Territoire

Il s’arrêta net.
Il la prit par la manche.
Le regard méfiant.
Ils étaient encerclés.
Il serra sa main dans la sienne.
Plusieurs hommes vêtus d’une capeline noire sortirent de derrière les arbres et les entourèrent.
Trois d’entre eux se jetèrent sur Alexandre.
Il dut se défendre, dos à Alice.
Pendant ce temps lè, deux autres hommes se dirigeaient vers Alice.

— Lys, cours !

Elle lui jeta un regard paniqué.
Elle comprit qu’elle devait obéir.
Elle commença à courir dans la direction opposée pour fuir ses poursuivants pendant qu’Alexandre les retenait.
En courant elle jeta un regard derrière elle.
Personne.
Elle entra dans quelque chose.
Quelqu’un.

— … Ex-excusez-moi !

Elle leva les yeux.
Un homme grand, les cheveux longs, noir, la regardant de haut.
Il lui sourit.
Il tint son visage entre ses doigts.
Surprise tout d’abord.
Elle comprit qu’il ne lui voulait pas du bien. Il faisait partie des hommes en noirs.

— Bonjour, mademoiselle.
Dit-il d’une voix suave.

Elle se débattit et réussit à se dégager de sa main.
Elle se mit à courir dans une autre direction.
Il lui attrapa le bras.
La serra contre sa poitrine, et lui posa la lame d’un coutelet sur sa gorge.

— Tu vas être une sage fille, n’est-ce pas ?

Il la tenait et la dirigea d’où elle venait.
Alexandre se battait encore avec les hommes en noir.
Quelques uns avaient été battus et gisaient sur le sol.
Il transpirait et n’en pouvait presque plus.
Il était concentré et n’avait pas vu Alice revenir avec un quelqu’un.
L’homme à la voix suave prit une voix grave et impérative.

— Arrêtez.

Les hommes en noir s’arrêtèrent tous et se tournèrent vers lui.

— Nous partons.

Ils se replièrent. Ils emportèrent leurs camarades sur le sol.
Alexandre surprit, se tourna aussi vers l’origine de la voix.

— Lys… ?!
— Cendre…
— Ne tentez rien de fâcheux.

La lame du couteau sur la gorge d’Alice était bien en évidence.

— ENFOIRÉ !
— Attention à ce que tu pourrais dire ou faire…
Dit-il en ricanant.

Il murmura dans l’oreille d’Alice. De sa voix suave.

— Je laisserai la vie sauve à ce garçon, si tu restes sage.

Alexandre ne pouvait rien faire.
Il fixait sa soeur dans les yeux. Il percevait son désespoir et la peur dans son regard.
L’homme retira la lame du cou d’Alice et la dirigea sur sa poitrine. Il la retourna au dernier moment et frappa son ventre.
Il la frappa avec le pommeau de la dague.
Elle perdit connaissance.
Il la rattrapa et la porta dans ses bras.

— Le voyage sera plus simple ainsi.
Il ajouta.

— Oublie-la et tout se passera pour le mieux.

Ils disparurent devant les yeux ébahis d’Alexandre.

— Lys… LYS… !

Il tomba à genoux et resta dans cette position à repenser à ce qu’il venait de se passer.

*

L’homme mystérieux arriva dans sa demeure.
La lumière du jour n’y pénètre pas.
Les murs sont de pierres.

— Occupez-vous des blessés.
S’adressa t-il à ses hommes.

— Bien Monsieur.

Il porta Alice jusqu’à une pièce spéciale.
Il y avait un lit avec des sangles.
Il l’allongea dessus et l’attacha.
Deux hommes habillés d’une blouse entrèrent.

— Qu’elle soit prête lorsque je reviendrai.
— Bien, Monsieur.

