Onguent

Après leur séance particulière, ils étaient tous les deux au vestiaire pour se changer et prendre une douche.
Lorsque Basile se déshabilla complètement, il remarqua que certains endroits sur son corps lui faisait plus mal que d’habitude. Les frottements de ses vêtements lui avaient fait ressentir une certaine gêne à quelques endroits.
Voulant faire bonne figure devant son supérieur qui se changeait à quelques mètres de lui, il fit comme si de rien n’était.

Cendre n’était pas dupe et jeta un rapide coup d’oeil sur Basile et son corps nu.
Il remarqua immédiatement les jeunes bleus qui n’étaient pas de petites tailles au niveau de sa jambe et de ses avant-bras.

— Tu m’attendras lorsque tu auras fini.
Dit Cendre faisant face à son propre casier, sans jeter un regard vers Basile, et continua son trajet jusqu’aux douches.

Basile se retourna et regarda autour de lui.
Il n’y avait personne d’autre et il conclut que ce message lui était adressé.
Interrogateur, il referma son casier et emboîta le pas sans rien ajouter.
L’eau chaude qui ruisselait sur le corps lui faisait un bien fou. Dans sa cabine, il en profita pour toucher les endroits qu’il avait remarqué sur son corps. En passant la main dessus, il reconnut cette légère chaleur et douleur.
Il avait des bleus. Il se tortilla sur lui-même pour essayer de les voir. Il grimaça en voyant à quel point il avait pris cher. Il entendit que le jet de douche s’était arrêté à l’autre bout et devina que Cendre avait dû finir de se rincer. Il se dépêcha pour ne pas le faire attendre en se demandant ce qu’il avait à lui dire.

Cendre était en train de finir de se rhabiller lorsqu’il arriva.
Il frotta ses longs cheveux dans sa serviette et finit par les pointes.
Basile essayait de ne rien rater de cette scène sans que cela ne se voie. Il se rhabilla en étant pas entièrement face à lui pour pouvoir observer sans paraître louche.

— Je vais t’attendre dehors.
Dit-il, en le regardant dans les yeux, cette fois-ci.

Cendre sortit en laissant un silence dans les vestiaires. Seul le bruit que faisait Basile en remettant des vêtements propres, un à un, brisait ce calme.
Lorsqu’il sortit. Cendre était là, à l’attendre. Il regardait au loin, perdu dans ses pensées. Les bras croisés.

— Suis moi.
Dit-il sans sourciller.

Basile le suivit sans dire un mot. Le ton froid de Cendre lui faisait un peu peur sur la nature de sa convocation.
Ils arrivèrent et s’arrêtèrent devant une porte.
Cendre ouvrit et l’invita à le suivre.

Basile entrait pour la première fois dans la chambre de Cendre.
En tant que superviseur, il avait une petite pièce qui lui servait de salle de repos ou de travail lorsqu’il devait prendre en charge des dossiers.
Elle disposait d’un lit simple, qui était fait.
Connaissant Cendre, il était inconcevable qu’elle ne soit pas rangée de manière impeccable.
Il était carré et très à cheval sur ce genre de détail, et c’est ce qu’appréciait aussi Basile.

— Ma chaise de bureau n’est pas très confortable, si cela ne te dérange pas, tu peux t’assoir sur le lit.
Dit-il en ouvrant un tiroir de son bureau.

Basile ne se fit pas prier et s’installa en silence sur le rebord du lit en scrutant le moindre détail.
Son coeur s’emballait à l’idée de savoir qu’il se trouvait dans l’intimité de Cendre mais il essayait de garder sa contenance en ne laissant rien paraître.
Lorsque Cendre revint vers lui, il avait un kit de premiers secours entre les mains. Il le posa à ses pieds et s’agenouilla pour regarder l’état des jambes de son élève.

— J’y suis allé un peu fort, je m’en excuse. Je peux toucher ?
Demanda t-il en relevant légèrement la tête vers Basile.

— O-oui bien sûr…
Bafouilla t-il, perturbé par la scène.

Cendre était à ses pieds et s’occupait de lui. Il n’aurait jamais cru qu’il serait un jour dans cette situation.
Le superviseur fit à peine attention à la roseur des joues de Basile et attrapa délicatement son pied pour observer et toucher le bleu sur le mollet.
Basile fit une petite grimace et bougea inconsciemment sa jambe lorsque Cendre appuya, bien que ce fut de manière légère, à l’endroit où ça faisait mal.

— Pardon.
S’excusa t-il, impassible.

— Ce n’est rien.
Répliqua Basile, en reprenant une attitude presque normale.

