Hiver

C’était un soir d’hiver, Charles se promenait dans la ville, lorsqu’il entendit des pleurs au loin. Il entra dans une petite ruelle.
L’endroit était malfamé, c’était le quartier des maisons closes.
Il commençait à neiger.
Il s’approcha de l’endroit d’où provenait les pleurs.
Il y avait là une caisse, une couverture au fond et un nouveau-né dedans, enveloppé dans du tissu.
Il regarda autour de lui, il faisait nuit noire et il ne semblait y avoir personne.
Il ne pouvait pas laisser cet enfant là.
Il le prit dans ses bras pour le consoler. Les pleurs cessèrent peu à peu.
Il se retourna une dernière fois avant de partir en emportant l’enfant.

Il se dirigea vers la forêt, le bruit d’une cascade se fit entendre de plus en plus proche.
Il finit par arriver devant le point d’eau et traversa le rideau d’eau pour se retrouver dans une sorte de grotte.
Il tapota les murs d’une main et de l’autre il tenait l’enfant serré contre lui.
Sa main s’arrêta sur une surface de la roche et il sembla traverser la matière.
Il la pénétra et se retrouva de l’autre côté.
Un village verdoyant, éclairé par la lumière de la lune.
La lune était bizarrement plus proche.
Il se hâta jusqu’à sa demeure.
Il poussa la porte de chez lui.

Une femme l’attendait avec un repas et un jeune garcon était assis à table et lui souriait.

— Papa !
— Charles, tu as tardé- qu’amènes-tu ?
— Sylvain, Myra, je suis rentré. Vous n’allez pas me croire, ce que j’ai trouvé en ville…

Il s’approcha de Myra et lui montra ce qu’il avait dans ses bras.

— Mais-…
Myra s’approcha et regarda l’enfant et son époux attentivement.
Charles finit par reprendre la parole.

— Je l’ai trouvé abandonné dans une caisse dans une ruelle… Il n’y avait personne aux alentours.
— Sa mère doit avoir ses raisons…
— Papa, qu’est-ce que c’est ?
— Sylvain… C’est un bébé.

Myra réfléchit quelques secondes. Son regard et celui de son mari se croisèrent et ils se mirent d’accord sur une décision.

— Nous allons le garder.
Dit Myra.

C’était une fille. Vu la couleur de peau, la taille et la forme de ses yeux, l’enfant venait à peine de naître.
Charles avait sauvé ce bébé. S’il l’avait laissé dans le caisson, il serait certainement mort de froid.
Sylvain ne comprenait pas vraiment la situation. Son père venait d’amener un enfant.
Il s’approcha de sa mère pour observer l’intrus de plus près.
Il avait en cette année un peu moins de 10 ans.

— Sylvain, tu vois, tu étais pareil quand tu es né.
Dit Myra en montrant l’enfant endormi dans ses bras.

— Elle sera à présent ta petite soeur, tu la considéreras comme ta propre petite soeur, tu comprends ? À partir de ce soir elle fera partie de la famille.
— Il faut lui trouver un nom. Que dirais-tu de « Ange » ? Elle est tel un ange qui est tombé du ciel.

Charles s’approcha de son épouse et posa sa main sur son épaule.
Elle acquiesça.

— Dans ce cas, Ange.
— Ange…
Répéta Sylvain.

— Mettons-nous à table à présent.

Après le dîner, Sylvain retourna dans sa chambre et se coucha. Il ne savait pas exactement ce qui venait de se passer mais il venait de faire la connaissance d’Ange et elle serait à présent sa petite soeur.
Dans son esprit innocent, il se demandait si c’était aussi ainsi qu’il était arrivé ici.
Ses parents ressortirent un petit berceau qui était à Sylvain et l’installa dans leur chambre et y coucha Ange.
Ils se couchèrent à leur tour.
Pendant que Charles enlevait ses vêtements, Myra était déjà dans le lit, sous la couette et réfléchissait.
Etait-ce bien de garder cet enfant ?
Charles se mit sous la couette et devina les pensées de sa femme.

— Je retournerai en ville demain pour me renseigner sur cet enfant et ses parents. Ne t’inquiète pas. Pour l’instant gardons-le et occupons-nous de lui comme si c’était le nôtre.

Elle se tourna vers Charles.

— J’irai voir la prêtresse demain, pour lui en parler. Si on doit garder cet enfant, faisons bien les choses.

Au lever du jour Charles se réveilla et s’assit sur le rebord du lit.
Sylvain était aussi réveillé, il courut dans la chambre de ses parents pour les réveiller.

— Papa, maman !
Cria t-il en ouvrant la porte de leur chambre.

— Chut. Ange dort encore.
Chuchota son père avec son index sur la bouche.

Sylvain se tut et son regard fut attiré par le berceau qui lui était familier. Il s’en approcha en silence et se pencha au bord pour y observer Ange.
Son père s’avança vers son fils et lui chuchota.

— Laissons-les dormir encore un peu. Va prendre ton petit déjeuner, j’arrive.

Il hocha la tête et sortit en jettant un dernier regard à sa nouvelle petite soeur.

2012.07.02

2 réflexions sur “Hiver

  1. james dit :

    « Charles avait sauvé ce bebe. » : bébé
     » tu la considèrera comme ta propre petite soeur »: considéreras(avec un s)

    et c’est un gentil petit texte.
    je me demande si tes textes de 2012 ne sont pas moins intenses que ceux de 2020 🙂

    • Je t’avais déjà répondu de vive voix, mais oui, les textes de 2012 sont des idées plus en vracs, pas forcément moins intenses, mais certainement que j’avais moins d’expérience dans l’écriture qu’en 2020 !

      Quand je repense à cette histoire, j’ai tellement honte parce qu’avec le recul que j’ai maintenant, je trouve ça très très nul !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.