Il sortit et retourna à ses occupations.
Un des homme en blouse prit une seringue et injecta dans le bras droit de la jeune fille un produit. Il prit soin de lui retrousser ses manches.
Elle se réveilla peu à peu.
Elle était sur une sorte de lit avec un matelas assez dur. Elle y était attachée.
Devant elle, deux hommes en blouse. La lumière de la salle se trouvait derrière ces messieurs. Elle n’apercevait pas clairement leurs visages.
Un des hommes s’approcha d’elle et la piqua avec une sorte d’aiguille.
Elle sentit un picotement.
Puis un liquide froid couler le long de son bras, à partir de la piqûre.
Le produit faisait effet.
Il pénétra dans toutes ses veines.
Elle le sentait, d’abord froid, puis tiède, puis à la température de son corps. Ensuite elle le sentit de plus en plus chaud, jusqu’à la brûler de l’intérieur.
Elle le sentait dans ses veines bouillir.
La douleur était insupportable.
Elle transpirait et s’essoufflait.
Elle reperdit connaissance.
Lorsqu’elle reprit ses esprits, elle revit les deux hommes devant elle. L’observant.

— Détachez-moi…
Dit-elle épuisée.

Les deux hommes se regardèrent, consentirent à quelque chose et l’un des deux revint avec la seringue et une seconde dose du produit injecté.

— Non… NON.
Criait-elle.

La scène recommença, avec plus de force à chaque fois. La dose de produit était augmentée à chaque fois.
Elle n’avait plus la force de crier.

— Cette réaction n’est pas normale… Elle ne devrait pas pouvoir s’exprimer aussi clairement après l’injection…
— Aucune importance, si elle n’est pas prête comme il le faut au retour du Maître, nous ne serons plus de ce monde.

Plusieurs heures après.
Le maître des lieux revint quérir de la situation.
Les deux hommes baissèrent la tête.

— Monsieur…
— Que se passe t-il ? Ce n’est toujours pas fini ?!
— C’est-à-dire… que…

Il s’avança, balaya du regard la pièce, puis s’arrêta devant le lit de la patiente.
Elle avait le regard vide et était transpirante.

— Tuez… moi…
— Le produit n’est-il plus efficace ?
— Non, Monsieur. Cette enfant dissipe le produit dans son sang. D’où une réaction très virulente… Nous avons utilisé une dose croissante. Nous avons déjà atteint 5 fois la dose normale.
— Je vais m’occuper de la suite.

Il se dirigea vers la patiente, et commença à la détacher.
Il s’approcha du visage d’Alice.
Il observa ses signes vitaux.
D’une voix faible elle murmurait.

— Tuez… moi…

Le regard vide.

— Jeune fille, comment appelles-tu ?

Elle semblait étouffer et souffrir. Les larmes au coin des yeux.

— C’est la première fois qu’on a un cas comme celui-ci, Monsieur.
— Je vais m’en occuper personnellement.

Il la détacha et la porta.

— Bien, Monsieur.

Il sortit.
Il se dirigea dans ses appartements.
Il posa Alice sur son lit.
Il la déshabilla.
Elle ne réagissait pas.

— Hé, tu m’entends ?

Il s’approcha de son visage.
Il essaya d’attirer son attention.
Elle avait de la fièvre et était brûlante. Son souffle était court.
Il la prit dans ses bras.
Elle tremblait et semblait à bout de force.
Il l’habilla de vêtements neufs pour la nuit et la coucha.
Il se coucha avec elle dans son lit.
La serrant dans ses bras.
Son corps était froid bien qu’elle avait transpiré. Et elle continuait à trembler nerveusement.
Ils finirent par s’endormir.

Le lendemain il se réveilla bien avant elle.
Elle avait fini par trouver le sommeil et semblait plus paisible.
Il se rhabilla, prépara les vêtements pour la jeune fille endormie.
Il la réveilla.

— Bonjour, jeune fille.

Elle ouvrit lentement les yeux.
Elle le fixa sans rien dire.
Elle se souvenait de la séparation avec son frère. Elle se souvenait de la pièce avec les deux médecins et de la seringue.
Elle se souvenait de la souffrance.
Puis plus rien ensuite.

— Comment appelles-tu?

Elle ne répondit pas.
Elle ne savait pas où elle se trouvait.
C’était une pièce somptueuse.