Il profita de sa position pour observer et dévorer des yeux Cendre. Ses longs cheveux noirs de jais, attachés d’un simple élastique derrière sa nuque, les quelques mèches qui retombaient sur le côté de son visage, et sa queue de cheval qui s’était rangée sur un côté de son épaule, la tête baissée. Ses cheveux étaient encore un peu mouillés.
Il savourait les mains de Cendre qui effleuraient sa peau.
Installé sur le lit il ne voyait pas les gestes de son superviseur, ce qui en quelque sorte décuplait la sensation du toucher.

— Je vais t’appliquer un onguent que j’utilise lorsque j’ai ce genre de bleu. Il est très efficace. C’est une recette un peu particulière. Il est légèrement plus fort que les onguents de base.
C’est un peu de ma faute, que tu aies ces marques. Accepte ceci comme mes plus sincères excuses.

Basile pensait intérieurement qu’il apprécierait d’autres marques de Cendre avec plaisir mais prononça d’autres mots.

— C’est surtout la mienne de n’avoir pas assuré ma garde comme il fallait. Cela me servira de leçon.

Il en avait un peu honte mais la joie d’être dans cette situation occulta toutes la négativité de ses pensées.
Cendre esquissa un sourire qu’on entendit lorsqu’il lui répondit, amusé.

— Tu es un peu trop dur avec toi-même. Ne cherche pas à t’améliorer trop vite. Chaque personne a son rythme d’apprentissage. Tu progresses à ton rythme, et en tant que superviseur, j’ai vu tes progrès depuis ton arrivée ici. Tu n’as pas à te presser.

Cendre prononcait ces mots en continuant à s’occuper du mollet, il avait étalé la pâte verte sur le bleu de manière à ce qu’elle pénètre bien la peau, il frottait de manière circulaire en prenant soin de ne pas appuyer trop fort.
Basile fut cloué par ses paroles et il sentit des picotements au niveau de ses yeux.
Cela lui allait droit au coeur et c’était peut-être la chose qu’il avait le plus envie d’entendre, et elle était prononcée par la personne qu’il admirait le plus.
Cendre prit une bandelette de tissu médical pour l’enrouler autour du tibia.

— Cela te soulagera pendant quelques heures, le temps que les plantes fassent effet, tu pourras le retirer dès ce soir.

Il trouvait Basile bien silencieux et releva la tête pour voir s’il allait bien. Quelle fut sa surprise lorsqu’il son visage décomposé.

— Est-ce que ça va ? Je t’ai fait mal à ce point… ? Je suis sincèrement désolé.
Demanda t-il réellement inquiet.

Basile sourit et quelques larmes coulèrent malgré lui, du coin des yeux. Il les essuya rapidement.

— Ça va, je n’ai pas mal. Merci, pour les bandages. Et pour vos mots.
Riait-il, de lui-même et de la réaction de Cendre.

Cendre se détendit et lui adressa un sourire bienveillant.

— C’est normal, c’est aussi mon rôle.
Répondit-il d’une voix douce.

Il lui tendit un mouchoir en tissu.

— Il est propre, tu peux t’en servir.
Dit-il.

Basile le prit. Leurs doigts se touchèrent. Cendre n’y fit absolument pas attention.
Il ramassa la boîte de soins pour la poser sur le lit, et s’assit à côté de Basile, qui arrêta de respirer pendant un instant.

— Je peux relever ta manche ? J’ai vu que tu avais un bleu ici, aussi.
Expliqua t-il, de son ton neutre habituel.

Basile fut surpris qu’il sache aussi bien les emplacements de ses coups. Puis ressassa sa phrase « j’ai vu ».
Quand est-ce qu’il avait pu voir ?
Se demanda t-il, avant de percuter que ce fut aux vestiaires, et qu’il n’avait rien remarqué.
Se rendant compte qu’il attendait une réponse de sa part, il redescendit sur terre pour lui répondre que oui.
Cendre était patient et ne le pressait pas dans ses gestes.
Basile frissonna un peu lorsque ses doigts se posèrent sur son muscle. Puis reprit rapidement ses esprits.
Cendre finit en un rien de temps, qui parut même trop court pour Basile.

— Voilà.
S’exclama t-il, en rangeant le reste des objets dans la petite boîte puis dans le tiroir adéquat.

— Merci.
— Je t’en prie, Basile.

Cendre lui faisait dos.
Basile se dit qu’il fallait que cette occasion d’être seul avec Cendre soit utilisée.
Il prit son courage à deux mains pour se déclarer.
Il se leva et se positionna juste derrière lui.
Lorsqu’il se retourna, ils étaient tous les deux en face, l’un de l’autre. Les yeux dans les yeux.

— Je peux faire autre chose pour toi ?
Demanda t-il, interrogateur.

Basile avança d’un pas, et Cendre ne bougea pas.
Ils étaient encore plus proches, leurs respirations effleuraient leur peau.

— Je vous aime, Cendre.
Dit-il d’une voix claire et nette.

