Moquette

Ils avaient pris Syfal à part, à l’extérieur de la salle.
Ne le revoyant pas revenir, je m’inquiétais et je sortis voir s’il ne s’était pas perdu. Je me faisais déjà une joie de me moquer de lui s’il s’était perdu dans les couloirs.
J’entendis des bruits étranges et je m’approcha par curiosité.
C’est là que je le vis, recroquevillé sur lui-même, par terre, entouré de trois hommes qui donnaient chacun à leur tour des coups de pied dans ses côtes.
Je vis rouge. J’analysais la scène et j’imaginais très bien ce qu’il venait de se passer. Je fonçais vers eux voulant frapper celui qui donnait des coups de pieds.
Je ne compris pas tout de suite ce qu’il se passa, quelqu’un m’intercepta et m’immobolisa. C’était le plus grand et le plus musclé des trois. Je me débattais tant que je le pouvais, les larmes aux yeux.
Syfal luttait pour rester conscient et il réagit lorsqu’il me vit arriver.

— C’est toi sa petite copine gueuse…
Dit-il d’un air satisfait, une idée lui venait en tête et cela n’annoncait rien de bon pour moi.

Il fit signe à son ami de me lâcher.
À peine je pouvais me réjouir d’être libérée, le leader s’avança vers moi et me prit la mâchoire dans sa poigne.
J’essayais de me défendre et de le giffler mais son ami m’en empêcha. J’étais comme une poupée, le visage et mon bras gauche totalement immobilisés.
Il me relâcha violemment.

— Dommage que tu sois une paysanne, tu n’es pas trop moche.
Lâcha t-il d’un air hautain.

Je voulus saisir ma chance pour frapper celui qui me tenait encore le bras, mais le leader me rentra dedans et m’éclata contre le mur de la petite impasse du couloir.

— On fait moins la maligne hein.

Son avant-bras gauche calé sur ma gorge. Je ne pouvais rien répliquer.
Quelqu’un s’approcha de nous et les deux acolytes paniquèrent.

— Il y a quelqu’un !
— Si c’est un plouc, ramène-le, qu’on lui fasse sa fête aussi !
— Non, c’est un noble, on est mal !
— Merde, on se tire !

Le leader s’en alla à contre-coeur en suivant ses sbires.
Cela ne l’empêcha pas de me donner un bon coup de poing dans le ventre avant de déguerpir.

Ce coup m’avait mis à quatre pattes. Je crachais et tentais de reprendre mon souffle.
Je levais les yeux pour voir la personne qui avait arrêté ce combat injuste.
C’était le noble blond, il s’approcha de moi et me tendit la main.

— Est-ce que ça va ?

J’étais encore sous la colère.

— T’es venu te moquer de nous ?! Va-t-en ! Je n’ai pas besoin de ton aide !

J’avais les larmes aux yeux et je voyais trouble, je m’étais mordue sans m’en rendre compte et je voyais des gouttes de sang sur la moquette de riche du couloir. Je m’essuyais la bouche du revers de mon poignet. J’étalais le rouge.
Cela me fit rire machinalement.
Mon sang de pauvre salissait cette moquette douce et comfortable de riche. Il dut me prendre pour une folle.
Je me relevais avec du mal et je me dirigeais vers Syfal qui était dans un état indescriptible. Je me demandais s’il était encore vivant.
Il était inconscient mais respirait encore.
J’essayais de lever sa masse pour le porter jusqu’aux soins le plus proche mais je n’arrivais plus à rien.
Ma vue se troublait et je pleurais. Les larmes coulaient et plus j’y pensais plus le flot était puissant.
Le blondinet me regardait de loin, encore sur le cul de ma réplique.

J’étais devant Syfal, assise comme je le pouvais et mes larmes coulaient à flots. Son visage n’était pas trop amoché, il avait pu se protéger un peu.
J’entendais des gens approcher et leurs messes basses.
J’entendis quelqu’un accourir et s’arrêter derrière moi.
C’était une femme, elle murmura quelque chose d’inaudible pour moi mais je pu distinguer son timbre de voix.

— Faites venir un brancard et des infirmiers !
Cria t-elle.

