Dingue [R-18]

Je ne me doutais de rien lorsque Chris s’approcha de moi.
Je le saluais comme d’habitude.
Je reçus un coup dans le ventre.
Je ne le vis pas venir. C’était Chris.
Je n’en croyais pas mes yeux.
Recroquevillée sur moi-même.
Je reculais.
Je ne comprenais pas ce qu’il se passait.
Chris n’était pas dans son état normal.
Ses cheveux attachés en queue de cheval, il avait le regard vide. Il semblait ailleurs.
Il s’approcha de moi, j’essayais de garder mes distances.

— C… Chris ?
Tentais-je de l’appeler.

Je prenais sur ma douleur pour me redresser et m’apprêter au combat.
Il fonça sur moi.
Il ne m’avait pas loupé et il ne se retiendrait pas non plus pour ses prochains coups.
Je savais que j’avais l’avantage en temps normal, mais son coup de poing m’avait surprise.
J’arrivais à me défendre, à éviter ou parer ses attaques, mais mon souffle était encore court.

— Chris ! Arrête !
Criais-je.

Je devais le neutraliser avant qu’il ne m’épuise.
Il ne m’entendait pas, ou alors est-ce qu’il m’ignorait.
Pour moi, il avait perdu la raison.
Je prenais mon courage et ma force à deux mains, et je réussis à lui donner un coup qui l’assoma, du moins un peu.
Il s’arrêta.
J’en profitais pour lui neutraliser les jambes et le frapper derrière les genoux.
Il était sur ses rotules, le visage baissé.
Il ne réagissait plus.

— Chris… ? Est-ce que ça va… ?

Je n’étais pas rassurée mais son état m’inquiétait.
Je ne savais pas si je devais m’approcher ou non.
Perdue dans ma réflexion, quelqu’un apparut à ses côtés.

Une femme que je reconnaissais puisqu’elle faisait partie des nobles qui vivaient dans le château.
Elle m’adressa à peine un regard et s’approcha de Chris, de manière très familière.
Elle souleva son menton.
Elle tourna finalement son visage vers moi et l’embrassa sur les lèvres.
Chris restait inerte, inexpressif.
Je ne comprenais plus rien à la situation.

— Vu que tu as échoué, tu mérites une punition, vilain garçon.
Dit la femme.

Elle lui parlait sensuellement, c’était malsain.
Elle sortit une dague et promena la lame sur le visage de Chris, tout en me regardant.
Cherchait-elle à me provoquer ?
Je bouillais intérieurement mais j’avais également de nombreuses questions qui se bousculaient en moi.

— Que voulez-vous ?!
Finis-je par dire.

Elle baissa la lame et coupa une partie du vêtement que portait Chris. Suffisamment pour laisser voir les blessures et les bleus sur son corps musclés.
Il ne bougeait toujours pas, tel un mannequin, une poupée qu’on manipulait.
Je vis rouge, elle le maltraitait, elle le contrôlait.
Sans me poser de question, je foçais sur elle avant qu’elle ne fasse quoi que ce soit.
Je la plaquai contre le sol et la bloquai avec mon avant-bras, la mettant hors de nuire.
Je ne savais pas quoi lui dire. J’étais enragée qu’elle puisse faire ça à Chris.
Elle ne semblait pas inquiète, elle me regardait droit dans les yeux et me souriait.
Avant même de pouvoir comprendre ou réagir, je sentis une présence derrière moi et Chris me donna un coup qui me fit perdre connaissance.

*

Je me réveillais avec un énorme mal de crâne.
J’ouvrais les yeux et j’étais dans une pièce que je ne connaissais pas.
Je suppose que j’étais encore au château.
L’ameublement était similaire et me semblait familier.
J’étais allongée sur un lit, j’essayais de bouger mais quelque chose m’en empêchait.
Je sentis tout d’abord les liens qui étaient autour de mes poignets, puis de mes chevilles.
J’étais attachée aux quatres coins du lit à baldaquin.
J’avais beau essayer de ruser, les liens étaient bien trop serrés pour que je puisse les défaire ou les retirer.
Chris était assis dans un fauteuil, près du lit, et semblait dormir les yeux ouverts tellement il était amorphe. Je ne pus m’empêcher de sursauter lorsque je remarquai sa présence.

— La petite reine est réveillée ?

La voix venait d’un autre endroit.
Elle entra dans la pièce et nous regarda tous les deux, fière d’elle.

— Les choses sérieuses vont pouvoir commencer.
Dit-elle, d’un ton solonnel.

Elle s’avança vers Chris et l’aida à enlever son haut.
Il se leva et s’approcha de moi.
Je n’étais pas du tout rassurée.

— Qu’est-ce que vous me voulez ?!
Dis-je, totalement paniquée.

— Moi ? Rien du tout, ma chère. Dis-moi qu’est-ce qu’il trouve chez toi ?
Répondit-elle avec une pointe de colère.

— De quoi parlez-vous ?!

