Poignet

Les cheveux fins virevoltants derrière moi.
C’était bien la peine de me coiffer avant de sortir.
J’aime le vent frais du matin, il me caresse légèrement le visage et me fait plisser les yeux. J’apprécie cette sensation.

Ces derniers temps, je fais des rêves étranges. À mon réveil je ne me souviens que vaguement de ce qui s’est passé, mais j’ai une impression d’avoir déjà rencontre certaines personnes totalement étrangère.
Comme cette jeune fille, qui joue au basket sur le terrain en face de mon trottoir.
Les cheveux ondulés attachés en queue de cheval. Elle est plutôt grande et sportive.
Elle a l’air de s’amuser, bien que des gouttes de sueurs perlent sur son visage.
Elle vient de sauter et marquer contre l’équipe adverse.
À côté d’elle, un gars à peine plus grand qu’elle. Les cheveux bruns foncés et lisses lui arrivant au dessus des oreilles.
Pareil, j’ai l’impression de le connaître.
Il s’approche d’elle et la félicite. Ils ont l’air de bien s’entendre.

Je les dépasse rapidement. Je jetais un coup d’oeil simple. Le sport a toujours été une matière que je détestais à l’école. Je n’en restais pas moins impressionnée par les capacités physiques des autres.
Dans mon pull un peu trop large, et mon jeans troué. Je marchais la tête face au vent. Profitant de ce moment, les idées complètement ailleurs.

*

Je ne sais pas ce que je faisais ici, mais comme par habitude, ou par réflexe. Je me suis levée du lit trop grand pour ma seule personne. Les draps doux, et la chambre trop luxueuse dans laquelle je me trouvais auraient dû m’interpeller. Pourtant, je me suis dirigée vers la porte, comme si de rien n’était, et je me suis retrouvée à l’extérieur.
Comme si la logique venait de me rattraper. J’étais abasourdie par le décor. J’étais en face d’une rambarde en bois qui donnait sur une autre rambarde beaucoup plus loin.
À ma droite et à ma gauche, d’autres portes, la copie exacte de celle que je venais d’emprunter.
Une lumière blanche, ou plutôt une sorte d’halo, éclairait le centre de ce rectangle qui ressemblait à un hotel immense.
Je m’approchais à petits pas.
Penchant prudemment ma tête par dessus la rambarde en bois que je serrais fort sous mes doigts et mes ongles.
Je ne voyais même pas le fond. Lorsque je regardais au dessus, la lumière m’aveuglait presque, et je ne distinguais pas le plafond, ou le ciel.
Je reculais, et restais comme un poteau devant la porte.
Il y avait quatre ascenseurs, deux de mon côté, et deux autres de l’autre.
Il y avait également des escaliers.
Pendant que j’essayais d’analyser la situation, une voix me tira de mon monologue interne.

— Bonjour. Tu es nouvelle ?

Je restais bouche bée et je ne savais pas quoi répondre. Je sursautais presque. Il était vêtu d’une sorte d’uniforme blanc simple, mais mes yeux s’arrêtèrent sur les détails du tissu et des différentes compositions.
À son poignet, un éclat de lumière attira mon regard. Il avait un petit bracelet doré en tissu.
Je devais également répondre à sa question.
Il me regarda de haut en bas.
Je me rendis compte que j’étais dans mes vêtements de tous les jours.
Mon pull de frileuse et mon bon vieux jeans abîmé.
J’eus presque honte d’être ainsi en face de ce garçon qui était plus que mignon. Il avait un regard doux et ses longs cils lui donnaient un petit air androgyne.
Je baissais les yeux.

— Tu as un uniforme qui t’attend dans l’armoire de ta chambre.
Dit-il d’un ton calme, sans se moquer de moi.

— Je t’attendrai pour te faire visiter.
Ajouta-il.

Je ne me fis pas prier et je me précipitai dans la pièce.
Effectivement, il y avait une armoire en chêne vernis, dans laquelle j’aurais pu cacher au moins quatre corps comme moi.
Je l’ouvrais, et il y avait un uniforme de la même couleur que le garçon, et avec les mêmes détails.
Je m’empressais de me changer. C’est là que je remarquai que j’avais le même bracelet doré à mon poignet gauche.

2015.09.16

3 réflexions sur “Poignet

  1. james dit :

    elle s’est réveillée oùùùùùùùùùùùùùùùù ? y’a pas la suite

    Je peux essayer de deviner cependant. Il se trouve que ce texte me rappelle un passage d’une pièce de théâtre, usant d’un principe similaire. Dans cette pièce, « la fausse adresse » (une excellente pièce au passage), les gens se retrouvent sur un bateau. Ils ne sont pas plus surpris que cela, mais en discutant entre eux, ils réalisent petit à petit que personne ne sait comment il est arrivé sur ce bateau. Ils essayent néanmoins de se raisonner : s’ils sont là, c’est qu’il doit y avoir une raison. L’un d’entre eux par exemple se souvient que son docteur lui a dit « une fois ce problème réglé, vous allez faire une belle croisière sous les caraïbes ». Mais la réalité, c’est qu’ils étaient morts. C’est ainsi qu’on mourait, on embarque sur un bateau pour un dernier voyage.
    (la pièce reste amusante au demeurant, c’est un personnage un peu sur les nerfs qui raconte cette histoire 🙂 )

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