— Sais-tu qui je suis ?
— Laissez-moi partir.

Les yeux écarquillés de surprise.
Elle n’avait pas perdu la mémoire.
D’habitude les filles étaient censées n’avoir plus aucun souvenir.
Il reprit une attitude normale et se décida.

— Tu vas mettre ces vêtements.

Elle resta, le regard fixe et sans expression. Son attitude indiquait qu’elle refusait.

— Ce n’est pas un choix. Je te les enfilerai moi-même. Ta tâche principale sera de satisfaire tes clients. Aucune bavure n’est autorisée.
Dit-il tout en finissant de s’habiller et boutonner les manches de sa chemise.

Elle voulait se lever et fuir, mais les forces lui manquaient.
Elle pouvait à peine se lever du lit.
Il s’approcha d’elle, et lui changea ses vêtements.
Elle crut mourir de honte.
Il expliqua la situation.

— Vous avez pénétré mon territoire. Soyez heureux que je ne vous ai pas tous les deux exécutés sur le champ.

Après les préparations finies, il la porta et sortit de la chambre.
Devant lui un grand couloir long et assez spacieux.
Des portes à droite et à gauche, tout le long.
À côté de ces portes, une fille. Chacune toutes plus belles les unes que les autres, habillées de vêtements différents et luxueux. Se tenaient là, et suivaient du regard le maître des lieux. À son passage devant elles, chacune saluait.

— Bonjour Père.

Les yeux pleins d’admiration.
Il leur rendait à chacune le bonjour en les appelant par leur prénom respectif.
Arrivé au bout du couloir, une porte sans personne aux alentours.
Les filles n’avaient d’yeux que pour leur « Père ». Elles ne jetèrent même pas un seul regard à la personne qu’il portait dans ses bras.
Il se tourna vers elles.

— Faites, aujourd’hui aussi, un travail impeccable qui me rendra fier de vous.

— Bien, Père.
Répondirent-elles toutes en choeur.

La porte devant lui s’ouvrit sans qu’il ait à la toucher et il entra dans la pièce.
C’était une salle décorée qui n’égalait pas la pièce dans laquelle elle se trouvait à son réveil, mais elle était impressionante.
Une autre porte qui semblait donner sur une autre pièce au fond.
Un lit deux places magnifiquement fait, une coiffeuse, une grande armoire. Sans parler de la décoration et du papier peint.
Il la posa sur le lit délicatement.

— Je te conseille de prendre une douche pour te détendre.

Il jeta son regard sur la seconde porte de la pièce qui n’était pas celle d’entrée.

— Je repasserai plus tard.

Elle resta sur le lit, les yeux rivés sur le plafond.
Aucune fenêtre.
Elle ne pouvait pas bouger.
La porte était fermée de l’extérieur, il n’y avait pas de poignée à l’intérieur.
Elle recouvrit ses forces peu à peu, mais pas assez suffisantes.
Elle tenta de se lever.
Ses bras manquaient de force.
Elle pouvait au moins ramper, ou se rouler jusqu’à la porte de sortie.
Elle réussit à se relever sur le lit.
Elle tendit les bras vers le mur et tenta de prendre appuie dessus pour s’assoir correctement.
Elle glissa ses jambes en dehors du lit.
Elle tremblait.
Elle voulu se lever. À l’aide du mur elle se mit debout.
Ses jambes étaient faibles et semblaient céder sous le poids de son corps.
Elle longea le mur et les meubles en s’appuyant dessus pour se redresser et se dirigea petit à petit vers la porte.
Elle n’était pas spécialement fatiguée vu qu’elle avait relativement dormi, mais son corps n’avait pas récupéré des expériences qu’on lui avait fait subir la veille.
Elle eut un mouvement d’absence et s’évanouit à quelques mètres de la porte.
Son corps gisait juste devant.

— Monsieur, il y a un problème dans la chambre de la nouvelle…

Il s’approcha des caméras de surveillance.
Il ne la voyait plus sur le lit mais à plat ventre à quelques mètres plus loin, sur le sol.

— Je m’en occupe.
Dit-il d’une voix froide.

