine de plus près.
C’est à ce moment là qu’il remarqua les blessures sur son visage.
Et même si elle s’était lavée, une odeur d’alcool et de cigarette légère l’imprégnait.
Une panique l’envahit. Il était dépasé par cette situation.
Il avait assuré à sa tante qu’il prendrait soin d’Aurore mais en réalité, elle faisait ce qu’elle voulait et il ne pouvait pas la fliquer. Il avait confiance en son sens des responsabilités pour qu’elle ne se mette pas en danger ou dans des situations périlleuses.
Son coeur se ressera et il sortit son téléphone pour appeler quelqu’un : Cean.

— Allô ? C’est qui… ?
Une voix à moitié endormi répondit.

— Excuse-moi de t’appeler aussi tard, c’est Jasper. C’est au sujet d’Aurore.
— … Il est quelle heure… ? Oh…

Les yeux plissés, Cean regarda l’heure sur son téléphone.

— Est-ce que tu peux venir… ? Maintenant ?…
— Euh… laisse-moi le temps de m’habiller, j’arrive.

Chez Jasper.

— Salut…
— Désolé d’avoir bouzillé ta nuit..
— C’est rien, si tu me dis de venir c’est que c’est important.
— Oui… suis moi…

Ils quittèrent le pas de la porte où ils chuchotaient, pour entrer dans l’appartement et après avoir refermé derrière, ils purent parler de manière normale, tout en faisant attention de ne pas parler trop fort.
Jasper l’emmena dans le salon où une petite lumière tamisée éclairait doucement la pièce, puisque Aurore dormait dans le canapé.
Elle dormait à poings fermés, épuisée et surtout saoule.
Il était probable que la lumière ne la réveille pas, ni le son de leurs voix.

— Je suis rentré de ma soirée, elle était déjà comme ça. Je sais pas si tu peux le voir…
— Si… elle s’est battue ? Puis…

Il s’approcha un peu plus d’elle pour sentir.

— Elle sent l’alcool… ?
— C’est ce que je me suis dit.

— Je sais qu’elle est en âge de boire… et elle est grande mais… qu’est-ce qu’on peut faire pour qu’elle arrête de faire n’importe quoi…
Soupira Cean, profondément affecté par l’état de sa soeur.

— Je ne sais pas… j’ai préféré t’en parler à toi en priorité… je ne suis pas sûr qu’en parler à tes parents soit productif… autant ta mère, je sais qu’elle peut prendre ça calmement… mais ton père, j’suis désolé mais je le vois totalement s’énerver et à vrai dire, il me fout les jetons.
— T’as bien fait… tu as bien raison… mon père risque de venir jusqu’ici la ramener de force à la maison, si jamais il l’apprend… pourquoi elle fait ça… ? Est-ce qu’elle t’en a parlé… ?
— Non… pas encore… je voulais pas la brusquer et attendre qu’elle m’en parle d’elle-même, mais là… j’ai préféré te demander quoi faire, ou au moins te prévenir de la situation.
— Merci… je vais voir ce que je peux faire. Je vais p’tre en toucher deux mots à William. Peut-être qu’il pourrait lui faire entendre raison, lui.
— Son ex ?
— Oui, et un très bon ami à moi.
— D’accord… donne-lui mon contact si jamais il a besoin.
— Merci.
— Et Hélène ou Alain ?
— Non… ils ont déjà beaucoup à faire avec leur boutique. Je sais qu’ils sont au courant mais je ne veux pas les embêter avec ça. On en a discuté ensemble déjà. On a décidé de laisser Aurore faire. Elle a fait exprès de laisser son téléphone à la maison. C’est qu’elle a besoin d’être seule et qu’elle ne cherche pas à discuter. Pour l’instant… je crois…
— Je vois…
— Enfin, bref. Merci encore de prendre soin d’elle. Tu nous diras ce qu’on te doit pour… tout ça.
— T’es fou. Tu me dois rien. C’est tout à fait normal. On est de la même famille et tu vois bien que je suis loin d’être dans la merde financièrement.
— Mais, elle doit bien manger ou faire quelques dépenses ?
— Je ne veux pas en entendre parler. Puis, à manger pour un ou pour deux, c’est du pareil au même. Elle n’est même pas dépensière. Elle m’emprunte des vêtements et elle avait apparemment ramené quelques changes.
— … Vraiment merci. Je te revaudrai ça.
— C’est vraiment la moindre des choses et t’en fais pas.
— … Tu me tiens au courant ? Je vais y aller alors…
— J’suis vraiment navré que tu aies dû faire le trajet juste pour ça… mais j’avais besoin de ton avis.
— Non, tu as bien fait de m’appeler. On va rien dire pour l’instant. Elle a juste passé une bonne soirée… et je vais en parler à William. C’est lui qui la connait le mieux je pense…

*

Nao rentra particulièrement de mauvaise humeur.

