Duncan

Cela faisait que quelques jours qu’elle etait enfermée dans l’appartement de Duncan.
Recroquevillée dans un coin de la pièce, elle avait tellement pleuré que ses larmes s’étaient taries.

Il l’avait ignorée, la laissant faire ce qu’elle voulait chez lui, il ne s’occupait pas d’elle.
Elle était qu’un simple animal sauvage à ses yeux.
Il lui apportait parfois à manger, de la nourriture en boîte, qu’il posait sur la table du salon.
Il était rarement présent, ses horaires de travail étaient presques aussi condensées que celles de marianne.

*

Marianne.
Annabelle pensait encore à elle, toujours.

Elle avait essayé de l’appeler mais elle tombait sur son répondeur. Au bout d’une dizaine d’appels, elle avait fini par abandonner. Marianne avait certainement bloqué son numéro. Elle avait songé à lui envoyer un message, dans lequel elle lui expliquerait sa sincérité.
Des notes qu’elle avait rédigées mais qui ne lui convenaient pas, elle ne savait pas quoi lui dire pour qu’elle y croit. Après tout, elle avait préféré croire les mensonges de Duncan.
La tristesse avait laisse place à la colère.
Son ressentiment s’était dirigé sur Duncan. C’était de sa faute si elle se retrouvait dans cette situation.
Pourquoi avait-il fait ça. Pourquoi lui faire subir ça.
Elle se rendait compte à quel point elle était heureuse aux côtés de Marianne, à quel point elle était aimante et prenait soin d’elle.
Aujourd’hui, elle vivait le scénario basique qu’elle aurait pu imaginer avant de vendre son humanité.
À cette pensée, elle ne put s’empêcher de sourire. C’était ridicule.

*

Lorsque Duncan rentra, elle avait préparé de quoi le menacer. Le seul outil dangereux qu’elle avait pu trouver était un couteau de cuisine.
Elle voulait lui faire du mal, lui faire aussi mal voire plus que ce qu’il lui avait fait ressentir.

Il se doutait de quelque chose, il n’avait peutêtre pas des bases en arts martiaux comme Marianne, mais Annabelle n’était pas non plus une pratiquante et il put la maîtriser sans aucun souci.
Elle n’était pas bien grande et Duncan avait en plus une carrure plutôt imposante en comparaison.
Il lui attrapa le poignet et la fit lâcher son arme.

— Tu comptais me blesser avec ça ?
Se moqua t-il d’elle.

Annabelle n’avait pas beaucoup de force et Duncan ne la ménagea pas.
Il la plaqua contre le mur et lui demanda de s’expliquer.

— Qu’est-ce que tu aurais fait après, hm ?

Annabelle serra la mâchoire et ne répondit pas.
Elle n’avait pas réellement l’intention de blesser Duncan.
Elle le haïssait mais elle savait que Marianne tenait à lui. Elle se sentait si désespérée.
Les larmes lui montèrent aux yeux.

— Faites ce que vous voulez de moi… de toute facon… c’est fini… Marianne ne me fera plus confiance…
— Effectivement, tu ne pourras plus la manipuler à ta guise.

Annabelle n’avait plus la force de se battre.
Duncan la relâcha et elle s’écroula au sol.

— Pourquoi… pourquoi vous dîtes ça… ? Qu’est-ce que je dois faire pour qu’on me croit ?! Je donnerai ma vie pour Marianne… !
— Vraiment… ? Laisse moi en douter.

Elle fixa le couteau à ses pieds. Elle aurait pu le prendre et se faire du mal.
Elle l’attrapa mais elle ne sut pas comment s’y prendre pour en finir avec sa vie.
Devait-elle l’enfoncer dans sa gorge ? S’ouvrir les veines ? S’ouvrir le ventre ?
Elle était effrayée à cette idée, et la seule motivation aurait été de salir l’appartement de Duncan avec son sang.

Il ne la cru pas capable de passer à l’acte.
Il la regarda et vit qu’elle n’était pas en état de franchir ce cap. Elle tremblait.
Alors il lui reprit le couteau de ses mains et la laissa au sol.

