Remède

Elle descendait les marches pour aller chercher dans la pièce de laboratoire, de quoi préparer aux bonnes quantités le mélange curatif.
Elle avait l’air grave. Elle se dirigea vers son conjoint, les feuilles volantes à la main, comportant les informations précieuses.

— Il faut que je te dise quelque chose… je pense qu’elle nous a caché quelque chose de très important…

2018.12.20

 

Elle reprit doucement connaissance.
Les paupières s’ouvrirent lentement, la vision encore trouble. Elle se fit à son toucher et son ouïe, son odorat. C’étaient les draps de son lit, elle reconnaissait leur douce odeur et le tissu du bout de ses doigts.
Sa main se resserra sur un bout de la couverture. Une faible poigne mais elle réussit.
Elle entendait les voix et elle reconnut celle de son amie ainsi que celle de sa mère.

— J’aurais besoin de discuter avec elle lorsqu’elle se réveillera.
Disait sa mère, la voix tremblotante, d’une manière presque imperceptible mais elle connaissait trop bien sa génitrice.

Elle jeta un regard vers elle. Elle vit mais flou, le visage de sa mère se tourner vers elle.
Elle accourut à ses côtés.

— Comment tu te sens ?
— … Bien ?

— Est-ce que vous pouvez nous laisser, s’il vous plaît ?
Demanda t-elle aussitôt.

L’amie jeta un regard insistant au garçon qui observait la scène. Ils sortirent.
La jeune fille était encore dans les vapes et avait refermé ses yeux, imaginant la scène au bruit des pas.
Lorqu’elles furent enfin seules. Elle s’assit à côté de sa fille. En serrant fort sa main.

— J’ai trouvé dans tes notes… que tu prenais un traitement beaucoup plus fort actuellement…

Elle détourna la tête. Elle savait qu’elle allait être le sujet de conversation.

— Je comprends mieux pourquoi tu as insisté pour aller à la fête de saison cette année… je souhaite pas que tu me caches ce genre de détails. Je veux être au courant, me préparer psychologiquement à cette éventualité. Est-ce que tu comprends… ?

Elle n’osait pas ouvrir les yeux pour affronter le visage triste de sa mère. Encore moins ouvrir sa bouche pour prononcer le moindre mot.
Elle n’avait aucune excuse. Elle restait persuadée que l’ignorance protègerait ses parents de l’angoisse de la fragilité de sa santé.

— On peut encore réfléchir à une solution, ensemble. Nous n’allons pas te laisser affronter cela seule…

Elle marqua une pause, avant de continuer en baissant d’un ton.

— Tu ne lui as rien dit… n’est-ce pas… ?

Le manque de réponse confirma son inquiétude.

— Nous pouvons travailler ensemble sur une nouvelle formule du remède… l’améliorer pour qu’il soit moins lourd-

Elle réagit enfin.
Elle repoussa la main de sa mère.

— J’ai déjà fait au mieux, maman.
Dit-elle en contenant sa colère.

— Cela fait un moment que j’ai tourné dans tous les sens le problème…

Une quite de toux la stoppa. Plus forte en intensité, jusqu’à ce qu’elle se plie en deux dans son lit.
Du sang tacha ses mains, puis les draps.
Puis coula de ses narines.
Sa mère paniquée appela son époux qui se trouvait au rez-de-chaussée.
Il était encore en compagnie des deux amis.

— Je crois qu’il vaut mieux que vous rentrez chez vous pour aujourd’hui… excusez-nous.
Dit-il, avant de les raccompagner à la porte.

Ils s’en allèrent à contre-coeur. Après avoir entendu la toux de leur amie, ils n’étaient pas sereins.
Le père monta aussi vite qu’il put pour voir l’état de sa fille.
Sa quinte s’était calmée mais elle respirait avec difficulté.
Sa mère partit chercher un gant de toilette et une cuvette d’eau pour nettoyer le carnage.
Son père l’aida à se réinstaller en surélevant légèrement sa tête.

— Comment te sens-tu… ?
Demanda t-il, inquiet.

— … Mieux…
Sourit-elle.

— Je suis désolée de vous causer autant de souci.
Rajouta t-elle. En fermant les yeux.

Le coeur brisé, il lui embrassa le front.

— Je t’aime…
Dit-il, comme si c’étaient les derniers mots que sa fille risquait d’entendre.

— Papa…

Elle lui attrapa le poignet puis la main pour la serrer dans la sienne.

— Ne sois pas si triste…

Lorsque sa mère revint, elle s’était presque assoupie.
Elle lui passa rapidement un coup de gant sur son visage et ses mains.
La fraîcheur du gant humide la fit frissoner un peu.

— Ça ira mieux demain, ne vous inquiétez pas…
Les rassura t-elle, d’une voix rauque et faible.

Elle s’endormit.
Les parents s’échangèrent un regard, un soupir à l’égard de leur fille, et la laissèrent se reposer.
Après être descendus dans la salle, ils brisèrent le silence.
Elle lui tendit la feuille qu’elle avait trouvée sur le bureau avec les indications précises de son remède.

— Je comprends mieux… Qu’est-ce qu’on peut faire de plus… ?
Dit le père.

— Rien… j’en ai bien peur. Je lui ai proposé d’y réfléchir ensemble, mais je crois qu’elle a déjà retourné le problème dans tous les sens…

Elle dormit deux jours avant de s’en remettre.

2018.12.26

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