— Cette fichue gamine !!

On l’entendit arriver de loin et une jeune femme l’accueuillit, amusée.

— Qu’est-ce qui t’arrive encore ?
La rousse aux cheveux bouclés attachés en queue de cheval, l’interpela.

— Rah, rien.. juste une gamine qui m’a manqué de respect et qui m’a parlé comme si j’étais un gamin ! Tu te rends compte ?!

— D’un autre côté… dur de lui en vouloir, tu en as l’apparence…
Dit-elle tout en le regardant de haut en bas.

Il retira son parka et se mit à l’aise.
C’était un endroit sombre et des petites lueurs rougeâtres éclairaient les coins des pièces.
Ils étaient dans la partie privée réservée au staff.

— C’était plutôt elle la gamine ! J’aurais pu l’éviter mais elle avait un chien qui a sentit ma présence, quelle nuit de merde. Ca m’a totalement coupé l’envie de chasser.
— Ah, mais c’est pour ça que t’es de si mauvaise humeur ?
— Moque toi… qu’est-ce qu’elle ma foutu en rogne.
— J’aurais aimé être là pour observer comment elle t’a parlé. J’suis sure que c’était pas si dégradant. T’es toujours trop susceptible, aussi…
— C’est pas toi qui est bloqué dans ce corps d’enfant…
— C’est vrai… mais c’est ce qui fait que tu es si mignon !

Elle s’approcha de lui pour le serrer dans ses bras et le décoiffer de plusieurs mouvements de sa main sur sa chevelure.
Il eut un moment d’hésitation entre éviter la confrontation et se laisser faire. Il ne lutta pas longtemps et elle était en train de l’enlacer dans ses bras.
Il soupira et attendit simplement qu’elle s’arrête.

*

Une jeune fille plutôt fine aux cheveux longs noirs attachés en chignon tressé, passa par là.

— Chloé !
La rousse lâcha sa proie et salua chaleureusement la brune habillée d’une robe longue sombre.

Le jeune s’inclina respectueusement.

— Flora, Nao. Que se passe t-il ici ? Je vous ai entendu de l’autre bout du bâtiment.
Elle les salua amicalement.

— Pardon Chloé… je…
— Juste Nao qui râlait encore.

Haussa t-elle les épaules en lui coupant la parole.
Chloé esquissa un sourire et jeta un regard attendrit au jeune garcon qui ne savait plus où se cacher, honteux.

— Et je peux savoir le sujet de son mécontentement ?

Elle avait une voix douce et presque cristaline, mais sa manière de parler était distinguée, comme venu d’un autre temps. Elle semblait curieuse de l’objet de discorde. Elle s’arrêta devant eux et les interrogea.

— Son apparence, comme d’habitude quoi.

Il aurait voulu lui sommer de se taire mais il réagit trop tard et elle prononça ces mots avant qu’il ne puisse faire quoi que ce soit. Il était confus, et regarda ses pieds.
Son attitude arrogante et désinvolte laissait place à celui d’un enfant timide et prit sur le fait.

Elle le vit et son sourire s’effaça lentement. Elle était consciente de son complexe et elle ne pouvait rien faire pour cela. À part être désolée.

Et le fait de la voir dans cet état le chagrinait tout autant. Il ne voulait pas l’inquiéter de cette manière. Ni être l’objet de son embarras.
Et comme d’habitude il savait ce qu’elle allait dire.

— Je suis désolée…

Elle serra ses poings, discrètement. Elle fronça légèrement des sourcils, signe de sa profonde compassion et tristesse. De son impuissance pour l’aider. Une mimique imperceptilble pour certains mais pas pour lui. Il la connaissait par coeur.
Et comme à chaque fois, il la rassurait.

— Ce n’est pas de votre faute…
Il se mordit la lèvre. Il avait horreur de cette situation.

Flora se rendit compte du malaise et changea de sujet.

— Au fait, je peux venir dans ta chambre ce soir ?
Demanda t-elle à Chloe d’une voix chantante, et enjouée.

— Tu peux, mais je ne serai pas là.
Répondit-elle en lui rendant un sourire complice.