*

Duncan ne s’était pas inquiété.
Le comportement d’Annabelle n’était pas anormal. Il avait prévu qu’elle soit dévastée parce qu’il lui avait coupé sous les pieds son avenir avec Marianne.
C’était normal qu’elle soit dévastée.
Il voulait voir comment elle allait se comporter en sachant qu’il n’était plus possible de s’approcher de Marianne.
Ce qui l’étonna, c’est qu’elle ne chercha pas à l’amadouer et le manipuler lui.
Elle aurait dû chercher à le mettre dans sa poche, c’était lui qui était censé être son propriétaire.
Mais elle n’avait rien fait dans ce sens. Elle s’était au contraire isolée et semblait le détester de tout son coeur.
Il lui restait encore quelques jours pour lui tirer les vers du nez et l’observer, qu’elle trahisse ses véritables intentions.
Il avait eu peur lorsqu’il l’avait vue avec un couteau à la main, mais elle ne faisait pas la fière et il put la désarmer sans problème.

*

Le lendemain, il lavait retrouvée inconsciente dans le salon.
Il avait paniqué.
Elle avait rédigé une lettre destinée à Marianne.
Il l’avait lue en pensant qu’elle avait finalement avoué ses mauvaises intentions, mais il blêmit en découvrant le contenu. Elle exprimait à quel point elle avait été reconnaissante et combien elle appréciait Marianne et qu’elle préferait en finir que de souffrir, loin d’elle.
C’était une lettre d’amour dans laquelle elle clamait son innocence.
Il paniqua, elle ne semblait plus respirer, il ne savait pas ce qu’elle avait fait mais elle était inconsciente.

Il aurait préféré qu’elle joue la comédie, que tout ceci fasse partie de son plan, mais il écouta son coeur et vérifia qu’elle ne faisait pas semblant.
Elle ne respirait presque plus.
Il ne tergiversa pas plus, il appela les secours.
Il n’y avait pas de trace de sang.
En attendant que les secours arrivent, il se rendit dans la salle de bain pour fouiller dans ses placards.
Il vérifia le contenu de ses médicaments restants.
Vides. Elle s’était servie et avait probablement ingéré tout ceci.
Il les rassembla pour pouvoir les donner aux médecins, si jamais cela pouvait les aider.
Puis, il dut se résoudre à appeler Marianne.
Si jamais Annabelle mourrait chez lui, il devait la prévenir et il lui devait des excuses.
Il ne pensait pas que son expérience irait aussi loin.

*

Annabelle avait été emmenée et hospitalisée.
Marianne était arrivée le plus vite possible et elle s’était précipitée pour demander à voir Annabelle, elle avait fait exprès d’ignorer Duncan.
Il avait dû la calmer et lui expliquer qu’Annabelle était en soin et qu’elle ne pourrait la voir qu’après.

Voyant qu’elle éetait impuissante et qu’elle n’avait pas d’autres choix que d’attendre, elle prit le temps d’insulter Duncan. Elle se retint parce qu’ils étaient à l’hôpital mais elle avait une envie de le frapper au visage.

Il le remarqua et s’excusa, il lui tendit la lettre qu’Annabelle avait redigée et Marianne s’effrondra.

— Si jamais… si jamais elle ne s’en sort pas… tu sais que je ne te le pardonnerai pas…
— Je sais… je m’en veux Marianne…
— Qu’est-ce qu il lui a prit… ?!
— Elle… elle a avalé mes restes de médicaments… tous les restes qu’il y a avait dans mes placards…
— Quelle idiote… ! Pourquoi… !?

Un médecin vint à leur encontre et leur expliqua la situation.
Par chance, Duncan avait réagit à temps et Annabelle ne risquait plus rien. Ils avaient fait un nettoyage d’estomac et ils avaient traité comme ils pouvaient pour absorber les effets toxiques de sa prise abusive de médicaments. Elle était encore endormie mais son état global était stable.

— Quand est-ce que je pourrais la voir… ?
— Dès qu’elle sortira de la salle de soins, on la transfèrera dans une chambre et on vous préviendra. En attendant, nous avons des questions à vous poser… et il y a des documents à remplir. Si vous voulez bien me suivre…

Duncan prit les devants et insista pour s’occuper de la partie administrative. Il culpabilisait et cherchait un moyen de se faire pardonner.
La présence de Marianne était obligatoire parce qu’elle était légalement la propriétaire d’Annabelle et qu’elle devait justifier son statut.