Il se hâta dans la chambre. Lorsqu’il ouvrit la porte, elle rencontra comme obstacle le bras de la fillette.
Il s’accroupit près du corps, il lui tâta le pouls et la porta.
Elle n’était pas en état de faire quoi que ce soit.
Il sortit de la pièce et l’emmena dans ses appartements.
Il la deposa délicatement sur le lit.
Il demanda à ce qu’on prépare un plat chaud.
Il appela aussi un médecin, pour qu’on l’examine.

*

— Arrête de fréquenter ma soeur.
Dit-il d’une voix menaçante.

— Pardon ?!
— Tu m’as très bien compris.

— Ahah, il n’est pas question que tu décides à ma place de ce que je dois faire ou non.
Dit-il en riant.

— Ne t’approches plus d’elle.
— Crois-tu vraiment que je vais suivre tes instructions ?
— Tu n’auras pas le choix. Je resterai auprès d’elle. Tu comprends pas que tu la blesses ?
— Qu-
— Regarde dans quel état elle est actuellement. Cela aurait pu être plus grave.
— C’était un accident et tu le sais très bien !

Le ton commençait à monter. Ils étaient tous les deux dans un coin un peu isolé, sur un bout de terre flottant.
Elle s’était réveillée et se trouvait dans son lit.
Elle se souvenait partiellement de ce qui s’était passé.
Elle était avec Florent. Ils se promenaient tranquillement dans la forêt sur terre lorsqu’ils rencontrèrent un groupe de gens pas très acceuillants. Ils attaquèrent Florent qui la protégeait et il l’avait éloignée. Les personnes aux alentours l’avaient attrapée et lui avaient coupée la respiration en la serrant au niveau du cou. Ils la tenaient par les cheveux et la jeta à terre.
Florent fou de rage fit un carnage et blessa tous ses opposants en les rendant infirmes.
Ses ailes qui étaient à la base un peu grises aux pointes, se teintèrent un peu de noir.
Il avait dû la ramener chez elle.

— … Florent… ?… Alexandre… ?
Appelait-elle en descendant du lit et se rendant à l’étage inférieur.

— Alice ? Tu es réveillée ?
Répondit-elle en faisant la cuisine.

— Maman, tu n’aurais pas vu…-
— Si tu parles des garçons, ils sont sortis ensemble il y a un moment. J’espère qu’ils ne sont pas encore en train de se disputer quelque part….

— Je vais les chercher !
Dit-elle paniquée.

— Ça va aller Alice ?
— Oui oui, plus de peur que de mal !

Elle sortit de la maison en courant.
Elle ne peina pas trop à les retrouver, ils étaient pas trop loin sur une bande de terre derrière la demeure.
Comme elle le prévoyait ils étaient sur le point de se battre.

— Répète un peu ce que tu viens de dire !

Florent empoignait Alexandre par ses vêtements.

— Flo’ ! Arrête !
Cria Alice en se jetant sur lui, l’empêchant de se battre avec son frère.

Elle lui attrapa ses vêtements pour l’éloigner de son frère.

— Lys, n’interfère pas. On doit régler ça entre nous une bonne fois pour toutes.
Répondit Alexandre.

— Cendre, arrête ça…
— Alice…

Florent jeta un regard emplit d’amour et de tristesse vers elle.
Alexandre n’acceptant pas la relation de sa soeur, s’avança, hors de lui et empoigna à son tour Florent en écartant avec force sa soeur. De colère, il ne contrôlait pas sa puissance et éjecta beaucoup plus loin que prévu Alice.
Elle arriva au bord de la plateforme, trébucha sur une pierre et tomba la tête en arrière, dans le vide.
Florent avait vu la trajectoire qu’allait prendre Alice et tenta de la rattraper mais Alexandre l’empoigna avec une force et le jeta à terre.

— LYS ! NON !

Elle était restée silencieuse.

— Je… tombe…
Dit-elle, dans un dernier soupir.