— Oh non, c’est ce soir ?
— Eh oui, je m’en vais d’ici quelques heures, le temps de régler quelques détails ici. Je vous laisse le reste. C’est d’accord ?
— Oui bien sûr, on se chargera du reste. Pars tranquille !
— Merci Flora. Si il y a le moindre souci, tu m’appelles. Je rentrerai au plus vite.

Elle fit un signe de main puis inclina doucement sa tête en direction de Nao avant de repartir dans une autre direction.

— Il faut que tu te décoinces, Nao…
— Et toi, comment tu fais pour lui parler comme ça ? T’as pas l’impression de lui manquer de respect ?!

— Qu’est-ce que tu racontes ? Depuis le temps, on forme une famille. Il faut que tu arrêtes de te prendre la tête comme ça. Même Vlad’ est moins coincé que toi alors qu’il est arrivé plus tard.
Dit-elle exaspérée.

— C’est pas pareil… il la veut pour lui tout seul.
— N’importe quoi, arrête d’être jaloux comme un poux, et enterre cette rancoeur que t’as envers lui. T’as vraiment un problème avec ça. Il l’a prit son rateau et ça fait déjà une dizaine d’années alors tourne la page. Il n’y a plus que du respect pour Chloé et peut-être un amour mais pas celui d’un amant. On est pas tous comme toi.
— C’est pas vrai. Je ne suis pas amoureux… je souhaite juste la protéger… pour la remercier de ce qu’elle a fait pour moi, de m’avoir sauvé… mais de quoi j’ai l’air avec mon corps de mioche… à côté d’elle ? Je voudrai juste avoir l’air plus grand, plus fort, plus musclé… tout ce que j’ai, c’est ce corps frêle et sans forme. Qu’elle puisse compter sur moi.
— … Elle nous a tous sauvé. Tu n’es pas l’exception. Nous aussi on veut lui rendre la monnaie de sa pièce. Mais ce n’est pas pour ça qu’elle nous a aidé. Tout ce que moi je peux faire, c’est l’aider et me rendre utile. Tant que je me plais à ses côtés, je reste. Sinon je suis libre de partir. Tout comme toi. Elle ne nous a jamais obligé à rester auprès d’elle, tu le sais non ?
— Oui…. et tu dors vraiment avec elle… ?
— Bah oui. Pourquoi ? Oh, tu aimerais bien aussi ? Fais pas ton timide. T’as qu’à lui demander.
— T-tcrois vraiment que ça suffit pour qu’elle accepte ?!
— C’est ce que je fais. J’suis sure que ça lui ferait plaisir en plus. Essaye, tu seras fixé. Par contre, elle est pas dispo tout le temps.
— Je sais… c’est ce soir qu’elle va le voir…
— Oui. J’avais oublié. J’ai rien contre lui mais c’est comme ça.
— Ce vieux croulant… je ne sais pas ce qu’elle lui trouve.
— Là, c’est toi qui manque de respect. Ca reste son maître.
— Mouais… en vrai j’dois être un peu jaloux. Il est tout ce que je ne suis pas, physiquement, et ça m’énerve… qu’il reste dans son château de merde à rien faire. Je sais pas comment il fait pour pas se faire chier.
— T’es médisant. Tu sais très bien que c’est un domaine qu’il gère et qu’il y a des dossiers à traiter que tu n’imagines pas. Je sais que tu n’y es pas allé souvent mais c’est un endroit plutôt agréable. Okay, c’est un peu vieillot mais ça a son charme. Chloé y a passe un bon bout de temps avant de venir s’installer ici.
— Elle a eu l’intelligence de partir, oui.
— Bref, c’est un papi un peu sévère mais il ne faut pas le sous estimer.
— … Il ne m’a jamais vraiment accepté…
— … C’est ce que tu crois.
— Tu sais pas mentir. Je le sais… j’ai déjà entendu des bouts de conversation entre elle et lui. Je sais qu’il s’est toujours méfié à cause de mon « âge ». Je sais aussi à quel point elle m’a défendu. Il voulait me tuer, tu sais ?
— … Oui… je suis désolée que tu aies dû entendre ça. Pour tout t’avouer, j’étais pas confiante non plus, et j’aurai été la première à te détruire si jamais tu avais tenté quelque chose contre Chloé…

— Et tu aurais eu raison.
Il sourit.

— Mais… je pense qu’il a finit par t’accepter, depuis le temps. Tu n’es plus un « nouveau né ».
— Merci d’essayer de me réconforter… mais bref, on va attendre qu’elle rentre de son séjour là bas. T’as besoin de moi pour des trucs à faire ?

 

2020.12.22

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