Château

Aussi loin que je me souvienne, j’ai vécu dans ce château.
Je ne sais pas où je suis née, ni qui sont mes parents mais mon enfance fut heureuse.
C’est Marianne qui m’a élevée, je la considère comme ma mère, même si c’est ma mère adoptive.
Elle m’avait expliquée la situation dès mon plus jeune âge et elle avait insisté pour que je l’appelle par son prénom, même si cela ne m’aurait pas dérangée de l’appeler « maman ».
Elle avait tenu à ce que je comprenne que mes parents ne m’avaient pas abandonnée, que des circonstances les avaient obligés à me laisser sous sa garde. Au moins, je savais qu’ils n’étaient pas morts et qu’ils pensaient à moi, d’une certaine manière…
En effet, à chaque anniversaire, je reçois un présent, et ce depuis mon plus jeune âge. C’était généralement quelque chose à l’apparence sobre mais lorsqu’on y regardait de plus près, on se rendait compte de la vraie valeur de cet objet.
Chaque cadeau est conservé dans un placard de notre chambre.
Ces boîtes ne contenaient aucun mot, mais je les appréciais. C’était le seul lien que j’avais avec mes parents.
Plus jeune je m’étais fait plusieurs scénario dans ma tête.
Peut-être que mes parents étaient des bandits qui avaient fait fortune et étaient poursuivis par des forces de l’ordre.
Ils étaient peut-être de riches commerçants qui faisaient fortune dans un pays dangereux.
Mon imagination ne tarissait pas.
Je finis par me faire à leur absence, et à chaque anniversaire c’est en recevant mon paquet que je me souvenais de leur existence.

Marianne est une jeune femme à la peau un peu bronzée, à force de passer du temps sur les champs et dehors de manière générale. Ses cheveux bruns foncés et bouclés étaient souvent coiffés légèrement en arrière. Ses yeux sont d’un vert clair et contrastaient un peu avec ses couleurs chaudes.
Moi, je ne lui ressemble pas vraiment.
Les cheveux assez longs, bouclés, châtain clair, faisant leur vie sur ma tête. Ils étaient lâchés, au naturel. Les yeux bleu clair, et ma peau était blanche.
Nos bouclettes étaient notre seul point de ressemblance, bien que mes cheveux soient beaucoup plus fins que les siens.
Elle travaille comme aide-ménagère dans le château.
Les maîtres des lieux avaient autorisé à ce qu’elle me garde.
En échange, ou plutôt par bon sens, je m’étais également attelée aux tâches pour aider, et ceci dès mon plus jeune âge.
Nous partagions une chambre de taille raisonnable, il n’y avait qu’un seul grand lit où nous dormions toutes les deux.

Je menais la belle vie, insouciante, si on peut le dire.
À partir d’un certain âge, j’ai commencé à suivre des cours du château.
Étant résidente, j’avais le droit et le devoir d’assister aux leçons de combat, de mathématiques et autres matières que je considérais intéressantes.
Nous étions très peu de mon rang social, c’est-à-dire, en bas de l’échelle, à pouvoir profiter de cette opportunité.
J’étais la fille adoptive d’une servante, tandis que la majorité des autres élèves étaient fils ou fille de chevaliers, officiers, tailleur luxueux. Ils vivaient dans des appartements de leur rang, situés dans les hauts étages du château, tandis que nous, nous vivions au rez-de-chaussée. Un reflet de notre position sociale.

Les autres élèves nous regardaient de haut mais je les ignorais.
Il faut dire que je n’étais pas passée inaperçue.
Depuis que je m’étais faite ridiculiser en cours de combat, j’essayais d’être plutôt discrète.

______
Je savais que je n’étais pas vraiment sportive, mais pas à ce point là.
Les groupes s’étaient formés en un clin d’oeil et je me suis retrouvée en duo avec un fils de chevalier.
Il m’avait regardée d’un air moqueur, comme s’il avait pitié de moi, le sourire au coin des lèvres.
L’échauffement consistait à tenter de mettre son adversaire à terre.
Il y avait une trop grande différence de force, les groupes n’étaient pas du tout équilibrés, c’était un premier test pour évaluer le niveau de tout le monde et ensuite former des groupes plus justes.
Donc, ce fils de chevalier, avait l’habitude des combats, il était déjà en position et moi je ne savais pas quoi faire alors j’avais  imité sa position, il s’est approché de moi, il a regardé où il pouvait m’attraper.

J’ai essayé de me débattre, comme une enfant, il m’avait maintenue les mains, paumes contre paumes, alors que je m’efforçais de ne pas reculer en tentant de le repousser de toutes mes forces, il me fit juste un croche-pattes et je me retrouvais par terre.
J’avais continué à serrer mes mains dans les siennes, et il fut entraîné par mon poids.
Je tombais en arrière sur la droite, et comme je ne lâchais pas ses mains, j’étais restée accrochée désespérément en tentant me rattraper et me relever, sans succès.
Je le vis tomber avec moi.
Je craignais que nos têtes s’entrechoquent.
Il avait de bons réflexes et il plia ses genoux pour qu’ils prennent le choc et qu’il reste stable.
Nous nous étions retrouvés dans une position plus que gênante.