Alors Alexandre fit attention à ce qui s’était passé.
Il détourna son regard à sa droite, il vit sa soeur tomber de la plateforme, sans crier gare.
Il n’en croyait pas ses yeux. Qu’avait-il fait.
Sa colère envers Florent l’avait totalement aveuglé.
Il se leva, coura vers elle et sauta dans le vide pour la rattraper.
Alice avait fermé ses yeux, acceptant son sort, et craignant la suite.
Florent se leva précipitemment et regarda la scène, il se jeta à son tour dans le vide pour chercher Alice.
Alexandre atteint Alice le premier, à partir du moment où il lui attrapa la main, et ses hanches, il deploya ses ailes.
Elle rouvrit les yeux de surprise, lorsqu’elle sentit le contact de son frère.
Voyant qu’ils s’approchaient des arbres de la terre, il amortit rapidement leur chute et referma ses ailes sur Alice pour la protéger.
Il était inévitable qu’ils tombent sur Terre.
Ils se prirent quelques branches avant de finalement arrriver sur la terre ferme.
Il rouvrit ses ailes.

— Lys… Tu vas bien ?
Dit-il inquiet.

— Cendre… ! Cria t-elle.

Il était un peu blessé, quelques égratinures un peu partout à cause de la chute. Il avait protégé sa soeur sans penser à sa propre sécurité.

— Ce n’est rien… Je suis vraiment désolé Lys.
— C’est moi qui m’excuse. Par ma faute tu es blessé…
— Ne t’inquiète pas pour ça. Ce ne sont que des éraflures. Il faut qu’on quitte cet endroit et qu’on remonte chez nous.

Ils se levèrent, et se dirigèrent à la recherche d’un grande prairie. Il était impossible de voler correctement en plein milieu des arbres.

Florent arriva quelques minutes plus tard. Il eut le temps de se préparer à l’atterrissage.
Il resta debout sur une branche et observa la scène.
Il allait les rejoindre calmement, lorsqu’il sentit la présence de plusieurs personnes.
Alexandre l’avait senti aussi et s’était arrêté.
Des hommes en noir s’approchèrent d’Alexandre et Alice. Il se décida à quitter sa cachette pour les aider mais Alice quitta Alexandre en courant dans la direction opposée.
Il la suivit, et allait se montrer pour la protéger mais elle percuta un autre homme, qui en clin d’oeil sortait déjà un coutelet pour le porter à la gorge d’Alice.
Il assista à toute la scène, sans pouvoir rien faire.
Il ne put que suivre ces hommes avec Alice pour découvrir leur cachette.
Elle était relativement loin, c’était une sorte d’entrée de grotte avec des gardes à l’entrée.
C’était bien trop gardé pour une simple grotte.
Il était assez loin pour qu’ils ne remarquent pas sa présence, mais qu’il puisse au moins suivre leur direction.
C’était une grotte ordinaire. Les gardes guettaient à l’intérieur. Pour le camouflage ce n’était qu’un rideau de lianes. Personne n’aurait cru à une cachette de bandits.
Il avait vu ce qu’il voulait. Alice était dedans.
Il retourna voir Alexandre.

Il était encore à genoux, pleurant sur sa faiblesse et sa défaite.
Il était blessé et à bout de force.
Florent arriva.

— Viens, il faut partir d’ici.

Il l’aida à se relever et l’épaula.

— C’était un accident comme un autre. On va la retrouver et la ramener à la maison.

Il déploya ses ailes et avec du mal, il réussit à regagner leur île céleste.
Alexandre réfléchissait à la manière d’annoncer la mauvaise nouvelle à ses parents.

— Tu… ne me hais… pas ?
Demanda t-il, sans même le regarder dans les yeux.

— J’ai vu ce qui s’était passé. Je n’aurais rien pu faire.
— Tu as vu la scène… ? Tu n’es pas venu me donner un coup de main… ?!
— Avec ou sans moi, le résultat n’aurait pas changé. J’aurais mis la vie d’Alice en danger.
— …
— J’ai réussi à les suivre. Je sais où ils l’ont emmenée. Repose-toi.