— Fais pas la maligne. Qu’est-ce que Gabriel trouve chez toi. T’es qu’une petite gamine de rien du tout.
Cracha t-elle.

Je ne savais pas du tout quoi répondre et ma perplexité sembla l’amuser.

— Mais ne t’en fais pas. Lorsqu’il se rendra compte que tu n’es pas faite pour lui… tout ira mieux… pour moi. D’Ailleurs, tu devrais me remercier. Je vais réaliser le rêve de ce cher Chris qui semble tant t’aimer. Lorsque Gabriel verra ça, il comprendra que tu n’es rien.

Elle riait à gorge déployée.

En parlant de Gabriel, je souhaitais tellement qu’il arrive. Pourquoi cela prenait tant de temps pour que les gardes se rendent compte de la situation.
Je devais faire quelque chose pour les alerter.
Elle semblait lire dans mes pensées et parla.

— Personne ne viendra t’aider. J’ai laissé de quoi souffler la puce à l’oreille de Gabriel pour qu’il assiste au bouquet final sans que cela dérange ma magnifique mise en scène.

Elle me jeta un regard froid pour me dissuader de tenter quoi que ce soit.
Chris arriva sur le lit avec un tissu noué et me l’attacha derrière la tête pour que je ne puisse pas crier.
Avant qu’il ne finisse, j’essayais de me débattre et de me faire entendre.

— AU SECOURS ! À L’AIDE !! QUELQ-

Il m’attrapa au cou pour m’empêcher de continuer.
Il me relâcha aussitôt, pour éviter de me tuer. Elle avait tout prévu.
Je le regardais dans les yeux, cherchant une lueur de lucidité. J’avais les yeux mouillés et je le supliais du regard.

— Chris… s’il-te-plaît… réveille-toi.

Des larmes coulèrent au coin de mes yeux. J’étais incapable de me défendre. Je ne pouvais que subir.
Le tissu en place, je ne pouvais plus que prononcer des mots incompréhensibles.
Il commença à me déshabiller, lentement, comme pour me torturer.

— Oui, comme ça, prends ton temps mon chou.
Dit-elle, pleine de joie.

Elle avait pris la place de Chris dans le fauteuil et savourait son petit film, avec un petit verre de vin à la main.
Je fermais les yeux, comme si cela pouvait arrêter ce que Chris me faisait. Comme si je voulais croire que ce n’était qu’un cauchemar, qu’un mauvais moment à passer.
J’étais maintenant en sous-vêtements.

— Pff… ! C’est quoi cet ensemble d’enfant ? Tu prétends être sa femme alors que tu ne sais même pas comment t’habiller pour lui faire plaisir. Laisse-moi rire…
Se moqua t-elle.

J’étais brisée. J’avais si honte.
Chris dégaina une petite dague et me coupa les bouts de tissu restants qui recouvraient ma peau.

— Ahahahaha ! Je pensais que c’était peut-être ton physique qui l’avait charmé mais je vois que tu n’as aucune forme. Tu es si fade.

Je ne savais plus où me mettre.
Mes larmes ne s’arrêtaient pas.

— Oh, pauvre choute, tu pleures ? Ahahaha. C’est trop bon !

Chris continuait son chemin.
Il se mit à me caresser et m’embrasser sur tout le corps.
J’essayais de me débattre mais sans réel succès.
Il finit par me plaquer avec son torse, contre le lit, son visage juste au dessus du mien, il m’embrassa longoureusement sur les lèvres, puisque le baillon gênait.
Je sentais son entre-jambe à travers son pantalon, et sa ceinture en métal froid qui me donnait des frissons au niveau du bas ventre.
Il tourna la tête et m’embrassa dans le cou.
C’était mon point faible, je ne pouvais pas le nier ni résister.
Il balada ses doigts sur mon corps jusqu’à descendre le long de mon nombril.
Je savais ce qu’il allait faire et je me débattais de plus en plus. Je gémissais, j’essayais de gémir et de crier fort, mais rien à faire.
Je n’avais que mes larmes.
Je ne sais pas combien de temps cela dura, cela me paru une éternité.
Je pensais que cela s’arrêterait là, mais c’était trop optimiste de ma part.
Chris se redressa et retira sa ceinture.
Je n’étais pas au bout de ma peine.
À travers mes larmes j’arrivais à apercevoir ses multitudes cicatrices et bleus sur tout son corps.
Essayant de me focaliser sur autre chose que son anatomie inférieure.
J’entendis des bruits de pas et un grand fracas.

— Déjà ? On va devoir accélérer les choses.
Dit-elle, à peine inquiète.

Chris m’attrapa par les hanches et s’apprêtait à me prendre lorsque Gabriel arriva dans notre pièce.
Il scruta la scène en quelque secondes.
Il envoya Chris valser à plusieurs mètres, il s’éclata contre le mur en face de moi.
Il vit la femme dans son siège, l’attendant.
Il s’approcha d’elle, la gifla d’une force qui fit tomber son verre de vin.
Je l’avais rarement vu aussi en colère.
Il l’empoigna par le cou et la souleva.
Je crus qu’il l’avait tuée.
Il la relâcha et lança un sort pour l’emprisonner à même le sol. Elle pouvait toujours entendre et parler.
Des liens avaient enchaînée son torse, ses jambes et de ses bras.
Il accourut vers moi, d’un pas certain.
Je me sentais tellement sale, honteuse et à la fois rassurée qu’il soit finalement là.