Je reconnus sa voix. C’était la Reine. Elle me regarda à peine, lorsque nos regards se croisèrent, je distinguai à peine son émotion. Peut-être était-ce de la tristesse, elle quitta les lieux à le seconde qui suivie.
Une autre personne accourut et c’était Marianne. Je reconnaîtrais ses pas entre milles.
Les gens s’écartèrent et lorsqu’elle me vit, elle courut me prendre dans ses bras.
Je pleurais de plus belle, j’éclatais en sanglots.
J’essayais de lui expliquer la situation mais les mots sortaient de manière sacadée et même moi je ne comprennais plus ce que je disais.
Elle me serra dans ses bras et me caressa les cheveux.
Le trop plein d’émotion me fit perdre connaissance. J’étais dans les bras de ma mère adoptive, il y faisait bon et chaud.

Lorsque j’ouvris les yeux, j’étais dans un lit douillet, et il faisait bon.
J’étais dans mon lit, dans ma chambre.
J’aurais aimé que tout ne fut qu’un rêve, mais le visage de Marianne me fit revenir à la réalité.

— Comment te sens-tu ?

Je me touchais de partout et mis à part la présence de quelques douleurs au niveau de l’abdomen, tout semblait bien aller.

— Je crois… que ça va… – ET SYFAL ?!

Comme si je venais de me réveiller complètement, je pensais à Syfal et à son état.
Marianne pouffa de rire.

— Ne t’inquiète pas, il est à l’infirmerie, on s’occupe de lui. Fais plutôt attention à toi ! D’ailleurs cette affaire va aller loin, la Reine est outrée par le comportement des élèves et veut mettre la lumière dessus. Certains disent que tu t’es disputée avec Syfal et que c’est toi qui l’aurais blessé à ce point. C’est pas romantique ?

J’etais tellement énervée par cette rumeur que je serrais mes poings sur ma couverture. Sans mots.
Elle me regarda et reprit son sérieux.

— Je suis désolée, je n’ai pas pu te protéger…

Elle me serra dans ses bras. J’entendais la détresse dans sa voix.
Je la rassurais comme je le pouvais.

— Qu’est-ce que tu racontes ? T’es la meilleure des mamans, c’est pas de ta faute si je me fais tabasser !

Je riais mais mes côtes me faisaient mal.

*

— Je ne voulais pas ça !

Elle entra en trombe dans son bureau.

— Ma Reine, calmez vous…
Dit Marianne, elle était dans une cape à capuche noire, de sorte que personne ne la reconnaisse.

— Je ne l’ai pas éloignée de mon monde pour qu’elle se fasse tabasser… Qu’ai-je fais. Pourquoi.
— Ma Reine…

Elle s’approcha doucement, et elle s’agenouilla.

— Je m’excuse d’avoir failli à ma mission.

La dame se retourna et se figea. Elle put reprendre son calme.

— Marianne. Tu n’y es pour rien. Ce n’est pas de ta faute et tu n’as en aucun cas faillit. J’aurais dû m’en apercevoir plus tôt, elle était qu’à quelques mètres de moi et je n’ai rien vu venir…
Bref, tu as raison, je dois me calmer. D’après Chris, ce sont trois jeunes nobles qui ont fait ça et ils sont partis en courant. Cette situation ne restera pas impunie. Et je ne dis pas ça simplement parce que c’est ma fille. Cette barrière entre les nobles et les paysans doit disparaître.
S’il-te-plaît, prends-la dans tes bras pour moi…
La voir pleurer comme ça…. Plus jamais…

— Oui, ma Reine.

2015.06.19

2 réflexions sur “Moquette

  1. jimi dit :

    « c’est toi quu l’aurais blessé » → qui

    d’habitude, qd je vois des scènes de combat au cinéma, je m’en fiche un peu. mais là, la scène du début m’a cueilli. Par le côté naturel de l’enchainement des évènements. En plus t’as écrit « Je me faisais déjà une joie de me moquer de lui s’il s’était perdu dans les couloirs. », donc moi ça me fait rigoler, car effectivement j’imagine le truc, et après elle se fait taper dessus. La transition super rapide a fait que par la suite, je grimaçais de douleur pour elle.
    Et c’est vrai que qd j’y réfléchis, j’ai pas souvenir de film (y’en a probablement) où le perso se fait une blague premier degré avant que l’atmosphère change en 2 sec.

    • Ca me fait plaisir quand tu me corriges ET quand j’arrive à faire ressentir quelque chose via mes textes, autre que de l’ennui 🙂

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