Il l’emmena dans sa chambre, et l’aida à s’installer sur son lit, puis il sortit.
Il faut qu’ils se préparent.

*

— Sois sans crainte. La nourriture n’est pas empoisonnée.

Il s’asseya au bord du lit, piqua un morceau de croissant et le mangea.
Elle mangea sa soupe, lentement. La faiblesse dans ses bras faisait trembler sa cuillère.
Quelqu’un frappa à la porte.
Il ouvrit la porte sans se déplacer et fit signe au médecin d’approcher et d’examiner la jeune fille.
Elle prit un peu peur. Elle posa la cuillère dans la soupe, et attendit.
Elle l’avait déjà vu. C’était l’un des médecins qui l’avait reçu la première fois. Il était de nature calme et faisait toujours en sorte de ne pas subir le courroux du maître.
Il s’avança vers elle, tâta son pouls, toucha son front pour vérifier sa température.

— Puis-je faire une prise de sang, Monsieur ?
— Non.
Repondit-il froidement.

Il était si froid avec ses employés.

— Bien, Monsieur. Elle n’a rien qui mette sa vie en danger. Elle est juste très épuisée. Du repos et de quoi manger suffiront.

Il était clair que la réaction de son corps aux maintes injections de solution néfaste lui avaient arraché sa force vitale.

— Merci, vous pouvez disposer.

— Bien Monsieur.
Dit-il avant de partir.

Quelle malchance que cette délicieuse créature se trouve entre les mains de cet homme, pensa t-il à part soi.
Ils étaient de nouveau seuls.
Il lui signifia de terminer sa soupe.
Elle était dans une très belle vaisselle, décorée de dessins fleuris, la cuillère était en argent sans défaut.
Voyant à quel point elle était affaiblie, il lui prit de sa main la cuillère, et la nourrit.
La soupe finit, il reprit le service.

— Repose-toi, je reviendrai plus tard.

Il se leva et s’apprêta à sortir.

— Surtout ne sors pas d’ici si tu tiens à ta vie. À partir du moment où tu mets un pied en dehors de cette chambre, je ne pourrai plus garantir ta sécurité.

Elle acquiesca d’un hochement de tête. Pourquoi était-il si gentil avec elle.
Elle s’endormit presque subitement.
À son réveil, il était déjà de retour. Il semblait préparer différentes choses pour l’organisation de son entreprise. Il sentit qu’elle s’était réveillée et se retourna vers elle.

— Bien dormi ?

Elle répondit en hochant sa tête.
Il finit de faire ce qu’il avait à faire et se dirigea vers elle.

— As-tu perdu ta langue ?

Elle hocha la tête de droite à gauche.
Il sourit. C’était la première fois qu’il souriait de la journée.

— As-tu peur de moi ? Me hais-tu ?

Elle n’avait pas peur. Elle ne le haïssait pas.
Il avait ses raisons, et elle, ne voulait que rentrer chez elle. Ses parents allaient s’inquiéter. Son frère, Florent.
Elle restait à le fixer avec des yeux plein de questions.
Il semblait si triste. Il la regarda dans les yeux.
Il prit de ses deux mains, le visage d’Alice et regarda ses yeux longuement.
Il ne vit rien. Aucune pensée négative. Ses yeux étaient clairs. Limpides.
Après quelques minutes, il la lâcha.
C’était bien la première fois qu’il voyait cela.

*

Ce jour là, on l’avait prévenu des intrus. Il voulait aller vérifier lui-même la nature de l’affaire.
Dès qu’il aperçu Alice, il fut subjugé par sa beauté.
Toute personne était censée être tuée si elle entrait dans son territoire.
Apparemment ces étrangers ne le savaient pas et étaient arrivés en plein milieu. D’on ne sait où.
Ils étaient sur le point de les tuer lorsqu’il les interrompit, et par caprice, décida d’enlever la jeune fille et de partir ensuite.
L’homme ne semblait pas mauvais, il la protégeait.

— Pourquoi avez-vous l’air si triste… ?
Demanda t-elle.

Il n’en croyait pas ses yeux. Pourquoi était ce sans effets.
C’était elle qui avait lu en lui.