— Tu vois Gabriel. Ces deux là sont faits pour être ensemble. Je n’ai fait qu’exaucer leur souh-

Gabriel se retourna vers elle et lui envoya une rafale qui la gifla jusqu’au sang.
Je le sentais bouillir de rage.
Il était à mes côtés maintenant.
Il me détacha et retira mon baillon.

— Est-ce que je suis arrivé à temps… ?
Me demanda t-il avec ses yeux tristes et plein de culpabilité.

Il retira son manteau et mon couvrit avec.
Je ne pouvais pas me lever mais je lui souris et je me collais à lui, en pleurant.

— Merci…

Ce fut le seul mot que je pus prononcer avant de fondre en larmes, sans pouvoir m’arrêter.
Les autres gardes arrivèrent et s’occupèrent de la femme folle et de Chris.
Je me ressaisis et chercha à lui expliquer au sujet de Chris.
Il m’arrêta.

— Je sais, ne t’inquiète pas. Il n’y est pour rien, on va bien s’occuper de lui. Je suis desolé d’avoir dû l’attaquer…

Il resta auprès de moi sur le lit, pour me rassurer et me réchauffer.

*

Il me porta jusqu’à notre chambre.
Elle était sécurisée et Chrystal y avait accès.
Elle passa pour s’assurer de mon état. Je n’avais rien de cassé à part une petite côte par le coup de Chris, et une belle bosse sur la tête.
Malgré le peu de blessures physiques, elle voulait que je me repose et que je reste encore un peu au lit.
J’avais besoin de récupérer, me dit-elle.
Elle s’en alla en m’embrassant.
Je l’interpellai juste avant qu’elle ne claque la porte.

— Et Chris… ? Comment va t-il ?

Elle referma la porte et vint s’asseoir à côté de moi.

— Son état est stable, même si Gabriel y est allé un peu fort. Il a eu beaucoup de lésions sur le corps… Physiquement, il doit souffrir. On l’a mis sous anesthésiant pour le soulager. Phychologiquement c’est autre chose. Il ne s’est pas encore réveillé et Gabriel essaye d’interroger la « folle » puisqu’elle ne parle qu’à lui.
C’est compliqué… j’ai peur que Gabriel finisse par la tuer avant même qu’elle nous révèle quelque chose, …
— Est-ce que je peux aller voir Chris… ?
— … Je ne te le conseille pas. Il est vraiment dans un sale état, on l’a attaché avec des sangles, au cas où. Vraiment, je ne pense pas que tu doives voir ça…
— C’est… ma faute…

Je me remis à pleurer malgré moi.

— Non ! Absolument pas ! Alexandra ! Si quelqu’un est fautif, c’est cette dingue qui lui a fait ça.

Chrystal me prit dans ses bras.

2017.10.10

4 réflexions sur “Dingue [R-18]

  1. james dit :

    « Je l’interpelai juste avant qu’elle ne claque la porte. »: « je l’interpellai ». J’ai vérifié sur https://leconjugueur.lefigaro.fr/french/verb/interpeller.html, et bien le double l n’ai pas de sens pour moi pour la pronociation, apparement cela s’écrit ainsi.

    Cette description de l’agression de Chris qui dure, qui dure. C’est pas simple à lire !
    Heureusement que Gabriel est intervenu à temps, j’imaginais le pire. Contrairement à un film, où l’on sait généralement à quel moment la censure intervient, je ne sais jamais à quoi m’attendre dans tes nouvelles. J’ai eu peur que cela ne soit bien pire.

  2. Pardon pour le texte. Je me disais bien que j’avais oubllié de taguer certains des brouillons en [R-18]… J’suis tellement accoutumé au contenu de ce genre que j’ai parfois du mal à faire la différence…

    Toutes les fins sont envisageables, à une époque (pas si lointaine) je songeais à en faire un Visual Novel avec des embranchements des choix qui auraient des répercutions dures beaucoup plus tard… ! C’est pour ça qu’il existe plein de versions différentes aussi, ça me laisse le loisir de choisir le meilleur enchaînement des évènements pour l’histoire V2, p’tre !

  3. fluo dit :

    Heureusement que Gabriel est arrivé à temps… ça m’aurait brisé le Coeur que Chris aille jusqu’au bout.
    Un texte poignant qui tranche radicalement avec la partie calme et plutôt joyeuse juste avant.
    Et comme dit plus haut, j’aurais mis le tag R-18 quand même compte tenu de la situation.

    • Merci de le signaler, j’sais même plus ce que j’écris en R-18 ou pas, j’arrive plus à faire la différence…
      Je fais le changement tout de suite !

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