*

Annabelle se réveilla avec mal.
Elle ne se sentait pas bien.
Elle se souvenait d’avoir réussi à trouver des médicaments chez Duncan, certains étaient périmés, mais elle n’avait rien d’autre à portée de main pour se faire du mal et faire taire la douleur en elle.
Elle avait vidé le contenu dans sa main et elle avait avalé chaque pillule une à une, avant de retourner dans le salon.
Elle craignait que cela ne fonctionne pas. Après tout, est-ce que cela ne marchait que dans les films ? Elle ne ressentait aucun effets secondaires. Elle attendit quelques minutes, elle avait rien de mieux à faire, alors elle s’assit dans un coin de la pièce comme d’habitude.
Puis elle s’était sentie bizarre. Son coeur s’était mis à battre plus vite et elle avait le vertige.

Elle ne reconnaissait pas cet endroit.
Est-ce que cela avait fonctionné ? Est-ce qu’elle était morte ? Elle était dans un état vaseux, la bouche pâteuse et l’esprit embrumé, elle avait envie de vomir.
La vision encore un peu trouble, elle prit son temps pour que sa vue s’habitue. Il faisait presque jour, elle arrivait à deviner le lever du soleil à travers la fenêtre de la chambre, et elle était allongée dans un lit.
Lorsqu’elle se réveilla complètement, elle remarqua les perfusions sur ses poignets.
En balayant la pièce des yeux, elle remarqua qu’elle n’était pas seule.
Une femme était assise et s’était assoupie dans le fauteuil à côté d’elle.
Elle reconnut Marianne.
Son coeur fit un tour dans sa poitrine.
Est-ce qu’elle rêvait ? Marianne était là ? Près d’elle ?
Les larmes lui montèrent aux yeux d’émotions.
Son rythme cardiaque s’accélera et les machines auxquelles elle était reliée se mirent à biper, ce qui réveilla Marianne en sursaut.

Elle se leva et prit Annabelle dans ses bras.
Les yeux embués et mouillés.
Elle n’avait pas les mots pour exprimer sa joie.

— Ne refais plus jamais ca. C’est compris ?!
Lui dit-elle, la voix enrouée par l’émotion.

Annabelle ne comprenait plus ce qu’il se passait et accepta juste l’embrassade de Marianne.
Elle lui avait tellement manquée.
Finalement, elle était peut-être au paradis.

Lorsqu’elles finirent de s’enlacer, Marianne s’assura qu’Annabelle allait mieux et lui expliqua la situation, avec le pari de Duncan et sa fausse hypothèse.
Marianne s’excusa à plusieurs reprises, elle aurait dû croire Annabelle dès le départ.

Annabelle ne savait pas quoi ajouter.
Elle comprenait maintenant pourquoi Duncan avait été si excécrable avec elle, mais elle ne lui pardonnait toujours pas. Elle ne pouvait pas l’apprécier du jour au lendemain. Ce n’était pas possible.
Marianne lui avait assurée que Duncan ne lui ferait plus aucun mal et qu’elle n’avait plus rien à craindre de lui.
Elle avait du mal à y croire, mais elle essaya de ne plus y penser.
Elle profitait du moment présent.
Est-ce que leur relation était sauvée ?

*

Le médecin insista pour faire passer un examen psychiatrique à Annabelle pour s’assurer qu’elle n’était pas en dépression et Marianne eut du mal à expliquer le pourquoi de son geste.
Il comprit que c’était compliqué en voyant Duncan, Marianne et Annabelle qui était un humain de compagnie.
Il soupira et ne chercha pas plus loin. Sa réaction semblait dire « ah… ces riches qui jouent avec la vie humaine. » Et il s’en alla.

Les papiers signés, les résultats du bilan sanguin plus tard, Annabelle put retourner chez Marianne qui la chouchouta plus que jamais.
Elles retrouvèrent leur routine agréable habituelle, comme si rien ne s’était passé, si on oubliait la tension entre Duncan et Marianne.

*

Marianne avait encore en travers de la gorge les derniers évènements mais elle était également affectée de bouder son ami le plus proche.