— Comment appelles-tu ?

— Alice est mon nom.
Répondit-elle d’une voix sereine et calme.

— … Je m’appelle Sylvain. Que faisiez-vous sur mon territoire ?
— Nous sommes tombés…
— Mes pouvoirs n’ont aucun effet sur toi… Pourquoi… ? N’as-tu pas peur de moi ? Ne me hais-tu pas ?
— Non…

Elle était sincère.
Il pensait ne jamais trouver une telle personne.
Elle sentait qu’il était seul.

Le lendemain, il se leva de bonne heure et partit faire sa ronde de son entreprise.
Elle se prépara elle aussi. Il ne voulait pas qu’elle le suive.
Ils déjeunèrent ensemble, comme si rien ne s’était passé hier soir, elle reprenait des forces.
Il la raccompagna dans sa chambre et lui dit de ne pas sortir.
Tous les employés avaient vu que leur maître infligeait un traitement de faveur à la nouvelle.
Certains complotaient déjà pour la corrompre et le tuer. Ou par jalousie, de la tuer.
Au milieu de l’après-midi, quelqu’un frappa à la porte.
Elle n’avait pas le droit de sortir, mais elle pouvait peut-être ouvrir ? Dans le doute elle resta à l’intérieur, et posa des questions.

— Qui est-ce ? Il n’est pas là pour l’instant. Veuillez passer plus tard.
— C’est à vous que je veux parler. Ouvrez.

Elle se méfiait. Les gens à l’extérieur étaient plein de mauvaises intentions. Si elle ouvrait, ils pouvaient sacager l’appartement et elle serait la seule fautive.

— Dites-moi ce que vous avez à me dire, je n’ouvrirai pas.
— Ce n’est pas pratique. Sortez au moins.

C’était un piège.

— Ouvrez, c’est important.

Elle ne répondit pas. Elle entendit des pas s’éloigner. Elle attendit un moment et finit par ouvrir pour jeter un regard à l’extérieur et savoir qui cela pouvait bien être.
Au moment même, un homme était en face d’elle. Il lui attrapa le bras et la tira à l’extérieur en fermant la porte derrière elle.
Prise au piège.
Elle n’avait plus d’autre choix que de le suivre.

— Qu’aviez-vous à me dire de si important ?

Il la traina jusqu’au sous-sol, il portait une capuche et lui dit.

— On a tous observé que le maître vous accordait plus de confiance. Beaucoup de gens vont essayer de vous parler et vous offrir des propositions aléchantes. Si vous vous alliez à moi, pour mettre fin à ses jours, je vous laisserai tout l’or. Je ne garderai que l’entreprise. Qu’en pensez-vous ?

Elle ne répondit pas. C’était hors de question.
Elle se rendit compte d’où venait sa solitude. Les humains étaient-ils vraiment tous comme ça ?

— Quel est votre plan ?

Il fallait qu’elle s’informe.

— Le repas. Vous le prenez bien ensemble ? Il faut qu’il le mange sans s’en rendre compte. Votre repas ne sera pas empoisonné mais le sien si.
— N’a t-il pas des goûteurs ?
— Justement, ses goûteurs auront un antidote. Sa garde est baissée depuis que vous êtes là. Poignardez-le pendant qu’il sera affaiblit par le poison.

Elle avait tout retenu. C’était horrible.
Il s’en alla à toute vitesse en la laissant là. Au milieu de nulle part.
Elle rencontra d’autres gens, lorsqu’elle tentait de retourner sur ses pas. Ils la dévisageaient et parlaient d’elle dans son dos.
Un homme s’approcha d’elle avec une lame de couteau, il la lécha et lui demanda.

— Mademoiselle, vous êtes perdue ? Ne voulez-vous pas passer un peu de temps avec moi ?
D’un air moqueur.

Elle se sentait forcée. Elle recula. Il la plaqua contre le mur.
À ce moment là, il arriva.

— On s’amuse sans moi ?
D’un ton glacial.

Il s’adressait à l’homme lubrique.

