Robe

Il ne s’y attendait pas.
Il avait déjà des doutes lorsqu’il se rendit compte que des objets appartenant à sa mere se retrouvaient en ma possession mais il ne me posa pas plus de questions.
Un jour, je lui étais rentrée dedans alors que je portais un panier de linges sale dans la buanderie. Le panier était tellement haut que je ne le vis pas au coin du couloir et bien entendu j’en avais renversé une partie au sol.
Il s’excusa, alors que j’étais moi-même en train de m’excuser d’avoir bousculé mon professeur. Je n’imaginais même pas qu’il puisse être le prince.
Son regard se figea sur une de mes robes d’anniversaire.
Il me posa une question que je trouvais un peu vexante même si elle était légitime.

— Où est-ce que tu as eu ça ?

Je savais que j’étais trop pauvre pour avoir ce genre de vêtement mais je ne me laissais pas démonter.

— C’est un cadeau de mes parents, monsieur.

Il resta silencieux et se releva en continuant son chemin.
Je ramassais mon linge en ruminant sur son impolitesse.

Un ami qui était également de la même classe sociale que moi, mais d’un niveau au dessus, me croisa par hasard et me tendit un sous-vêtement.
Je lui arrachais des mains en rougissant.
Il était bronzé comme Marianne, peut-être un peu plus encore, à force de trainer sur le terrain d’entraînement.
Ses parents connaissaient bien Marianne et il jouait de temps en temps avec moi lorsque nous étions petits.
Disons que nous étions comme frère et soeur ou plutôt de bons amis.
Bien que pas très proches, nous ne passions pas beaucoup de temps ensemble, mais nous avons toujours été là l’un pour l’autre dans le besoin. Même si c’est plutôt lui qui a le plus souvent été mon soutien que l’inverse.
J’écoutais ses soucis sans le juger et il savait qu’il pouvait compter sur moi pour dire ce que je pense sincèrement.
Les cheveux bruns foncés et un peu ondulés, c’était un beau garçon. De plus son caractère était adorable, tout le temps souriant et blagueur.
Il s’était bien moqué de moi lorsque je lui avais raconté mon histoire de poignet foulé en cours d’éducation physique et sportive.
Lors d’un entraînement interclasses, il avait combattu avec le fils de chevalier, je me demande encore s’il n’avait pas fait exprès de tomber contre lui, et l’avait battu à plate couture bien qu’il soit d’un rang inférieur. En lui serrant la main à la fin de la rencontre, il lui avait glissé : c’est pour le poignet. Avec un clin d’oeil en ma direction.
Je lui avais passé un savon parce que depuis cette histoire toute ma classe pensait qu’on était ensemble. Je ne pouvais que rougir et garder le silence.
Il avait ri aux éclats et avait ajouté :
— Tu aurais dû voir sa tête quand je lui ai dit ça ! C’était trop drôle !

— Ce n’est pas ici qu’on doit étendre le linge… Si ?
— Ah ah, très drôle… J’allais à la laverie, si un certain professeur ne m’avait pas percutée…

Je lui racontais ma mésaventure.

— Tu veux que je t’accompagne ? J’ai rien d’autre à faire. Je vais t’aider à porter ton panier. Si quelqu’un me rentre dedans, c’est lui qui finira par terre.

Je refusais et portais moi-même mes vêtements.
Il s’était assis sur le banc et discutait avec moi, de tout et de rien mais surtout de rien pendant que je mettais à tremper mon linge et que je les frottais un à un pour les laver.

*

Il avait débarqué dans le bureau de sa mère, sans prévenir.
Il n’avait pas tourné autour du pot et lui avait directement posé sa question.

— J’ai vu une gamine de la plèbe avec une des robes que tu avais commandé pour toi. Qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce que je dois la faire venir ici pour qu’elle s’excuse de te l’avoir prise ?

Son ton était plutot calme, quoique survolté.
Son interlocutrice sursauta.

— Que veux-tu dire par là ?
— Je l’ai vue avec l’exacte même robe que tu avais dans ton bureau il y a quelques mois.
— Il se peut qu’elle ait acheté la même…

Sa voix était tremblante.

— Ne te moque pas de moi ! Je sais que tu l’avais commandée sur-mesure. Tu sais aussi bien que moi que le modèle de cette robe est unique !

Elle devint pâle.

— Calme-toi. Je vais t’expliquer…
— Pourquoi tu tiens à la défendre ? Si elle te l’a volée, il suffit de la réprimander-
— Elle n’a rien volé, je lui ai offert.

Il resta bouche bée.

— S’il-te-plaît, ne m’en demande pas plus et ne lui dis rien. Elle ignore que je suis sa bienfaitrice. Je ne peux pas t’en dire plus maintenant…Je suis occupée je dois y aller.

Elle évita le regard de son fils et s’en alla.

Un garde lui emboîta le pas lorsqu elle sortit de la pièce.
Au coin du couloir, la jeune fille arriva en marchant et faillit percuter la reine. Le garde du corps faisant son travail, il avait senti sa présence et s’arrêta juste avant, avec la reine à ses côtés.
Leurs regards se croisèrent.
C’était peut-être la première fois qu’elles se rencontraient.
Elle ne savait pas à qui elle avait affaire et elle était restée admiratrice devant la beauté de cette personne.

— Ah, bonjour.
Avait-elle dit maldroitement.

La dame lui sourit en retour et lui répondit d’une voix très douce.
Elle avait les cheveux legèrement bouclés et blonds. Ils étaient réunis en chignon et quelques mèches rebelles se baladaient un peu autour de sa tête.
Sa peau était d’un blanc pur, on aurait dit un ange. Elle avait de magnifiques yeux bleus profonds.
Sans aucun doute c’était une noble au vue de la qualité de sa tenue.

— Qu’est-ce que tu fais ici ?
Lui dit l’homme.

— Ah euh, on m’a dit qu’il fallait que je récupère un panier de linge sale…
— … Tu t’es trompée d’escalier, c’est de l’autre côté du bâtiment !
Soupira t-il avant de la réprimander.

— Je… Oui ! Pardon, monsieur !
S’excusa t-elle.

— Tu n’as rien à faire dans cette aile, dépêche-toi de filer !
— Oui… !
Elle s’excusa encore avant de déguerpir.

— Ma Reine, excusez-moi, nous pouvons continuer notre chemin.

Son comportement était le jour et la nuit selon son interlocutrice.
Puis elle se rendit compte qu’elle venait de rencontrer la reine en personne, celle qui lui avait permis de vivre ici.

— Tu n’as pas été un peu dur avec elle… ?
— Non, ma Reine, nous devons rappeler aux gens leur rang et leur place. Vous êtes bien trop gentille, ma Reine.

Son regard était empli d’une certaine tristesse lorsqu’elle jeta un coup d’oeil dans la direction de la fillette.
Son fils assista à la scène sans le vouloir et commença à mener son enquête.

2015.05.17

Une réflexion sur “Robe

  1. james dit :

    ohh, si j’ai bien compris, c’est la reine qui donne des cadeaux à la fille. Et soit c’est sa mère, soit elle se fait passer pour elle.
    J’ai hâte d’en savoir plus.

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