Annabelle s’en rendait compte et essaya d’amener le sujet sur le tapis, ou plutôt sur le lit.
C’était leur endroit préféré pour discuter, dans les bras l’une de l’autre. Cétait leur moment tendre et doux, à juste se serrer dans le creu de leurs bras, dans la chaleur de leur corps et la douceur de leur peau.

— Tu devrais reparler à Duncan…
— Je ne peux pas… pas après ce qu’il t’a fait…
— C’est du passé… je ne peux pas mentir… je ne lui pardonne pas mais je sais que c’est un ami très proche à toi…
— Je… il est venu s’excuser plusieurs fois.
— Raison de plus. Je vois bien qu’il est désolé, et qu’il regrette… je me sens un peu coupable d’avoir détruit votre amitié de longue date.
— Alors, il a fait ça tout seul… s’il ne s’était pas mêlé de ma vie privée…
— Mais il a fait ça parce qu’il était inquiet pour toi…

— Je n’arrive pas à croire que ce soit toi qui essayes de le défendre.
Sourit Marianne.

Annabelle avait également du mal à prendre cette position.
Elle se souvenait de quand ils étaient encore amis et elle trouvait juste dommage qu’ils ne le soient plus, à cause de ce qu’il s’était passé avec elle.

Elles finirent par s’endormir, éteignant la lumière et se blotissant l’une contre l’autre.
Sans vraiment décider d’une action à faire, laissant cette querelle en suspens.

*

Annabelle prit les devants.
Elle respira un bon coup, prit son courage à deux mains et elle se décida à contacter Duncan par messages. C’était déjà un grand effort.
Elle restait très froide dans ses messages, parce qu’elle ressentait toujours de l’animosité envers lui, mais elle faisait cela pour Marianne.
Elle lui demanda s’il voulait se faire pardonner et surtout s’il voulait vraiment se réconcillier avec Marianne.
Elle savait que Marianne l’avait evité et ne lui avait plus adressé la parole depuis l’incident.
Alors elle organisa un moyen pour qu’ils se parlent et discutent calmement.

Elle fit venir Duncan en fin d’après-midi, avant que Marianne ne rentre de son travail.
Elle se doutait que s’il arrivait après elle, elle ne le laisserait pas entrer.
Annabelle avait encore les flashbacks de ses moments désagréables avec Duncan et garda ses distances.
Elle lui ouvrit la porte et lui demanda de s’installer dans le canapé en attendant.
Elle lui servit quand même un verre d’eau et ils attendirent en silence l’arrivée de Marianne.

— Je…
Commenca Duncan, pour briser ce silence pesant.

— Gardez votre salive pour Marianne.
Coupa Annabelle, avec froideur et sèchement.

Elle n’avait aucune envie de parler avec Duncan, sa colère était encore encrée en elle.

Duncan n’insista pas. Il était déjà très content d’avoir une chance de pouvoir discuter avec Marianne.
Il aurait pu passer à autre chose et oublier cette amitié, il avait perdu de vue certains de ses amis, mais Marianne, c’était différent. Ils avaient été si proches pendant si longtemps. C’était comme une soeur pour lui, il ne pensait pas qu’un jour ils se fâcheraient, et à quel point cela l’affecterait.
Il se demandait s’il était le seul à ressentir ce vide, ce manque. Et il commençait à en douter parce qu’elle semblait l’ignorer sans scrupule, sans être affectée.
Il devait se faire une raison si jamais cela ne marchait pas aujourd hui.
Il avait merdé et il le savait, il devait tourner la page si jamais Marianne décidait de ne plus le revoir.
Mais il donnerait tout pour que cela remarche entre eux, pour n’avoir aucun regret.

*

La porte s’ouvrit et Marianne entra.
Elle ne remarqua pas Duncan tout de suite, et quand ce fut le cas, elle le fusilla du regard.

— Qu est-ce que… tu fous là ?!
Duncan se retourna et se leva.

Annabelle se positionna pour empêcher Marianne de repartir, et elle la poussa vers le séjour pour qu’elle discute avec Duncan.

Marianne comprit que c’était Annabelle qui était derrière ça.