— N…N-non Monsieur.

Et il partit en courant.

— Je t’avais dit de ne pas sortir.
D’un ton froid.

Elle le regarda dans les yeux, paniquée.

— J-je suis désolée.
— … On rentre.

Elle entendit près de son oreille un : « demain ».
Elle se retourna, mais personne.

— Qu’il y a t-il ?
— … Rien.

Elle attendit de rentrer dans sa chambre avant de lui parler.

— Monsieur…?
— Oui ?

Il était un peu surpris.

— Je… Demain… ? Est-ce possible de manger ailleurs… ?
— Pourquoi donc ?
— … Et ce qu’il est possible qu’il y ait du poison dans la nourriture ?
— Pourquoi si soudainement ?…

Il réfléchissait.

— Les goûteurs devraient le détecter. Ne t’inquiète pas pour ça.

Elle ne voulait pas qu’il soit empoisonné.

— Ne mangez pas le plat qu’on vous servira demain. S’il-vous-plaît. On va tenter de vous empoisonner en donnant un antidote aux goûteurs.

Il écarquilla les yeux de surprise. Elle s’inquiétait pour lui.

— Ne t’inquiète pas, répéta t-il. Il n’est pas facile de m’empoisonner.
— Dans ce cas, échangeons nos assiettes demain.
— Comme tu voudras.

Elle l’aida à se déshabiller et s’installer.

— J’ai l’impression que tu es un ange descendu du ciel pour reposer un peu mon âme.
Dit-il à lui-même.

Elle n’avait pas entendu.

— Hm ?

Elle était encore un peu faible.
Il la fit tomber sur le lit et de ses deux mains de part et d’autre de son visage, au dessus d’elle.

— Tu n’as toujours pas peur de moi ?

— Non. Vous n’avez pas été méchant envers moi depuis mon arrivée.
Répondit-elle en le regardant droit dans les yeux.

— C’est vrai… Je ne te ferai pas de mal.
Dit-il songeur.

Le lendemain, pour le déjeuner ils mangèrent ensemble, sans aucun problème. À l’heure du repas. Comme convenu, ils échangèrent leur assiette.
Il se doutait que bien que des domestiques n’oseraient pas tenter de tuer leur maître, ils pouvaient en vouloir à la vie d’Alice.
Il goûta son plat. Il sut déceler le poison, il fut surpris de la dose. Il reposa ses couverts.

— Je ne suis pas d’humeur. Mangeons autre chose.

Il esperait que le repas d’Alice, le sien, n’était pas aussi empoisonné. Elle avait déjà avalé une partie de son assiette, il l’arrêta en empoignant sa poignet et il lança un regard dans toute la pièce. Les goûteurs étaient là et ne bronchaient pas.
Ils se levèrent tranquillement et retournèrent dans la chambre.
La dose aurait rendu n’importe qui inconscient.
La nourriture était bien empoisonnée, il devait trouver les coupables derrière ça.

— Monsieur…

Elle faiblit, eut le vertige, le souffle court et s’écroula.
Il la rattrapa. La dose de poison.
Quelqu’un frappa à la porte à ce même moment.

— Non… N’ouvrez pas… monsieur…

Il la posa dans le lit et ouvrit la porte.

— Monsieur, j’ai eu vent qu’on ait tenté de nuire à votre vie. La coupable étant la jeune fille à vos côtés.
— Cesse de mentir. La personne que tu visais dès le début, c’était cette fille. N’est-ce pas ?
—… Vous devinez juste. Je sais qu’on ne peut tromper votre palais.
— Donne-moi l’antidote et je laisse ta vie sauve.
— Il n’y en a pas.

Il courut vers Alice avec un poignard dans les mains.
Il le brûla sur place.

Cette fille, on ne peut pas la détester.
Elle vous regarde toujours d’un oeil bienveillant, elle vous écoute.
Elle se croit misérable, et inutile mais vous êtes là pour lui rappeler à quel point elle vous est chère et irremplaçable. Elle vous tend toujours la main lorsque vous avez besoin d’aide.

2012.3.1

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