Baignoire [RolePlay]

Elle aurait voulu s’exprimer et briser ce silence.
Elle était portée comme une enfant et elle n’avait pas eu son mot à dire.
Elle se sentait capable de marcher. Elle avait récupéré ses forces, par un tour de magie, elle n’y avait pas vraiment réfléchi, mais elle se sentait mieux.

— Je peux march—
Elle prit son courage à deux mains pour prononcer ces quelques mots.

Quelque chose se passa.
Les flammes intérieures qui la réchauffaient auparavant venaient de s’éteindre, son corps reprenait une température normale, petit à petit.
Quelque chose clochait.
Tout devint noir, d’un coup.
Elle perdit connaissance, dans les bras du comte, tout son corps se relâcha en une seconde et elle était maintenant calée contre son torse.
Alors que son corps recouvrait progressivement sa chaleur d’antan, la température en elle continua à baisser.
Elle était dans le noir, mais elle se sentait en sécurité.
Cependant elle avait froid, de plus en plus froid. La chaleur vive avait fait place à une fraîcheur glaciale.
Malgré la cape épaisse dans laquelle elle était enveloppée, elle tremblait maintenant.

Il n’était pas perturbé, ni même lorsqu’elle commença à parler. Il savait ce qui allait se passer, c’est pour cela qu’il l’avait portée sans même demander son avis.
Il resta imperturbable jusqu’au retour dans l’enceinte du château. Ils passèrent par une porte dérobée pour ne pas attirer l’attention.
Son homme de main retourna à son poste après avoir reçu l’ordre de prévenir le maître majordome de la situation.
Pendant ce temps là, il se dirigea directement dans ses quartiers. Empruntant des escaliers peu fréquentés, il ne souhaitait pas spécialement attirer l’attention sur eux.

Il réflechissait. Elle était blessée, son sang avait séché sur sa peau et ses vêtements. Elle était sale.
Il interpella quelques servantes et leur tendit le corps.

— Qu’elle soit propre et ses blessures pansées. Elle m’attendra dans mes quartiers.

Les domestiques ne bronchèrent pas. Elles n’auraient pas osé. Celle qui porta le corps le fit avec une grande aisance, même si sa corpulence était des plus normales et n’aurait pas laissé croire qu’elle puisse soulever un corps aussi facilement.
Elles s’inclinèrent et prirent congé.
Malgré leur rigueur en face du maître, elles n’en pensaient pas moins. Il était déjà plus qu’étrange que la nouvelle employée se trouve dans cet état.
Elles s’échangèrent des regards emplis de questions sans les formuler.
Elles ne pouvaient pas se rendre à la salle d’eau publique pour accomplir leur tâche.
Elles se dirigèrent vers la suite du comte.
Il n’avait rien dit de plus, mais c’était leur devoir de savoir quoi faire et où.

Arrivées dans les lieux, elles prirent soin de fermer la porte derrière elles et emmenèrent l’humaine dans la salle de bain.
Pendant que l’une la maintenait presque debout, une autre détachait la cape, qu’elles avaient reconnu au premier regard, celle du comte. Elles prirent soin de l’examiner et de la mettre de côté pour la nettoyer si besoin.
Sur leur visage, aucune expression, mais un silence froid se fit lorsqu’elles découvrirent l’état de la chemise.
Elles avaient senti l’odeur du sang particulier, celle d’un humain. Elles n’étaient pas les seules à l’avoir remarqué. Mais elles ne s’attendaient pas à un tel spectacle. Leurs questions n’auraient certainement pas de réponses et elles savaient qu’elles n’en diraient rien au maître.
Un frisson leur parcourut tout de même le dos. Était-ce leur maître qui avait fait cela à la nouvelle recrue ?
Elles n’avaient pas le temps de tergiverser.
Elles retirèrent la chemise, ou plutôt ce qu’il en restait.
Elles savaient que cette chemise faisait partie de la garde robe de leur maître.
Une partie manquait.
La jeune fille était encore inconsciente.
L’eau était en train de couler dans la baignoire.
La température de l’eau fut vérifiée et elles plongèrent progressivement le corps dans la cuve.

La chaleur du liquide dans lequel elle fut plongée la fit émerger.
Elle sentait son corps se faire manipuler sans pouvoir rien faire mais elle réussit à reprendre ses esprits lorsqu’elle fut allongée dans cette baignoire.
Le monde tournait encore autour d’elle mais elle lutta pour retrouver ses esprits.
Des servantes étaient autour d’elle et étaient en train de s’occuper d’elle, sans un mot.
Vérifiant le niveau de l’eau, nettoyant ses plaies, et les moindres recoins de son corps, et même ses cheveux.
Elle se laissa faire, elle n’avait pas vraiment le choix.
Ses forces n’étaient pas entièrement revenues et elle était spectatrice de ce bal de domestiques qui avait lieu autour d’elle.
C’était nouveau et étrange qu’on prenne ainsi soin d’elle et elle aurait pu être mal à l’aise de se retrouver ainsi nue devant des inconnues, mais leurs gestes étaient si froids, précis. Elles faisaient leur travail sans aucun jugement et elles ne s’attardaient pas plus sur ce corps.
C’était un corps comme un autre, à quelques détails près. Mis à part les blessures récentes et fraîches, il était parsemé de quelques vieilles cicatrices et des hématomes estompés. De plus, ce corps était extrêment fin et maigre. On pouvait deviner facilement le squelette de l’humaine tant sa peau en dessinait les contours.
Elle ferma les yeux et profita de ce petit moment de détente pour laisser son esprit vagabonder.
Ses plaies étaient un peu douloureuses et les domestiques prirent soin de bien les laver.