Elle prit les clés des mains de Marianne et sortit de l’appartement en les laissant seuls, et referma la porte derrière elle.

Ils entendirent le clic clac dans la serrure et Marianne n’eut pas d’autre choix que de rester là.
Elle soupira et se déshabilla pour se mettre à l’aise.
Faire comme si Duncan n’était pas là.

— Est-ce qu’on peut discuter entre adultes ?
Demanda Duncan, un peu agacé par la situation.

C’était sa seule et probablement dernière chance d’essayer de se réconcilier avec elle.
Annabelle avait pris un risque, il se doutait que Marianne ne serait pas très contente de cette initiative.

— Qu’est-ce que tu me veux ?
Repondit Marianne sèchement, faisant l’ignorante.

— Tu sais pourquoi je suis là…
— Tu as forcé Annabelle à t’aider ? Tu l’as menacée ?
— Non ! Bien sûr que non ! C’est elle qui m’a contacté.

Marianne resta silencieuse.
Elle évitait son regard et évitait de le regarder.
C’était son ami mais elle n’y arrivait pas.

— Je sais que j’ai été un connard, et le pire c’est que si c’était à refaire, je le referais parce que j’avais peur de te voir blessée par Annabelle… maintenant je sais que j’ai eu tort, je sais qu’Annabelle n’est pas ce que je pensais d’elle. Je ne peux que m’excuser et demander pardon, que tu me pardonnes !

Marianne rit nerveusement.

— Le pire c’est que j’y ai cru, j’ai douté d’Annabelle. Je suis également fautive, si je n’avais pas douté de mon impression et de ce que je savais d’Annabelle, rien ne se serait passée comme cela. Et moi, comme une idiote, je t’ai cru et je suis entré dans ton jeu… tout ça pour quoi ?!
— J’en suis désolé.
— Je sais que tu es désolé. Je te connais Duncan, je sais que tu ne me voulais pas de mal. Mais… mais tu peux pas savoir comment j’ai eu peur pour Annabelle… elle est devenue ma raison de vivre, Duncan… je crois que je ne m’en suis pas rendue compte avant, avant que sa vie soit en danger. Ca ne m’était jamais arrivé, je n’avais jamais ressenti ça pour quelqu un.

— Même pas moi ?
Demanda Duncan, à moitié sérieux.

Marianne pouffa de rire.

— Si. Si tu étais en train de mourir, je ne me sentirais pas bien, mais avec Annabelle c’est légèrement différent.
— Ecoute Marianne, ça m’affecte vraiment et je tiens toujours à toi, mais je ne vais pas continuer indéfiniment à te demander pardon. Si tu ne veux vraiment plus me parler ni me voir, je ne vais pas insister plus. Ca commence à devenir ridicule que je te cours après et que cela affecte mon moral et mon sommeil, tu ne crois pas ? J’ai passé l’âge de m’accrocher en vain, même si, je veux que tu le saches, je tiens à notre amitié.

Marianne l’écouta religieusement.
Ca serait se mentir à elle-même qu’elle ne ressentait rien et qu’elle ne regrèterait pas cette amitié. C’était juste difficile de faire le tri de ses propres émotions.

— J’ai juste besoin de temps… pour remettre mes émotions en ordre… je t’en veux mais je crois que c’est à moi que j’en veux le plus, et ça serait injuste que cette colère je la reporte que sur toi. J’ai ma part de responsabilité et… moi aussi je tiens à notre amitié. C’est juste que je me sens tellement coupable vis à vis d’Annabelle. Tu sais que tu las traumatisée ?
— Elle t’a demandée de couper les ponts avec moi ?
— Abruti, tu penses vraiment qu’elle aurait organisé ça, si elle voulait que je coupe les ponts avec toi ? Au contraire… elle arrête pas d’essayer de me convaincre pour qu’on en discute. C’est juste que… je savais qu’on s’engueulerait, et je suis assez fatiguée par mon travail pour ne pas avoir à me fatiguer en dispute avec toi.
— Même si c’est nécessaire ?
— Je ne crois pas qu’il soit nécessaire qu’on s’engueule, non.
— Vas-y, insulte moi de tous les noms, jusqu’à ce que tu te sentes mieux.
— Oh, tu n’es pas prêt.
— Avoue que tu n’as pas assez de mots dans ton vocabulaire pour que cela dure assez longtemps.
— Tu me connais trop bien, par contre j’aurais envie de te mettre une raclée.
— Je suis moins chaud, tout d’un coup… mais si ça peut nous réconcilier… je peux serrer les dents quelques minutes.
— T’es optimiste.
— Je ne serai pas là, si je n’étais pas un peu optimiste.