Avant même que Cendre ne put répondre quelque chose.
Basile enchaîna.

— Depuis toujours, depuis que je suis arrivé ici, je vous admire. J’aimerais vous connaître plus, passer plus de temps avec vous. Je ressens des sentiments très forts à votre égard. Vous êtes parfois sévère mais juste, et vous m’avez montré que vous savez être doux et attentionné. Je ne vous demanda pas de changer votre attitude à mon egard, je voulais juste que vous sachiez que je suis amoureux de vous.

Cendre avait attendu et écouté le discours de son élève, attentivement.

— Merci, Basile. Je suis touché par ta déclaration, mais je ne peux malheureusement pas te rendre tes sentiments. J’ai peur que ce que tu ressens pour moi ne soit principalement de l’admiration-

— Est-ce aussi de l’admiration que vous ressentez pour l’amie de Rose ?
Rétorqua t-il en lui coupant la parole.

Cendre perdit pieds et ne sut quoi répondre.

— Pardon, je ne voulais pas être insolent…

— Non, ne t’excuse pas. Tu as peut-être raison.
Dit-il en passant sa main sur son front pour le masser.

Il avait rarement vu cette expression sur Cendre.

— J’ai peur de te blesser.
Finit-il par dire.

— Comment ça ?
Questionna Basile.

— Si je t’embrasse alors que je ne ressens pas spécialement de sentiments pour toi. Par exemple.

— Vous pouvez essayer.
Répondit-il, du tac au tac.

Cendre n’eut pas à s’approcher plus, il passa sa main derrière la nuque de Basile et lui donna un baiser longoureux sur les lèvres. Il n’eut qu’à pencher légèrement son visage pour que leurs nezs ne s’entrechoquent pas. Ils faisaient approximativement la même taille, ce qui était relativement pratique dans cette situation.
Basile ouvrit presque intuitivement sa bouche pour que Cendre puisse y pénétrer sa langue qui était déjà en train de caresser le bout de la sienne. Il ne se fit pas prier et de lui-même, rendit les mouvements jusqu’à leur trouver un rythme convenable. Il aurait voulu que cela dure des heures.
Basile enlaça Cendre pendant leur baiser et sondait les courbes de ses hanches avec ses mains, jusqu’à remonter lentement vers son tour de torse.
Cendre était un peu plus frêle que lui mais cela ne l’empêchait pas d’être musclé.
Basile remonta sa main gauche jusqu’à la nuque et passa ses doigts dans les cheveux soyeux et lisses avant de lui défaire sa queue de cheval.
Cendre arrêta son baiser et recula légèrement.
Il regardait Basile d’un regard ardent qu’il n’avait jamais eu auparavant. À la fois gêné d’avoir fait ce qu’il venait de faire. Ses cheveux lâchés et encore mouillés aux extrémités lui donnait un air très érotique. Son regard semblait dire « Qu’est-ce qu’on fait maintnant ? ».
Il ne pensait pas qu’un simple baiser l’exciterait autant.

— Vous êtes beaux.
Dit Basile, tout simplement.

Planté sur ses deux pieds, il dévorait Cendre des yeux et était fier de lui avoir défait ses cheveux.
L’élastique entre ses doigts.

— Par contre, tu peux me tutoyer. Je ne veux pas avoir un rapport de force sur toi lorsque nous sommes ensemble… surtout dans l’intimité…
Répondit Cendre en soupirant, et ramenant ses mèches de cheveux en arrière avec ses doigts.

— Qu’est-ce que tu es beau, Cendre.
Prononca Basile, pour tester le tutoiement.

Cendre rougit instantanément.

— M-merci…
Dit-il rouge pivoine.

Il avança vers la porte et la vérouilla avant de revenir vers la fenêtre qui était à l’opposée et il tira un rideau plus épais jusqu’à ne laisser qu’un léger fil de lumière éclairer la pièce.

— Si nous voulons pas être dérangés…

Basile aurait pu se sentir pris au piège, et comme si Cendre avait deviné son fil de pensée.

— Tu peux encore partir, si tu le souhaites.

2019.04.09

2 réflexions sur “Onguent

  1. Fluo dit :

    C’est trop mignon ! J’ai adoré du début jusqu’à la fin. Je m’attendais vraiment à ce que Cendre le rejette. Y’a un texte qui raconte ce qui se passe après qu’il ait tiré le rideaux ?

    Juste une faute de frappe à corriger :
    « il avait étale la pâte verte sur le bleu de manière à ce qu’elle pénètre bien la peau » => étalé

    • Oh, ça me surprend, mais merci, ça me fait plaisir que t’aies apprécié !
      Et je ne crois pas qu’il y ait de suite à ce texte 😛

      Merci pour la faute de frappe, je corrige ça tout de suite !

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