Vingt-cinq

En cette nuit d’hiver, je m’étais baladé un peu partout dans l’hôpital, ma tasse de café chaud à la main.
Dans la salle d’accueil, je sentis la présence d’une personne sur les sièges.
Elle était allongée sur plusieurs places, dormant profondément.
Je m’approchais d’elle.
Elle était habillée en souillonne, une enfant de la rue, en soit.

— Hey, gamine ! C’est interdit de coucher ici.

Ne se réveillant pas à mes appels.
Je la secouais un peu.
Elle ne réagit presque pas.
Le corps gelé.
Si elle restait ici, elle finirait par mourir de froid. Certainement.
Je regardais autour de moi.
Personne aux alentours.
Je la portais jusqu’à ma chambre.
Elle ne se réveilla pas jusqu’au lendemain.

— Suis-je morte ?

Ce fut ses premières paroles.

— Comment te sens-tu ?
— … Froid…
— As-tu faim ?
— Oui…
— Attends quelques minutes, je vais te chercher quelque chose.

En partant chercher un morceau de pain de la veille ou quelques restes. Je me demandais ce que j’allais faire d’elle et dans quels problèmes je m’étais jeté…

— Comment t’appelles-tu ?
— … Numéro 25…

Un numéro. C’était certainement une esclave ou un lien avec des trafics d’humains…

— Tu sais, tu n’as pas le droit de t’endormir sur les sièges de l’hôpital… Ce n’est pas un dortoir. Tu comprends ? Je suis désolé mais tu vas devoir t’en aller.

Elle sortit lentement du lit.

— Tu peux emporter avec toi le morceau de pain.
Lui dis-je en tendant le pain rassit d’hier.

— Tu vas retrouver le chemin vers la sortie… ?

Elle prit la nourriture en gardant la tête baissée.
Serrant la miche dans ses mains comme si c’était de l’or.
J’avais un peu de peine à la jeter dehors mais je ne pouvais pas faire autrement.
Elle releva lentement son visage vers moi.

— Je… je ne peux retourner d’où je viens… S’il vous plaît… Laissez-moi rester ! Je dormirai par terre ! Je mangerai les restes de la veille ! Je ferai tout ce que vous voulez ! Ne me renvoyez pas là-bas… !
Me dit-elle, suppliante.

— « Je ferai tout ce que vous voulez » ?

Je m’approchais d’elle.
Elle recula par réflexe.
Elle fut acculée au mur.
Elle leva les yeux vers moi.
Si petite, si vulnérable.
Je plaquai ma main gauche sur le mur, près de ses hanches.
Ma main droite sur son visage.

— Ce que je veux ?
Répétais-je en lui souriant.

Je voyais la peur dans ses yeux. Ou bien était-ce de l’incompréhension ?
Au bout de quelques secondes de silence. Elle baissa les yeux et détourna son visage.
Je m’éloignais.

— Fais attention à ce que tu pourrais dire… File.

Je me retournai vers mon bureau.
Je sentis qu’on me tirait par le bout de ma veste.

— … Faites ce que vous voulez de moi… Mais laissez moi rester ici…

Je lui attrapais le bras d’une main et de l’autre je soulevais son visage vers le mien.

— Vraiment… ?

Elle détourna le regard.

— … Oui…

Je l’attrapais alors par ses hanches et je la portais jusqu’au lit.
Mes mains de chaque côté de sa tête, sur le lit.

2013.8.19

2 réflexions sur “Vingt-cinq

  1. james dit :

    Je visualise super bien le regard de la petite, implorant le narrateur. C’est en même temps mignon et terriblement triste.

    Je m’inquiète un peu pour la fin, que va-t-elle lui demander. Ça peut être très mauvais. J’espère pas, je l’imagine bon.

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