J’étais à terre, les mains plaquées au sol, et un de ses genoux entre mes jambes.
Son visage était juste au dessus du mien.
Il avait au air surpris, puis il ria.
Tous les autres nous regardaient.
Le professeur nous avait vus et prenait des notes.
Je continuais à serrer mes doigts et il me demanda de le lâcher.

J’étais morte de honte et je ne pensais pas que la situation pouvait être pire.

Durant notre chute j’avais dû faire un faux mouvement. Une douleur horrible au poignet droit me fit grimacer.
Bien entendu, personne ne m’aida à me relever, et j’entendais déjà certains dire que la poussière me seyait à ravir.
Lorsque je voulus me remettre debout, je posai mon poignet au sol et là, ce fut l’horreur.J’entendis un « crac » dans mon corps et une douleur aiguë parcouru de mon poignet.
Je levais aussitôt mon poignet, en restant à terre, je regardais de plus près ma main pour identifier la source de la douleur.
Je me relevais doucement et la douleur était telle que je commençais à avoir un rire nerveux.
Mon poignet devenait rouge et un peu gonflé.
Pendant que mon partenaire se vantait et que certaines filles lui jetaient des fleurs, je m’étais relevée et je détournais mon visage.
Des larmes coulèrent sur ma joue, j’avais trop mal.
D’un point de vue extérieur, tout le monde cru que j’étais en train de pleurer à cause de la chute et de ma défaite.

Le professeur vint me voir.
Il observa mon poignet et m’ordonna d’aller à l’infirmerie.

Le fils de chevalier s’étonna de voir le s’approcher, il pensa qu’il avait fait une bêtise. Il put lâcher un soupir lorsqu’il s’adressa à moi.
Je me dirigeais vers la sortie du terrain, je ne pus même pas me réjouir de quitter ce cours tellement la douleur était terrible.

Qu’est ce qu’il y a ?
Demanda t-il quand même, au professeur.

C’est rien, elle a juste une entorse au poignet.

Les filles le regardèrent avec de grands yeux ronds.
Il couru pour me rattraper et me proposa de m’accompagner vu que c’était en partie sa faute.
Je refusais poliment. Il remonta un peu dans mon estime même si je savais que c’était pour garder la tête haute auprès de ses amis.

Moi qui m’attendais à une infirmière je me retrouvais nez à nez avec un infirmier. La peau blanche et les cheveux noirs courts.
Il se tourna vers moi et me demanda ce qu’il n’allait pas.
Je levais mon poignet et il fit une grimace lorsque ses yeux se posèrent sur la jolie bosse violette que j’avais.Il me fit asseoir dans un fauteuil et parti chercher de quoi désinfecter, me mettre de la pommade et enrouler le tout dans du bandage et une attelle.

C’était mon premier cours de physique et j’étais déjà dispensée, et j’allais avoir du mal à prendre des notes, tant qu’à faire c’était ma main à tout faire qui était en panne.
Le médecin m’interdit de faire quoi que soit qui pourrait aggraver l’état de mon poignet.

En retournant sur le terrain, le fils de chevalier, avait déjà rejoint un autre groupe, me laissant à mon sort.
Je m’assis sur un banc et j’attendis la fin du cours.
Le professeur me regarda d’un air condescendant.
Les autres élèves de mon rang étaient désolés pour moi, mais ils voulaient éviter d’être eux-mêmes la cible de railleries. Ils finirent pas m’éviter.
Je ne pouvais pas leur en vouloir.
_____

J’essayais tant bien que mal de prendre mes notes de la main gauche mais c’était encore plus illisible que mon écriture normale qui n’était pas fameuse.

Un de nos nombreux professeurs, un jeune qui nous enseignait les matières comme la finance, eu pitié de moi et me demanda de rester à la fin du cours. Il me tendit ses préparations de cours et me les prêta pour réviser.
Il devait avoir au moins 5 ans de plus que moi, les cheveux blonds et lisses, longs et attachés en arrière. Les yeux bleus foncés.
Plutôt jeune pour un professeur, me suis-je dit.
Il portait des lunettes de vue qu’il retirait en dehors des cours.

Marianne était morte d’inquiétude, elle s’en faisait toujours trop pour ma santé. Je n’étais pas très sportive mais je n’étais pas non plus limitée physiquement.
Elle examina plusieurs fois mon entorse, et alla même jusqu’à demander une seconde fois au médecin de lui donner plus de détails.
J’étais émue qu’elle s’inquiète à ce point mais j’étais gênée de sa réaction pour une simple entorse.

2015.05.14

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