Sortie du bain. Une domestique s’occupa de vider la baignoire tandis qu’une autre était allée chercher une trousse de soin pour appliquer des bandages sur le cou et les flancs.
La troisième était allée dans la pièce d’à côté pour chercher une tenue. Elle revint avec une autre chemise du comte.

— Il sera plus simple de changer les bandages avec cette tenue.
Expliqua t-elle à ses collègues, elle s’échangèrent un hochement de tête approbateur et le silence revint.

La chemise était similaire à celle qu’elle avait sali.
Peut-être un peu plus ample et grande, les manches étaient bouffantes.
Après avoir remis la salle de bain dans son état d’origine, elles se dirigèrent dans la chambre, elle les suivit.
Puis elles s’en allèrent vers la porte de sortie.

— Attendez le comte ici.
S’exprima une des servantes, avant de refermer la porte derrière elle.

La porte venait de se refermer sous son nez et elle était au milieu de cette chambre, seule.
Elles étaient reparties avec le manteau du comte, certainement pour le laver.
Son ancienne chemise était posée et pliée sur le rebord de son bureau.
Elle ne savait pas combien de temps elle allait devoir attendre mais elle eut le loisir de contempler les moindres détails de cette pièce.
Jusqu’à ce qu’elle se rappelle qu’elle était encore faiblarde. Elle s’assit sur le lit et, la fatigue revint, elle se mit en boule et s’endormit dans un tourbillon de questions.

Que c’était-il passé ?
Elle avait bu le sang du comte.
Est-ce que le garde allait bien ?
Qu’était devenue l’ennemie ?
Qu’allait-elle devenir ?
Est-ce qu’elle allait être punie ? Avait-elle mal agi ?
Pourquoi était-elle encore en vie ?
Il avait parlé de conséquences, qu’elles étaient-elles ?

*

Il avait dû donner des ordres sur le corps de l’ennemie dans la forêt. Il fallait faire le ménage.
Son maître majordome vint également aux nouvelles, convoqué dans son bureau.
Il avait encore le pan de sa chemise ensanglanté dans sa main.
Il s’occupa des affaires urgentes et une des servantes qu’il avait commandé plus tôt, frappa à la porte de son bureau.
Elle venait le prévenir que leur tâche était accomplie.
Il les congédia.

Ce fut le tour de son homme de main de frapper et entrer.
Il lui devait des explications.
Il posa un genoux à terre et la tête baissée il attendait le feu vert pour parler.

— Je t’écoute.

Il était un peu irrité et il se tint debout, devant son bureau, après avoir glissé le tissu dans un tiroir.
Son employé lui expliqua alors les évènements.

— Mes plus sincères excuses d’avoir failli—
— N’en dis pas plus. Cela aurait été fort regrettable de te perdre dans cette situation. Tu as fait ce que tu pouvais. Je ne t’en tiens pas rigueur.

— Comment… va t-elle ?
Osa t-il demander.

— Elle se repose dans mes quartiers. Tu n’as pas à t’en faire.

Il put prendre congé et le maître des lieux s’occupa d’autres affaires sur le feu avant de lui-même quitter son bureau pour se rendre dans sa suite et s’enquérir de l’état de sa protégée.

Elle était roulée en boule sur la couverture épaisse du lit. Elle se réchauffait peu à peu, propre de la tête jusqu’aux pieds, elle n’avait jamais été aussi propre auparavant.
Elle s’était assoupie, se sentant encore un peu faible.
C’était un sommeil profond, elle n’entendit pas la porte s’ouvrir et quelqu’un approcher.

Il la vit sur son lit et cette vision le fit sourire, malgré lui.
Elle aurait fait une proie de choix.
La tension de cette matinée avait été à son comble et il était maintenant rassuré qu’elle soit enfin en sécurité.
Son sourire s’effaça lorsqu’il vit le bandage à son cou.
Cela lui rappela son geste irréparable.
Elle était en train de perdre son humanité. Il lui en restait encore un peu, mais cela n’allait pas durer.
Il l’avait sauvée parce qu’elle souhaitait vivre, mais à quel prix. Il avait commencé et il devait maintenant finir.

2020.07.26

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