Marianne s’approcha de lui et prépara son poing.

Duncan ferma les yeux, s’attendant à la colère divine et la douleur qui s’en suit.

— Tu sais quoi. Ca m’avait quand même manqué de discuter avec toi…

Marianne donna une petit coup sur son épaule, qui l’effleura à peine. Puis une caresse. Elle lui sourit, un peu crispée.

Duncan la serra dans ses bras.

— Oh, calme toi, depuis quand on se fait des câlins ? C’est dégoutant !
S’exclama Marianne.

— Il faut bien une première fois…
— Je crois que c’est la première fois qu’on se fâche aussi longtemps…
— Au fait, tu m’avais jamais invité chez toi. C’est plutôt sympa en fait.
— Oh… ah… ça… heureusement que tu n’as jamais vu l’état de chez moi avant l’arrivée d’Annabelle… tu aurais fait une syncope.
— À ce point là ?

— Oh oui… je préfère ne pas donner plus de détails. Tu veux une bière ?
Demanda Marianne qui ouvrit le frigo.

— Non non, je conduis, je vais pas rester plus longtemps. Annabelle revient quand ?
— J’en sais rien, elle nous a enfermés.
— Oui, c’est pour ça que je demande.
— Envoie lui un message pour dire qu’on a fini de s’entretuer.
— Ca serait plus réaliste si j’envoyais un message demandant des secours parce que tu m’aurais tabassé…
— C’est vrai.
— Je me disais, je pourrais vous inviter à dîner, toutes les deux.
— Oh là, Annabelle ne va pas dîner en ta presence, là t’es un peu trop optimiste. Il est encore un peu trop tôt pour ça. Ca prendra le temps qu’il faut, mais pas tout de suite. D’accord ?
— Ah… je vais juste rentrer alors… merci de m’avoir écoute ce soir…
— Ne me remercie pas. T’as qu’à essayer de te racheter auprès d’Annabelle plutôt. C’est à elle que tu dois des remerciements. Evite de trop en faire, par contre…
— Je te demanderai des conseils, je la connais pas du tout.
— C’est encore trop frais en elle, ce qui s’est passé.
— Je comprends… je vais faire profil bas.

Annabelle revint quelques minutes après.
Un peu inquiète, mais elle fut rassurée de les voir tous les deux assis sur le canapé, à discuter comme des amis, comme avant.

Marianne se retourna pour la saluer.

— C’est bon, papa et maman se sont réconciliés ! On ne va pas divorcer !
Blagua t-elle.

Annabelle ne savait pas comment réagir. Devait-elle bouder qu’on se moque d’elle ? Elle était juste contente que son plan ait fonctionné. Marianne était de meilleure humeur et c’est ce qui comptait pour elle.

Duncan se leva et se dirigea vers la porte pour s’en aller.
Il s’arrêta un instant devant Annabelle pour la remercier.
Il se pencha et l’embrassa sur la joue, et s’en alla sans demander son reste.

Annabelle resta bouche bée.

Marianne était stupéfaite.

— Attends, il vient de faire quoi là ?
Marianne n’en revenait pas.

— Je… je crois qu il m’a embrassée… sur la joue…
Annabelle était reste figée.

Marianne éclata de rire.

— Comment je dois le prendre… ?
Demanda Annabelle.

— Il devait vraiment être reconnaissant, je crois que c’est la première fois que je le vois poser un baiser aussi sincère sur quelqu’un. Il lui reste un coeur, en fait !

Marianne fit signe à Annabelle de venir s’installer à côté d’elle. Elle s’exécuta.
Marianne l’attrapa et la serra dans ses bras, en s’allongeant sur le canapé de tout son long.

— Merci, Annabelle.

Elles restèrent ainsi un moment.

2022.02.04

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