Trajet

Contrairement à mon frère, j’étais plus turbulente et je n’hésitais pas à user de la violence pour me défendre.
Ainsi, souvent je me retrouvais convoquée par le proviseur de mon école et je mettais ma mère dans l’embarras.

Ma mère, c’est quelqu’un de formidable.
Elle nous élève, moi et mon frère, toute seule.
Cela fait des années que notre soit-disant père est parti on ne sait où.
La laissant seule. Il parait qu’il paye une grosse partie de nos frais et que cela nous permet de vivre correctement sans que maman soit obligée de travailler en plus de ce qu’elle fait pour nous.
Je n’aime pas spécialement mon père. Déjà, je ne le connais pas, mais je vois que son absence pèse sur le coeur de maman.
Il semblerait qu’il lui passe des appels de temps en temps.

Mon frère, c’est mon jumeau. On se ressemble comme deux gouttes d’eau. Les cheveux longs, il a un air un peu efféminé.
Il est de nature calme et bon élève.
Il est souvent de bon conseil.

Un soir, j’ai entendu maman au téléphone. Elle parlait de moi, et que cela l’inquiétait que je me batte à l’école.
Je ne compris pas tout de suite.
Peut-être que j’aurais dû interpréter cela comme un avertissement.
Cependant, comme si je ne pouvais m’en empêcher, je continuais à me battre.

Quelques semaines plus tard.
Un soir, quelqu’un vint à la maison.
C’était très rare de recevoir de la visite.
Je m’étais réveillée à cause des chuchotements, et j’utilisais comme prétexte d’aller aux toilettes pour épier leur conversation.

Je vis un homme imposant dans un manteau noir. Il me vit derrière le pan de mur et son regard s’arrêta dans ma direction.
Par surprise je me cachai. Il avait quelque chose d’intimidant.
J’entendis ses pas se rapprocher et il fut rapidement à côté de moi.
Il s’agenouilla et me parla doucement.

— Bonsoir Alexandra.
— … Bonsoir… monsieur…

J’étais effrayée. Cet homme connaissait mon prénom et me parlait. Comme paralysée je n’osais pas bouger.
Maman était dans le salon.
Je pris mon courage à deux mains pour courir dans ses bras.
Elle me sourit.

— N’aie pas peur. Ce n’est pas quelqu’un de méchant. C’est…
— Ne dis rien, Alicia.

L’homme se releva et nous rejoignit dans la salle. Il me regarda dans les yeux et commença à m’expliquer la situation.

— Tu vas venir avec moi, Alexandra.

Je restai sans voix du début jusqu’à la fin.
Mes yeux interrogeaient ma mère, mais elle ne me répondait pas.

— Tu lui causes du soucis et tu seras dans un meilleur environnement si tu viens avec moi.
Je me sentis comme trahie. Ma mère ne voulait plus de moi.
Cela n’était pas possible.
Des larmes embuèrent ma vue et commencèrent à couler le long de mes joues.

— C’est pour ton bien, ‘Xandra…
Me dit-elle, en me serrant dans ses bras.

— Je serai sage, promis…
Sanglotais-je.

C’était déjà trop tard. La décision était prise.
Cela réveilla également mon frère qui nous regardait du même endroit où j’étais quelques minutes auparavant.

— Si ‘xandra s’en va, moi aussi… !
Dit-il en courant vers moi.

— Ne laisse pas ta maman toute seule, Alexandre.
— Ne t’inquiète pas ‘xandra, tout va bien se passer. Tu seras entre de bonnes mains…

L’homme me sépara de ma mère. Tandis qu’elle gardait mon frère dans ses bras, pour l’empêcher de nous suivre.
Le monsieur ouvrit la porte et me traina par la main jusqu’à l’extérieur.
Je ne voulais pas crier mais mes larmes ne s’arrêtèrent pas.
Il m’attacha dans la voiture avec la ceinture de sécurité et s’assit à mes côtés. Sans dire un mot de plus, à part au chauffeur.
Je pleurais et réfléchissais sur mon sort durant tout le trajet.

2016.05.22

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